Comic Heroes

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Pourquoi cette affiche ?

un article de Nicolas Roméas

Parce que nous voulions à nouveau faire quelque
chose avec notre chère Chantal Montellier,
parce que vous pourrez l’afficher et ainsi faire
connaître L’Insatiable, parce que nous sommes dans
l’obligation matérielle et morale de souffler un peu,
parce que nous sommes à un carrefour. Ce carrefour
n’est pas seulement le nôtre. Notre site linsatiable.org
est chaque jour le témoin de nombreux désastres et
beaucoup d’équipes culturelles et artistiques qui se situent
résolument hors rentabilité se demandent aujourd’hui
comment réinventer leurs modes et leurs
moyens d’action. Comme chacun sait, la notion de
service public – dont celui de l’art et de la culture sur
lequel nous avons fondé nos combats – est attaquée
de toutes parts par les néolibéraux. Et les soutiens de
plusieurs partenaires historiques qui nous permirent
d’avancer librement, sinon dans le confort, sur ce chemin,
s’en ressentent de plus en plus1.Après vingt et un
ans passés à défendre les enjeux immatériels portés
par ces outils du symbolique qu’on appelle « culture
 », après ce long parcours avec Cassandre, avec
Horschamp, nous entrons en effet dans une nouvelle
phase, inquiétante et prometteuse, de notre histoire
commune. Inquiétante, chacun comprend en quoi :
les moyens diminuent chaque jour et les obstacles
augmentent… Prometteuse, dirais-je avec ironie, au
sens où ce que notre Cassandre annonçait il y a des
lustres, souvent sans être crue, est en passe de s’accomplir.
Nous y sommes. Inutile de jouer plus longtemps
avec ce nom. Puisqu’il faut tout réinventer,
nous serons insatiablement positifs.
Voici donc L’Insatiable, journal en ligne qui vit depuis
trois ans déjà, avec la suite numérique de la revue, et
bientôt sa version papier dont nous espérons qu’elle
ne sera pas trop irrégulomadaire !

pour lire la suite :

PDF - 6.8 Mo

L’insatiable

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80 affiches, 300 images sur les droits des femmes

Espace Niemeyer
du 8 février au 8 mars 2016
Aujourd’hui, les femmes sont sous représentées sur la scène graphique française et internationale, et ce malgré une présence majoritairement féminine dans les écoles d’art et de graphisme. Combien de directrices artistiques, de commandes publiques confiées à des femmes, de femmes graphistes sélectionnées dans les biennales ou exposées dans les lieux consacrés ?

Cette situation n’est pas différente de celle qui prévaut dans les autres secteurs de la culture (combien de cheffes d’orchestre, d’artistes exposées dans les musées, de metteuses en scène ?) et de l’économie (combien de dirigeantes d’entreprises, etc.)

Si les femmes sont omniprésentes, à travers des représentations stéréotypées et sexistes, sur les images publicitaires qui nous sont données à voir quotidiennement, elles sont moins nombreuses à créer les images qui constituent notre environnement visuel.

Les affiches et images rassemblées ici, produites par des associations, des organisations politiques, syndicales ou des institutions, rendent compte de la diversité des enjeux féministes contemporains : inégalité au travail, dans les sphères publique ou privée, maîtrise de son corps, violences… Elles ont été conçues autant par des femmes que par des hommes : autour de ces enjeux, la parité semble de mise.

Collectif de préparation : Valérie Debure, Isabelle Jego, Alex Jordan, Laurent Klajnbaum, Guillaume Lanneau, André Lejarre, Sébastien Marchal et Vanessa Verillon.

Le vernissage de l’exposition aura lieu lundi 8 février 20 h à l’espace Niemeyer.
Ouvert à toutes et tous, il sera introduit par 30 mn de « conversation féministe » animée par Samuel Wahl avec Vanessa Verillon, graphiste, Maya Surduts, porte-parole du Collectif National pour les Droits des Femmes, Vanina Pinter, historienne du design graphique, Laurence Cohen sénatrice.

Espace Niemeyer – siège du PCF
2, rue Mathurin Moreau
75019 Paris
Métro : Colonel Fabien

Égalité, mon œil !

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Voir les photos prises par Eva Almassy sur la rubrique Artemisia

Remise du prix Artemisia

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Artémisia tient à exprimer sa consternation face à la liste des auteurs éligibles au grand prix, liste établie par le comité de sélection d’Angoulême qui exclut radicalement les femmes dessinatrices.

Elle exprime aussi sa satisfaction de voir qu’un certain nombre d’auteurs du sexe dit fort se solidarise en demandant que leurs noms soient retirés de la liste misogyne. Merci à eux.

Par ailleurs, Artemisia tient à la disposition de qui le souhaite une liste d’auteures de talent et les titres de leurs œuvres. Une vingtaine d’albums ont été préselectionnés par le jury de cette année.

Nous rappellons que le noms des lauréates (prix et mention spéciale) seront annoncés le 9 janvier date anniversaire de Simone de Beauvoir. La cérémonie se tiendra à la librairie Flammarion de Beaubourg le 21 janvier à partir de 19h.

Artémisia

PS : nous venons d’apprendre que devant le déferlement de protestations, les organisateurs qui “aiment les femmes” (sic) ont décidé d’injecter un paquet de 10 auteures dans la liste ! Allez hop ! Ils font ça au poids !?

Consternation

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Bonne année 2016

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Expo Kafka à Gdansk, une petite trace...

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A lire sur le rapport de Gilles Ratier, parrain d’Artémisia, et avec une interview de Chantal

La lente féminisation de la bande dessinée/ par Marina Fabre

Les Nouvelles News

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Ah, tiens, suis pas occultée...? Les temps changeraient-ils ???

bd-claire-de-genie Un article de Clément Bénech

extrait :

dans Libération

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Bonjour,
Malgré les vents contraires et tout ce qui nous fait guerre, Artémisia continue vaillamment son combat.
Veuillez trouver ci-joint son dernier communiqué sur le prix 2016, dans l’espoir que vous y ferez écho....
Cordialement.
ARTEMISIA

“Si l’égalité entre les deux sexes était reconnue, ce serait une fameuse brèche dans la bêtise humaine.”
Louise Michel

“Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme – jusqu’ici abominable – lui ayant donné son envol, elle sera poète, elle aussi ! La femme trouvera de l’inconnu ! Ses mondes d’idées différeront-ils des nôtres ? Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses ; nous les prendrons, nous les COMPRENDRONS”.
Arthur Rimbaud

Après sa réunion du mardi 17 novembre 2015, endeuillée par les massacres au cœur de la capitale,
le jury Artémisia a établi la liste définitive des albums de l’année 2015, soit 20 titres parmi lesquels sera choisi l’album couronné.
Début septembre, nous avions rendu publique une première liste qui a été augmentée par de nouvelles publications, la production féminine étant très abondante cette année, ce dont Artémisia se félicite. Comme chaque année, nous annoncerons ce choix le 9 janvier, date anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir. Une cérémonie suivra à la librairie Flammarion de Beaubourg.

Le jury de l’Association Artémisia est composé de :
- Eva Almassy, écrivaine, complice des Papous dans la tête de France Culture
- Odile Conseil, journaliste, créatrice du festival Ciné Salé, également “Papou”
- Jean-Christophe Deveney, scénariste de bande dessinée, enseignant
- Céline du Chéné, productrice à France Culture, chroniqueuse et reporter (“Mauvais genres” France Culture)
- Karim Miské, réalisateur et romancier
- Chantal Montellier, bédéaste, fondatrice du Prix Artémisia
- Catel Muller, bédéaste pour adulte et jeunesse, illustratrice
- Patrig Pennognon, correcteur, poète, journaliste culture.
- Olivier Place, directeur des librairies Flammarion.
- Silvia Radelli, plasticienne
- Donatella Saulnier, écrivaine, critique littéraire, médiatrice culturelle
- Rachel Viné-Krupa, spécialiste de l’art mural mexicain, de Frida Kahlo et de Tina Modotti,

Accompagnatrice et témoin : Sigrid Gérardin, militante féministe,
syndicaliste, secrétaire générale du secteur éducation d’un syndicat enseignant

Marraine et parrain :
-Mylène Demongeot, comédienne, écrivaine
-Gilles Ratier, écrivain, journaliste,
auteur du rapport annuel sur la situation économique et
éditoriale de la bande dessinée ( rapport repris dans l’ensemble des
médias) ; il est aussi secrétaire général de l’association des critiques de
bandes dessinées (ACBD) et rédacteur en chef de bdzoom

Qu’est ce qu’Artémisia ?
Une association et un Prix qui couronne chaque année un album scénarisé et/ou dessiné par une ou plusieurs femmes, s’efforçant ainsi de mettre en lumière la création féminine dans le 9e art.
Artémisia milite pour un autre regard, celui des femmes, sur le monde de la bande dessinée.

Pourquoi le nom d’ Artémisia ?
Artémisia Gentileschi est la première femme a être répertoriée dans l’histoire de l’art. Remarquablement douée elle s’impose par son art à une époque où les femmes peintres ne sont pas facilement acceptées. Elle est également l’une des premières femmes à peindre des sujets historiques et religieux. Elle nous a laissé d’elle un autoportrait d’une grande vigueur qui dénote une maîtrise consommée de son art.

(Pour plus de précisions voir le blog d’Artémisia : <https://associationartemisia.wordpress.com/ <https://associationartemisia.wordpr...> > )

LA LISTE DES ALBUMS RETENUS :

1- LES VOYEURS, de Gabrielle Bell, Actes Sud éditeur
2- HIVER ROUGE, Anneli Furrmak, çà et là
3- NORA, Léa Mazé, La Gouttière
4- LE JARDIN DE MINUIT, Edith, Soleil, collection Noctambule BD
5- GLENN GOULD, une vie à contretemps, Sandrine Revel, Dargaud
6- FATHERLAND, Nina Bunjevac, Ici même
7- JISEUL, Keum Suk Gendry-Kim, Sarbacane
8- LE PIANO ORIENTAL, Zeina Abirached, Casterman
9- MOURIR CA N’EXISTE PAS, Théa Rojzman, La Boite à Bulles
10- COMMENT NAISSENT LES ARAIGNEES, Marion Laurent, Casterman
11- L’ANNEE DU CRABE, Alice Baguet, Vraoum
12- POINT DE FUITE, Lucia Biagi, çà et là
13- GENERATION MAL LOGEE, Yatuu, Vents d’Ouest
14- PETITES NIAISEUSES, Sandrine Martin, Misma
15- CALIFORNIA DREAMIN’, Pénélope Bagieu, Gallimard
16- MA VIE EST UN BEST SELLER, Corinne Maier, Aurélia Aurité, Casterman
17- FLORA ET LES ETOILES FILANTES, Chantal Van Den Heuvel, Daphnée Colignon, Le Lombard
18- LARGUEES, Bruller, Chédru, Grisseaux, Hugo Desinge
19- PIEDS NUS DANS LES RONCES, Lisa Zordan, Michel Lagarde
20- PRETTY DEADLY, Emma Riaos, Kelly Sue Deconnick, Glénat

Par ailleurs nous applaudissons la sortie du livre ADIEU KARKOV, inspiré d’un roman de notre marraine Mylène Demongeot et adapté en bande dessinée par Claire Bouilhac et Catel Muller.

Et nous annonçons la sortie prochaine du rapport annuel sur les publications BD de l’année 2015, établi par le parrain d’Artémisia, Gilles Ratier.

Prix 2016 Artémisia

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Expo à Publico !

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après la Charte des créatrices de bande dessinée contre le sexisme et la réaction de Thierry Groensteen.

Je comprends parfaitement que les dessinatrices sollicitées pour l’expo en Belgique aient eu envie de dire “merde !” Je comprends leur sentiment, d’où mon nom parmi les leurs alors que l’on ne m’avait pas invitée et que je ne partageais pas tous leurs arguments, loin de là. Mais exposer des dessins de “filles pour les filles”, tssss ! et pourquoi pas leur construire un poulailler !? “La bédé des poulettes pour les poulettes”. Le Grand Gentil Marché ne recule devant aucun sacrifice (de l’identité des créatrices).

En réalité, le problème est complexe, les pièges nombreux et ils sont souvent énormes, (ce qui fait qu’on ne les voit pas toujours.)

Etre femme ET dessinatrice est une situation objective qui suppose de résister aux dominants de sexe et de classe qui cherchent à nous réduire à notre “corps sexué” et à en tirer profit au détriment de nos personnalités (parfois dérangeantes).
Mais en même temps, il faut aussi se battre à partir de lui et avec lui –ce corps sexué- et de ce qu’il doit affronter dans une société bourgeoise et patriarcale en pleine régression.
Il nous faut être femme, (ou changer de sexe ?), sans se renier en tant que telle, ET se battre pour ne pas être réduite à nos organes reproductifs.

Quand à Artémisia, comme le rappelle justement Thierry Groensteen, elle se bat CONTRE le sexisme et le machisme qui sévissent dans la bande dessinée de 7 à 77 ans, pour que soit mieux éclairées, mieux considérées, mieux valorisées les œuvres des femmes, soit un travail de “discrimination positive” (quel nom !). Je ne vois pas où est l’ambiguité là-dedans, pas plus que dans l’expression ”bande dessinée féminine”, ma chère Jeanne Puchol. Nous avons choisi toi et moi, en toute liberté, les mots et les phrases qui accompagnent désormais cette action, ne les renions pas sous les coups des adversaires, qui sont des deux sexes.

Ce n’est pas en nous déguisant en coq ou en nous faisant plus grosses et musclées que Popeye, que nous échapperons au poulailler.

Chantal Montellier

Dessinatrices : le débat se poursuit

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Le jury d’Artémisia s’est réuni hier autour d’une vingtaine d’ouvrages, il est composé de :

- Eva Almassy, écrivaine, complice des “Papous” dans la tête de France Culture
- Odile Conseil, journaliste, créatrice du festival Ciné Salé, également “Papous”
- Jean-Christophe Deveney, scénariste de bande dessinée, enseignant (scénario)
- Céline du Chéné, productrice à France Culture, chroniqueuse et reporter (émission “Mauvais genres”).
- Karim Miské, réalisateur, et romancier
- Chantal Montellier, bédéaste, fondatrice du Prix Artémisia
- Catel Muller, bédéaste pour adulte et jeunesse ; illustratrice
- Patrig Pennognon, poète, journaliste culture et militant altermondialiste.
- Olivier Place, directeur des librairies Flammarion (Beaubourg).
- Silvia Radelli, plasticienne.
- Donatella Saulnier, écrivaine, critique littéraire, traductrice roman et bd (Hugo Pratt), médiatrice culturelle
- Rachel Viné-Krupa, écrivaine, libraire (Quilombo), spécialiste de l’art mural mexicain, de Frida Kahlo et de Tina Modotti,

- Accompagnatrice et témoin : Sigrid Gérardin, militante féministe, syndicaliste, secrétaire générale du SNUEP-FSU secteur éducation.

Au cours de cette réunion 13 albums ont déjà été retenus. Une seconde réunion aura lieu mi novembre, au cours de laquelle une liste définitive sera établie puis publiée, liste dans laquelle sera choisi l’album primé.
Le nom de la lauréate sera annoncé comme chaque année le 9 janvier, date anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir.

Tous ces livres méritent selon nous d’être pris en considération.

- LES VOYEURS, Gabrielle Bell - Actes Sud
- PRETTY DEADLY, Kelly Sue de Connic - Glénat
- HIVER ROUGE, Anelli Furmarck, traduction Fanny Törnberg - Cà et là
- GLENN GOULD, Sandrine Revel - Dargaud
- NORA, Léa Mazé - Les éditions de la Gouttière
- LE JARDIN DE MINUIT, Edith - Soleil
- FATHERLAND, Nina Bunjevac - Ici Même
- JISEUL, O Muel-Keum Suk Gendry-Kim - trad. Melissa David – Sarbacane
- LE PIANO ORIENTAL, Zeina Abirached - Casterman
- MOURIR CA N’EXISTE PAS, Théa Rojman - La Boite à Bulles
- COMMENT NAISSENT LES ARAIGNEES, Marion Laurent - Casterman
- L’ANNEE DU CRABE, Alice Baguet - Vraoum
- POINT DE FUITE, Lucia Biaci - Cà et là

Nous signalons également la publication de l’album Adieu Kharkov, T. 1 dessiné et mis en scène par deux femmes de talent et d’un très grand professionnalisme, Catel Muller et Claire Bouilhac, dont les styles pour cette occasion s’épousent à la perfection. Ce livre autobiographique, d’une grande richesse visuelle et romanesque, est tiré d’un récit écrit par la célèbre actrice Mylène Demongeot qui pose sur sa propre histoire et celle de sa mère (de l’Ukraine à la France du Sud en passant par la Chine ! ) un regard distancié mais très tendre.

Ce bon album au féminin pluriel sur la question de la transmission mère fille est publié dans la collection Aire Libre des éditions Dupuis.

Communiqué Artémisia

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Artemisia se félicite que le combat féministe prenne de l’ampleur et que des dessinatrices se solidarisent autour d’un charte
dont voici le lien : http://bdegalite.org/
Artemisia lutte pour cette reconnaissance des talents féminins dans le 9e art depuis des années (une dizaine) dans une relative indifférence du milieu BD.
Les débats sur la conception de la création dans le domaine de l’art narratif et de la place de l’imaginaire féminin ne font que commencer, et risquent d’être vifs, mais cela ne doit pas masquer le plus important : le ras le bol du machisme et du sexisme.
Nous invitons cette nouvelle association à dialoguer avec nous et à se joindre à nous pour la remise du prix Artémisia 2016 en janvier prochain.
Solidairement.
Artemisia


PS : Un seul petit bémol –personnel- toutefois : le choix du dessin pour illustrer cette initiative. Olive Oyl s’appropriant un symbole de la masculinité : la pipe de Popey (macho ivrogne), tout en ambitionnant de se faire plus grosse que le bœuf des comix américains (autre domination). Est-ce là une image idéale de l’émancipation féminine ? ou une l’expression plus ou moins consciente du désir de se parer des plumes du coq et des symboles de la virilité ? Donc, d’être dans un fantasme machiste. Les femmes ne sont pourtant pas des hommes comme les autres et la libération des femmes et des dessinatrices ne sera effective que le jour ou les femmes revendiqueront fièrement leur histoire (historique) et leur identité sexuelle, avec tout ce qui en découle pour le meilleur et le pire.

Par ailleurs je m’étonne qu’il y ait si peu de femmes de plus de 50 ans dans ce groupe, (dont moi qui n’ai pas été invitée à signer, ce que je regrette !?) Les ainées sont-elles des... ennemies de sexe ?

Amicalement
Chantal Montellier

BDegalite

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Une lettre de mon cousin, Bernard Montcel, ce qui prouve à quel point les livres sont utiles pour construire et reconstruire le lien humain, qu’il soit familial ou social, ou les deux.

Bernard Montcel est angliciste, enseignant et musicien. Il est aussi très actif dans le domaine du chant choral. Il est le fils de Louis Montcel, un sculpteur qui bien que très doué et productif est demeuré inconnu, la région stéphanoise n’est pas très apte à reconnaître les siens...

Chère cousine

C’est avec une grande émotion que j’ai refermé ton dernier livre “La Reconstitution”. Mais peut-on qualifier de livre cet « OLNI » Objet Littéraire Non Identifiable ?

Ma franchise (naïveté ?) m’a souvent joué des tours dans la vie. Fort heureusement mes amis ont été peu nombreux mais très fidèles, tu peux donc croire que les compliments que je t’adresse pour ce brillant opus sont sincères et aussi objectifs que possible. Nous nous sommes d’ailleurs hélas trop peu fréquentés pour qu’une réelle affection se soit développée entre nous qui pourrait m’aveugler.

Je suis un piètre connaisseur de la chose littéraire. Mes connaissances footballistiques si éloignées, du moins le crois-je, de ton monde seraient plus garantes de mon expertise !

