Entretien avec Chantal Montellier


Entretien avec Chantal Montellier

mis en ligne le 17 mai 2011

Entretien avec Chantal Montellier réalisé par Céline Voisin, pour la maison d’édition Actes Sud, à l’occasion de la sortie de L’INSCRIPTION le 25 août 2011.

Caroline, rebaptisée Carol off par certains mauvais esprits, jeune femme artiste indépendante et héroïne de la fiction, vit éloignée des rives de la réalité, jusqu’à ce qu’un coup de fil d’apparence anodine l’y ramène : son ami Paul l’invite à se promener au bois de Vincennes. Sur place, il lui reproche de vivre de l’autre côté du miroir et lui conseille donc de « s’inscrire dans le réel ».

Le personnage de Caro, à mi-chemin entre la fillette de Lewis Carroll et un personnage de Kafka, tente d’appliquer la marche à suivre ; elle contourne, creuse et se cogne à ce réel froid comme une table d’autopsie, rempli de brutalité et de manipulation.

Chantal Montellier, auteure de Odile et les crocodiles , Les Damnés de Nanterre, Tchernobyl mon amour et de beaucoup d’autres bandes dessinées, plonge avec L’Inscription dans les méandres du combat entre imagination et pouvoir.

* Quelle vision de l’imaginaire féminin as-tu souhaité donner avec cette bande dessinée ?

Il ne s’agit pas de ma vision de « l’imaginaire féminin », ce serait un peu trop prétentieux et trop ambitieux, il s’agit plutôt de mon imaginaire, qui, de fait, est un imaginaire féminin.

L’imaginaire féminin dans le domaine de l’image narrative (cinéma, peinture…) me semble être assez peu présent, peu valorisé. Considérons pour commencer la bande dessinée destinée aux adultes : l’imaginaire des femmes dans ce domaine-là a fait irruption dans les années 70, peut-être grâce aux mouvements féministes (MLF par ex) et aux multiples luttes syndicales et politiques de l’époque. Sous ces poussées, un journal entièrement destiné à publier des travaux de dessinatrices est né, à savoir la revue Ah nana ! Hélas, sa vie fut courte puisque ce mensuel a été censuré au neuvième numéro, sous prétexte qu’il contenait une dose de pornographie dépassant le supportable. Il n’y avait pas de pornographie dans Ah Nana ! mais il s’y racontait des histoires au féminin très singulier où la sexualité (et pas la pornographie) avait sa place, chose nouvelle dans le monde du neuvième art.

Jusqu’à ces années-là, les femmes dessinatrices de BD étaient cantonnées à l’édition jeunesse, leur territoire assigné. Nous avons fait figure de pionnières. Des femmes dessinant exclusivement pour les enfants, comme par exemple Nicole Claveloux, ont pu accéder à la bande dessinée pour adulte. Malheureusement Nicole a dû, à ce moment-là, retourner au secteur jeunesse après la mort d’Ah nana ! Ce fut une perte pour la bande dessinée adulte, et ce n’est pas la seule (quid de Cécilia Capuana par exemple ?). Je crois être l’unique rescapée de ce journal d’images au féminin puisqu’à sa mort Métal Hurlant puis (A Suivre…) ont publié mes bandes.

* Dans l’Inscription, il y a donc la volonté de dire que l’imaginaire féminin est toujours présent, comme une continuité, comme le prolongement de ce qui s’est fait avant ?

Oui. Le combat continue ! Avec un sujet comme L’Inscription, l’imaginaire occupe plus d’espace que dans Les Damnés de Nanterre ou Tchernobyl mon amour, sujet d’actualité… Brûlant. Mes sources étaient surtout journalistiques et scientifiques même si l’imaginaire n’était pas absent. Une création, c’est toujours à la fois du réel, de l’imaginaire et du symbolique même s’ils n’occupent jamais la même place. Dans Tchernobyl mon amour il y a beaucoup de réel, du symbolique et moins d’imaginaire alors que pour l’Inscription le dosage est inversé.

* Comment s’est créé ce besoin ou cette envie de faire une histoire qui donne autant de place à l’imaginaire ?

