TGV (conversations ferroviaires) Chantal Montellier


TGV (conversations ferroviaires) Chantal Montellier

mis en ligne le 3 octobre 2012

TGV (conversations ferroviaires) Chantal Montellier, Récits illustrés / coll. Traverses, 160 pages, 18 euros, 2005
ISBN 2-906131-87-3

http://bgarnis.canalblog.com/archives/2012/09/10/24927807.html

Un billet posté le 10 septembre 2012

Chantal Montellier est auteur de BD et anime des ateliers d’écriture en divers lieux. Pour s’y rendre, elle prend le train (Corail mais surtout TGV). Pendant ces voyages, elle fait comme tout le monde, Chantal, elle occupe le temps. Lecture, écriture, observation du paysage qui défile sous ses yeux... mais surtout, elle écoute les gens qui parlent autour d’elle. De sa curiosité est sorti un livre de ces conversations que tout un chacun peut saisir lorsqu’il voyage, ou attend son train en gare.

L’originalité de ce livre ne réside pas seulement dans les conversations amusantes- ou consternantes- que Chantal Montellier rapporte. Le travail d’écriture et d’imagination qui en découle est encore plus réjouissant. Car Chantal réécrit, invente, pimente les voyages en train, les attentes en gare, de crimes, trahisons, vengeances... La vie des gens, elle la rêve, c’est tellement plus marrant.

Une lecture sympathique, divertissante, un peu courte à mon goût, mais pleine de jolis moments et illustrée par l’auteur. Ses dessins sont doux et étranges, noirs, bleus, verts. Un peu flous comme les rêves.

Plus sur le site de l’éditeur
http://www.lesimpressionsnouvelles.com/catalogue/tgv-conversations-ferroviaires

Chantal Montellier, auteure de nombreuses bandes dessinées très remarquées, a tenu pendant plusieurs années le journal de ses déplacements ferroviaires, dans lequel elle croque sur le vif les conversations dont elle a été témoin. L’imagination et l’écriture ont fait le reste. Le résultat est un livre qui croise la mythologie du voyage en chemin de fer avec un portrait-robot de la France contemporaine, à travers les propos entendus dans un wagon de TGV ou un compartiment de train Corail. Un livre qui entremêle aussi littérature et sociologie et qui sans cesse ravit, émeut ou choque le lecteur. Un livre enfin richement illustré par l’auteure, qui renouvelle de façon originale la formule du récit illustré.

« Le train est, paraît-il, le symbole de la vie collective, de la vie sociale, du destin qui nous emporte. Il évoque le véhicule de l’évolution que nous prenons dans la bonne ou la mauvaise direction, ou que nous manquons ; il signe une évolution psychique, une prise de conscience qui nous entraîne vers une nouvelle vie.

Aux alentours de 1996, j’ai été amenée à animer des ateliers d’écriture. Les publics étaient à chaque fois différents : étudiants des Beaux Arts d’Épinal, élèves architectes de Rennes, habitants d’un quartier en difficulté de Nancy, détenus de la maison d’arrêt de Laval. Et à chaque série d’interventions a correspondu une publication, qui compta autant pour moi que mes travaux en solitaire. C’est en me rendant, toujours en train, à ces rencontres, que ce livre-ci est né.

Souvent distraite de mes pensées, de mes écritures et de mes lectures par les conversations à haute voix de mes voisins de compartiment, j’ai fini par en prendre note. D’abord par jeu, ensuite par véritable intérêt « professionnel ». Au fil du temps, ma curiosité s’est aiguisée et je suis devenue de plus en plus friande de ces dialogues ferroviaires, souvent hauts en couleur. L’imagination a fait le reste.

Ma motivation était d’autant plus forte que le thème du train et sa symbolique m’ont toujours hantée. Innombrables sont mes rêves ayant des gares et des chemins de fer pour cadre. Et chaque fois, j’y suis à la recherche du bon train, du bon quai, du bon compartiment, de la bonne place que je ne trouve, hélas, jamais. »

C. Montellier

Extrait 1 : Mention spéciale à la superbe préface de Jean-Bernard Pouy, ce fondu de train :

"Vous savez... le rail, le seul moyen de transport où l’on peut encore roupiller, lire, rêver. Où l’on peut regarder les autres, les entendre, se rapprocher d’eux, ou les fuir inexorablement. Piquer des moments de vie. Voler des mots. Imaginer des destinées. S’offusquer des propos tenus. Intervenir quand ça craint. Trouver des départs et des arrivées de récits. Fermer des panthères et attention au guépard ! "

Extrait 2

"-Tu connais Pauline ?

- Oui, je crois... la blonde qui a une grosse poitrine et une petite cervelle ?

- Oui, pareil que moi ! Son problème, tu vois, c’est qu’elle est restée fixée à son père. Elle fait un gros concept des dipes, elle ramène tout à lui.

- Ah ? Un concept, vraiment ? Tu es sûre ?

- Oui, oui ! Un concept. C’est malsain ! Il faudrait qu’elle fasse un traitement.

- Il lui faudrait plutôt un mec.

- Oui, mais elle a ce concept qui barre tout, tu comprends ?

- Mange, ca va refroidir." (p. 55)

La presse

« Figure féminine reconnue de la bande dessinée, Chantal Montellier y occupe, comme l’explique avec chaleur et humour Jean-Bernard Pouy en préface, « une place très précise, la même que nous essayons, nous les plumitifs qui n’employons que l’alphabet, de prendre et de garder, celle du « noir », le vrai, celui de la douleur du monde, de la critique sociale déguisée en fiction, et du regard décapant sur les dysfonctionnements contemporains ». Une noirceur -teintée de bleu ici dans les dessins- que l’on retrouve dans ces 26 dialogues ferroviaires pris sur le vif dans un compartiment de TGV ou de Corail, sur un quai ou à la brasserie d’une gare. Des conversations composées à traits mordants, rageurs, drolatiques, émouvants, qui, tout en jouant sur la mythologie des chemins de fer, livrent par leur forme polyphonique un portrait singulier et saisissant de notre société. »

Le Monde, 4 mars 2005

« La fiction se développe à partir de conversations entendues dans des trains. Les rails roulent le long de banlieues dévastées et les personnages de tous âges et de toutes conditions, rebelles ou réactionnaires, égarés ou coincés, y forment une ronde aussi drôle que pessimiste. »

Libération, 27 janvier 2005

« Un livre délicat, sensible, qui dévoile une facette plus personnelle de cet auteur que les jeunes générations vont adorer. »

Le Midi Libre, 22 février 2005