Le point de vue objectif d’abord. J‘ai découvert encore plus que dans tes BDs précédentes l’efficacité de cette co-habitation de dessins et de texte. J’ai apprécié cette immersion dans le récit que tu obtiens grâce à la complémentarité, que dis-je, la complicité de ces deux moyens d’expression. Je trouve que ton style graphique (on dit ça ?) est particulièrement adapté à une biographie surtout quand il s’agit d’évoquer une vie aussi riche et particulière (j’allais dire « dingue ») que la tienne. Le foisonnement des dessins, loin de perturber le récit, est au contraire l’occasion de pauses propices à la pensée et à l’émotion. J’ai également non pas découvert mais ressenti au plus près l’univers impitoyable du milieu artistique et la profonde cruauté de notre société envers les femmes qui ne sont généralement ni des putains ni des saintes, (et parfois les deux ! Si,si), surtout si elles ont un talent et une force susceptibles de faire de l’ombre aux machos et autres dominants.

La partie émotion littéraire maintenant. Celui qui a le plus vibré à ton récit c’est le cousin qui regrette tant, faute de t’avoir connue plus tôt, de n’avoir pu partager avec toi toutes ces joies et ces peines. A chaque méandre de tes pérégrinations je me suis dit que j’aurais tant aimé t’aimer si nous n’avions été si loin l’un de l’autre. J’aurais aussi aimé t’aider, comme l’écrivait Voltaire, à "écraser l’infâme". Je suis, depuis ma jeunesse, un adepte de l’ataraxie, vertu chantée aussi bien par les stoïciens que par les épicuriens dont je suis l’indéfectible disciple. A ce titre je pense de façon très immodeste que j’aurais pu t’apporter un peu de douceur. Que je sois ridicule jusqu’au bout en t’avouant sans honte que j’ai souvent pleuré au cours de ton récit.

Et merde à tous ceux qui t’ont fait souffrir qui doivent être les mêmes qui se moqueront de ma sensiblerie toujours préférable à la “brutalerie” qui nous entoure et triomphe un peu partout hélas !

Bernard

Une lettre

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20 novembre 1975, Franco tire sa révérence après avoir imposé l’un des régimes les plus abjects qui soit, là juste derrière la barrière des Pyrénées. Un régime qui s’est imposé sur le sang des hommes, scellé son assise politique à coups de juridictions d’exception et puisé son idéologie sur un nationalisme exacerbé, allié au catholicisme le plus réactionnaire et le plus répressif.

Le 20 novembre marque la mort du Caudillo mais le franquisme saura lui survivre dans ce qu’il a de plus délétère mafieux et vénal. La loi d’amnistie du 16 octobre 1977 sera vécue par beaucoup comme une loi d’impunité des anciens tortionnaires, imposant une chape de plomb sur une Histoire qui aurait bien mérité de solder collectivement et publiquement ses comptes.
La République sacrifiée une deuxième fois sur l’autel de la démocratie ? En tout cas l ’anti-franquisme ne sera pas le socle commun de l’identité espagnole de l’après Franco....

40 ans après, les plaies sont vivaces, la mémoire en éveil car restent toujours dans les consciences et les mémoires la terror blanco, les 130 000 disparus, les 600 à 800 charniers de républicains, l’évocation de la phalange et le symbole du garrot...

40 ans après, les Éditions Arcane 17 ont voulu célébrer cet anniversaire. Il nous touche, nous parle car nous nous sentons pyrénéens, basques, républicains, cocos, anars, indignés ou Podémos...

Franco la muerte

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L’inscription a été sélectionnée par les Inrocks parmi les 150 BD indispensables !

Dommage que dans ce hors-série, actuellement en kiosque, on ne relève que 7 femmes sur quelque 150 auteurs (et zéro sur la couverture…). La parité progresse !

Les Inrocks hors série

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En souvenir d’un moment de dédicace au festival de Fismes , berceau d’ Uderzo, ou j’ai fait plein de très belles rencontres avec de très belles personnes. Merci les Fismois !

(Et désolée pour la coiffure, il y avait beaucoup de vent !)

Chez Uderzo !

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Chantal Montellier – La Reconstitution

Une intime universalité

Que peut-on attendre d’une autobiographie ?
Un récit linéaire, déjà. Avec des flashbacks, bien entendu. Qui rythment la narration. Un pas en arrière, deux pas en avant. Mais la forme en est toujours une sorte de ligne tendue entre l’enfance et le présent de l’auteur(e). Chantal Montellier, prenant pour point de départ les obsèques de son père, n’y coupe pas. Mais à cette linéarité attendue, elle va mêler, comme à son habitude dans ses fictions, un récit en spirale. Illustrant son texte par des images qu’elle crée et reproduit, qui partent, qui reviennent, qu’elle recadre, qu’elle décadre, qu’elle décompose et qu’elle recompose, qu’elle extrait et qu’elle colle, Chantal Montellier revient continûment sur des motifs dont elle démultiplie les points de vue et qui, chaque fois, se chargent d’un sens nouveau. D’un sens voisin. D’un sang neuf.
Tresser la forme linéaire (du texte) et la forme spiralée (de l’image) est une singularité qui lui appartient.
Mais surtout, son témoignage essentiel et incontournable (parce qu’il croise le destin individuel d’une artiste unique au parcours parfois douloureux, avec le destin chaotique de la Bande Dessinée – et celui, tout aussi tumultueux, de la politique française et internationale), est sans cesse animé par le « geste artistique ».

Qui s’attendait à voir la couverture de Shelter redessinée, avec l’auteure et son éditeur en lieu et place des personnages ? Qui s’attendait à voir une planche de 1996 dans laquelle la dessinatrice elle-même se glisse dans la peau d’une protagoniste ? Qui s’attendait à voir le visage du Dick Tracy de Chester Gould, observant une scène de Andy Gang, série parodique et engagée que le héros américain a inspiré à l’auteure ? Cette figure de style, dont on se souviendra (dont il faudra se souvenir) que c’est Chantal Montellier qui l’a inventée, c’est un peu comme si un Brian De Palma, voulant raconter sa vie, incrustait dans la fameuse scène de la gare de son film « Les Incorruptibles », l’image numérique d’un Alfred Hitchcock bienveillant, scrutant en témoin neutre mais attentif la maestria de la séquence.

Et puis il y a la beauté.
Les rêves, dans les fictions de Chantal Montellier, qui hantent ses héros et héroïnes, viennent très souvent défaire le nœud de l’intrigue. Dans son autobiographie, les quelques rêves mis en séquence pourraient bien avoir la même fonction.
Et ils sont de toute beauté.

Les textures et les tonalités qui intensément se heurtent, provoquent irrépressiblement des émotions esthétiques étranges et pénétrantes.
Et puis il y a cette double-page.
« Enfant, je rêvais souvent que je sortais de mon lit et je m’y rendais [dans le bois d’Avaize] volant comme la Wendy de Peter Pan ! », écrit Chantal Montellier. Et elle dessine une fillette cambrée, bras en arrière et enveloppée d’un drap blanc évanescent. Un peu plus loin, un grand rectangle sans cadre d’une forêt au bleu flou et pâle enjambe deux pages. Et une vignette sans cadre c’est comme une fenêtre par laquelle nous aurions passé la tête. Nous sommes immergés dans la forêt. Insérées dans cette image, trois photographies cadrées. L’une montre sa maison de l’enfance côté jardin. Les deux autres montrent l’école de garçons où Chantal Montellier passait son temps libre avec les filles du directeur, quand les élèves étaient partis. Et des vues extérieures cadrées, c’est comme si nous étions dans un intérieur, observant au-delà de notre fenêtre à l’encadrement délimité.
Nous sommes donc à la fois dehors ET dedans. Et par-dessus l’ensemble, six « Wendy/Chantal », reproduites à l’identique mais dans des positions et des tailles différentes, virevoltent sur la double-page avec une grâce délicate et grave.

Le rêve fantasmé pénétrant le réel.
L’art sublimé investissant le témoignage photographique.
Le tout est d’une beauté à couper mon souffle, à figer mon regard, à cristalliser ma pensée.

« Catastrophe » est le mot clé du récit. Dès le début, sur la première page. « Je dédie ce livre à mes parents qui pour avoir été catastrophiques, ne m’en ont pas moins permis de faire les Beaux-Arts. Paix à leurs âmes. » Et jusqu’au dernier chapitre. « Apostrophes rime avec catastrophe. » Entre les deux, la catastrophe de de Tchernobyl et de Fukushima, des catastrophes politiques, sociales de lachute de l’URSS au chômage de masse, des guerres chirurgicales, aux Twins towers... Sans oublier quelques catastrophes plus personnelles (pertes d’éditeurs, ruptures douloureuses).

Si l’esthétique d’une oeuvre se mesure dans l’écart entre l’horizon d’attente du lecteur et le bouleversement de cet horizon d’attente par l’auteur(e), alors l’ampleur esthétique de La Reconstitution relève, en termes de déflagration, de la catastrophe elle-même. Mais une catastrophe dans laquelle il faut entendre le mot formidable – et il y a « terrible » dans l’étymologie de « formidable ».
Une catastrophe lumineuse.
Le témoignage seul, dans les classiques autobiographies, prétend à une objectivité historique que jamais il n’atteindra. Chantal Montellier, en frottant continûment le geste artistique au témoignage, atteint, elle, une forme d’universalité. Une intime universalité qui nous touche, chacun, au plus profond. Qui nous coupe le souffle. Qui fige notre regard. Qui cristallise notre pensée. Parce qu’en artiste véritable, Chantal Montellier a compris – et elle nous montre, et elle nous dit – que la souffrance et la beauté, en ce monde, dansent ensemble ; et au plus près l’une de l’autre.

BernarDDato
Rédacteur à Comic Box

Un article de Bernard Dato

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"Le syndrome Santana" par Bernard Dato

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Bonjour,

Excusez-moi de vous importuner mais je me permets de vous envoyer ce mot
car je viens de lire votre dernier livre : « La Reconstitution »
Je suis un simple amateur de bandes dessinées de la même génération
que vous. Je connais vos livres que j’ai toujours aimé car j’ai toujours
trouvé que vos albums étaient ceux qui nous donnaient à voir l’état de
notre société avec le plus d’éclat et le moins de concession. On se rend
mieux compte à la lecture de votre dernier ouvrage du courage qu’il vous a
fallu d’abord en tant que femme dans un monde de machos, puis pour montrer

une réalité que beaucoup préfèrent ne pas voir. La seule chose que
l’on puisse regretter est que les sujets que vous abordiez il y a trente
ans sont plus encore maintenant d’une brûlante actualité.
Je voulais vous dire combien votre récit m’a touché, même si je suis un
homme.
(...)

Mais votre récit est aussi très intéressant par ce qu’il dit de la
société dans laquelle j’ai vécu. Je n’avais pas à cette époque votre
clairvoyance mais je me suis toujours senti de gauche, enfin la ”vraie
Gauche”...

Quand je suis arrivé au passage où vous parlez de la revue « Ah !
Nana » il m’est revenue une petite anecdote : j’avais acheté par
hasard je dois dire le premier numéro. Ayant trouvé cela intéressant j’achetai
les numéros suivants quand je pouvais en avoir chez les buralistes.
D’autre part il y avait un spécialiste de bandes dessinées à Nantes que
j’allais voir régulièrement pour m’informer sur ce qu’il avait et
j’achetais des albums en fonction de mes moyens du moment. Un jour je lui
demande s’il connaissait la revue « Ah ! Nana ». Il me fait une
réponse qui signifiait : « Oh ! mais je ne vais quand même pas vendre des
trucs comme ça, je ne vais pas jouer contre mon camp. Celui des
hommes ». Je suis resté bouche bée devant tant de bêtise. Inutile de
dire qu’il ne m’a plus revu.

J’ai aussi retenu, entre autre, votre passage au journal l’Humanité et
l’homme en noir. Lisant cela on peut voir que l’organisation
portait déjà en germe l’évolution du parti communiste français et les
conséquences que cela à eu pour la politique française. Je n’en fais
bien sûr pas le seul responsable du marigot politique actuel où les
crocodiles chers à votre cœur (c’est une façon de parler) ne manquent pas.

Je ne veux pas vous embêter plus longtemps avec mes histoires même si la
richesse de votre livre me renvoie à de nombreuses réflexions et
anecdotes personnelles. Je veux quand même vous remercier encore une fois
pour les albums forts que vous avez écrits et dessinés et aussi pour
cette première partie de votre courageuse biographie. C’était le but
premier de mon message. J’attends la suite avec intérêt.
Merci d’avoir eu la patience de me lire.

François T.

Ma réponse :

Merci François, votre lettre me fait chaud au cœur.
Il m’en faudrait beaucoup d’autres comme celle-là !
Pour ce qui est du tome 2, l’éditeur semble reculer.
Je risque donc devoir me battre pour en trouver un autre.
Quand au Tome 1, tout semble être fait pour l’occulter
médiatiquement et en librairie,
comme le sont souvent mes albums au pays de
La “liberté d’expression” !

Une lettre qui fait chaud au cœur

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Merci cher Denis, de m’avoir fait passer ce texte. Un peu blessant pour moi, cependant. Cette façon, dès les premières lignes, d’insister sur les insultes dont je fus accablée et cela sans les critiquer, les remettre en cause, ne serait-ce qu’un peu, les relativiser, est très désagréable.
Pourtant, il me semble qu’il y a beaucoup de choses valorisantes me concernant si l’on cherche un peu (par exemple sur Internet). Pourquoi ne reprendre que ce qui abaisse, salie, humilie, stigmatise ?
Qui peut sérieusement apporter la preuve que je suis “licencieuse”, par exemple ? Et la liberté sexuelle ne vaut-elle que pour les seuls mâles ? Eux sont sexuellement émancipés et peuvent à peu près tout se permettre, “jouissons sans entrave !” ; les femmes, elles, sont des dépravées et des “trainées” dès qu’elles s’autorisent quelques libertés et se conduisent en homme sexuellement. L’hypocrite et castratrice morale bourgeoise à encore de beaux jours devant elle et les chèvres sont bien gardées. Malheur à celle qui sort du troupeau.
Il est vrai que les gens sales salissent et qu’il n’en manque pas dans la bédé comme ailleurs. Catel Muller (autre femme dessinatrice libre) pourrait elle aussi en parler longuement...
Et puis je ne suis ni la femme de, ni la fille de, alors, forcément... n’ayant la protection d’aucun parrain du milieu, cela suffit à faire de moi une cible facile.

Machiste et sexiste depuis toute éternité ce milieu ne pouvait que stigmatiser une femme comme moi. Je pense trop ? Je suis trop critique ? Y compris politiquement, il fallait me décapiter ! Je suis trop libre de mon corps, il fallait m’étiqueter “salope”... Briser le miroir dérangeant.

Une chose est sure, ne jamais remettre ces ignobles représentations, faites pour détruire, en question c’est se faire leur complice.
Comme disait Camille Claudel traitée elle aussi de “pute”, de “trainée”, de “folle furieuse” (jusqu’à ce que, contrairement à moi, elle bascule pour de bon dans la vraie parano) : “incapable de rien faire par eux mêmes, ils ne voient QUE le mal”.

De siècle en siècle c’est la même noire bêtise qui se répète et qui a pour fondement la peur du “continent noir” (freudien), la peur et aussi un cruel manque d’intelligence humaine, un cruel manque d’empathie, un cruel manque de respect , celui dû à tout être humain, fut-il de sexe féminin.

Mais, et l’art dans tout ça ? me direz-vous. Fait pour les chiens, j’imagine ?
Le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt.
La femme artiste montre l’image, l’idiot renifle son cul.

Ainsi va le monde pataugeant sans fin dans le caca patriarcal jusqu’à ce que mort s’en suive.

Bien à vous.
Chantal Montellier

(voir ici l’article publié dans l’Avis des Bulles)

Lettre à Denis Plagne “L’Avis des bulles”

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Chantal, ton livre n’est pas bien, ni très bien, ni ceci ou cela.
Il est FORMIDABLE. Libre et inventif, rigoureux aussi.
Je ne pourrais plus écrire le livre que je pensais écrire un jour
- autobiographie, texte + collages - tu l’as déjà fait, et avec quel art !
Bravo, reçois ici l’expression de mon respect pour un si beau travail.
Nous avons quelques expériences de vie - ou plutôt de "ressentis" communs.

Je t’embrasse,

silvia

Lettre de Silvia Radelli, peintre et écrivain

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- Pour la libération de la Femme, de sa parole et de ses images, fussent-elle dérangeantes, bousculantes, perturbantes, choquantes, clivantes.
- Pour l’insoumission aux règles d’airain de la bêtise machiste, sexiste et de ses flics toutes catégories confondues (du beauf poilu, aux clercs sophistiqués parfois de sexe féminin).
- Pour le refus de la castration mentale, qu’elle soit réelle ou symbolique, au nom de l’ordre dominant ou des désordres qu’il génère et qui nous font dégénérer. Régresser.
- Pour le droit de crier nos colères, nos refus, nos douleurs, sans passer aussitôt pour des folles.
- Pour le refus de tous les baillonnements et emprisonnements au nom du politiquement correct, de la bien pensance et de la bien séance. Au nom des connivences trop confortables, des robinets d’eau tiède et des couettes asphyxiantes. Au nom des alignements mortifères.
- Pour que l’on sache mieux “repérer et traiter” nos castrateurs et leurs collabos conscients ou non.
- Pour que nos vies, nos luttes et nos créations soient fécondantes et authentiquement libératrices.
- Pour que vive Artémisia et soient mis hors d’état de nuire tous les empêchements à vivre de la création véritable.
- Contre les hiérachies socialement construites. Les intérêts sordides et la bassesse derrière le masque du féminisme.

AVANTI !!!

Chantal Montellier

Fondatrice et présidente d’Artémisia.

“Je suis Artémisia”.

Bon 8 mars à toutes et tous !

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La Reconstitution, livre 1

Sous ce titre étonnant, Chantal Montellier livre sa vie sans détours. Un album avec texte et images, qui apportent autant d’éléments sur la carrière de l’auteure que sur le contexte des années 1960 et 1970. Le livre 2 évoquera une période démarrant en 1980.

Pour baptiser son autobiographie "reconstitution", il faut considérer son existence comme un drame, au moins en partie. Derrière ce vocable, on range plutôt les enquêtes criminelles... Mais Chantal Montellier envisage sa vie comme une lutte, une résistance, une violence aussi. Ce volume relève donc de l’autobiographie, dans une forme assez libre. Pas vraiment un album BD, mais sans aucun doute le témoignage précieux d’une grande dame du 9e art.

Montellier n’élude pas grand chose : sa difficile relation au père, ses longues années de psychanalyse, les blessures amoureuses... Le règlement de comptes n’est jamais loin, notamment avec ces deux personnages publics surnommés "le ricaneur" (l’écrivain et comédien Pierre Charras, décédé en 2014) et "élitix". Mais tout en étrillant ces compagnons pathogènes, l’auteure ne s’épargne pas, épinglant ses propres faiblesses, ses fêlures, ses erreurs.

En parallèle, on découvre bien autre chose : la région de Saint-Étienne où elle a grandi, le milieu des beaux-arts où elle a étudié et, bien sûr, notre cher microcosme BD. L’aventure Métal Hurlant, les début de Futuropolis, le magazine féministe Ah Nana ! : autant d’épisodes forts de l’entrée dans le métier de l’auteure.

Sur le plan graphique, La Reconstitution offre une belle palette de styles, mais permet aussi de retrouver de nombreux documents, et pas seulement signés Chantal Montellier : couvertures de magazines, affiches, photos retouchées : le texte s’équilibre plutôt bien avec les illustrations. L’occasion d’apprécier la variété et la précision du trait, et le recours fréquent aux photos, procédé devenu à la mode au début des années 1980.

La suite s’annonce tout aussi tendue, avec une ostracisation croissante dans le milieu BD de la fondatrice du prix Artemisia. Et un traumatisme profond : une apparition dans l’émission Apostrophes de Bernard Pivot sur le thème du danger nucléaire et dont on peut voir quelques images sur le site de l’INA.

