Extrait de mon récit autobiographique en cours d’écriture.


Extrait de mon récit autobiographique en cours d’écriture.

mis en ligne le 30 juin 2014

La Reconstitution, 1er livre.

(...) Malgré les conséquences de cette rupture avec mon mari Pierre Charras, ma production ne faiblit pas et je publiai coup sur coup quelques albums d’assez bonne tenue, comme Odile et les Crocodiles, L’esclavage c’est la liberté, Joyeux Noël pour Andy Gang

Certes, il y eut aussi Les Rêves du fou, Blues et Le Deuil blanc qui pouvaient faire croire à quelques simplets (nombreux dans la bédé) que j’avais un petit problème de santé mentale, mais, paradoxalement, c’était plutôt le signe de ma bonne santé puisque j’osais enfin affronter l’horreur et tenter ainsi de m’en libérer. Hélas !, comme aurait dit ma psy, « la société réemprisonne ce que la création libère », mais je l’ignorais encore à cette époque. ElitiX, lui, ne trouvait rien à redire à ces albums, réalisés sous ses yeux, et qui allaient pourtant contribuer à faire de moi une paria dans le monde des petits Mickey et des grosses Castafiore…

Paraphrasant Molière dans Tartuffe, mes ingénus détracteurs auraient pu s’écrier : « Cachez ce sein-ptôme que je ne saurais voir ! Par de pareils objets, les âmes sont blessées. » En effet, mes images pour certains tenaient, semble t-il, lieu de symptôme !
Mais si, pour leur complaire, il fallait cacher toutes les représentations symptomatiques produites par les artistes au fil des siècles, il n’y aurait plus d’histoire de l’art possible et l’œuvre de Van Gogh, par exemple, serait depuis longtemps à la déchetterie. L’oeuvre d’art véritable ne se construit-elle pas que sur la blessure, le manque et le besoin de les sublimer ?

C’est peut-être cela qui différencie un art adulte d’un art mineur, la capacité à produire des images qui intègrent et mettent en lumière au lieu de les refouler, la face noire et la part maudite de l’humanité, de la vie.

Viviane Forrester, une femme de lettres et essayiste aujourd’hui disparue, avait eu ces mots dans une émission qui lui était consacrée : « On nous vend l’oubli de notre mort, pour mieux manipuler nos vies. »

La bédé en est souvent un bon exemple, qui nous infantilise de 7 à 77 ans.