Nicolas Sarkozy et le génie génétique


Nicolas Sarkozy et le génie génétique

mis en ligne le 14 mars 2009

Un texte très intéressant du psychiatre Bernard Doray, publié sur le site Bellaciao :

Les choses les plus rares étant parfois les plus précieuses, les pensées philosophiques du Président de l’UMP, même publiées dans une revue au tirage relativement modeste, ne sont pas passées inaperçues. Sur le mode détendu d’un jeu de piste, trois petits messages guident le lecteur philosophe vers un projet de société encore inconnu dans notre pays.

Premier message : On naît pédophile. C’est une affaire de gènes. Le lecteur peu au fait de ce qu’est la science génétique en sera bien d’accord, puisque pour l’immense majorité des citoyens, « le pédophile », c’est bien évidemment un autre que soi, un étranger superlatif, un qui appartient à une autre engeance : quoi de plus évident qu’il soit d’un autre gène. Pas de loi dans la Culture pour de telles erreurs de la nature. On suppose, au mieux, qu’un traitement biologique pourrait un jour redresser en eux ce qui peut l’être.

Puis le jeu du “pas de loi“ continue. On passe à un trouble de l’ordre public qui pourrait attirer plus de sentiments solidaires : la tragédie des « 1 200 à 1 300 » adolescents qui meurent par suicide tous les ans. Là encore, l’émotion pour les dangers qui menacent nos enfants, là encore la stigmatisation rassurante. Les idées suicidaires sont fréquentes chez les adolescents, les tentatives sont plus rares, et les morts, fort heureusement bien plus rares encore (plus de deux fois moindre, officiellement, que ceux que donne notre nouveau philosophe). Là encore, ça n’arrive qu’aux autres. C’est les gènes.

Et l’on en arrive à la case des grandes affaires de la société : en l’occurrence le coût de la solidarité sociale autour des malades. Les fumeurs cancéreux qui décèdent, ce ne sont pas les éventuelles restrictions de la couverture assurantielle, c’est encore les gènes, que voulez-vous !

Au total, se dessine un projet de gestion de la société où la part biologique, voire animalière, des maux de la société, prendrait ses aises, selon un motif qui pourrait se répéter à l’infini, puisqu’il y aura toujours des personnes aux marges des courbes statistiques pour faire croire aux benêts et à ceux qui y trouvent leur compte que la misère, l’ignominie ou la poisse, appartiennent à une frange aberrante de l’humanité.

Si une telle idéologie parvenait à faire son nid dans notre société, il est probable que, oui ! hélas !, comme le dit l’affiche de ce candidat-là, “Tout deviendrait possible“ !