L’article est visible sur le site d’ActuaBD.com

Un article de David Taugis dans ActuaBD

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Le 13 mars à 19 h 30, signature de La Reconstitution

à la librairie Libre Ere

111, boulevard de Ménilmontant, 75011 Paris

Rendez-vous le 13 mars

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Bonjour Chantal,

Je tenais à te dire que j’ai été touché et ému par ton livre dont je viens
de terminer la lecture.
Des choses dures que tu as vécues, il reste une œuvre forte et originale et
c’est ce qui clôt le bec à tous les minables qui t’ont fait souffrir. C’est
cela le plus important. A bien des moments, je me suis senti proche de toi,
de ta révolte et de ton rejet radical du monde borné où nous vivons. Nous
n’avons pas changé ce monde, hélas, mais on les emmerde : nous ne mangeons
pas de ce pain là !

J’attends le tome deux avec intérêt… Le combat continue !

Très amicalement,

Michel

PS : j’ai beaucoup apprécié la maquette de ton livre.

Un courrier de Michel Jens

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Sur le site de l’UJFP, une intéressante contribution de Serge Grossvak :

“Nous vivons une « affaire Dreyfus » à l’envers.
Derrière l’émotion, plus que justifiée, qui s’empare de notre pays, nous vivons une page majeure et structurante de l’histoire de la France. Nous vivons une affaire Dreyfus à l’envers. Si « l’affaire Dreyfus » était à l’initiative des forces progressistes et avait amené l’émergence des valeurs émancipatrices, cette phase critique que nous vivons actuellement est portée par les forces conservatrices porteuses du regard du dominant, du soumettant, du bon en guerre contre le mauvais. La France de Victor Hugo se ferme, la longue histoire rebelle et révolutionnaire s’enterre. Le camp de la « gauche de gauche » a du souci à se faire.

Il est difficile de croire que notre capitaine de pédalo ait pu être à la conduite de ce travail puissant de l’opinion publique. Le regard sur la mort et l’horreur est conduit de main de maître en simple pulsion de rejet, en condamnation morale aveugle. Nous sommes les bons, ils sont les mauvais. Nous défendons « nos valeurs », ils sont des barbares. Et peu importe si « nos valeurs » sont plus boursières qu’humaines, si notre liberté est la liberté des puissants de nous mépriser, si notre égalité est chassée de notre vie réelle, si notre fraternité est tirée vers les injonctions à se soumettre, le racisme en découle. Peu importe ! (...)“

lire la suite : http://www.ujfp.org/spip.php?article3765

Nous vivons une affaire Dreyfus à l’envers

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Par Mathias Delori

Une sensation circule depuis l’attentat perpétré contre la rédaction de Charlie Hebdo : nous sommes en train de vivre un « 11 septembre français ». Si on laisse de côté la question du volume (environ trois mille morts d’un côté, une douzaine de l’autre), le parallélisme entre les deux événements saute en effet aux yeux. Dans les deux cas, les attentats ont été perpétrés par des personnes se réclamant de l’Islam. Ils ciblent par ailleurs des personnes civiles et des symboles de la modernité occidentale (la presse ici, le capitalisme là-bas). Enfin, ils mettent en œuvre une stratégie « terroriste » au sens où il s’agit de provoquer une émotion de peur dans le pays touché. Cette idée selon laquelle nous aurions affaire à un « 11 septembre français » a donc fleuri dans les rédactions. Elle conduit les commentateurs à s’interroger sur les leçons à tirer du 11 septembre américain et, plus généralement, à l’attitude à adopter face à cette « menace ».

A ce propos, deux interprétations semblent structurer le débat public. La première, outrancièrement raciste, affirme que l’Islam a déclaré la guerre à l’Occident et que ce dernier est en droit de se défendre. E. Zemmour, M. Houellebecq et d’autres islamophobes vont certainement s’engouffrer dans la brèche dans les prochains jours. Le corollaire de cette vision du monde est la peur ou la haine de l’Islam, peur et haine que les personnes susmentionnées ne récusent pas. La seconde interprétation invite au contraire à ne pas faire d’amalgame entre Islam et terrorisme et à ne faire la guerre qu’à ce dernier. Cette deuxième approche, dominante dans les discours officiels et les éditoriaux de la presse « mainstream », est plus nuancée que la première dans la mesure où elle dénonce la grossièreté de l’opération consistant à assimiler un milliards d’individus aux actes d’une poignée. Elle se présente par ailleurs comme « humaniste » au sens où elle condamne les idéologies haineuses et invite à se recueillir, pacifiquement, en solidarité avec les victimes des attentats.

Bien que différentes en première analyse, ces deux interprétations présentent au moins un point commun : leur dimension très émotionnelle. En effet, elles ne se fondent pas seulement sur des raisonnements articulés mais également sur une constellation (différente) de sentiments et d’affects. D’un côté, les islamophobes grossiers sont animés par des émotions négatives : peur et haine de l’autre, instincts revanchards, etc. D’un autre côté, les « humanistes » semblent traversés, d’abord et avant tout, par des émotions positives : compassion et sympathie avec les victimes, attachement affectif à des « grandeurs » positives (la liberté de la presse, la démocratie libérale, la république, etc.). La dimension émotionnelle de ces deux cadres d’interprétation se donne à voir dans l’espace public quand un groupe de personne brûle passionnellement un Coran et quand d’autres convergent les yeux rougis vers les places de la république pour un moment de recueillement. Ces deux types de scènes ont marqué l’imaginaire américain après le 11 septembre. Internet et les médias français nous passent en boucle leur équivalent français depuis le drame du 7 janvier.

Le caractère public et collectif de ces réactions émotionnelles nous rappelle que les émotions sont tout sauf des réactions spontanées. En effet, ces sentiments qui nous semblent si personnels, si intimes, si « psychologiques » sont en réalité médiatisés par des cadres interprétatifs qui les génèrent, les régulent et leur donnent un sens. Derrière les émotions se cachent des discours, des perspectives et des partis pris moraux et politique dont il importe de comprendre la nature pour bien mesurer leurs effets. Or quelle leçon pouvons-nous tirer de cette observation très générale sur le caractère socialement construit des émotions et de ce qu’on pourrait appeler le « précédent américain » ?

La philosophe J. Butler s’est intéressée aux réactions émotionnelles aux attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. Elle a relevé que ces réactions se sont articulées selon les deux dimensions évoquées plus haut : la dimension négative génératrice de haine, de peur et de désir de revanche et la dimension positive invitant à la compassion et à l’indignation morale face à l’horreur. J. Butler s’est principalement intéressée à la seconde car elle n’a pas, en apparence, le caractère belligène et grossier de la première. Ses conclusions intéresseront peut-être celles et ceux qui s’inscrivent dans le cadre humaniste, affirment « être Charlie » et veulent réfléchir au sens de leurs gestes politiques.

La première observation de J. Butler porte sur le caractère extraordinairement sélectif de ces sentiments de compassion. Elle relève que le discours humaniste a organisé la commémoration des 2 992 victimes des attentats du 11 Septembre sans trouver de mots ni d’affect pour les victimes, incomparablement plus nombreuses, de la guerre américaine contre le terrorisme. Sans nier avoir elle-même participé « spontanément » à ces scènes de commémoration, J. Butler pose la question suivante : « Comment se fait-il qu’on ne nous donne pas les noms des morts de cette guerre, y compris ceux que les USA ont tués, ceux dont on n’aura jamais une image, un nom, une histoire, jamais le moindre fragment de témoignage sur leur vie, quelque chose à voir, à toucher, à savoir ? ».

Cette question rhétorique lui permet de pointer du doigt le fait que des mécanismes de pouvoir puissants se camouflent derrière ces scènes apparemment anodines et (littéralement) sympathiques de compassion avec les victimes de la violence terroriste. Ces mécanismes de pouvoir se donnent à voir dans ce qu’on pourrait appeler le paradoxe du discours moderne et humaniste. Alors que ce discours accorde a priori une valeur égale à toutes les vies, il organise en réalité la hiérarchisation des souffrances et l’indifférence de fait (ou l’indignation purement passagère) par rapport à certaines morts : les morts de la « forteresse Européenne » (19 144 depuis 1988 d’après l’ONG Fortress Europe) et les enfants de Gaza – pour prendre deux exemples étudiés par Butler – ou encore les 37 personnes tuées dans un attentat au Yemen le jour même du drame de Charlie Hebdo, pour prendre un exemple plus récent.

Le corolaire pratique de cette observation est que ces cérémonies de commémoration ne sont pas triviales. Derrière leur paravent de neutralité positive, elles sont des actes symboliques performatifs. Ces cérémonies nous enseignent quelles vies il convient de pleurer mais aussi et surtout quelles vies demeureront exclues de cette économie moderne et humaniste de la compassion.

Appliquée à l’actualité française, l’étude de J. Butler apporte un éclairage sur la réaction officielle et dominante – c’est-à-dire « humaniste » et « compatissante » – au drame de la rédaction de Charlie Hebdo. Cette analyse invite à se décentrer et à s’interroger sur les effets de ces discours et gestes de compassion. Or il n’est pas certain que les effets mis en avant par les partisans de ce discours soient les plus importants. On nous explique que ces discours de sympathie et ces gestes de compassion peuvent aider les familles de ce drame à accomplir leur deuil. Mais ces familles (et les lecteurs de Charlie Hebdo qui ont noué des liens d’attachement à ces victimes) ne préféreront ils pas faire ce travail dans l’intimité ? On nous dit ensuite que ces discours et ces gestes sont une manière de réitérer le principe de la liberté d’expression. Mais qui pense réellement que ce droit fondamental soit aujourd’hui menacé en France, notamment quand celui-ci consiste à caricaturer la population musulmane, laquelle est – et restera vraisemblablement dans les moments à venir – fréquemment moquée, caricaturée et stigmatisée ?

Le travail de J. Butler nous enseigne que ces discours et ces gestes produisent plus certainement des effets belligènes. En effet, on aurait tort de penser que les guerres et la violence ne prennent racine que dans les émotions négatives. Contrairement à une idée fort répandue, la haine du boche et du « Franzmann » n’a pas été le premier moteur de la Première guerre mondiale. Cette guerre a d’abord pris racine dans les sentiments les plus positifs qui soient : la compassion pour les victimes nationales des guerres passées, l’attachement à la communauté nationale ou encore l’amour de grandeurs aussi universalistes que la « civilisation » en France et la « Kultur » en Allemagne.

On a le droit de penser que la guerre contre le terrorisme islamiste est une guerre légitime. Mais il importe d’être conscient d’une réalité statistique. En trente ans, le terrorisme islamiste a fait environ 3500 victimes occidentales, soit, en moyenne, un peu moins de 120 chaque année. Ces 120 morts annuels sont 120 catastrophes personnelles et familiales qui méritent reconnaissance. Ce nombre est toutefois bien inférieur à au moins deux autres : 9 855 (le nombre de morts par arme à feux aux États-Unis en 2012) et 148 (le nombre de femmes tuées par leur conjoint en France en 2012). Cette nécro-économie (E. Weizman) est certainement trop froide. Elle nous enseigne cependant que nos attitudes politiques sont embuées par notre sensibilité différenciée par rapport à la violence. En effet, personne n’aurait l’idée d’envoyer des bombes de 250 kg sur les maisons des auteurs d’homicide aux États-Unis. De même, aucun chef de gouvernement ne penserait à décréter l’Etat d’exception après avoir pris connaissance du nombre de meurtre sexiste et intra-familial en France. Pourquoi cet unanimisme, dans la presse de ce matin, au sujet de la nécessité de ne pas baisser les pouces dans le cadre de la guerre (militaire et non métaphorique) au terrorisme islamiste ?

Cette économie sélective de la compassion produit un deuxième type d’effet en ce qui concerne la perception de la violence d’État occidental. Les discours communautaristes ou racistes ont ceci de particulier qu’ils mettent bruyamment en scène la violence qu’ils déploient. À l’inverse, le discours moderne et humaniste est aveugle par rapport à sa propre violence. Qui a une idée, même approximative, du nombre de morts générés par la guerre américaine en Afghanistan en 2001, par celle des États-Unis et du Royaume-Uni en Irak en 2003 ou encore par l’intervention de la France au Mali en 2013 ? L’une ou l’autre de ces guerres était peut-être légitime. Mais le fait que personne ne soit capable de donner une estimation du nombre de morts qu’elles ont généré doit nous interroger. Dans ces moments où nous sommes submergés par les émotions, il peut être intéressant de penser à tous ces précédents et à ces morts, à venir, que nous n’allons pas pleurer.
http://blogs.mediapart.fr/blog/mathiasdelori

Ces morts que nous n’allons pas pleurer

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lundi 12 janvier 2015 à 13h52, par Gavroche sur le site libertaire de “Article 11”

(...) Oui, les dessinateurs de Charlie sont morts dans des conditions épouvantables, et personne ne devrait mourir pour des dessins, même racistes pour certains d’entre eux.

(...)

Et pis tiens, je vous transmets le texte de Pacôme Thiellement, qui raconte avec talent ce que j’aurais aimé écrire :

Nous sommes tous des hypocrites. C’est peut-être ça, ce que veut dire « Je suis Charlie ». Ca veut dire : nous sommes tous des hypocrites. Nous avons trouvé un événement qui nous permet d’expier plus de quarante ans
d’écrasement politique, social, affectif, intellectuel des minorités pauvres d’origine étrangère, habitant en banlieue. Nous sommes des hypocrites parce que nous prétendons que les terroristes se sont attaqués à la liberté d’expression, en tirant à la kalachnikov sur l’équipe de Charlie Hebdo, alors qu’en réalité, ils se sont attaqués à des bourgeois donneurs de leçon pleins de bonne conscience, c’est-à-dire des hypocrites, c’est-à-dire nous. Et à chaque fois qu’une explosion terroriste aura lieu, quand bien même la victime serait votre mari, votre épouse, votre fils, votre mère, et quelque soit le degré de votre chagrin et de votre révolte, pensez que ces attentats ne sont pas aveugles. La personne qui est visée, pas de doute, c’est bien nous.
C’est-à-dire le type qui a cautionné la merde dans laquelle on tient une immense partie du globe depuis quarante ans. Et qui continue à la cautionner. Le diable rit de nous voir déplorer les phénomènes dont nous avons produits les causes.

A partir du moment où nous avons cru héroïque de cautionner les caricatures de Mahomet, nous avons signé notre arrêt de mort. Nous avons refusé d’admettre qu’en se foutant de la gueule du prophète, on humiliait les mecs d’ici qui y croyaient – c’est-à-dire essentiellement des pauvres, issus de l’immigration, sans débouchés, habitant dans des taudis de misère. Ce n’était pas leur croyance qu’il fallait attaquer, mais leurs conditions de vie. A partir de ce moment-là, seulement, nous
aurions pu être, sinon crédibles, du moins audibles. Pendant des années, nous avons, d’un côté, tenu la population maghrébine issue de l’immigration dans la misère crasse, pendant que, de l’autre, avec l’excuse d’exporter la démocratie, nous avons attaqué l’Irak, la Libye, la Syrie dans l’espoir de récupérer leurs richesses, permettant à des bandes organisées d’y prospérer, de créer ces groupes armés dans le style de Al Quaïda ou de Daesch, et, in fine, de financer les exécutions terroristes que nous déplorons aujourd’hui. Et au milieu de ça, pour se détendre, qu’est-ce qu’on faisait ? On se foutait de la gueule de
Mahomet. Il n’y avait pas besoin d’être bien malin pour se douter que, plus on allait continuer dans cette voie, plus on risquait de se faire tuer par un ou deux mecs qui s’organiseraient. Sur les millions qui, à tort ou à raison, se sentaient visés, il y en aurait forcément un ou deux qui craqueraient. Ils ont craqué. Ils sont allés « venger le prophète ». Mais en réalité, en « vengeant le prophète », ils nous ont surtout fait savoir que le monde qu’on leur proposait leur semblait bien pourri.

Nous ne sommes pas tués par des vieux, des chefs, des gouvernements ou des états. Nous sommes tués par nos enfants. Nous sommes tués par la dernière génération d’enfants que produit le capitalisme occidental. Et certains de ces enfants ne se contentent pas, comme ceux des générations précédentes, de choisir entre nettoyer nos chiottes ou dealer notre coke. Certains de ces enfants ont décidé de nous rayer de la carte, nous _ : les connards qui chient à la gueule de leur pauvreté et de leurs croyances.

Nous sommes morts, mais ce n’est rien par rapport à ceux qui viennent. C’est pour ceux qui viennent qu’il faut être tristes, surtout. Eux, nous les avons mis dans la prison du Temps : une époque qui sera de plus en plus étroitement surveillée et attaquée, un monde qui se partagera, comme l’Amérique de Bush, et pire que l’Amérique de Bush, entre terrorisme et opérations de police, entre des gosses qui se font tuer, et des flics qui déboulent après pour regarder le résultat. Alors oui, nous sommes tous Charlie, c’est-à-dire les victimes d’un storytelling dégueulasse, destiné à diviser les pauvres entre eux sous l’œil des ordures qui nous gouvernent ; nous sommes tous des somnambules dans le cauchemar néo-conservateur destiné à préserver les privilèges des plus riches et accroître la misère et la domesticité des pauvres. Nous sommes tous Charlie, c’est-à-dire les auteurs de cette parade sordide.

Bienvenue dans un monde de plomb.

Pourquoi nous sommes tous morts

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Dans l’émission Femmes Libres du 14 janvier :
http://media.radio-libertaire.org/backup/03/mercredi/mercredi_1830/mercredi_1830.mp3

sur Radio Libertaire

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Elues Croc’Odiliennes ?,

Sylvie Chabroux, l’attachée de presse d’Artémisia vient de nous alerter au sujet de la censure toulousaine qui frappe L’expo autour de la BD "Les Crocodiles" réalisée par Thomas Mathieu et prévue pour la « Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes » (le 25 novembre) . Cette expo est interdite d’affichage dans le Square Charles de Gaulle à Toulouse. Deux élues de la Mairie s’y opposent fermement.

La ville rose, passée au main de l’UMP-UDI au printemps dernier, veut bien des affiches trash pour lutter contre la violence routière mais pas de BD choc pour lutter contre la violence faite aux femmes. Les édiles de la ville - emmenés par deux femmes, Laurence Katzenmeyer adjointe au maire en charge de la famille et Julie Escudier conseillère municipale déléguée et 17e vice-présidente de Toulouse Métropole en charge de la cohésion sociale - en dénoncent notamment "l’aspect immoral" et la "vulgarité".

Les femmes (des électrices comme les autres) apprécieront… et les dessinatrices anti crocodiles aussi.

J’ai personnellement consacré un album à ce sujet éternel : les prédateurs sexuels de femmes à la chair tendre. Cet album occulté s’intitule “Odile et les crocodiles”. La censure crocodilienne n’avait alors frappé que par le black listage de ce bouquin transgressif, mais le bruit s’était répandu que je fréquentais trop les marigots et que mes images étaient glauques !!! Ben tiens !

J’ai été contente lorsque, m’ intéressant à l’album de Thomas Mathieu, je suis tombée sur une interview de lui où il me citait, du moins mon livre, comme source d’inspiration. La chose est plutôt exceptionnelle et j’aurais plutôt imaginé que le flambeau serait repris par une Odile !! Hélas...

En regardant de plus près les dessins que, dans un premier temps, j’avais trouvé un peu maladroits et enfantins, je me suis aperçue que le contenu, texte et dialogues, avait du punch et tapait souvent juste, exemple :

Bref, au nom d’Artémisia, j’exprime mon soutien à Thomas Matthieu, et je crois que la plus grande vulgarité n’est peut être pas là où les élues toulousaines la mettent.

Chantal Montellier
Dessinatrice, scénariste, fondatrice d’Artémisia

Elues Croc’Odiliennes ?

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Reflexions sur la Fiac

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Lundi 19 jenvier en librairie !

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...

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La Reconstitution, 1er livre.

