La dure vie des dessinateurs- trices de bd


La dure vie des dessinateurs- trices de bd

mis en ligne le 8 mars 2014

Lettre de Rachel Deville

Bienvenue en Absurdie :

Ci-joint je partage la lettre que je viens d’adresser à l’Agessa en proie à une profonde indignation suite à divers démêles avec cet organisme...

Bonjour Monsieur ...,

excusez-moi de vous faire parvenir ce long mail quelque peu véhément alors que vous avez répondu à mes mails de manière cordiale,
mais je dois vous faire part de mon ressenti, je ne sais pas d’ailleurs si je dois m’adresser à vous, si cela est nécessaire,
vous pouvez transmettre ce courrier à qui de droit...

je suis auteure de bande-dessinée ayant réalisé à ce jour quelques commandes et publié deux albums de bande dessinée ainsi qu’un livre d’illustrations.
Comme la plupart des auteurs, je ne peux pas vivre de mon travail et pour pouvoir avancer dans mes projets (généralement de gros ouvrages)
je vis très humblement, bénéficiant bien malgré moi des minimas sociaux, soyons clairs, du RSA...
Pouvez-vous donc vous imaginer mon niveau de vie ? je ne pense pas...

Mais je vous explique ce qui me conduit à vous adresser ce courrier chargé d’indignation, de désarroi et cela va sans dire d’une totale incompréhension
du système dans lequel nous sommes à ce jour engouffrés...

Dernièrement, la Cité de la bande dessinée située à Angoulême où je réside m’a proposé d’animer un stage au mois de mars dans le cadre de
l’ exposition "Nocturnes"qui a lieu actuellement au Musée de la bande dessinée... Plusieurs de mes planches y sont exposées et cet atelier m’a été
proposé dans un esprit de filiation avec cette exposition... J’étais heureuse de pouvoir réaliser ces ateliers, voyant enfin une manière de gagner
un peu d’argent au mois de mars et me permettant, pour un temps de réduire mes indemnités issues du RSA...

Or, j’apprends il y a quelques jours que la Cité ne peut pas m’engager et doit annuler le-dit stage, mais pourquoi donc ?
Eh bien parce que je ne suis pas affiliée à l’Agessa...(J’ajoute que la Cité ne peut pas me payer en salaires et qu’un simple numéro de siret ne suffit pas.)

J’’apprends donc que, pour pouvoir être affiliée auprès de cet organisme qui, rappelons le est chargé d’une mission de service public visant à assurer
la protection sociale des écrivains, traducteurs, illustrateurs, auteurs, etc…) je dois gagner à peu près 9000 euros par an...

Vous exigez donc d’un auteur quel qu’il soit qu’il gagne cette somme afin que celui-ci bénéficie de cette"protection sociale" comme vous l’appelez,
mais savez vous que la plupart des auteurs ne l’atteignent même pas sur deux , voir trois ans ? Savez-vous dans quel niveau de précarité nous vivons ?
Si ce n’était que cela...Car lorsqu’il nous arrive de facturer des commandes vous prenez tout de même un pourcentage sur les sommes que nous percevons !
Et lorsqu’on vous demande un simple numéro, vous ne voulez tout bonnement pas nous le donner...

Enfin, vous parlez de "Protection sociale" ? Mais de quelle protection sociale s’agit il lorsque ce système contribue à générer un profond sentiment d’exclusion et
d’injustice ? Dans ce cas précis, je ne peux pas travailler car je ne gagne pas assez ! De plus, il vient nous empêcher d’atteindre peut-être un jour cette somme...
Je n’en veux même pas , de votre protection sociale, tout ce que je veux, c’est pouvoir subvenir un peu plus dignement à mes besoins...

Je vous remercie de m’empêcher de travailler et de contribuer à ce que je ne sorte pas du processus du RSA !

C’est ce qu’on appelle, Monsieur le principe du chien qui se mord la queue...

Bien à vous,

Une auteure très en colère,

Rachel Deville