Le projet est né indépendamment de la bande dessinée. C’était d’abord un projet d’écriture, à une époque où j’étais condamnée à ne faire presque plus que du texte. Au sortir de ma période Dargaud, je me suis retrouvée sans support éditorial, d’autant plus que les supports presse pour lesquels j’avais travaillé dans les années 70-90 avaient pratiquement tous disparus ou étaient passés aux mains de groupes comme Hachette ou Lagardère, perdant leur indépendance. Il ne me restait plus que des ateliers d’écriture, en partie fournis par la Maison des écrivains. J’étais donc dans le texte du matin au soir. Des publications sont sorties de ces ateliers, comme le recueil de textes intitulé « Des clés pour la liberté » fait avec des détenus de la maison d’arrêt de Laval. J’ai également travaillé avec des élèves de l’Ecole de l’image d’Epinal, des gens d’un quartier de Nancy, le Haut du Lièvre etc. Très souvent ces ateliers étaient suivis d’un ouvrage pérennisant l’expérience.

Ces ateliers, en m’obligeant à sortir de ma « tour d’ivoire », me ramenaient dans le monde réel. Pas marrant tous les jours le monde réel ! Je pense que j’ai fait une sorte de réaction en le fuyant et en me réfugiant dans un travail d’écriture plus personnel, plus subjectif, en replongeant dans mon imaginaire. Et puis j’ai oublié ce texte. Je venais de finir l’adaptation en bande dessinée du Procès de Kafka pour Actes sud quand je l’ai retrouvé en faisant des rangements. Je me suis aperçue que dans L’Inscription il y avait quelque chose de très kafkaïen, notamment dans ce personnage de jeune femme qui ne trouve pas la porte du réel…

* Elle subit une forme de procès très kafkaien…

Oui, complètement. Et elle subit aussi une sorte d’ostracisme pour ce qu’elle incarne. Elle ne rentre pas dans le rang. Ne s’aligne pas, reste autonome. Son univers est poétique, quasi exclusivement. Elle pose problème à l’ordre, elle fait désordre parce qu’elle est trop du côté de l’imaginaire et du symbolique et pas assez du côté du réel, notamment du réel social. Elle ne joue pas le jeu social.

* Ce qui est d’ailleurs intéressant à ce sujet et ce qui m’a marquée, c’est que lorsque le personnage de Caro fait une tentative pour s’intégrer dans la société, elle se retrouve embauchée pour répondre au téléphone rose. Comment t’est venu cette association entre réel et pornographie ?

Le réel d’aujourd’hui me semble assez pornographique. Il faut lire à ce sujet le livre de Dany-Robert Dufour La cité perverse. Edifiant.

Lorsque j’ai démarré dans le dessin de presse politique, il était encore réservé aux seuls talents masculins. Ma présence dans ce milieu était incongrue. Je me suis aperçue très vite que j’y étais une espèce d’oiseau rare, de bête à part pour les gens qui me faisaient travailler. Des hommes neuf fois sur dix. Ils s’intéressaient à moi beaucoup plus pour la jeune femme que j’étais que pour ma production elle-même. Donc j’avais très peu de commentaires positifs ou négatifs sur mes dessins. Mon physique semblait les intéresser davantage. Les commentaires sur ma personne, mes jambes, mes yeux, mes formes, fusaient de partout indépendamment des supports pour lesquels je travaillais, y compris dans des journaux dits sérieux. J’ai pris la mesure de l’état de ce réel-là. Je me suis aperçue que j’étais d’abord et surtout un corps. Un sexe avant d’être une dessinatrice.

Ce n’était pas facile pour ces hommes-là de respecter une femme arrivant de nulle part, sans parrainage, protection, autorité derrière elle. Révolution culturelle ou pas, au fond, rien ne changeait ! Les rapports de domination et de sexe restaient les mêmes, de Charlie Hebdo à l’Humanité, de Casterman aux Humanos. J’ai été amenée à me battre pour simplement me faire respecter un minimum.

Une bande dessinée comme Odile et les crocodiles était nécessaire pour moi, car finalement je subissais une forme d’agression sexuelle en entrant sur un territoire qui était réservé aux mâles. J’ai découvert à quel point ce n’était pas évident, à quel point c’était dangereux aussi. Mai 68 n’avait strictement rien changé à ce niveau.