(...) Malgré les conséquences de cette rupture avec mon mari Pierre Charras, ma production ne faiblit pas et je publiai coup sur coup quelques albums d’assez bonne tenue, comme Odile et les Crocodiles, L’esclavage c’est la liberté, Joyeux Noël pour Andy Gang

Certes, il y eut aussi Les Rêves du fou, Blues et Le Deuil blanc qui pouvaient faire croire à quelques simplets (nombreux dans la bédé) que j’avais un petit problème de santé mentale, mais, paradoxalement, c’était plutôt le signe de ma bonne santé puisque j’osais enfin affronter l’horreur et tenter ainsi de m’en libérer. Hélas !, comme aurait dit ma psy, « la société réemprisonne ce que la création libère », mais je l’ignorais encore à cette époque. ElitiX, lui, ne trouvait rien à redire à ces albums, réalisés sous ses yeux, et qui allaient pourtant contribuer à faire de moi une paria dans le monde des petits Mickey et des grosses Castafiore…

Paraphrasant Molière dans Tartuffe, mes ingénus détracteurs auraient pu s’écrier : « Cachez ce sein-ptôme que je ne saurais voir ! Par de pareils objets, les âmes sont blessées. » En effet, mes images pour certains tenaient, semble t-il, lieu de symptôme !
Mais si, pour leur complaire, il fallait cacher toutes les représentations symptomatiques produites par les artistes au fil des siècles, il n’y aurait plus d’histoire de l’art possible et l’œuvre de Van Gogh, par exemple, serait depuis longtemps à la déchetterie. L’oeuvre d’art véritable ne se construit-elle pas que sur la blessure, le manque et le besoin de les sublimer ?

C’est peut-être cela qui différencie un art adulte d’un art mineur, la capacité à produire des images qui intègrent et mettent en lumière au lieu de les refouler, la face noire et la part maudite de l’humanité, de la vie.

Viviane Forrester, une femme de lettres et essayiste aujourd’hui disparue, avait eu ces mots dans une émission qui lui était consacrée : « On nous vend l’oubli de notre mort, pour mieux manipuler nos vies. »

La bédé en est souvent un bon exemple, qui nous infantilise de 7 à 77 ans.

Extrait de mon récit autobiographique en cours d’écriture.

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Il y a cent ans, Kafka achevait le "Procès". Pour rendre hommage au romancier, la ville de Prague célèbre cet anniversaire en accueillant deux expositions jusqu’à fin juin, dont l’une est consacré à « K : Kafka dans la bande dessinée ». Autour du travail scénaristique de David Zane Mairowitz sont exposés les artistes Chantal Montellier, Robert Crumb et Jaromír 99.

Autour de l’adaptation du Procès, Chantal Montellier répond à Radio Prague.

à lire ici :

http://www.radio.cz/fr/rubrique/histoire/du-proces-a-la-bd-prague-celebre-kafka

Une interview autour de l’exposition « K : Kafka dans la bande dessinée », de Prague

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A propos de l’album "Le sang de la commune", Chantal est interviewée par Jean-Pierre DIONNET et Philippe MANOEUVRE (avril 1982).

C’est à partir de là que les forces du grand capital se sont déchaînées contre elle…

http://boutique.ina.fr/video/I13269627/chantal-montellier-a-propos-de-son-oeuvre.fr.html

Dans les archives de l’Ina

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(cliquez sur l’image pour l’agrandir)

François Hollande n°2

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Le samedi 5 avril, Chantal Montellier propose une conférence sous l’intitulé "la BD fait sa révolution, sans les femmes" à Landerneau dans le cadre de l’exposition “quand la bd fait sa révolution” organisée par M.E. Leclerc.

Au programme :
De l’importance de la bande dessinée dans les systèmes de représentation et l’imaginaire collectif.
- BD art mineur pour les majeurs ? Art majeur pour les mineurs ?
- Un art prisonnier de son lectorat ?
- Une “révolution” prisonnière de son passé ?

Où sont les femmes ?

1) L’absence des femmes dessinatrices dans cette “Révolution” de la BD et les conséquences sur les systèmes de représentations.

2) Des femmes pourtant, soit dans la presse pour la jeunesse soit dans un journal de BD féminine : retour sur l’histoire de la revue Ah ! Nana, très vite interdite par la censure.
3) En s’appuyant sur le recueil “Sous Pression” de ses dessins politiques, Chantal Montellier témoignera de son expérience pionnière dans le dessin engagé.

4) Présentation des personnages féminins dans les albums de Chantal Montellier

5) Présentation de l’association Artémisia et de l’état actuel de la BD féminine.

6) En conclusion, Chantal Montellier proposera une lecture inédite de certains passages de son récit autobiographique : LA RECONSTITUTION à paraître.

Annexes : Les personnages féminins de Chantal Montellier

1982, Le personnage féminin dans LE SANG DE LA COMMUNE
1983, La musicienne Angela Parker dans WONDER CITY
1984, Odile dans ODILE ET LES CROCODILES
Les personnages féminins dans JULIE BRISTOL (3 tomes)
1990,-La Fosse aux serpents
1992,-Faux sanglant
1994,-L’île aux démons
1998,L’Ingénieure Lida Forest, dans LA FEMME AUX LOUPS
1998, Elisabeth Redman, dans LA DINGUE AUX MARRONS
2005, Chris Winckler et Florence Rey, dans LES DAMNES DE NANTERRE
2006, Les personnages féminins dans SORCIERES MES SŒURS
2006, Chris Winckler, dans TCHERNOBYL MON AMOUR
2011, Caroline Montbrasier, dans L’INSCRIPTION
2011, Marie Curie, dans LA FÊE DU RADIUM
2013, Christine Brisset dans L’INSOUMISE

La BD fait sa révolution, sans les femmes, une conférence de Chantal Montellier le 5 avril

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Pour réenchanter le monde, s’il n’est pas trop tard, il faudrait beaucoup de travaux comme ceux de Chloé Préteceille.
Allez-y voir, c’est un ordre !

http://bretzelle.net/bretzelle.net/albums/Pages/Consultation_de_pediatrie_-_chiva.html

Pour réenchanter le monde…

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Lettre de Rachel Deville

Bienvenue en Absurdie :

Ci-joint je partage la lettre que je viens d’adresser à l’Agessa en proie à une profonde indignation suite à divers démêles avec cet organisme...

Bonjour Monsieur ...,

excusez-moi de vous faire parvenir ce long mail quelque peu véhément alors que vous avez répondu à mes mails de manière cordiale,
mais je dois vous faire part de mon ressenti, je ne sais pas d’ailleurs si je dois m’adresser à vous, si cela est nécessaire,
vous pouvez transmettre ce courrier à qui de droit...

je suis auteure de bande-dessinée ayant réalisé à ce jour quelques commandes et publié deux albums de bande dessinée ainsi qu’un livre d’illustrations.
Comme la plupart des auteurs, je ne peux pas vivre de mon travail et pour pouvoir avancer dans mes projets (généralement de gros ouvrages)
je vis très humblement, bénéficiant bien malgré moi des minimas sociaux, soyons clairs, du RSA...
Pouvez-vous donc vous imaginer mon niveau de vie ? je ne pense pas...

Mais je vous explique ce qui me conduit à vous adresser ce courrier chargé d’indignation, de désarroi et cela va sans dire d’une totale incompréhension
du système dans lequel nous sommes à ce jour engouffrés...

Dernièrement, la Cité de la bande dessinée située à Angoulême où je réside m’a proposé d’animer un stage au mois de mars dans le cadre de
l’ exposition "Nocturnes"qui a lieu actuellement au Musée de la bande dessinée... Plusieurs de mes planches y sont exposées et cet atelier m’a été
proposé dans un esprit de filiation avec cette exposition... J’étais heureuse de pouvoir réaliser ces ateliers, voyant enfin une manière de gagner
un peu d’argent au mois de mars et me permettant, pour un temps de réduire mes indemnités issues du RSA...

Or, j’apprends il y a quelques jours que la Cité ne peut pas m’engager et doit annuler le-dit stage, mais pourquoi donc ?
Eh bien parce que je ne suis pas affiliée à l’Agessa...(J’ajoute que la Cité ne peut pas me payer en salaires et qu’un simple numéro de siret ne suffit pas.)

J’’apprends donc que, pour pouvoir être affiliée auprès de cet organisme qui, rappelons le est chargé d’une mission de service public visant à assurer
la protection sociale des écrivains, traducteurs, illustrateurs, auteurs, etc…) je dois gagner à peu près 9000 euros par an...

Vous exigez donc d’un auteur quel qu’il soit qu’il gagne cette somme afin que celui-ci bénéficie de cette"protection sociale" comme vous l’appelez,
mais savez vous que la plupart des auteurs ne l’atteignent même pas sur deux , voir trois ans ? Savez-vous dans quel niveau de précarité nous vivons ?
Si ce n’était que cela...Car lorsqu’il nous arrive de facturer des commandes vous prenez tout de même un pourcentage sur les sommes que nous percevons !
Et lorsqu’on vous demande un simple numéro, vous ne voulez tout bonnement pas nous le donner...

Enfin, vous parlez de "Protection sociale" ? Mais de quelle protection sociale s’agit il lorsque ce système contribue à générer un profond sentiment d’exclusion et
d’injustice ? Dans ce cas précis, je ne peux pas travailler car je ne gagne pas assez ! De plus, il vient nous empêcher d’atteindre peut-être un jour cette somme...
Je n’en veux même pas , de votre protection sociale, tout ce que je veux, c’est pouvoir subvenir un peu plus dignement à mes besoins...

Je vous remercie de m’empêcher de travailler et de contribuer à ce que je ne sorte pas du processus du RSA !

C’est ce qu’on appelle, Monsieur le principe du chien qui se mord la queue...

Bien à vous,

Une auteure très en colère,

Rachel Deville

La dure vie des dessinateurs- trices de bd

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75 artistes sont représentés dans l’exposition organisée à Landernau par Michel-Edouard Leclerc sous le titre “Métal Hurlant , (A SUIVRE...) La BD fait sa révolution.

Deux femmes…

David B.
Baru
Beb-deum
Ben Radis
Ted Benoit
Philippe Bertrand
Enki Bilal
Christophe Blain
Blutch
François Boucq
François Bourgeon
Marc Caro
Yves Chaland
Jean-Christophe Chauzy
Jean-Claude Claeys
Serge Clerc
Didier Comès
Nicolas de Crécy
Jacques de Loustal
Johan de Moor
Philippe Delaby
Jean-Claude Denis
Philippe Druillet
Nicolas Dumontheuil
Dupuy et Berberian
Didier Eberoni
Will Eisner
F’murrr
Jacques Ferrandez
Jean-Claude Forest
Régis Franc
Philippe Francq
André Franquin
Jean-Claude G a l
Philippe Gauckler
Jean-Pierre Gibrat
Paul Gillon
Jean Giraud - Moebius
Juanjo Guarnido
Victor Hubinon
Jijé
André Juillard
Kelek
Patrice Killoffer
Jean-Charles Kraehn
Manu Larcenet
Olivier Ledroit
Tanino Liberatore
Jacques Lob
Régis Loisel
Milo Manara
Frank Margerin
Jacques Martin
Jean-Claude Mézières
Chantal Montellier
José Muñoz
Jean-Michel Nicollet
Patrice Pellerin
Peyo
Hugo Pratt
Pascal Rabaté
Etienne Robial
Jean-Marc Rochette
Grzegorz Rosinski
François Schuiten
Joann Sfar
Denis Sire
Benoît Sokal
Guillaume Sorel
Jacques Tardi
Albert Uderzo
William Vance
Alex Varenne
Winshluss
Zep

A Landernau "la bd fait sa révolution". Parité ?

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Panthéon…

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QuickTime - 18 Mo

BD : les femmes se rebiffent

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31 janvier 2014, rencontre avec Catel (qui prend la photo) et avec le graphiste Stephane Bielikoff (couverture du livre “Ainsi soit Benoîte Groult”) dans un café parisien... Que va t-il en sortir ? La même chose que de “la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection” ???

Rencontre

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Je viens d’apprendre la mort de mon ex mari Pierre Charras, mort le 19
Janvier 2014. Nous nous étions rencontrés dans un café d’étudiants en 1968.
Il finissait des études d’anglais, moi les Beaux Arts. On a fait 68 et du
théâtre amateur ensemble, avec Alain Françon et André Marcon. On a refait
le monde ensemble. On est entré au PCF ensemble, on est “monté à Paris”
ensemble, on a quitté l’enseignement ensemble. On a fait nos premières armes
ensemble... Sans lui je serais restée prof d’art plastique au fond de la
province, j’aurais évité de prendre des coups, d’essuyer des plâtres, d’être
ostracisée, (et j’aurais peut être des enfants et une retraite digne de ce
nom)... Mais je n’aurais pas fait d’œuvre (enfin, pas celle là) et n’aurais pas
mon nom dans le Dictionnaire Universelle des Créatrices.

Fin 70 début 80, trahison, abandon et humiliations publiques. Ainsi se terminent les utopies.
L’homme a eu les prix la femme le mépris.
Cependant comme dirait Gérard Streiff, mon compagnon et mari actuel :
“Paix à Charras” et puis c’est quand même un peu de ma vie qui disparait.

In memoriam.



Œuvres signées ensemble :
- Le Sang de la Commune, Futuropolis 1982
- La Toilette, Futuropolis 1983

http://www.livreshebdo.fr/article/lecrivain-pierre-charras-sest-eteint

Avis de décès

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Voici un extrait de l’émission de France 2, “Grand Public” diffusée le samedi 30 novembre. L’affaire Rey/ Maupin y était évoquée et mon album Les Damnés de Nanterre aussi...

QuickTime - 178.4 Mo
QuickTime - 178.4 Mo

Les damnés de Nanterre

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Conférence à Stuttgart

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(comme je n’en ai jamais eue en 40 ans de création en France !) est visible jusqu’au 7 février 2014 à la Maison de la Littérature de Stuttgart.

Entourant le grand spécialiste de Kafka, David Zane Mairowitz,
auteur d’une passionnante biographie et d’adaptations bd des oeuvres de
l’écrivain pragois, trois dessinateurs sont rassemblés et leurs images
mises en scène avec une grande intelligence et beaucoup d’ingéniosité.

Ainsi, les graphismes de Robert Crumb (Kafka), Jaromir (Le Château) et moi-même (Le Procès) se côtoient avec un vrai bonheur malgré des styles extrêmement différents. L’expo a été montée par Malgorzata Zerwe et David Zane Mairowitz lui même, avec l’aide logistique de Julia Kühne et l’association Gold & Wirtschaftswunder.

Après Stuttgart, l’exposition ira à Salzburg en Autriche, puis Prague, Munich et
sans doute Berlin.

Si la Gestapo de la Kulture Franzose, qui m’interdit d’expo digne de ce nom depuis 40 ans (sans que ça scandalise personne), nous laisse entrer, vous aurez
peut-être la possibilité de la voir à Pariz.

Achtungserfolg assuré !

En guise de petit apéritif quelques “captures d’images” suivies d’un article sur Le Procès, publié en France par Actes Sud :

Le Procès

D’après l’oeuvre de Franz Kafka

de Chantal Montellier, David Zane Mairowitz

Editeur : Actes Sud

Parution : 14 Novembre 2009

CRITIQUE DE LA RÉDACTION

Par Mikaël Demets

Après son ’Kafka’ réalisé avec Robert Crumb, David Zane Mairowitz s’allie cette fois à Chantal Montellier pour creuser un peu plus dans l’oeuvre de l’écrivain tchèque, en se concentrant cette fois sur son roman le plus fameux : ’Le Procès’. Très fidèle au texte originel, cette adaptation est l’occasion de redécouvrir un récit qui, lecture après lecture, ne cesse de révéler de nouvelles dimensions. Cette version dessinée prend soin de ne fermer aucune porte : plutôt que d’opter pour une interprétation, Mairowitz et Montellier s’appliquent au contraire à faire remonter l’infinie pluralité de ce roman labyrinthique. Toujours soucieuse de renouveler son langage graphique et de proposer à chaque album une esthétique en parfaite corrélation avec le texte qu’il illustre, Chantal Montellier oscille entre un ultraréalisme froid et un traitement plus chaotique, qui voit les vignettes se déchirer, les traits des personnages se déformer. Inquiétant, sinueux, son dessin lorgne vers le surréalisme (on pense notamment aux gravures de Max Ernst), et joue sur une symbolique macabre, peuplée de petits squelettes virevoltants et de montres inarrêtables, comme autant de culs-de-lampe menaçants et insidieux qui, à force, contaminent le récit. Inattendue, la pointe d’érotisme qui surgit au détour des personnages féminins ajoute encore à la multiplicité des sentiments forts, troublants et contradictoires que suscite cette adaptation indéniablement réussie.

Une expo magnifique

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N’autre école, la revue CNT des travailleurs de l’éducation, m’a demandé d’accompagner en dessins leur numéro 36 et son dossier "la pédagogie contre le sexisme.

Le résultat est à découvrir sur leur site :

http://www.cnt-f.org/nautreecole/

N’autre école : la pédagogie contre le sexislme

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FUKUSHIMA Mi-novembre de tous les dangers : TEPCO va commencer à retirer les barres de combustible de la piscine de désactivation 4

Peu de gens le savent au Japon, le croiriez-vous ????

Et pourtant, si ça se passe mal, il va falloir évacuer...

Ce qui nous attend à partir de novembre et pour une durée de 1 an ? 2 ans ? 4 ans ? 10 ans ? (les avis divergent, forcément, on ne sait pas comment ça va se passer et ça ne s’est JAMAIS fait ) : les travaux sur la piscine du réacteur 4 à Fukushima-1.

.....Quand je dis travaux, je parle du retrait des assemblages de combustibles de la piscine de désactivation. Plus de 1500 assemblages, chacun pesant en moyenne 172 kilos et mesurant environ 4m , qui devront être enlevés un à un sous l’eau, placés directement dans un chateau (sarcophage) de 100 tonnes, puis transportés un à un vers une autre piscine de désactivation au sol.

Au total, il y a 1533 assemblages (deux assemblages neufs ont été ôtés à titre expérimental il y a quelques mois) dans la piscine de désactivation N°4, pour un poids total de 264 tonnes : 1331 assemblages de combustible usé et 202 de combustible neuf.

Normalement, l’opération se fait sous le contrôle d’ordinateurs, au millimètre près, et prend 100 jours pour cette quantité. Cette fois-ci, tout se fera sans assistance informatique, avec une grue sur un pont roulant.

Il ne faut pas que les assemblages se touchent, il ne faut pas qu’ils se cassent, il ne faut pas qu’ils entrent au contact de l’air. Handicaps : certains sont peut-être cassés, déformés ou écrasés, des débris de toutes sortes sont tombés dans la piscine ; il y a des secousses sismiques tous les jours, ce qui met en danger des structures déjà fortement abîmées (le bâtiment a été soufflé par l’explosion du réacteur 3 voisin) , et on doit s’attendre à des répliques fortes du séisme de mars 2011.

On marche à l’aveugle. Un accident pourrait potentiellement être terrible. La radioactivité ambiante étant très élevée, les travailleurs ne peuvent rester sur place longtemps et doivent porter des combinaisons, masques, et trois paires de gants. Tout cela entrave leurs mouvements, gêne leur respiration et entraîne malaises et maux de tête violents. C’est infernal. C’est un travail très précis et épuisant dans ces conditions. Le fond de la piscine est à 18 mètres de hauteur, le sommet à près de 30 mètres. Personne ne l’a jamais fait et les travailleurs de la centrale ne sont pas formés pour ça. Je plains de tout mon coeur les chefs d’équipe.

.......Mais peut-être que ça se passera bien ?

(Publié le 29 septembre 2013 par Janick MAGNE)

Tout ça à cause de Marie Curie !

A vos masques, prêts ? Partez !

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Je suis en train de regarder (et d’écouter) parler Jean-Christophe Lopez sur
“Decryptimages” où s’exprime aussi l’amie Anne Van der Linden.

http://www.decryptimages.net/index.php/decryptcult-magazine

J’y apprends qu’il ne s’est absolument rien passé (“circulez, y’a rien à
voir !”) entre les séries commerciales pour la jeunesse des années 60 et
Jean-Christophe Lopez, Marjane Satrapi et leurs amis. J’y apprends également
que c’est grâce à eux que la bande dessinée a grandi et est devenue adulte,
que ce sont eux qui ont inventé le roman graphique et tout le reste. Mais,
quid, par exemple, du “bail avec dieu” de l’immense Will Eisner ? publié par
les Humanos en 1978 ?

