Cités perverses


Cités perverses

mis en ligne le 26 décembre 2009

La pornographie au secours du capitalisme et peut-être même son seul vrai moteur ? Sa structure cachée ?

Pour le savoir, voici un livre à lire absolument : La Cité perverse (octobre 2009, Denoel), du philosophe Dany-Robert Dufour.

Quelques lignes de commentaire :

“Dans son dernier essai, La Cité perverse (octobre 2009, Denoël), le philosophe Dany-Robert Dufour émet l’hypothèse hardie mais lucide d’une réalisation actuelle du projet sadien.

Le divin marquis fut embastillé, poursuivi, remisé à l’ombre des bibliothèques...et c’est pourtant sa logique perverse qui triomphe aujourd’hui, tant dans nos pratiques quotidiennes que dans le mercantilisme de tous les secteurs d’activités humaines : nous sommes entrés en "pornocratie", un régime axé sur la perversion (du latin pervertere, retourner), dans lequel le corps du roi et de la reine se donnent à voir mais aussi tout ce qui traditionnellement, parce qu’ils ont un lien direct avec notre finitude, se doit d’être caché : le sexe et la mort.

Dany-Robert Dufour éclaire la définition du terme "pornographie" : qui publie, qui écrit, qui exhibe les activités liées à la prostitution, directement liée aux activités de commerce des individus. C’est donc vers une société pornographique que nous nous acheminons, pas seulement dans nos façons d’exhiber les jouissances privées à des fins commerciales mais aussi dans l’obscénité des escroqueries financières et du système économique actuel (argent décomplexé), dans l’achat (la "putanisation") des chefs d’industries par les actionnaires à des fins financières et non plus industrielles, dans le fait que la logique marchande s’étend à tous les domaines, faisant basculer le moderne et fragile équilibre entre ce qui a un prix d’une part et ce qui a une dignité de l’autre. Pour Kant en effet, philosophe de la modernité, on a soit un prix soit une dignité et ce qui a une dignité n’a pas de prix.

(...)

Pour Dany-Robert Dufour, l’œuvre du marquis de Sade nous montre de façon visionnaire ce vers quoi se dirige une société basée sur le laisser-faire des pulsions et le renvoi des instances régulatrices : une société où le bien et le mal s’inversent, la Cité perverse telle que l’a décrite DAF de Sade : relations utilitaires où l’autre n’est que mon objet, isolisme (se passer de l’autre, ne pas le reconnaitre comme personne), sadisme, voyeurisme, déni des différences générationnelles et sexuelles, viols, incestes... Dufour établit de très nombreux parallèles entre l’œuvre du marquis et ces mêmes dénis à notre époque au nom de la libération des pulsions...”


“La Cité Perverse” ! Quel beau sujet de BD... Si un éditeur susceptible de me suivre là-dessus s’y intéresse, je suis son homme, pardon, sa femme. On pourrait peut-être prendre la ville de l’ancien maire socialiste d’Angoulême, Jean-Michel Boucheron, comme exemple.

Une chose est sûre, c’est contre cette dérive porno-graphique que j’avais rédigé et publié jadis un texte colérique dans le journal Le Monde, qui était encore sous la responsabilité de Bruno Frappat. Texte signé par quelques sympathisants de la cause.

Voici :

Le Monde du 27-28 janvier 1985, n°12441. Texte manifeste intitulé « Navrant », reproduit ici dans son intégralité :

« Navrante cette soi-disant nouvelle presse percluse des plus vieux et des plus crasseux fantasmes machos.

Navrant de voir la plupart des journaux de bandes dessinées emboîter le pas, prendre le chemin réducteur de l’accroche-cul et de l’attrape-con. De la « porno à quatre mains », au « strip-tease des copines », en passant par « l’étude comparative des lolitas », « le roi de la tripe », « les nouveaux esclaves », les « mange-merde », j’en passe, les talents se déploient, virils. Ils nous proposent d’accompagner « le grand capitaine Rommel » dans le souffle nouveau de l’aventure.

Rétro, humour fin de race, potins mondains-branchés, nostalgie coloniale, violence gratuite, poujadisme, sexe-con, fétichisme, sexisme et infantilisme sont à l’ordre du jour.

