Une lettre


Une lettre

mis en ligne le 10 septembre 2015

Une lettre de mon cousin, Bernard Montcel, ce qui prouve à quel point les livres sont utiles pour construire et reconstruire le lien humain, qu’il soit familial ou social, ou les deux.

Bernard Montcel est angliciste, enseignant et musicien. Il est aussi très actif dans le domaine du chant choral. Il est le fils de Louis Montcel, un sculpteur qui bien que très doué et productif est demeuré inconnu, la région stéphanoise n’est pas très apte à reconnaître les siens...

Chère cousine

C’est avec une grande émotion que j’ai refermé ton dernier livre “La Reconstitution”. Mais peut-on qualifier de livre cet « OLNI » Objet Littéraire Non Identifiable ?

Ma franchise (naïveté ?) m’a souvent joué des tours dans la vie. Fort heureusement mes amis ont été peu nombreux mais très fidèles, tu peux donc croire que les compliments que je t’adresse pour ce brillant opus sont sincères et aussi objectifs que possible. Nous nous sommes d’ailleurs hélas trop peu fréquentés pour qu’une réelle affection se soit développée entre nous qui pourrait m’aveugler.

Je suis un piètre connaisseur de la chose littéraire. Mes connaissances footballistiques si éloignées, du moins le crois-je, de ton monde seraient plus garantes de mon expertise !

Le point de vue objectif d’abord. J‘ai découvert encore plus que dans tes BDs précédentes l’efficacité de cette co-habitation de dessins et de texte. J’ai apprécié cette immersion dans le récit que tu obtiens grâce à la complémentarité, que dis-je, la complicité de ces deux moyens d’expression. Je trouve que ton style graphique (on dit ça ?) est particulièrement adapté à une biographie surtout quand il s’agit d’évoquer une vie aussi riche et particulière (j’allais dire « dingue ») que la tienne. Le foisonnement des dessins, loin de perturber le récit, est au contraire l’occasion de pauses propices à la pensée et à l’émotion. J’ai également non pas découvert mais ressenti au plus près l’univers impitoyable du milieu artistique et la profonde cruauté de notre société envers les femmes qui ne sont généralement ni des putains ni des saintes, (et parfois les deux ! Si,si), surtout si elles ont un talent et une force susceptibles de faire de l’ombre aux machos et autres dominants.

La partie émotion littéraire maintenant. Celui qui a le plus vibré à ton récit c’est le cousin qui regrette tant, faute de t’avoir connue plus tôt, de n’avoir pu partager avec toi toutes ces joies et ces peines. A chaque méandre de tes pérégrinations je me suis dit que j’aurais tant aimé t’aimer si nous n’avions été si loin l’un de l’autre. J’aurais aussi aimé t’aider, comme l’écrivait Voltaire, à "écraser l’infâme". Je suis, depuis ma jeunesse, un adepte de l’ataraxie, vertu chantée aussi bien par les stoïciens que par les épicuriens dont je suis l’indéfectible disciple. A ce titre je pense de façon très immodeste que j’aurais pu t’apporter un peu de douceur. Que je sois ridicule jusqu’au bout en t’avouant sans honte que j’ai souvent pleuré au cours de ton récit.

Et merde à tous ceux qui t’ont fait souffrir qui doivent être les mêmes qui se moqueront de ma sensiblerie toujours préférable à la “brutalerie” qui nous entoure et triomphe un peu partout hélas !

Bernard