On serait, à en croire JCL, passé directement de Pilote (Dargaud) à Alter
Comics et Six pieds sous terre. Bref, la génération des Lopez a tout inventé
ex nihilo en matière de bande dessinée ! Qu’on se le dise.

C’est à mourir de rire (ou à pleurer). En tout cas, c’est ce genre
d’attitude qui empêche la bande dessinée de devenir vraiment adulte, une
génération assassinant la précédente, ses auteurs, sa mémoire, et
s’appropriant la totalité des mérites, des audaces, des innovations, des
avancées à son seul profit.

C’est extrêmement malhonnête et totalement minable.

Une chose est sûre, tant que les enfants tueront leurs parents avant d’être
vraiment devenus adultes, il ne le seront jamais !

Le meurtre du père (et de la mère)

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Je réalise, en 1972, sans grand plaisir ni conviction mais avec application, une petite bande dessinée sur un scénario d’Alain Scoff qui est un ami de Wolinski. Cette BD sera publiée dans Charlie Mensuel. Lorsque je livre le travail, j’apprends qu’un certain Guy Pellaert cherche quelqu’un pour remplacer son assistante, Liz Bilj, qui le quitte. (Je retrouverai la trace de cette dessinatrice quelque temps plus tard dans la revue Ah ! Nana pour laquelle elle réalisa souvent, avec un talent certain, les couvertures.)

Je décide de me présenter et suis aussitôt engagée. Pourtant mon dossier est encore bien maigre...

Je ne sais rien de cet artiste dont le style s’apparente au Pop art et au psychédélisme. Je découvre Les aventures de Jodelle dont l’héroïne est un avatar de Sylvie Vartan, suivi en 1967 de Pravda la survireuse dont le modèle est cette fois Françoise Hardy, deux stars du show biz. Ces deux albums, avec leurs couleurs criardes, me semblent un tantinet vulgaires. Et puis, à cette époque je ne jure que par Léo Ferré, Marc Ogeret (chantant Aragon), Hélène Martin (chantant Jean Genêt)… Ce belge américanisé est, à mes yeux, un instrument du Marché et me voici sa « petite main » ! Cela ne me plait guère, mais j’ai besoin de ce travail. Ce que gagne le Pierre C. au théâtre suffit d’autant moins à nous faire vivre, qu’il dépense presque tout en restaurants et bouteilles de chablis… “Plop” ! Comme il a intitulé l’un de ces romans. “Plop ! relate une journée d’Antoine. Un difficile lendemain de cuite. Un réveil impossible ? Ce roman douloureux avait pour premier titre Deux ou trois rendez-vous. Pas sûr qu’Antoine ne rate pas le troisième : un rendez-vous avec lui-même.” Écrit Pierre Hild, de ce roman dans la Matricule des anges.

Guy Peelaert est, à cette époque, un quadragénaire sympathique et séduisant aux allures de jeune homme. Lorsque je débarque rue du Commandant Mouchotte ou il habite, à deux pas de la gare Montparnasse, on vient de lui passer commande d’une pochette de disque pour les Rolling Stones : It’s Only Rock’n Roll. Cet album est le douzième du groupe britannique et il est produit par Mick Jagger et Keith Richards. Guy ne sait trop quoi faire et on cherche des idées ensemble.
J’ai finalement le privilège de choisir parmi les maquettes et mon choix se porte sur celle où les stones, débraillés et alcoolisés, descendent un escalier monumental sous une double haies d’admiratrices leur jetant des fleurs.

Guy est très riche en albums photos, notamment de cinéma. Je vais pouvoir puiser la documentation à l’intérieur. Comme il opère d’après des montages photos, le travail à faire suppose de très nombreuses manipulations et une collaboration étroite avec un labo photo près de la rue de Rennes, où les images –tirées exclusivement en noir et blanc sous exposé- sont agrandies ou réduites pour trouver leur juste place dans la réalisation finale. Ce travail, méticuleux et fastidieux, m’échoit. Ensuite, quand tout est en place et qu’un cliché de l’ensemble a été réalisé, le Maître s’empare de son aérographe et « peint » l’ensemble.

Je devais gagner un peu moins de mille francs par mois alors que je travaillais une dizaine d’heures par jours ! Peelaert, qui déjeunait chaque jour au restaurant, payait nos deux repas, car le déjeuner était un important moment d’échange autour du travail en cours et il souhaitait donc que je l’accompagne. J’appris alors énormément de choses derrière les tables de chez Maria, rue du Maine.

J’étais très étonnée de la façon dont Peelaert vivait. Son appartement de trois grandes pièces au rez-de-chaussée d’un immeuble locatif de la rue du commandant Mouchotte, dans le 14e arrondissement, (l’un des plus grands de la capitale, où vivent plus de 1000 personnes), n’était meublé que de tables à dessin et de tabourets, de matériel pour le dessin, la peinture. Pas de placards, de fauteuils, de bibliothèque… Pas de livre ! Les murs étaient nus. Ni affiche, ni photo. Juste, dans un coin de mur, une petite photo de son père, bourgeois belge en tenue d’équitation, monté sur un magnifique cheval.

Dans sa chambre, un matelas à même le sol ! La plupart du temps, c’était moi qui le réveillait en arrivant vers 9/10 heures et en frappant à la porte. Il passait ses nuits dans les pubs et les clubs de Saint Germain ou Montparnasse, le bar à cocktail de la rue Delambre, Le Rosebud, était l’un de ses préférés.

Peut-être que Guy possédait un château ? Une chasse en Sologne ? Une somptueuse villa sur la côte Normande ? Un appartement luxueux à Bruxelles ? Mais alors il n’y allait jamais !
J’étais un peu sidérée. Comment un homme déjà bien mûr, qui exposait dans les principales capitales de la planète, qui réalisait la pochette d’un disque vendu à des centaines de millions d’exemplaires dans le monde entier porté par le succès d’un groupe à son apogée, pouvait-il vivre ainsi ? Sans rien, dans cet espèce de dénuement ! C’était incompréhensible. Aujourd’hui je crois mieux comprendre pourquoi quand je regarde le montant de mes droits d’auteurs et celui de ma retraite... “Pierre qui roule n’amasse pas mousse” et n’est-ce pas... It’s only rock an roll !

It’s only Rock and Roll

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J’ai reçu, pendant le mois d’août, celui de ma naissance, un certain nombre de lettres d’insultes,
généralement assez répétitives. Voici donc quelques suggestions (pour varier le vocabulaire), avec un
choix de polices de caractères (pour varier au moins le style).

A vos crachats !!!
Mais attention, chères ennemiEs et ex féministes ralliées au patriarcat et aux représentations dominantes
policièrement construites, les mots “folle”, “salope”, “victime de service”, sont tout de même
un peu usés et connotés machistes...
Ce n’est qu’un combat la régression continue.

Happy Birthday !

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Ca chie des bulles !

J’ai fait lire quelques pages, pas plus de trois ou quatre, de mon récit
autobiographique, “Par la bande”,
à une cinéaste de ma connaissance, Anne-Marie L...
Un film, dont j’étais le sujet, devait voir le jour, tourné par
elle... Hélas, hélas, hélas... Le projet avorte. La raison ? A la lecture de
ces pages de mon autobiographie, AML semble avoir paniqué, (il n’y avait
pourtant pas de quoi et je les publierai sur ce site ultérieurement). Nous
avons été voisines, elle et moi, vers le milieu des années 90, lorsque, au
fond du trou, cocue, vaincue, battue, rompue, perdue, ruinée, j’ai habité
dans le 20e arrondissement, rue Vitruve. Son voisinage fut à la fois positif
et négatif, et, lorsque quelques années plus tard, alors que j’avais réussi
à me reconstruire et reconstruire ma vie sur de meilleures bases, AML s’est
à nouveau manifestée, je n’ai pas refusé la main qu’elle me tendait. Sans
doute ai-je manqué de prudence, je savais la dame mauvaise langue et pas
toujours franche du collier mais j’étais décidée à “tourner la page” comme on dit.

L’idée d’un petit film sur mon travail et quelques séquences représentatives
de ma – difficile - vie d’artiste (expo, festival d’Angoul’men, séances de
travail sur l’ordinateur...) est venue. Tout allait bien ou presque.

Un projet de publier le DVD du film en même temps que le récit
autobiographique a ensuite émergé. Hélas, mon éditeur, après avoir visionné
l’objet, donna un avis négatif. Ce sont les risques du métier d’auteur.
SCANDALE ! La cinéaste ulcérée lui adressa aussitôt une lettre dans
laquelle... elle m’assassinait, moi ! En substance : - Vous refusez mon film
mais vous allez publier un merde immonde... “N’est pas Hervé Bazin qui
veut” sic, CM m’a fait lire son livre (3 pages !!!) c’est inepte... Etc,
etc...

Mon éditeur, sidéré et loyal, me fit passer cette lettre atterrante.
Comment est-il possible qu’une femme, qui se dit cinéaste, de gauche,
féministe, écrive des choses pareilles sur une autre artiste, cherchant à la
casser auprès de son éditeur/employeur. Je n’ai toujours pas compris.

La peur de ce que je pourrais écrire sur mon passage rue Vitruve et sur le
comportement de certaines personnes à mon égard ? Mais mon récit n’a pas pour vocation d’être un règlement de compte, même s’il n’est pas question de
censurer le réel ni de l’euphémiser. J’ai vécu ce que j’ai vécu dans une
société ou les femmes artistes sont assez systématiquement traitées de
“folles” et stygmatisées, ostracisées, victimisées. C’est un fait dont
pourrait témoigner la sénatrice Brigitte Gonthier-Maurin, présidente de la
délégation aux droits des femmes... Avant l’été et les vacances, cette
dame a auditionné de nombreuses femmes artistes ou actrices culturelles à
des postes divers. Ce qui est ressorti de ces auditions s’avère un peu
“effrayant, effarant”. C’est madame Gonthier elle même qui nous a fait part
de son émotion, de son effroi même, lors d’un déjeuner de presse en juillet.
“La délégation du Sénat aux droits des femmes et à l’égalité des chances
entre les hommes et les femmes a choisi, cette année, de travailler sur le thème
« Femmes dans le secteur de la Culture ». L’ampleur des inégalités et la spécificité
des formes de déni que subissent les femmes dans un secteur qu’on aurait pu
croire à l’avant-garde dans le maniement des représentations ont convaincu
la délégation de consacrer ses travaux à faire progresser la place des
femmes dans la culture.”
Mais qu’attendre d’une société ou une femme est
violée toutes les 8 minutes et une autre assassinée toutes les 48h ?

Pas question donc, pour moi de censurer les violences de toutes sortes que j’ai
subies (certaines venant d’autres femmes, hélas), mais il sera surtout
question de création et d’expériences éditoriales, (revue Ah ! Nana, femmes et
bd...) et politiques (dessins de presse)...

Bien sûr, le projet du film est enterré et c’est dommage, à mes yeux il avait
beaucoup de qualités et je n’étais pas tout à fait d’accord avec mon éditeur
même si certaines de ses critiques me semblent justes. J’ai une grande
confiance en Thierry Groensteen et en son honnêteté intellectuelle, nous nous
connaissons depuis la fin des années 70 et il me soutient désormais avec
beaucoup de constance, (je sais que ce n’est pas toujours facile, je n’ai
pas que des amis !)

Actuellement, je suis quasi quotidiennement couverte de lettres d’insultes par
Anne-Marie L. qui se répand en médisances et s’emploie à me couvrir de boue
partout ou elle passe.
Dans son dernier mel voici ce qu’elle m’écrit : “ tu es
connue comme la folle victime et salope des service... plus besoin de venir
à Marseille... ou ailleurs d’ailleurs ta réputation est faite !”
(elle montait le film dans une structure Marseillaise...).

Quel style, non ?

Ma réputation... Bah !.. Comme le chantait si bien Brassens :
“Au village sans prétention
J’ai mauvaise réputation.
Que je me démène ou que je reste coi
Je passe pour un je-ne-sais-quoi !
Je ne fais pourtant de tort à personne
En suivant mon chemin de petit bonhomme.
Mais les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux,
Non les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux,
Tout le monde médit de moi,
Sauf les muets, ça va de soi.”

Tout comme Brassens, je laisse “les braves gens médirent” et passe mon
chemin... Les chiens aboient, les hyènes ricanent, ma petite caravane passe !

Mais que tout ça est donc triste.

“PAR LA BANDE”

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Extrait du récit autobiographique Par la bande, à paraître.

Début 70, je suis encore prof d’art plastique... Annecy, Le Fayet, Bonneville ou je ne rejoins finalement pas mon poste, entrainée vers Paris par l’homme que j’ai épousé et que j’appelle, en mon for intérieur, Le Ricaneur, tant sa capacité à rire de tout et à déclencher l’hilarité est grande. Les femmes sont sa cible privilégiée, surtout celles qu’il a quittées, mais cela ne me trouble pas outre mesure. Pour moi il ne deviendra Sadix-le-Ricaneur que plus tard, lorsque je ferai, à mon tour, les frais de son ironie meurtrière.

Nous nous retrouvons dans une institution du côté de Thiais, le Hameau de Grignon. Un ancien château reconverti en boîte à cancres. Nous y sommes enseignants le jour, lui d’anglais moi de dessin, et surveillants la nuit, car il y a des pensionnaires et nous avons un logement de fonction près des dortoirs. Les soirées sont occupées par des animations avec les élèves ; peinture, jeux d’échecs et de cartes, théâtre...

L’appartement qui nous est octroyé est assez vaste, et même s’il est sombre je peux y travailler à des projets personnels de dessin et de peinture.

Je participerai, avant de quitter Grignon en 1973, à une exposition au Grand Palais, dans le cadre de la Jeune Peinture que présidait alors Gérard Fromanger, un peintre de la Nouvelle Figuration.

Le Ricaneur, qui veut faire du théâtre et a des projets précis de ce côté-là, décide de rendre NOTRE tablier. On perd deux salaires d’un coup, mais on a des rentrées en perspectives. Lui en jouant dans une pièce d’Alain Scoff au théâtre Mouffetard, moi avec le dessin.

Grâce à l’un de mes collègues, Aimé Marcellan, j’ai commencé à faire du dessin de presse dans le journal où il publie : Combat Syndicaliste, l’organe de la CNT. Ces dessins, à défaut d’argent, remportent pas mal de succès et je peux espérer, en publiant dans des journaux susceptibles de me rémunérer, retrouver un salaire.
Je n’ai pas vraiment conscience que je suis la première du genre, aucune femme jusqu’à moi ne s’était risquée dans le domaine du dessin politique, territoire de tout temps réservé aux seuls hommes. Je ne me doute pas que je vais essuyer les plâtres et déclencher des réactions violentes, de l’agressivité, de la jalousie, de la haine aussi, parfois.

Le Ricaneur et moi louons un minuscule deux pièces dans un immeuble du 4e arrondissement, rue Pavée, au sixième étage. Il n’y a pas assez d’espace pour entreposer mes toiles que je confie à un élève de Grignon, Lionel Hoebeck, qui deviendra plus tard éditeur.

Mes tableaux vont chez ce garçon et aussi dans la maison, spacieuse, de l’un de ses copains dont j’ai oublié le nom. Je ne pourrai jamais les récupérer quand, enfin, j’ai suffisamment d’espace pour les loger. Ils se sont tous volatilisés ! De toutes façons j’ai enfourché un autre cheval et c’est le dessin politique, sous toutes ses formes, qui me transporte.

Je publie rapidement dans différents journaux, de l’Humanité Dimanche à l’Unité. La période est au programme commun de la gauche, ce qui crée des passerelles d’un journal à l’autre, du PC au PS, du PS au PSU...
Bien sûr, je ne fais pas le même type de dessins pour l’Huma, la Nouvelle Critique, l’Unité ou Maintenant, l’hebdo de Paul Noireau. Plus politiques pour les uns, plus sociétaux pour les autres. Plus ou moins engagés en fonction des supports.

Par ailleurs la bande dessinée vient me chercher via la secrétaire d’un nouveau support “Ah ! Nana”, destiné à accueillir des œuvres féminines. C’est Anne Delobel, compagne et inspiratrice de Jacques Tardi pour la série Adèle Blanc Sec, qui sonne à ma porte. Le projet m’intéresse et je donne mon accord.

Je commence, entre la presse et la bd, à être surchargée de commandes et de travail. Je sollicite beaucoup Le Ricaneur avec lequel la relation, par ailleurs, tend à se dégrader. Il est coureur, aucun jupon passant à sa portée ne doit lui échapper. Certaines femmes, harcelées, viennent jusqu’à s’en plaindre auprès de moi, comme Anne P., maquettiste de la Nouvelle Critique et qui habite le même immeuble que nous, près de la gare Montparnasse.

Humiliée et cocufiée en permanence, ridiculisée, mon tour semble venu, après celui de sa première épouse, Chantal C., qu’il plaque du jour au lendemain sans un mot d’explication, celui de Gisèle M. qu‘il installe dans notre appartement alors que je suis à Annecy, puis abandonne de façon tellement brutale qu’elle se retrouve à l’HP d’où son père viendra la sortir ! J’en passe... Par ailleurs il rentre assez systématiquement ivre de ses soirées au théâtre.

Ma vie privée devient un enfer, mais je n’ai pas les moyens de m’en libérer. Seule dans une grande ville que je connais mal, sans vrai ami ni famille, avec une charge de travail considérable, je ne tiendrai pas le coup. Je dois donc subir. La relation vire au sado-masochisme.

Je ne suis pas sure de moi côté texte et le sollicite souvent, mais l’aide qu’il consent à m’apporter se paie très chère ! Avec le temps, peu à peu, je m’autonomise, mais ce travail de libération est lent et la situation, elle, est intenable. Une vraie torture.

Finalement c’est lui qui vers 1978, me quitte pour une fausse rousse au porte-monnaie bien rempli. Il pratique comme à son habitude, un largage sans douceur ni parachute, avec ricanement à l’appui. Je n’ai ni la force, ni le courage, ni les moyens de me battre. Prendre un avocat, me lancer dans un procès sont choses hors de ma portée. Je suis à terre. Une femme battue, cocue, rompue de plus.

Quelle importance ?

Lorsqu’il m’arrive de m’en plaindre je passe pour une paranoïaque. C’est la double peine : massacrée et traitée de folle !

Aujourd’hui encore je m’interroge. Pourquoi une telle violence, un tel sadisme ? Je n’ai pas compris à l’époque qu’il souffrait d’épilepsie. Oh ! pas des grandes crises spectaculaires comme celles de ma mère, crises faciles à identifier pour ce qu’elles étaient. Non, il n’a pas de convulsions. C’est une épilepsie à “bas bruit” si j’ose dire. Discrète. Presque invisible. Un risque de mort tout de même.
La crise arrive, il se sent “partir” et perd conscience pour une dizaine de minutes. La chute peut, à chaque fois, être mortelle : tomber du quai sur les rails du métro, se faire écraser en traversant la rue s’il y a perte de conscience, avoir un accident de voiture mortel, ce qui a failli nous arriver deux ou trois fois. J’ai réussi, entre Annecy et le Fayet, à éviter le ravin alors qu’il s’était effondré sur le volant de la deux chevaux !

Il ne disait rien de ses crises. Les cachait derrière un masque et des grands sourires. Parlait de coup de fatigue, d’ivresse... Il avait toujours une bonne explication à fournir, et cela avec humour. Il jouait son rôle à la perfection et ce qui avait failli être un drame finissait en éclat de rire. En ricanement plutôt.