Parce que nous aimons certaines bandes dessinées, parce que nous souhaitons que les journaux soient au service des créateurs et pas des seuls marchands, parce que ces derniers réduisent chaque jour davantage la place accordée à la création au profit de l’uniformisation, nous avons voulu réagir, en souhaitant que cette lettre trouve un écho auprès des auteurs comme des lecteurs. »

Manifeste signé par : Nicole Claveloux, Florence Cestac, Chantal Montellier, et Jeanne Puchol. Soutenues (entre autres) par Arnaud de la Croix, Franck, Thierry Groensteen, Bruno Lecigne, et Pierre Sterckx.


Ce texte, nous l’avons payé cher ! Nous le payons encore. Ostracisme et rumeurs qui salissent, discréditent, assassinent...

“Les gens vivent en dormant, la bouche ouverte, les rumeurs y entrent comme des mouches”.

“Les gens sales, salissent”.

Ce contre quoi notre “manifeste” s’élevait a finalement en partie triomphé, le dernier avatar en date étant cette écœurante exposition vedette du festival d’Angoulême dernier : “La maison close”, où certaines dessinatrices se sont exhibées en toute liberté. La servitude est aujourd’hui volontaire. Souffrir de cet état de chose et le signifier c’est courir le risque d’être immédiatement rangé dans le rang des censeurs.

Est-ce à cause de ce manifeste que je fus interdite de festival d’Angoulême pendant des années ? Du moins celles qui furent placées sous le règne dispendieux de Jean-Michel Boucheron.

Jean-Michel Boucheron fut maire d’Angoulême de 1977 à 1989. Sous son règne la ville d’Angoulême, capitale de la BD, mène, comme lui même, un train de vie fastueux. Il arrose tout sur son passage mais malgré l’étalement et le gaspillage des richesses qui sont connus de tous, les gens de gauche et le quotidien local la Charente libre le défendent ! Pourtant, un entrepreneur devenu chômeur, Marcel Dominici commence très tôt, avant sa deuxième élection, à l’accuser d’abus de biens sociaux, mais il est bien isolé et sera discrédité - les notables angoumoisins le faisant passer pour fou.
Par contre au niveau local la démission du trésorier de la mairie l’adjoint Mr Davos, expert comptable, fait plus de bruit.

Le mécontentement des banlieues, délaissées au profit du centre ville fait élire en 1989 le CDS Georges Chavanes, chrétien honnête et rigoureux. Dès le début de son mandat Georges Chavanes fait état de la mauvaise situation de la ville et met en cause le maire précédent. Il n’est pas inquiété plus que cela pendant trois ans ! Le milieu de la BD, lui, semble regretter l’édile socialiste : “Sous Boucheron, c’était la partouze !” peut-on entendre...

Toutefois, devant les évidences d’une gestion catastrophique et l’imminence de la levée de son immunité parlementaire, J.M. Boucheron fuit en Argentine en février 1992 avec sa maitresse et ouvre un restaurant à Buenos-Aires : « Chez Agnès ».

Le 3 décembre 1992, l’Assemblée nationale vote à l’unanimité la levée de son immunité parlementaire. Il est alors sous le coup d’une inculpation de corruption, complicité de faux, recel d’abus de biens sociaux et ingérence.

Il est extradé en 1997 et jugé par la 11ème chambre du Tribunal correctionnel de Paris qui confirme la peine de quatre ans de prison mais lui accorde le sursis pour deux ans.

Pour plus d’informations :
http://www.lexpress.fr/info/region/dossier/charente/dossier.asp?ida=452996

http://clubobs.nouvelobs.com/article/2001/12/15/20011215.TELEOBS157968.xml

http://www.humanite.fr/1997-06-03_Articles_-La-justice-francaise-retrouve-Jean-Michel-Boucheron


Comment cet homme a -t-il pu commettre de telles malversations sans complicité ? qui l’a couvert ? le PS ? les francs maçons ? A-t-il été le seul à profiter ? Sûrement pas ! Une partie de l’argent a-t-elle été détournée vers le financement d’un parti ? Pourquoi cet homme n’a fait que deux ans de prison et n’est finalement accusé que de quelques broutilles ? La politique d’austérité de la ville après coup fait râler plus d’un, notamment les anciens de la BD, car évidemment il y a moins de fastes au salon de la BD maintenant.

Alors ? Angoulême : “cité perverse”, car pendant qu’on y flambait et qu’on y "partouzait", on tenait Chantal Montellier bien à l’écart, justifiant la chose en la salissant. Mais, n’est-ce pas ? Tout a une fin.