Images des femmes dans la bande dessinée


Images des femmes dans la bande dessinée

mis en ligne le 3 février 2010

Voici quelques extraits d’un article trouvé sur le blog "Saphisteries" :

(...) Dommage que les mangas paraissant en Europe offrent des images aussi stéréotypés des femmes (hétéro-dépendance, soumission, gentillesse à toute épreuve, abnégation silencieuse, soucis pratiquement limités aux chagrins d’amour pour les shojô, femmes pures mais sexy et femmes disponibles sexuelles pour les shônen). L’avantage reste que ces BD japonaises (et maintenant coréennes, taïwanaises…) fait la part belle aux dessinatrices, les jeunes lectrices n’ont donc plus à s’interroger sur la légitimité des femmes à faire des la BD. Dans ces conditions, on pourrait se réjouir également de l’étonnante multiplication des albums européens publiés par des femmes. Sauf que…

(...) Voici l’irruption de la BD “de filles”, qui a parfois droit à son rayon « girly », c’est-à-dire de la BD inoffensive (...) ce type de bandes dessinées est apparue depuis que les éditeurs se sont rendu compte que les femmes achetaient aussi de la BD, voir qu’elles pouvaient aussi avoir de l’humour... enfin non, pour l’humour, on ne sait pas, par contre elles achètent, donc on n’allait pas laisser perdre un marché… Ces BD peuvent être très sympathiques, mais restent également frustrantes : on ne sort jamais des clichés de la séduction, de la rivalité entre femmes (...) Il s’agit bien d’une tentative commerciale de rallier un maximum de dessinatrices relativement conformistes, dont les blogs sont dévorés chaque jour.
Catherine Beaunez a payé d’une partie de sa carrière le fait d’être une femme, de faire de la bd et de montrer la réalité pour ce qu’elle est : patriarcale. Quelques décennies plus tard (...) les femmes ont beaucoup moins de mal à se frayer un passage dans la bd…tant qu’elles restent « femmes ». La Bd « de fille », quelle que soit sa qualité, s’adresse à un public féminin et peine réellement à sortir hors des sentiers battus autobiographiques, pleine d’autodérision, elle est parfaite pour l’auto-flagellation misogyne : haine de son corps, jalousie envers les autres (« jolies ») femmes, mépris des femmes hors-normes, dépendance hétéro-amoureuse, obsession de la séduction.

(...) Cette bande dessinée quelque peu déprimante (elle ne l’est pas au premier abord : les auteures sont talentueuses, intelligentes, drôles, les couleurs sont en général plus vives que dans la bd dessinée par les hommes) est une vitrine de choix pour comprendre la misogynie intériorisée. Cette bd de « filles » qui se targuent de ne pas être de « vraies filles » manque d’ambition, de sens politique, elle semble tout droit issue d’un magazine « féminin »(...) L’ouverture du capitalisme à la bd faite par des femmes n’a pas donné grand’chose de réellement réjouissant, et ça n’est pas surprenant. Ces bd sont pour la plupart dans un discours conservateur relooké (pseudo libération sexuelle), mais, comme les magazines « féminin », marquées du sceau du Second Degré (toujours pratique), elles ne sont jamais identifiées comme telles. A noter qu’étant des femmes, même concilliantes, elles n’échappent pas aux malédictions sexistes, et héritent d’un public plus confidentiel que la BD faites par des hommes. (...)