En 1979 je publiai un album, Shelter, qui attira l’attention du grand prêtre d’Apostrophes, Bernard Pivot. Je fus invitée à une émission sur le nucléaire, “le chantage atomique”, en compagnie de quelques notables dont Bertrand Goldschmidt le conseiller du prince, Giscard d’Estaing. Je m’en sortis plutôt bien aux dires de ceux qui la virent, trop bien peut-être ? Quelques jours plus tard les coups (bas) commencèrent à pleuvoir. Une rumeur se répandit à la vitesse de la lumière : “Chantal Montellier n’écrit pas ses textes elle-même, elle est incapable d’aligner deux phrases correctement, c’est une buse... Une esclave sexuelle analphabète !” Les rires fusèrent de partout. On m’invitait dans des émissions radio pour me ridiculiser, des photos de moi en tenue d’Eve circulèrent... Et Sadix-le-Ricaneur, ricanait, ricanait, ricanait...

Je ne me relèverai jamais complètement de ce lynchage et en porte encore les stigmates, quelques trente cinq ans plus tard.

Le Ricaneur

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“La voiture qui nous emmène au crématorium Charlotte, Gérard et moi, traverse des paysages qui me sont connus. Tu m’avais même, cher papa, fais faire un tour dans ce coin en moto. La chose était suffisamment exceptionnelle pour m’avoir laissé un souvenir impérissable. J’avais une dizaine d’années, c’était l’été, j’étais en short et portais une longue queue de cheval attachée très haut sur la tête. On me trouvait jolie, pas toi. Nous sommes allés nous baigner. Il y avait du monde à cette rivière, des familles surtout, beaucoup d’enfants tous en maillot de bain multicolores. Moi j’étais en slip blanc petit bateau qui baillait de partout et j’étais morte de honte, ce qui t’a exaspéré : « Je ne t’emmènerai plus te baigner si tu fais toutes ces histoires ! »

Et en effet, tu ne m’emmèneras plus jamais me baigner. Bien fait ! Je n’avais qu’à me réjouir d’être en slip (trop large) au milieu des maillot de bains dernier cri.

Abandonnée de toi après tout tes efforts héroïques, je restais donc sur mon lit dans l’alcôve, avec mes livres, mes images, mes rêveries… mes dessins que personne ne regardait. Je faisais peu peu sécession. Je devenais « bizarre » pour les crétins, qui nous cernent. Mon imaginaire grandissait dans l’ombre, comme une plante un peu vénéneuse et étrange, qui occupa bientôt un espace excessif, colonisant chaque centimètre carré de l’appartement et le rendant pour moi, tout simplement, habitable, vivable. Kafka doit savoir ce dont je parle ?

L’Imaginaire contre le réel quand le réel devient mortel !

Folie ? Non, défense. La dernière.”

CM

Récit (autobio) Graphique, extrait :

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“La bande dessinée se donne-t-elle un genre ?” est le thème de la table-ronde lyonnaise organisée en juin, à Lyon, par l’Association H/F de Rhône-Alpes

D’abord invitée je fus très vite désinvitée après une conversation de quelques minutes avec une certaine Elisabeth Simonet.

Voici un échange de mel entre Florie Boy (master sur “les femmes dans la bande dessinée d’auteur depuis les années 1970”) et moi même à ce sujet :

Florie : - Je te contacte ce soir un peu rapidement car j’ai été contactée voilà deux jours par une association qui milite pour le respect de l’égalité hommes-femmes dans le milieu de la culture. C’est une association située en Rhône-Alpes. Ils ont entamé récemment un travail de recherche sur la bande dessinée et ils organisent une table-ronde au Lyon BD festival le 14 juin prochain.

J’ai eu une jeune femme au téléphone avec une petite voix immature et que j’ai eu l’impression de déranger en appelant, (accueil peu chaleureux). On a quand même discuté quelques minutes. Lorsque j’ai parlé des réticences de certaines dessinatrices à l’égard d’Artémisia elle a instantanément rétorqué : “je les comprends !!! Elles n’ont pas envie d’être dans un ghetto !” sic (...)

Je lui ai fait remarquer que cette façon de réagir faisait le jeu du machisme et que notre démarche artémisienne était plutôt de se battre pour la mixité (que contre les hommes) en affirmant qu’il y avait bel et bien une création féminine dans le 9e art et en faisant en sorte de la rendre davantage visible.
(...) Elle m’a assurée qu’elle était de mon côté tout en dénonçant en même temps “ces féministes agressives qui se tirent une balle dans le pied.” resic

Bref, le discours anti féministe habituel, un peu surprenant et déplacé dans ce contexte.

Je le lui l’ai fait remarquer et pour finir, ne sachant plus que dire, elle m’a carrément remerciée d’une formule :“Ce n’est pas grave, je continuerai à m’intéresser à vos actions, au revoir.”... Désinvitée une fois de plus ! Une fois de trop ?

(Mais peut-être est-ce en partie de ma faute ? Je m’énerve vite sur ces sujets.)

(...)

Ayant fait passé ce message à quelques amies, voici la réaction de l’une d’elle, Anne, plasticienne :

- C’est quoi "un genre" ? il y a au moins 3 pages de définitions dans le Littré.
cette table ronde annonce un thème valise un peu fourre-tout.
FW : discrimination hommes femmes dans le milieu de la BD Table ronde asso, Lyon
Et si par continuité de pensée on associe "genre" à "hommes-femmes" on pense forcément à genre humain sexué plutôt qu’à genre littéraire.
ce qui donne un amalgame complètement confus et imprécis.

"discrimination hommes femmes dans le milieu de la BD" est évidemment un VRAI problème…
autant que le fait qu’elle soit dominée par des hommes-blancs… Le milieu de la BD a peut-être tendance à être ségrégationniste ?

Je trouve seulement débile cette association de mots entre le sujet et le titre :
“la bande dessinée se donne-t-elle un genre ?” / discrimination hommes femmes
Ils ont voulu faire "un jeu de mots" et je le trouve raté.

C’est sûr que ça aurait choqué s’ils avaient proposé "Le milieu de la BD est-il discriminatoire et sexiste ?"
Bonne bagarre ! Je trouve que le prix Artémisia est une très bonne action affirmée et positive .

Et surtout bons projets personnels ! Tu sais bien que c’est TA CREATION qui défend le mieux la BD féminine.

grosbizou, Anne.

A vous de conclure !

"Le milieu de la BD est-il discriminatoire et sexiste ?"

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C’est le titre d’une nouvelle que j’ai écrite pour La revue du Projet publiée l’année dernière pour la fête de l’Huma.
Sur un mode métaphorique j’anticipe la déroute de la gauche caviar et la montée du FN boosté par les scandales. Quand au train qui déraille
(libérant le chat !) n’est-ce pas une métaphore de ce gouvernement qui va dans le mur ?

UNE SEULE SOLUTION, LA DISSOLUTION !

Quant à mon titre “froid, froid, froid, le printemps sera froid”, reconnaissez qu’il est assez bien vu... hélas.

Pour lire la nouvelle, cliquer sur ce lien.

Froid, froid, froid, le printemps sera froid

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Père pourquoi m’as-tu abandonnée ?

Extrait de texte de mon récit autobiographique, LA RECONSTITUTION, à paraître chez Actes Sud en 2014

La situation à la maison continuait à se dégrader inexorablement. Mon père s’absentait de plus en plus, ma mère souffrait de plus en plus, et il n’y avait aucune solution. Aucun espoir.

Mon père tentait depuis quelques années déjà de remonter la pente. Vers le milieu des années 50 il avait suivi des cours par correspondance prodigués par un institut technique reconnu. Le directeur des études était un ingénieur diplômé. J’ai conservé le papier certifiant que Monsieur Auguste Montellier a pris part aux cours par correspondance de “MECANIQUE APPLIQUEE”.
Il est aussi certifié qu’il a fait parvenir toutes les solutions des problèmes donnés dans le cours afin d’être corrigées. Les matières sont nombreuses : Eléments de machines, statistiques, dynamique, résistance de matériaux, constructions mécaniques, dessin industriel, géométrie descriptive, moteurs thermiques, moteurs hydrauliques, turbine, machine outils, physique.

Sa moyenne est excellente et la mention est « très bien ». Ce certificat est daté du 24 mai 1956.

Je revois encore l’auteur de mes jours penché sur son bureau, travaillant, étudiant. Un bureau en chêne massif avec une lampe de métal articulée, une Aronde grise et une moto étaient ses seuls biens du moment à ma connaissance.
Il travaillait tard le soir et même une partie de la nuit et se levait à l’aube pour aller à l’usine. L’usine !!! Lui qui avait une telle allure, une sorte d’élégance naturelle, de la classe... Quelle chute !

Parmi les lettres de lui que j’ai trouvées après sa mort, j’en ai découvert une adressée à sa future femme, Blandine, alors qu’il vivait encore avec ma mère. Il parlait des ouvriers qu’il avait désormais sous sa responsabilité puisqu’il avait réussi, avec les encouragement de sa famille et notamment de sa sœur Juliette, l’employée modèle, à devenir cadre : « Il y en a qui ont de ces trognes ! Je n’arrive pas à les regarder, ils me répugnent eux aussi. »

« Eux aussi » ?

Est-ce que je lui répugnais également avec mon air de cafard écrasé, comme celui en lequel se transforma un jour (ou plutôt une nuit) le personnage de Kafka, Gregor Samsa… « Personne n’a l’air de comprendre que Gregor, malgré son apparence d’insecte, comprend et pense comme un humain. »
N’étais-je pour mon père, à cette période de nos vies, qu’un « monstrueux insecte » tout comme l’auteur de « la Métamorphose » semble l’avoir été pour son père ?
Le mien, de père, changeait. Se redressait. Se retrouvait. Retrouvait peu à peu sa place et sa part dans le monde laissant ma mère brisée derrière lui. Me laissant moi, seule avec elle.

Sa nouvelle épouse était artificiellement blonde, toujours tirée à quatre épingles, les pieds sur terre, la tête dans le porte monnaie.
Ma mère, elle, devint folle. Crises de désespoir, violence contre elle même, défenestration, tentative de suicide au gardénal qu’elle finit, vers le milieu des années 70, par réussir.

En s’enfuyant mon père m’avait promis qu’il me prendrait avec lui sitôt réinstallé, mais il ne tint pas sa promesse. Une fois dans ses meubles, il m’oubliait, m’effaçait d’autant que sa compagne ne supportait pas mon existence. Elle n’avait pu avoir d’enfant, celui de mon père, marqué par le malheur, il lui fallait l’effacer.

Il est vrai que je faisais tâche avec mes idées noires et mes propos bizarres. Fantasque, présumée caractérielle, voire « folle » comme ma mère, j’inquiétais la bourgeoise. Elle jalousait aussi mon talent, ma réussite aux Beaux arts, ma beauté, car pour être un cafard je n’en étais, contradictoirement, pas moins belle.
Ma réussite scolaire fut niée. Mes sentiments et mon existence balayés par cette femme un peu bête, mais bien intégrée, qui incarnait une image de la NORME à laquelle, désormais, mon père se ralliait totalement.
Et puis, pour lui, j’incarnais sans doute aussi trop de mauvais souvenirs, ceux laissés par un passé exécré, honnis, maudit, qu’il fallait oublier. Annihiler.

Reconstitution

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« La vie de Christine Brisset est incroyable, qui dit la France du bitume ; c’est une femme profondément émouvante et cet album, qui sait jouer des ruptures du récit tout en restant d’une grande fluidité, est passionnant. Carton plein. » L’Express

« C’est une personnalité hors du commun, qui revit dans une BD remarquable. » Ouest France

« Voilà une BD-reportage didactique, captivante et actuelle, doublée d’un bel et vibrant hommage à cette femme d’exception, dont le courage et le combat forcent le respect. Salutaire. » planetebd.com

« Une telle femme ne pouvait que passionner Chantal Montellier, cette ambassadrice de la bande dessinée engagée au sens noble du terme. » dBD

« Chaque page ou double page a force d’affiche. (...) Une leçon de persévérance, de lutte et d’humanité. » BDsphère

« Un gros travail de choix de couleurs et de mise en page. (...) La variété dans la structure des planches apporte un tonus vivifiant à L’Insoumise. » actuabd.com

« Une biographie dessinée extrêmement intéressante... (...) A la fois beau et riche de sens, L’Insoumise est l’une des lectures indispensables de ce mois-ci. » L’Avis des bulles

Petite revue de presse de l’Insoumise

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C’est une chose d’être contre la pauvreté – tout le monde l’est à peu près – c’en est une autre de militer sa vie entière, sans relâche, pour un idéal de justice. De dédier sa vie aux autres, les oubliés et les faibles. Chantal Montellier et Marie-José Jaubert (auteure du film documentaire On l’appelait Christine) retracent, à partir d’archives et d’interviews, l’itinéraire hors du commun de Christine Brisset, femme rebelle et obstinée jusqu’au sacrifice, héraut et soldat du combat contre la misère sociale dans les années 50 à Angers. Une femme révoltée, incapable de supporter la pauvreté et l’exclusion, qui a relogé des milliers de personnes par son action militante. En décrivant sa lutte sous forme d’un documentaire précis et rigoureux faisant la part-belle à un patchwork de collages, portraits et photos, doublé de témoignages variés (famille, proches), l’auteure fait ressortir une personnalité rare, portée par son indépendance d’esprit et mue par le refus absolu d’être écrasé. Un moteur, le rejet de la fatalité, qui faisait dire à Jean Morin, lors des obsèques de Christine Brisset en 1993 : « Votre conscience vous imposait des devoirs que vous deviez accomplir coûte que coûte, ayant adopté cette ligne de conduite : si c’est possible, c’est fait. Si c’est impossible, ce sera fait ». Evidemment, « la fée des sans-logis » a payé cher ses 800 squattages, ses constructions illégales, son caractère. Des procès à la pelle intentés par ceux-là mêmes que l’attitude frondeuse dérangeait, des politicards bercés d’affairisme, se livrant à de faux témoignages pour mieux protéger leurs intérêts lors des procès. Envers et contre tout, elle a su garder une incroyable et indéfectible capacité à s’indigner, à refuser l’inacceptable, fut-ce au prix de la transgression des lois, règlements ou obstacles absurdes dressés par le pouvoir et les possédants. Chantal Montellier aborde donc indirectement un thème qui lui est cher, le féminisme, mais aussi la solidarité, le mal-logement ou encore la collusion entre pouvoir politique et justice. Puis donne finalement vie à son personnage à partir de photographies dupliquées, dessinées et recomposées, pour livrer au final une inventive et dynamique scénographie. Le nom de Christine Brisset, un peu oublié, ne dira pas grand-chose aux plus jeunes. Et pour cause, elle a peut-être été éclipsée dans la mémoire collective par l’omniprésence médiatique de l’Abbé Pierre. Raison de plus pour s’y plonger, car voilà une BD-reportage didactique, captivante et actuelle, doublée d’un bel et vibrant hommage à cette femme d’exception, dont le courage et le combat forcent le respect. Salutaire.

Olivier Hervé

http://www.planetebd.com/bd/actes-sud-bd-l-an-2/l-insoumise/-/18929.html#serie

L’Insoumise, la critique de PlaneteBD

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Je travaille à une histoire avec un nouveau style. En voici un exemple...
Qui m’aime me suive !

Nouveau style

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TGV (conversations ferroviaires) Chantal Montellier, Récits illustrés / coll. Traverses, 160 pages, 18 euros, 2005
ISBN 2-906131-87-3

http://bgarnis.canalblog.com/archives/2012/09/10/24927807.html

Un billet posté le 10 septembre 2012

Chantal Montellier est auteur de BD et anime des ateliers d’écriture en divers lieux. Pour s’y rendre, elle prend le train (Corail mais surtout TGV). Pendant ces voyages, elle fait comme tout le monde, Chantal, elle occupe le temps. Lecture, écriture, observation du paysage qui défile sous ses yeux... mais surtout, elle écoute les gens qui parlent autour d’elle. De sa curiosité est sorti un livre de ces conversations que tout un chacun peut saisir lorsqu’il voyage, ou attend son train en gare.

L’originalité de ce livre ne réside pas seulement dans les conversations amusantes- ou consternantes- que Chantal Montellier rapporte. Le travail d’écriture et d’imagination qui en découle est encore plus réjouissant. Car Chantal réécrit, invente, pimente les voyages en train, les attentes en gare, de crimes, trahisons, vengeances... La vie des gens, elle la rêve, c’est tellement plus marrant.

Une lecture sympathique, divertissante, un peu courte à mon goût, mais pleine de jolis moments et illustrée par l’auteur. Ses dessins sont doux et étranges, noirs, bleus, verts. Un peu flous comme les rêves.

Plus sur le site de l’éditeur
http://www.lesimpressionsnouvelles.com/catalogue/tgv-conversations-ferroviaires

Chantal Montellier, auteure de nombreuses bandes dessinées très remarquées, a tenu pendant plusieurs années le journal de ses déplacements ferroviaires, dans lequel elle croque sur le vif les conversations dont elle a été témoin. L’imagination et l’écriture ont fait le reste. Le résultat est un livre qui croise la mythologie du voyage en chemin de fer avec un portrait-robot de la France contemporaine, à travers les propos entendus dans un wagon de TGV ou un compartiment de train Corail. Un livre qui entremêle aussi littérature et sociologie et qui sans cesse ravit, émeut ou choque le lecteur. Un livre enfin richement illustré par l’auteure, qui renouvelle de façon originale la formule du récit illustré.

« Le train est, paraît-il, le symbole de la vie collective, de la vie sociale, du destin qui nous emporte. Il évoque le véhicule de l’évolution que nous prenons dans la bonne ou la mauvaise direction, ou que nous manquons ; il signe une évolution psychique, une prise de conscience qui nous entraîne vers une nouvelle vie.

Aux alentours de 1996, j’ai été amenée à animer des ateliers d’écriture. Les publics étaient à chaque fois différents : étudiants des Beaux Arts d’Épinal, élèves architectes de Rennes, habitants d’un quartier en difficulté de Nancy, détenus de la maison d’arrêt de Laval. Et à chaque série d’interventions a correspondu une publication, qui compta autant pour moi que mes travaux en solitaire. C’est en me rendant, toujours en train, à ces rencontres, que ce livre-ci est né.

Souvent distraite de mes pensées, de mes écritures et de mes lectures par les conversations à haute voix de mes voisins de compartiment, j’ai fini par en prendre note. D’abord par jeu, ensuite par véritable intérêt « professionnel ». Au fil du temps, ma curiosité s’est aiguisée et je suis devenue de plus en plus friande de ces dialogues ferroviaires, souvent hauts en couleur. L’imagination a fait le reste.

Ma motivation était d’autant plus forte que le thème du train et sa symbolique m’ont toujours hantée. Innombrables sont mes rêves ayant des gares et des chemins de fer pour cadre. Et chaque fois, j’y suis à la recherche du bon train, du bon quai, du bon compartiment, de la bonne place que je ne trouve, hélas, jamais. »

C. Montellier

Extrait 1 : Mention spéciale à la superbe préface de Jean-Bernard Pouy, ce fondu de train :

"Vous savez... le rail, le seul moyen de transport où l’on peut encore roupiller, lire, rêver. Où l’on peut regarder les autres, les entendre, se rapprocher d’eux, ou les fuir inexorablement. Piquer des moments de vie. Voler des mots. Imaginer des destinées. S’offusquer des propos tenus. Intervenir quand ça craint. Trouver des départs et des arrivées de récits. Fermer des panthères et attention au guépard ! "

Extrait 2

"-Tu connais Pauline ?

- Oui, je crois... la blonde qui a une grosse poitrine et une petite cervelle ?

- Oui, pareil que moi ! Son problème, tu vois, c’est qu’elle est restée fixée à son père. Elle fait un gros concept des dipes, elle ramène tout à lui.

- Ah ? Un concept, vraiment ? Tu es sûre ?

- Oui, oui ! Un concept. C’est malsain ! Il faudrait qu’elle fasse un traitement.

- Il lui faudrait plutôt un mec.

- Oui, mais elle a ce concept qui barre tout, tu comprends ?

