Un article de David Taugis dans ActuaBD


Un article de David Taugis dans ActuaBD

mis en ligne le 3 mars 2015

La Reconstitution, livre 1

Sous ce titre étonnant, Chantal Montellier livre sa vie sans détours. Un album avec texte et images, qui apportent autant d’éléments sur la carrière de l’auteure que sur le contexte des années 1960 et 1970. Le livre 2 évoquera une période démarrant en 1980.

Pour baptiser son autobiographie "reconstitution", il faut considérer son existence comme un drame, au moins en partie. Derrière ce vocable, on range plutôt les enquêtes criminelles... Mais Chantal Montellier envisage sa vie comme une lutte, une résistance, une violence aussi. Ce volume relève donc de l’autobiographie, dans une forme assez libre. Pas vraiment un album BD, mais sans aucun doute le témoignage précieux d’une grande dame du 9e art.

Montellier n’élude pas grand chose : sa difficile relation au père, ses longues années de psychanalyse, les blessures amoureuses... Le règlement de comptes n’est jamais loin, notamment avec ces deux personnages publics surnommés "le ricaneur" (l’écrivain et comédien Pierre Charras, décédé en 2014) et "élitix". Mais tout en étrillant ces compagnons pathogènes, l’auteure ne s’épargne pas, épinglant ses propres faiblesses, ses fêlures, ses erreurs.

En parallèle, on découvre bien autre chose : la région de Saint-Étienne où elle a grandi, le milieu des beaux-arts où elle a étudié et, bien sûr, notre cher microcosme BD. L’aventure Métal Hurlant, les début de Futuropolis, le magazine féministe Ah Nana ! : autant d’épisodes forts de l’entrée dans le métier de l’auteure.

Sur le plan graphique, La Reconstitution offre une belle palette de styles, mais permet aussi de retrouver de nombreux documents, et pas seulement signés Chantal Montellier : couvertures de magazines, affiches, photos retouchées : le texte s’équilibre plutôt bien avec les illustrations. L’occasion d’apprécier la variété et la précision du trait, et le recours fréquent aux photos, procédé devenu à la mode au début des années 1980.

La suite s’annonce tout aussi tendue, avec une ostracisation croissante dans le milieu BD de la fondatrice du prix Artemisia. Et un traumatisme profond : une apparition dans l’émission Apostrophes de Bernard Pivot sur le thème du danger nucléaire et dont on peut voir quelques images sur le site de l’INA.

L’article est visible sur le site d’ActuaBD.com