Ainsi Caroline qui attend des commentaires sur ses poèmes s’attire surtout des remarques sur son physique et sa poésie passe à l’as. Pour l’inscripteur elle est seulement un corps, joli. Une voix, sensuelle. Donc pour lui, l’inscrire dans le réel se réduit à ça, utiliser ces « qualités »-là. Tout le travail imaginaire est battu en brèche au profit de l’animalité, au profit du corps. Ce n’est pas le talent de l’auteure, c’est son corps qui les intéresse. Ca retombe encore une fois au rapport d’animal à animal. On ne s’intéresse pas à son travail artistique, à son langage.

* En parlant de langage, le personnage de Caro parle au début de l’histoire avec un personnage masculin qui lui conseille de s’inscrire dans le réel, c’est en réalité un dialogue entre la femme artiste…

…et le pouvoir. C’est le pouvoir policier qui voudrait que l’on soit un troupeau d’êtres sans imaginaire singulier. Que ce troupeau soit tous les soirs rassemblé devant le même poste, les mêmes films réalisés au profit de la maintenance de l’ « ordre » social dominant. A partir du moment où l’on revendique un droit à un imaginaire autonome, où on met ça en actes de manière visible, rien ne va plus. Comme disait Francastel : « Dans une société bourgeoise, l’art est bourgeois ». Ça n’a pas changé. Il y en a toujours qui sont autorisés à parler, créer, et d’autres pas. Plus on est dominé, moins on est autorisé à s’exprimer. En 68, il y avait une belle formule :« Tu crois parler, mais en fait tu es parlé… » Une autre disait de ne pas oublier « d’où tu parles ». Les dominants peuvent s’exprimer autant qu’ils veulent, mais si une Virginie Despentes prend une caméra, c’est-à-dire une « arme », immédiatement la censure lui tombe dessus au prétexte de pornographie. Parce que ce qu’elle donne à voir de la société dans laquelle on vit est insupportable à ceux qui en profitent. A cet ordre-là, bourgeois, patriarcal, proxénète. 1968 a voulu changer ça mais en fait l’ordre est revenu… « Ordre » autorise qu’une femme tombe sous les coups de son compagnon tous les trois jours (rapport récent d’Amnesty International). Les chiffres sont tirés de rapports de police qui n’en rajoutent sûrement pas. Je serais tentée d’appeler ça un gynocide (à bas bruit). Au cours des ateliers d’écriture à la maison d’arrêt de Laval, j’ai travaillé avec des hommes qui avaient tué leurs compagnes. Ils restent relativement peu de temps en maison d’arrêt, sont jugés, mis en prison quelques années et comme généralement ils se tiennent à carreau, ressortent assez vite. Ca ne coûte pas cher de nos jours, de tuer une femme. On peut se demander si le meurtre des femmes ne fonctionne pas comme un instrument de régulation en permettant d’évacuer la violence masculine par le bas, si j’ose dire.

Quant aux polars ils sont souvent un défouloir de la même violence. Les femmes y sont allègrement violées, tuées, massacrées, éventrées, éviscérées… pour une victime masculine on en a mille qui sont des femmes. L’imaginaire du loup est partout, celui de la chèvre nulle part, surtout dans les arts visuels.

Ce sont les hommes qui font les images, les feuilletons télé, les films, les reportages, et c’est très rare qu’il y ait un imaginaire de femme qui s’exprime au même niveau et soit bien diffusé. En bande dessinée, même si les femmes sont plus nombreuses aujourd’hui, elles me semblent cantonnées dans l’intime…

Nous avons crée un prix il y a quelques années, le prix Artemisia pour avoir un peu plus accès à la production bd féminine et voir comment les choses évoluaient. Pour quelques livres originaux comme L’île au poulailler de Laureline Mattiussi, une histoire de femme-pirate dessinée avec talent et énergie, on reçoit beaucoup d’albums sur des sujets intimistes, domestiques, notamment les rapports mère-fille. Dans les années 70-80 on parlait de la société, des rapports de genre, de domination, des femmes au travail, d’exploitation… Le regard des dessinatrices était souvent très critique. Les problématiques étaient plus larges que « mon copain et moi », « mon chat et moi », « mon nombril et moi ». Le troupeau des femmes est à nouveau poussé vers la sphère privée. On est toujours dans le tableau de Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, une femme nue entre deux hommes habillés, cravatés, chapeautés. Le 19ème siècle est toujours là. Mais les photos dénudées de notre première dame-top modèle nous y renvoient aussi. L’imaginaire du loup, vous dis-je !