- Mange, ca va refroidir." (p. 55)

La presse

« Figure féminine reconnue de la bande dessinée, Chantal Montellier y occupe, comme l’explique avec chaleur et humour Jean-Bernard Pouy en préface, « une place très précise, la même que nous essayons, nous les plumitifs qui n’employons que l’alphabet, de prendre et de garder, celle du « noir », le vrai, celui de la douleur du monde, de la critique sociale déguisée en fiction, et du regard décapant sur les dysfonctionnements contemporains ». Une noirceur -teintée de bleu ici dans les dessins- que l’on retrouve dans ces 26 dialogues ferroviaires pris sur le vif dans un compartiment de TGV ou de Corail, sur un quai ou à la brasserie d’une gare. Des conversations composées à traits mordants, rageurs, drolatiques, émouvants, qui, tout en jouant sur la mythologie des chemins de fer, livrent par leur forme polyphonique un portrait singulier et saisissant de notre société. »

Le Monde, 4 mars 2005

« La fiction se développe à partir de conversations entendues dans des trains. Les rails roulent le long de banlieues dévastées et les personnages de tous âges et de toutes conditions, rebelles ou réactionnaires, égarés ou coincés, y forment une ronde aussi drôle que pessimiste. »

Libération, 27 janvier 2005

« Un livre délicat, sensible, qui dévoile une facette plus personnelle de cet auteur que les jeunes générations vont adorer. »

Le Midi Libre, 22 février 2005

TGV (conversations ferroviaires) Chantal Montellier

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Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques
Mémoire Master 1 CEI / juin 2009
Diplôme national de master
Domaine - sciences humaines et sociales Mention - histoire, histoire de l’art et archéologie / Spécialité - cultures de l’écrit et de l’image

Les femmes dans la bande dessinée
d’auteur depuis les années 1970.

Itinéraires croisés : Claire Bretécher,
Chantal Montellier, Marjane Satrapi.

Florie BOY
Sous la direction de Sophie Chauveau
Maître de conférences en histoire – Université Lyon II Lumière

Extrait de ANNEXE 1 – Entretien avec Chantal Montellier

Cet entretien est le résultat d’une rencontre avec Chantal Montellier, à Paris, le 5 mars 2009. Il fut suivi d’un échange de mails entre mars et juin 2009 qui permirent d’enrichir le dialogue et d’apporter quelques corrections.

Florie Boy : Mon projet est d’essayer de mieux définir le concept de bande dessinée d’auteur, dont les limites semblent assez floues, et qui a été en partie théorisé par les éditeurs
indépendants dans les années 1990.

Chantal Montellier : Il me semble qu’il y a eu des tentatives de théorisation avant les années 1990... Les cahiers de la bande dessinée, Thierry Groensteen, Bruno Lecigne, Yves Lacroix, pour ne citer qu’eux, se sont, il me semble, penchés sur le sujet bien avant les éditeurs indépendants. Il faudrait vérifier. Par ailleurs, la bande dessinée d’auteur existait bien avant que
les éditeurs indépendants la théorise, puisque Métal Hurlant, Charlie Mensuel, Futuropolis, entre autres, publiaient de la bande dessinée d’auteur dès le début des années 1970.

FB : Ce qui m’intéresse, c’est justement de connaître un petit peu mieux votre parcours avec ces magazines particuliers, qui ont émergé dans les années 1970, et qui ont été un moment
essentiel dans l’histoire de la bande dessinée d’auteur. Je souhaiterais également vous poser plusieurs questions sur le statut d’une femme évoluant dans le milieu de la bande dessinée, sur votre lien avec l’association Artémisia, par exemple, et sur les choix que vous faites, d’un point
de vue graphique notamment, dans vos oeuvres.

Chantal Montellier : On peut commencer par Artémisia peut-être ?
L’association est née d’une envie de faire un travail collectif avec d’autres femmes, et de se donner les moyens d’une
certaine forme de reconnaissance au niveau des prix. On avait constaté que très souvent les jurys étaient composés en grande partie d’hommes, les femmes y étant peu ou pas représentées. Par ailleurs, la reconnaissance des oeuvres féminines était également très faible. Sur trente ans, je crois qu’il y a une seule femme qui a eu le grand prix du festival d’Angoulême, à savoir Florence Cestac, par ailleurs épouse d’Etienne Robial, éditeur de Futuropolis. Créer une structure comme Artémisia était se donner les moyens de tenter un peu de rééquilibrer les choses. Ce n’est pas facile, Artémisia existe depuis 2008, et le prix a été décerné à Johanna
Schipper, avec Nos âmes sauvages. Cette année le choix s’est porté sur Esthétique et filature de Tanxxx, et Lisa Mandel. Personnellement j’aurais préférer voir triompher les très beaux dessins
d’Estelle Meyrand dans Scrooge. Très vite on a eu la chance d’avoir le soutien d’un sponsor en la personne de Michel-Édouard Leclerc, qui a doté le prix à raison de 3000 euros, ce qui n’est pas négligeable, d’autant qu’il y a très peu de prix qui sont ainsi dotés. Pour 2009, le jury sera
différent et des hommes nous apporteront leur soutien, comme le théoricien de la bande dessinée, Thierry Groensteen, le dessinateur Miles Hyman, et l’écrivain et scénariste Yves Frémion. Après mûres réflexion nous avons pensé que la mixité était préférable à un jury exclusivement composé de femmes. Le débat n’en sera que plus animé. Cela permettra peut-être
d’échapper à certaines querelles très... féminines.

FB : Querelles relativement visible sur le blog d’Artémisia sur lequel on peut assister à un grand débat sur l’exposition qui a été organisée à Angoulême par Dupuy et Berberian autour du
concept de « La maison close ».

Chantal Montellier : La crise qui secoue Artémisia n’est pas liée à cela. Évidemment, « La maison close » comme concept, on peut en parler, on peut critiquer... Personnellement, je pense
que pour valoriser le travail des femmes il y a peut-être d’autres idées à mettre en oeuvre que celle-là.

FB : Le rôle d’ Artémisia peut cependant ainsi être d’offrir un espace de parole sur des sujets qui font débat.

Chantal Montellier : Absolument ! Ce fut le cas avec « la maison close ». J’espère que d’autres sujets de discussion viendront bientôt, moins scabreux.
Pour ce qui est de mon parcours personnel, sur lequel vous m’interrogiez, il est un peu du au hasard et à la nécessité. J’ai fait les Beaux-Arts dans les années 1960, mais la bande dessinée n’y était pas du tout considérée comme un art, seulement comme un artisanat, une distraction
pour les enfants, d’autant moins que la bande dessinée d’auteur, à cette époque-là, n’existait pratiquement pas. Mon intérêt pour le 9e art est venu plus tard, alors que j’avais quitté l’enseignement au profit du dessin de presse. C’est par le dessin de presse que je suis arrivée à la bande dessinée, d’abord dans Ah !Nana, journal de BD féminines, ensuite dans Métal Hurlant.

FB : Le choix de la bande dessinée comme support d’expression reste t-il du aux hasards de votre carrière et des opportunités qui l’ont jalonnée, ou permet-il de dire ou de montrer des évènements d’une manière différente (d’un roman par exemple) et plus efficace ?

Chantal Montellier : Si Anne Delobel, coloriste de Jacques Tardi et secrétaire d’Ah Nana, n’était pas venue me chercher je ne serais jamais devenue auteur de bande dessinée. Ce médium
permet une double expression par l’image et le texte ce qui, bien employé, peut avoir un grand impact sur les imaginaires, qu’ils soient pré ou post pubères, voire adulte. L’image a une force que les mots n’ont pas, on en saisit le sens en un seul coup d’oeil... Elle parle à l’inconscient plus directement qu’un texte. De ce fait elle peut être dangereuse et est très contrôlée. La bande
dessinée est aujourd’hui à la fois sous contrôle et surexploitée. Elle aurait pu être un outil de libération, d’expression, d’éducation visuelle au service d’une émancipation populaire, mais elle
a été reprise par le « Marché » et son idéologie. Enfin, je schématise un peu, la situation est un peu plus complexe... Sinon, j’ai publié plusieurs recueils de nouvelles illustrées et un roman, mais j’ai pu constater que l’impact de mes bandes dessinées est beaucoup plus fort.

FB : Pouvez-vous évoquer les rencontres, dans le milieu de la bande dessinée ou autre, qui ont eu une influence sur votre carrière d’auteur de bandes dessinées, ainsi que les oeuvres artistiques
(bande dessinée, littérature, peinture, …) qui ont eu un effet similaire ?

Chantal Montellier : J’ai surtout fait des rencontres graphiques au début de ma « carrière », qui m’ont aidée à aimer la bande dessinée, comme par exemple Nicole Claveloux, Guido Crepax, Buzzelli, José Munoz, Pratt, Mattotti, plus tard Miles Hyman,... Ce sont tous de très
grands dessinateurs à mon humble avis, avec un langage graphique personnel, une esthétique, un riche vocabulaire de formes, une liberté, une autonomie... Bref, de vrais artistes à des milliers de kilomètres des stéréotypes de l’école Belge ou de Mickey. Les oeuvres de tous ces créateurs (Valentina, Sophie, Alack Sinner, La révolte des ratés, Zil Zélub...) m’ont beaucoup
stimulée. En littérature je suis une infidèle, et mes « amours » changent souvent. Là, je viens de découvrir Chloé Delaume, dont la personnalité et les récits m’impressionnent. Et, parallèlement, je suis en train de re-relire Si c’est un homme de Primo Lévi, avec la même émotion extrême. Le témoignage est bien sûr l’essentiel, mais l’écriture, d’une sobriété et d’une efficacité rares, est
aussi admirable, me semble t-il. La lecture de ce récit devrait être rendue obligatoire au lycée. Si ce livre était oublié ce serait tragique. Côté peinture, j’ai été influencée à certaines époques par des artistes comme Francis Bacon et par des mouvements comme celui de la Nouvelle Figuration. Il y a aussi des oeuvres féminines qui m’ont impressionnée, celles, entre autres, de Dorothéa Tanning, compagne de Max Ernst, de Frida Khalo, et bien sûr de la « suicidée de la société » : Camille Claudel, dont je retiens cette
phrase en particulier : « Incapables de rien faire par eux mêmes, ils ne voient que le mal ». J’ai, pour ma part, au cours de ma déjà longue « carrière » , pu constater que l’on s’intéressait souvent plus à mes histoires personnelles qu’aux dimensions artistiques et esthétiques de mon travail. Idem pour le film de Bruno Nuyten sur Camille Claudel, il se concentre bien plus sur l’histoire pathétique et sulfureuse du couple Claudel-Rodin, que sur le travail de la sculptrice et sa place dans la société de l’époque, qui n’est absolument pas mise en question. Bref, rien ne change !

FB : Pouvez-vous nous parler plus précisément de votre collaboration à des magazines tels que Métal Hurlant ou A Suivre ? Quelle liberté de création vous ont offert ces revues, et quels publics vous ont-elles permis de conquérir ?

Chantal Montellier : Métal Hurlant était un chaudron en ébullition ou tout ou presque était permis. Contrôle et censure avoisinaient le zéro absolu. Ce fut un moment très excitant où l’imaginaire et le talent de chacun pouvaient se déployer en toute liberté. Hélas, la gestion était
trop fantaisiste pour que la revue et la maison d’édition fassent de vieux os. C’est dommage, les auteurs ne retrouveront pas une telle liberté avant longtemps, je crois.
A Suivre était sous la férule de Jean-Paul Mougin qui n’avait pas du tout la même passion pour le genre qu’un Jean-Pierre Dionnet, beaucoup plus investi et sincère. Le fonctionnement d’ A Suivre était plus « bureaucratique ». Son responsable venait de la télévision où il assistait Adam Saulnier, premier journaliste d’art sur le petit écran. Ils avaient perdu leur place après les évènements de 1968... Mais ceci est une autre histoire (je crois que Jean-Paul Mougin ne s’est jamais consolé d’avoir perdu cette place privilégiée pour accéder au monde de l’Art avec un grand A). Ma liberté chez Casterman était beaucoup plus réduite que dans Métal Hurlant et l’ambiance, à mes yeux, moins bonne. Je ne me sentais pas valorisée, au contraire.

FB : La collaboration avec ces magazines relève t-elle d’un goût personnel pour leurs lignes éditoriales, ou est-elle une réponse aux opportunités qui se sont présentées à vous ?

Chantal Montellier : Dessiner pour une revue de bande dessinée féminine comme Ah ! Nana était plus qu’une opportunité, c’était aussi un peu un enjeu et une petite bataille. L’imaginaire féminin dans ce domaine de l’édition était alors pratiquement inexistant. Par ailleurs, le fait d’y retrouver quelqu’un comme Nicole Claveloux était à mes yeux très stimulant car c’est une immense dessinatrice, hélas méconnue. Par ailleurs, Nicole sort comme moi des Beaux-Arts de Saint-Étienne (j’ai eu sa mère comme professeur d’étude documentaire), cela nous a rapprochées un moment... Malheureusement, la revue a été rapidement frappée d’interdiction
par la censure et interdite d’affichage dans les kiosques pour d’obscures raisons, alors que L’Echo des Savanes et les bandes dessinées pornos de Manara s’épanouissaient en toute tranquillité dans les mêmes kiosques. «  Cachez ces images que l’Etat-policier et la société
patriarcale ne sauraient voir sans être aveuglés ! »
A partir du moment ou je me suis professionnalisée il m’a fallu produire suffisamment pour assurer ma subsistance. J’ai donc du saisir les opportunités qui se sont présentées, parfois indépendamment des lignes éditoriales. J’ai même du ramer contre, chez Dargaud éditeur par exemple, dont l’état d’esprit et la politique d’édition n’allaient pas vraiment dans mon sens ! J’ai
tout de même pu y produire quelques albums, comme les deux derniers tommes de la série Julie Bristol et un recueil de nouvelles Voyages au bout de la crise, qui est ce que j’ai fait de meilleur dans le genre. Tout ça est un peu paradoxal.

FB : Est-ce que les magazines cités ont joué un rôle déterminant dans l’émergence d’une bande dessinée nouvelle, très engagée et très politique, qui se rattache à la bande dessinée d’auteur par l’affirmation d’une certaine créativité ?

Chantal Montellier : Je n’ai vu de bandes dessinées très engagées ou très politiques, ni dans Métal Hurlant, ni dansA Suivre. Je crois avoir été et être encore un peu une exception.

FB : Jean-Pierre Dionnet, dans la préface d’une réédition chez Vertige Graphic de trois de vos fictions parues d’abord dans Métal Hurlant, dit que vous y avez apporté quelque chose de complètement différent.

Chantal Montellier : Ce qui n’était pas sans poser quelques problèmes ! Et c’est toujours le cas aujourd’hui. Je m’aperçois, lorsque je vais fouiner dans les rayons BD des librairies, à quel point ma production détonne. Cela a plusieurs explications, dont la principale réside dans ma culture et ma sensibilité politiques. Ma culture de l’image aussi, sans doute...? Mon histoire
personnelle et sociale également. Mon histoire avec la bande dessinée n’est pas vraiment une histoire d’amour, elle est plutôt le fait du hasard et d’un ... « combat ».

FB : Certaines maisons d’édition vous paraissent-elles plus intéressantes (plus proches de vos ambitions) de par leurs choix éditoriaux ?

Chantal Montellier : Je me sens plutôt bien et en accord – relatif – chez Actes Sud et Denoël Graphic, mes éditeurs actuels. Michel Parfenov (A.S.) et Jean-Luc Fromental (D.G.) sont des sortes d’amis... Jean-Luc était l’un des permanents de Métal Hurlant, ça crée des liens. Michel
et moi avons même quelques goûts et une certaine culture de l’image en commun, de Guido Crépax à Clovis Trouille, en passant par les surréalistes. Thomas Gabison (A.S.) représente la nouvelle génération, mais c’est quelqu’un dont je me sens tout de même assez proche. Ceci dit, je ne me sentais pas trop mal non plus dans des revues comme Révolution, dont j’appréciais les combats culturels et l’esthétique, ou aujourd’hui la revue culturelle Cassandre à laquelle je
viens de donner deux pages de dessins pour leur prochain numéro consacré à “l’appel des appels”.

FB : Les difficultés qui s’imposent à un auteur de bande dessinée l’autorisent-elles à choisir la maison d’édition la plus susceptible de comprendre et de valoriser l’oeuvre éditée ?

Chantal Montellier : Ce sont plutôt les éditeurs qui ont le pouvoir de choisir les auteurs et non le contraire. L’auteur propose, l’éditeur dispose, neuf fois sur dix. Bien sûr il y a des éditeurs
chez qui je ne mettrais jamais les pieds (à moins d’y être contrainte par la nécessité). Quant à la valorisation de l’oeuvre...! Il faut savoir que beaucoup de choses dépendent, une fois le livre publié, des attachés de presse et de leurs sympathies ou antipathies pour l’auteur à défendre, et
aussi des caprices du « Marché » et des médias... À ce niveau, les dés sont un peu pipés et on ne peut pas dire que la démocratie de la culture fonctionne au mieux !

FB : Avez-vous eu la tentation, comme Claire Bretécher, de créer votre propre maison d’édition, seule ou en collaboration avec d’autres auteurs ?

Chantal Montellier : Non, je n’en ai pas les moyens et les auteurs que je connais non plus. Je suis une sorte « d’oeuvrière » (comme dirait Bernard Lubat) de l’image narrative par rapport à une Bretécher qui jouit, elle, des faveurs d’un grand hebdo ayant beaucoup de moyens. Comme
en plus je me suis toujours solidarisée plutôt du monde du travail que du monde de l’argent, des people et des paillettes, ma réussite sociale et mes finances en ont très légèrement souffert.

FB : L’Association Artémisia ne pourrait-elle pas déboucher sur une telle ambition à long terme ?

Chantal Montellier : A très long terme, alors !

FB : Concernant la bande dessinée d’auteur, comment la définiriez-vous ? Pensez-vous qu’elle implique de la part des auteurs de nouvelles ambitions littéraires et graphiques ?

Chantal Montellier : Faire un vrai travail d’auteur c’est avoir envie de s’exprimer en « personne première », de parler de ce qui nous préoccupe, me préoccupe en tant que personne,
citoyenne, individu, artiste, plutôt que d’obéir à un certain nombre d’impératifs commerciaux, de me couler dans des modes, des modèles. Quant aux ambitions, elles sont celles qu’on peut avoir en fonction des moyens dont on dispose. L’ambition pour ma part est surtout d’ordre
esthétique. Et j’ai aussi pour ambition de faire des bandes dessinées aussi lisibles que possible. Mais mes ambitions littéraires dans ce domaine sont assez modeste. Un peu moins dans mes recueils de nouvelles illustrées... Dans la bande dessinée, l’image est la plupart du temps
inféodée au texte, ce qui limite un petit peu sa liberté, ses ambitions plastiques, graphiques, esthétiques. Les « nouvelles » ambitions littéraires et graphiques, je les ai plutôt expérimentés dans ceux de mes livres où texte et images échappaient aux codes de la bande dessinée (vignettes, strips, bulles...). Ceci étant, je crois me permettre quelques audaces aussi en bande dessinée (taille des images, parfois pleines pages, citations graphiques, etc.).

FB : Pensez-vous que la bande dessinée d’auteur puisse exprimer une forme de contestation contre les publications des grandes maisons d’édition, ou ce rôle est-il plutôt celui des maisons
d’édition alternatives ?

Chantal Montellier : La bande dessinée d’auteur peut s’avérer être un pied de nez, au minimum, à certaines politiques d’édition menées par des majors, et constituer une résistance à
certaines tendances lourdes (bandes dessinées commerciales, trop souvent complaisantes pour ne pas dire vulgaires et racoleuses, séries préfabriquées, mangas débilitants, hyper violence à
l’américaine, autobiographie et nombrilisme bobo-branchés, etc.). Les petites maisons indépendantes peuvent aussi être des lieux de « contestation » et d’expression plus originales libres et singulières... Ou au contraire suivre les tendances dominantes, suivre la « mode »... Il n’y a pas d’opposition à faire.
En temps qu’auteur indépendant je me sens tout de même plus libre de produire ce qui me plait chez un éditeur généraliste comme Actes Sud ou Denoël que dans une grosse structure comme Dargaud (Ampère) ou Casterman (Rizzoli) qui ont, il me semble, un rapport plus strictement
commercial à la bande dessinée.

