Fesse-tival d’Angoulême et maison close


Fesse-tival d’Angoulême et maison close

mis en ligne le 22 janvier 2009

"Angoulême ouvre sa maison close !" nous informe-t-on, rigolards, sur
Internet en parlant d’une expo vedette de bédé sur ce thème stimulant pour
l’esprit et l’intelligence. Le bordel s’ajoute au bordel dans l’intérêt de
la création, bien sûr !

Déjà, le patron des éditions Soleil avait engagé des filles quasi nues pour
faire la danse du ventre sur ses stands et attirer le chaland, pourquoi pas
cette année des dessinatrices aux seins nus ? Pourquoi ne pas ajouter une
fellation à la dédicace ? Et aussi quelques cabines derrières les tables des
marchands ?

Les plus âgées des bédéastes pourraient être recyclées en sous-maîtresses ?
Enfin, j’aurais une chance de trouver une place dans ce festival à défaut
d’y voir exposer mes oeuvres trop "radicales" paraît-il. Le bordel,lui, est
consensuel ! Cela s’appelle le progrès de la civilisation.

Ruppert et Mulo, les dessinateurs-macs d’occasion qui ouvrent la "maison
close" en question ont recruté quelques dessinatrices consentantes qui y
sont allées de leur prestation. Quelle audace mesdames ! Quel humour ! Quelle
belle liberté en bas résille !!!

"Ce qu’il faut comprendre, explique doctement dans la bd un des deux
recruteurs à une dessinatrice, c’est que c’est une métaphore ce truc de
maison close."
Ah bon ? Et métaphore de quoi ? Du festival lui même ? Alors il
faut de la dénonciation, pas de la complaisance.
"Il ne faut pas parler de prostitution aux filles" explique le même quelques
vignettes plus loin. De quoi faut-il leur parler pour les convaincre de
jouer à la pute métaphoriquement ? De la libération de la femme ?

Personnellement je trouve cette maison close plutôt obscène et, entre de
nombreux autres, le dessin représentant un personnage de Trondheim (et
j’imagine dessiné par lui ?) me débecte particulièrement au premier,
deuxième, centième degré.

Ce dessin représente un type à tête (et cervelle ?) d’oiseau devant la porte
du bordel, il s’adresse à un client du lieu en ces termes : "... Je savais
que tu aimais la viande, mais de là à aller aux putes !"

Pour l’auteur de cette image, les prostituées sont donc (à quel degré ?)
moins que la viande des étals de boucherie !

J’ai déjà entendu, lu ça des milliers de fois sous la plume de gros cons, de
salauds, de fachos : "les putes, c’est des bouts de viande !" et toujours, la
même colère me saisit. D’autant plus qu’en ce moment,la "crise" aidant, les
femmes paient un lourd tribu au maintien de notre bonne et équitable société
patriarcale et de ses intérêts dominants. Ceux de certains maquereaux
d’Angoulême en font-ils partie ? On le dirait.

Bref, je trouve ce genre d’humour assez immonde (comme la bête, qui semble se réveiller), et ce à tous les degrés !

La modernité c’est le ricanement ? Je constate que décidemment le rire n’est
pas que le propre de l’homme, il est aussi celui des hyènes qui parfois lui
ressemble.

Pour conclure je laisse la parole à Moni, une amie, femme de théâtre,
écrivain et metteur en scène :

Quelle géniale idée cette "maison close", quelle finesse symbolique !

C’est bien connu, au fond nous désirons toutes, nous les femmes, nous faire
mettre par des chauves imbéciles ou sucer des bites de vieux bedonnants
ridicules contre de l’argent car ce n’est même pas un travail, que du
bonheur, que du plaisir ! Oui, nous rêvons toutes d’être ces bêtes de
bordel, coquines, sexy, abandonnées à notre mac, notre maître. Toujours
consentantes, soignées, prêtes à se plier à tous les fantasmes, jamais un
mot plus haut que l’autre, jamais un mot, oui, exceptés ceux qui font
bander...

Nous sommes des sous-hommes, des sorcières, des putes. Il faut nous dresser, nous battre car si on ne sait pas pourquoi, les hommes le savent... Bien que très malines, fourbes, cupides et perverses, nous avons un QI d’huître.

Quand il n’y aura plus de genre féminin sur terre, les hommes respireront,
ils seront enfin libres ! Certains (des femmelettes !) nous pleureront.

Nul besoin de signe distinctif pour décrire notre abomination nous la
portons sur notre visage, dans notre corps, dans nos odeurs nauséabondes,
notre sang cyclique, nos voix criardes, notre dégoûtante ménopause, notre
cerveau étroit...

Pourquoi chercher autre chose que ces douces et délicates places choisies de
mères, de nymphettes, de putains ?

Quel bonheur d’être les servantes de ces hommes si supérieurs, beaux,
intelligents, poilus ou glabres, avec ou sans cravates.

Moni Grégo.