* Il y a aussi cela dans l’Inscription, deux figures masculines, qui la prennent en tenaille en quelque sorte, l’une qui la pousse vers l’inscripteur et l’inscripteur lui-même. Est-ce que tu as voulu en rendre un plus retors que l’autre ? Plus dangereux que l’autre ?

Il y en a un qui est un faux-ami. Il y a d’un côté le pouvoir des psy et de l’autre le pouvoir des flics. Caro est entre ces deux pouvoirs sauf que le psy, parce que c’est un intello, parce qu’il veut avoir l’air d’un homme de progrès et de culture, porte un masque. Mais au final il pose le même regard sur elle : un regard de prédateur. Ce sont les deux faces de la même médaille, mais il y a une face plus visible que l’autre. Plus sympathique que l’autre en apparence. Les deux travaillent pour le même ordre. Les deux sont castrateurs, ils sont là pour couper ce qui dépasse. Mais Caro se défend. Elle n’est pas aussi faible et désarmée qu’on pourrait croire. Elle joue avec ces deux loups en faisant la chèvre alors qu’elle est tout autre chose. Elle défend son imaginaire, sa créativité, bec et ongle.

Stéphane Hessel, dont on parle beaucoup en ce moment, a écrit en exergue de son pamphlet Indignez-vous, « Créer c’est résister, résister c’est créer ». Nous vivons dans une société où cette résistance-là devient un enjeu vital il me semble.

On a pu pendant quelques années (70-85) s’exprimer assez librement. Les espaces de créations autonomes n’étaient pas rares. J’ai l’impression qu’il y a eu un coup d’arrêt à un moment donné, vers 96. Nos maîtres ont dit : « ça suffit ! ». Il n’y a pas nécessairement mort d’hommes -quoique- mais il y a un resserrement et une “normalisation”. Une “chasse” aux imaginaires rétifs et indépendants.

* Ça me fait penser au personnage de la petite Alice qui est sans cesse chassée d’un endroit à un autre dans son rêve. Qui ne trouve pas sa place. Quelle est ta lecture de Alice au pays des merveilles et son rapport avec L’inscription ?

Certains me disent que je ne suis pas dans la norme. Une chose est sûre, je ne me suis pas trop alignée contrairement à beaucoup d’auteurs BD. Mais ce milieu n’est pas mon lieu de socialisation privilégié. Ma vie sociale, amicale, est ailleurs. Tout ce que je transporte avec moi d’expériences (politiques, artistiques, humaines…) trouve difficilement sa place dans ce milieu-là. Il y a des gens qui m’intègrent cependant, des éditeurs comme Michel Parfenov, Thomas Gabison, Thierry Groensteen, José-Louis Boquet, Jean-Luc Fromental… Actes sud est un des lieux importants de résistance culturelle. Et j’ai un public fidèle, notamment des femmes de ma génération qui essaient quand même de continuer le combat bien que les choses aient reculé. On est nombreux à vivre la domination, a être marginalisés, ostracisés. A ne pas trouver une vraie place. Une majorité ?

* C’est pourquoi on parlait autant de normalité tout à l’heure…

Oui, on nous impose une norme, celle de consommateur précarisé endetté et soumis d’un côté, de bobos bling-blingisés de l’autre. Les uns parlent chômage et antidépresseurs. Les autres immobilier et partie fine… c’est ça la norme ? Et bien c’est dommage pour la norme. Les gens souffrent, ne votent plus et quand ils votent, c’est pour le Front National. C’est ça la norme ? Bon et bien je vous la laisse, je ne suis pas dans la norme et je pense que je vais continuer un moment à ne pas y être.

Je ne suis pas une bobo je ne suis pas une bling-bling, je me fiche d’être propriétaire, par contre : pas touche à mon imaginaire ! Si défendre son imaginaire, son autonomie, c’est être anormale alors oui je suis anormale, c’est sûr.

Quant à Alice, comment ne pas l’aimer ? Bien sûr, j’aime l’histoire mais j’aime aussi beaucoup les dessins de John Tenniel, je les trouve absolument délicieux. Alice bascule dans un univers qui n’est plus que du symbolique et de l’imaginaire, comme Caro.

* On peut penser en voyant certaines de tes images à un travail de surréaliste à la Dali…

J’ai beaucoup aimé les surréalistes et les aime toujours même s’ils sont au purgatoire, si ce n’est en enfer. Le pouvoir a peur de l’imaginaire. Les œuvres des surréalistes ont été pour moi libératrices. Et le sont encore. J’ai toujours aimé le fantastique, l’étrange, l’onirique… Edgar Poe, Odilon Redon… les peintres symbolistes… Huysmans, Baudelaire. Le réel dans lequel j’étais plongée enfant était plutôt invivable, donc il me fallait y échapper par la lecture, la contemplation d’images nourricières. Beaucoup de choses que l’on proposait aux enfants à cette époque-là me semblaient niaises. J’étais plongée dans un enfer avec une mère malade et suicidaire qui me mettait sans cesse face à la souffrance et à la mort au lieu de m’en protéger. Je parle de la vraie mort, pas celle d’Halloween. Il me fallait des récits qui soient à la hauteur de ce que je vivais.

Pour ce qui est de Dali, son univers me faisait rêver. Je trouve ses oeuvres sublimes d’habileté… les matières sont somptueuses. A la fin de sa carrière il peignait des crucifixions avec une dimension surréalisante. Le dessin était d’une absolue précision, il n’y avait pas une faute anatomique alors que c’était des contre-plongées ou des angles extrêmement complexes. Donc immense peintre malgré le côté clown. Je l’ai retrouvé quand j’ai fait le travail sur Tchernobyl. Les descriptions de la végétation devenue à la fois fluorescente et molle, avec des couleurs excessives, bizarres… comme dans certains de ses tableaux, (les montres molles par exemple). Je me suis dit que Dali (comme le cinéaste russe Tarkovski avec son film Stalker) avait anticipé Tchernobyl ! Tout ça est surréaliste. Tchernobyl et Fukushima vont rendre la vie surréaliste !

* C’est justement ce qui plaît aussi dans tes albums, c’est qu’on sent qu’il reste une trace du surréalisme…

Parce que le surréalisme interroge notre rapport à l’inconscient, à l’imaginaire, au symbolique, tout ce que les intégristes du rationalisme le plus dur (comme les sciences du même nom) sont en train de ratiboiser… Avec le secours de gens comme Michel Onfray qui brûle Sigmund Freud. Onfray n’est pas un imbécile ni un inculte, ce qu’il écrit ou dit est très argumenté, mais n’y a t-il pas d’autres urgences que de brûler Freud, aussi critiquable soit-il ?

Je crois que les gens qui nous gardent ont peur de ça, ont peur de l’imaginaire, ont peur de l’inconscient et ils ont raison d’avoir peur, je pense. C’est une arme, une bombe à retardement. Je suis une militante de l’imaginaire parce que sans lui, je crois qu’on ne serait vraiment plus que des machines à calculer, à fabriquer de la plus-value, du consensus, de la domination. Alors que la liberté et l’originalité sont là, dans l’imaginaire. Notre mer profonde.

Pasolini disait :

" La tragédie est qu’il n’y a plus d’êtres humains, mais d’étranges machines qui se cognent les unes aux autres."

Et aussi :

"Je suis descendu aux enfers, j’y ai vu des choses différentes, et en grand nombre. Je ne dis pas que vous devez me croire.

Je dis que vous devez constamment changer de sujet pour éviter d’affronter ces vérités."

(Il s’adressait aux intellectuels patentés).

Propos recueillis par Céline Voisin le 5 mai 2011.