FB : J’ai eu l’impression, dans vos dernières bandes dessinées, telles que Tchernobyl mon amourou Les Damnés de Nanterre, que la place de vos engagements se radicalisait, et que cela
apparaissait dans une attention accrue portée à l’événement abordé en lui-même, et au message que vous voulez peut-être transmettre. C’est un sentiment que j’ai eu notamment en suivant les aventures du personnage Chris Winckler…

Chantal Montellier : Chris Winckler est un personnage qui est né dans les années 2004-2005, d’une commande de Jean-Luc Fromental ( Denoël Graphic), concernant l’affaire Rey-Maupin. C’est une bande dessinée qui repose sur une importante documentation journalistique. C’est un
peu la même démarche pour Tchernobyl mon amour publié par Actes Sud. Je n’ai pas le sentiment que dans ces deux albums « la place de mes engagements se radicalisait », au contraire... Odile et les crocodiles, Blues, Wonder City me semblent plutôt plus « radicaux » et
plus durs que ces deux dernières productions. Mais je suis la plus mal placée pour juger.

FB : J’avais surtout l’impression que dans Tchernobyl mon amour par exemple, l’intrigue devenait à certains moments plus anecdotique pour mettre en avant cette ample documentation
sur laquelle vous vous appuyez.

Chantal Montellier : Oui ! En fait l’intrigue et la dimension fictionnelle doivent se mettre au service d’une information considérable. Elles doivent la faire vivre, la faire revivre, l’actualiser.
Dans cet album je me suis mise au service d’une information, mais c’était déjà le cas dans certains de mes albums des années 1970, comme Andy Gang où je partais de faits divers, et même dans les Julie Bristol, puisque le premier était consacré à Camille Claudel : la fiction servait aussi l’histoire, enfin l’histoire au sens historique, pour essayer de comprendre un peu plus, d’éclairer un peu mieux certaines choses restées dans l’ombre, et pour ma propre
édification personnelle. C’est une façon aussi pour moi de visiter ou de revisiter les moments de l’histoire, petite ou grande, qui m’intéressent, m’intriguent, me questionnent. Me hantent parfois.

FB : On trouve une certaine ressemblance entre les personnages de Julie Bristol, de Chris Winckler, ou même d’Odile. N’auriez-vous pas en tête un type de femme susceptible de renouveler l’image de la femme parmi les héroïnes de bande dessinée, qui ont été longtemps
stéréotypées et reléguées dans un univers un peu inférieur ? Vous créez au contraire un personnage qui contourne les stéréotypes, qui est très indépendant et très affirmé, jusqu’à créer peut-être, un autre type d’héroïne.

Chantal Montellier : J’essaie de fabriquer un personnage avec lequel je puisse vivre agréablement le temps d’un album, ou de plusieurs. Des personnages de jeunes femmes d’aujourd’hui, ni trop jolies ni trop laides. Suffisamment actives et se servant à la fois de leur jambes et de leurs têtes. Elles ont un petit côté androgyne, leur féminité est discrète... Je n’étale pas leurs attributs, au risque de perdre des lecteurs... Ce sont généralement des trentenaires, un peu intellos, un peu artistes, un peu de gauche, un peu féministes, et très déterminées. Elles aiment le risque et n’ont pas peur du feu. Pas assez. Ceci étant, je ne les construis pas de cette manière avec la volonté délibérée de « contourner les stéréotypes », mais parce qu’elle me plaisent ainsi. Si je crée un nouveau type d’héroïnes que les habituelles accompagnatrices de héros, ou les blondes à gros nichons et cervelle d’huître, tant mieux.

FB : Quelles sont vos sources de documentation pour des albums tels que Tchernobyl mon amour ?

Chantal Montellier : Multiples ! D’abord le livre énorme et très complet de Vladimir
Tcherkoff, Le crime de Tchernobyl, et aussi celui, bouleversant et terrifiant de Svetlana Alexievitch, La supplication. Ensuite, Internet, où l’on trouve énormément de choses sur le sujet.

FB : Recherchez-vous une réaction particulière chez votre lecteur ? (révolte, engagement…).

Chantal Montellier : Je cherche surtout à l’intéresser suffisamment pour qu’il ne referme pas l’album avant de l’avoir fini, et à ce qu’il en ressorte un peu plus conscient, plus informé et plus armé. « Voir c’est savoir » parait-il, je pense que la BD peut y aider. À ce sujet, je vous conseille la lecture du livre passionnant de Georges Didi-Huberman, Quand les images prennent position, aux éditions de Minuit. Voici quelques lignes de la quatrième de couverture : « Dans un monde où les images prolifèrent en tous sens et où leurs valeurs d’usage nous laissent si souvent désorientés, entre la propagande vulgaire et l’ésotérisme le plus inapprochable, entre une fonction d’écran et la possibilité de déchirer cet écran, il semble nécessaire de revisiter certaines pratiques où l’acte d’image a véritablement pu rimer avec l’activité critique et le travail de la pensée. On voudrait s’interroger, en somme, sur les conditions d’une possible politique de l’imagination. »

FB : Le support en lui-même apporte t-il une nouvelle légitimité à l’auteur ? Le fait de passer d’une publication dans un magazine à la publication d’un album permet-il de s’affirmer en tant qu’auteur ?

Chantal Montellier : La durée de vie n’est pas la même (ceci étant dit, la disparition des supports presse pour la BD est une perte de visibilité et un manque à gagner assez considérable). Ma signature était davantage présente et visible quand je publiais régulièrement dans la presse. La durée de vie d’un album en librairie est terriblement courte ! Mais le statut d’auteur est tout de même plus porté par le livre que par la publication dans un journal, ça me semble évident.

FB : Votre statut de femme a t-il rendu plus difficile l’entrée dans le monde de la bande dessinée dans les années 1970, quand vous avez commencé, ou cela a t-il offert au contraire une ouverture plus grande ?

Chantal Montellier : Être une femme dans ce milieu, qui était jusqu’à peu très masculin, n’était pas quelque chose de simple, mais j’ai démarré dans la bande dessinée par le biais d’un journal de femmes “Ah ! Nana”, ce qui m’a un petit peu aidé. À partir du moment où Ah ! Nana a disparu, je me suis retrouvée dans une presse et un système éditorial qui étaient complètement masculins. Des problèmes ont commencé à surgir... Le machisme, le sexisme n’étaient pas
absents ! De plus, j’étais très décalée du fait du contenu de mon travail, et de ma personnalité. Je ne dirais pas que je n’étais pas à ma place, parce qu’il n’y a pas de raison que des gens comme moi ne puissent pas faire aussi de la création bande dessinée, mais, oui, j’étais très très décalée et je le suis toujours. Il faut dire que pour moi, la BD était une arme politique surtout. Le moyen d’exprimer une colère, une souffrance.

FB : Et est-ce que la bande dessinée d’auteur ne permet pas justement, à des personnalités un petit peu « marginales » de s’affirmer de manière plus évidente, ou en tous cas d’obtenir la reconnaissance d’un public différent ?

Chantal Montellier : Si. Je crois que mon public n’est pas le public lambda de la BD commerciale. Comme auteur, je suis « née » en 1968, mon public aussi. Nous sommes en 2009 et entre temps il s’est passé beaucoup de choses... pas mal d’échecs, de déceptions, de trahisons
ont entraîné une certaine forme de dépolitisation. Quand j’ai commencé, la politisation était forte, y compris chez les jeunes. Aujourd’hui, 80% ne se sont pas déplacés pour aller voter aux dernières élections pour les européennes. La vie démocratique est à terre et j’ai peur que ceux qui la ramassent ne soient pas, au final, des gens très sympathiques.

FB : Le personnage d’Angela Parker, dans Wonder City, était représenté chauve dans l’édition des Humanoïdes Associés, alors qu’il a des cheveux dans la réédition de Vertige Graphic. Est-ce un choix de votre part ou une demande de l’éditeur ? Qu’est-ce qui a déterminé ce changement ?

Chantal Montellier : Le personnage d’Angela Parker m’a été inspiré (crane rasé compris) par celui de THX 1138, un film culte des années 1970, signé George Lucas : au 25e siècle, il est interdit de ressentir. Sous l’oeil de robots policiers, les humains, drogués, travaillent à la chaîne, construisant leurs propres gardiens ! Sous l’impulsion de sa compagne LUH 3417, THX 1138 cesse de prendre ses pilules et découvre un monde de sensations, puis accepte de fuir avec elle... Je me suis rendue compte après coup que la femme chauve entretenait tout un réseau de
fantasmes masculins plus ou moins agréables... Donc, j’ai corrigé.

FB : Entre l’édition des Humanoïdes Associés et celle de Vertige Graphic, la palette des couleurs a également été simplifiée, est-ce aussi une décision de votre part, à quel effet ?

Chantal Montellier : Non, j’ai du faire là une concession à la maison d’édition.

FB : Peut-on voir dans certains de vos personnages une proximité autobiographique avec vous, et votre personnalité ?

Chantal Montellier : Certains, oui... Plus ou moins. On m’a par exemple identifiée à Odile et les crocodiles et j’ai parfois du expliquer que je n’avais pas subi de viol dans un parking, (je n’ai ni permis ni voiture), ni ailleurs. Que je ne squattais pas un immeuble à l’abandon, et que
je ne chassais pas les crocodiles après minuit, mais dormais (je suis une couche tôt). Il est vrai que comme j’ai tendance a beaucoup m’investir dans mes personnages de papier, ont peut prendre la fiction pour la réalité. C’est à cette occasion que j’ai compris que la création bande
dessinée présentait quelques risques d’autant plus sérieux que le lectorat n’est pas toujours d’une très grande maturité intellectuelle, car encore très jeune. Je me sens, heureusement pour moi, plus proche de Julie Bristol et de Chris Winckler que d’Odile... Plus proche d’elles que du
personnage des Rêves du fou. Prêter sa voix aux victimes de la société et de l’histoire, aux vaincus, c’est aussi se mettre en danger tant il est vrai que comme disait mon analyste : « dire l’horreur c’est risquer de devenir cette horreur aux yeux des autres », a fortiori quand on la
représente avec trop d’exactitude.

FB : Dans quelle mesure, par exemple, la description du monde du journalisme, à travers le personnage de Chris Winckler, reflète-t-elle vos propres expériences professionnelles ?

Chantal Montellier : J’ai fait du dessin de presse pendant presque trente ans, avec des hauts et des bas... L’actualité m’intéresse et je vis avec un homme, qui entre autres activités, est journaliste.

FB : Comprenez-vous en un sens le rapprochement que nous faisons dans ce travail entre votre oeuvre et celles de Claire Bretécher et de Marjane Satrapi ?

Chantal Montellier : Je comprends que vous choisissiez trois auteurs femmes dont la production n’est pas passée inaperçue. Mais les personnalités de ces trois femmes sont à des années lumière de distance. Ce qui pour une « étude comparative » peut présenter un véritable intérêt. Surtout si l’on prend en considération certains aspects sociaux et politiques... Pour ce
qui est du phénomène Satrapi, je suis assez perplexe et m’interroge un peu sur l’authenticité de la démarche et sur le rôle tenu par David B. dans la création graphique...

FB : De Claire Bretécher à Marjane Satrapi, pensez-vous que la situation des femmes auteurs de bande dessinée ait beaucoup évolué ?

Chantal Montellier : Oui et non. Davantage de femmes sont publiées, mais dans quelles conditions et avec quel projet éditorial derrière ? Ont-elles la possibilité de faire « carrière » ou juste un « one shot » en surfant sur les modes du moment ? Sont-elles prises au sérieux comme
artistes par leurs éditeurs ou seulement exploitées le temps d’un album ou deux, coïncidant avec ce qui est dans l’air, et avec les jeux mimétiques des post adolescents ? « Trois petits tours et
puis s’en vont ! A la suivante ! » Le Molloch de l’édition a un très gros appétit et le menu fretin abonde. Cette année chaque membre d’Artémisia a reçu une vingtaine d’albums, plus ceux que chacune s’est procurée de son côté. Il me semble qu’il y a une sorte d’effondrement au niveau de la
maîtrise de la « science » du dessin, de ses exigences et aussi de la culture de l’image, narrative ou non. Beaucoup de ces dessins sont au premier degré et d’une grande maladresse, pas forcément volontaire. Actuellement, les Séraphine de Senlis sont à l’évidence bien plus nombreuses dans le 9e art que les Nicole Claveloux, Johanna Schipper, Estelle Meyrand, voire Mathilde Arnaud (alias Tanxxx), qui ont toutes une certaine maîtrise de leur art. Alors, après
l’art brut, la bd primitive ? Ceci étant je déteste l’académisme et j’aime bien des dessinateurs comme Chester Gould, Got,
George Herriman, Sempé ou Reiser, mais leurs dessins à tous étaient très élaborés, travaillés.

FB : Pensez-vous que les auteurs féminins sont plus susceptibles de s’intéresser à la bande dessinée d’auteur de par les thèmes plus intimistes ou engagés, les univers plus personnels qui
sont susceptibles de s’y développer ? Ou la catégorie des auteurs féminins reflète-t-elle plus ou moins les mêmes goûts, les mêmes ambitions que ceux des auteurs masculins de bande dessinée, pour l’héroic-fantasy par exemple ?

Chantal Montellier : J’avoue avoir été légèrement déçue par ce que j’ai pu voir pendant ces deux années d’existence du prix Artémisia, par la bande dessinée féminine. Même s’il y a eu quelques belles découvertes et heureuses surprises, comme Estelle Meyrand (Scrooge chez
Delcourt). Outre que la transmission d’une génération de dessinatrices à l’autre ne se fait guère, à l’exception d’Anne Rouquette citant graphiquement Claveloux dans son dernier album, le côté nombriliste qui prédomine constitue un repli sur le premier cercle, la famille, l’organique, le giron naturel. Le rapport mère-fille, souvent représenté, n’est que rarement mis en perspective dans la scène plus large de la société et de ses moeurs, rapports de force et de domination. La politique, elle, s’absente quasi totalement. Donc, en gros, plus de femmes s’expriment et sont publiées, mais pour mieux revenir à ce qui
est depuis toujours considéré comme leur territoire assigné : la maison, l’intime. En cela, la bande dessinée féminine actuelle participe, volontairement ou pas, à un retour à « l’ordre », et pas que symbolique. Ce que j’entends au delà de toutes ces paroles et images féminines et des
phylactères qui les enserrent, c’est la voix du patriarcat et des ses normes qui nous dit : « Occupez-vous donc de vos fesses ! ».

FB : La difficulté des femmes à s’imposer dans l’univers très masculin de la bande dessinée relève t-elle selon vous des thèmes atypiques qu’elles souhaitent aborder, ou d’une discrimination sociale et culturelle telle qu’on la retrouve plus généralement dans la société française ?

Chantal Montellier : Leurs thèmes ne sont pas nécessairement « atypiques », le rapport mèrefille par exemple, tellement présent dans leurs livraisons de 2007-2009, n’est pas une incongruité, un exotisme, ou une question marginale. Je crois plutôt que c’est l’imaginaire et les
représentations qui s’y déploient qui peuvent rebuter certains lecteurs masculins ? Il y a aussi une question de force, de puissance et d’impact de l’expression, des images. Les femmes me
semblent, hélas, encore bien timides et maladroites à ce niveau mais c’est en forgent que l’on devient forgeron ! Pour ce qui est de la discrimination sociale et culturelle, je crois qu’elle est à l’oeuvre d’autant plus efficacement qu’elle avance de manière souvent souterraine et
inconsciente. Les dessinatrices intériorisent cette domination et la symbolisent à leur manière, parfois en reprenant à leur compte des constantes de l’imaginaire masculin le plus machiste (cf.
les personnages féminins d’une Annie Goetzinger , très inspirés par le phallocrate Georges Pichard, par exemple). Les femmes sont rarement valorisées dans ces représentations et cela d’autant plus que la bande dessinée relève encore d’un artisanat populaire. La femme y est
encore bien davantage que dans les milieux « favorisés » le prolétaire de l’homme, quand elle ne tombe pas sous les coups d’un conjoint violent comme les statistiques d’un rapport récent
d’Amnesty International nous en informent. Une femme tous les trois jours meurent sous les coups de son compagnon, ce qui est tout de même un peu effrayant. Les mass médias n’ y font guère d’échos. Silence, on tue ! Quand aux séries policières télévisuelles (Nestor Burma,
Boulevard du Palais, etc...), les femmes en sont à peu près systématiquement les victimes : c’est toujours elles qu’on assassine, généralement de façon sadique et en les ayant violées avant ou
après leur mort. Elles sont données en pâture aux téléspectateurs et nombre d’entre eux s’en délectent. Une façon de gérer les instincts sadiques et criminels de nos contemporains aux détriments des contemporaines ? (Le succès phénoménal de Millénium repose sur les mêmes
ingrédients). On trouve peu d’écho à ces graves questions dans la production de bandes dessinées féminines, quant aux dessinatrices et scénaristes femmes elles sont plus volontiers conviées à se produire dans des « maisons closes » de papier lors du festival d’Angoulême, qu’à s’exprimer collectivement sur ce sujet brûlant et fort dérangeant.

FB : La naissance de la bande dessinée d’auteur et l’apparition de femmes auteurs de bandes dessinées ont-elles joué selon vous un rôle important dans la lutte féministe engagée depuis la
fin des années 1960, en France notamment ?

Chantal Montellier : Non, je pense que la majorité des féministes sont passées à côté et n’ont pas compris les enjeux à ce niveau. Les imaginaires se cuisinent dans la grande marmite de la bande dessinée dont les ventes sont spectaculaires, et il en sort surtout la reproduction des mêmes fantasmes masculins du moment, cela sans que les féministes en soient conscientes.
Enfin, il me semble. Les mêmes qui manifestent et se battent bec et ongles pour la « cause des femmes » offrent à leurs enfants des bandes dessinées d’un machisme et d’un sexisme effarants
sans même s’en rendre compte, sans en avoir conscience. Il y a une sorte d’ « euphémisation » à ce niveau. C’est de la bande dessinée donc c’est inoffensif et rigolo. C’est pour de rire !

FB : Souhaitez-vous évoquer quelques uns de vos engagements ?

Chantal Montellier : Pas vraiment. Juste une chose à titre d’information : j’ai travaillé entre 1975 et 1995 pour une presse dite engagée, j’avais le choix entre 5 ou 6 supports, mais hélas, les journaux qui me publiaient sont morts ou ont été vendus à des banquiers et des marchands de canons. Côté presse, il ne me reste pas un millimètre carré, récemment seulement : Cassandre.

Extrait du mémoire de Florie Boy sur les itinéraires croisés de Claire Bretécher, Chantal Montellier et Marjane Satrapi

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Couverture provisoire du nouvel album de Chantal Montellier à paraître en janvier chez Actes Sud l’an II.

Portrait de Christine Brisset, militante exceptionnelle qui devient la "passionaria des pauvres", en prenant la tête d’une petite armée de volontaires (étudiants, ouvriers et femmes du monde...) qu’elle transforme en squatters. Elle fonde l’association des "Castors angevins" puis se fait conductrice de logements sociaux, d’écoles, de centres commerciaux, d’un cinéma et même d’une église. Cette héroïne des "Actualités françaises" est poursuivie et condamnée quarante-neuf fois par le tribunal correctionnel.

Chantal Montellier retrace la vie de Christine Brisset à partir du film de Marie-José Jaubert

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Conférence EDF - Marie Curie par Master_HCEAI

Conférence EDF - Marie Curie

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Femmes d’exception

Genre : Mémoires et témoignages

Année de parution : 10-05-2012

Nombre de pages : 240p

Depuis trois ans, Célyne Baÿt-Darcourt reçoit des « femmes d’exception » le dimanche matin sur France Info. À son micro, elles se sont livrées à des confidences, ont eu des fous rires ou retenu des pleurs. Toutes nous expliquent comment elles sont allées au bout de leur rêve et de leur combat. Célèbres ou anonymes, ces femmes racontent leur parcours, leurs passions, leurs envies, leurs douleurs aussi parfois.

Qu’elles soient sportives, femmes d’affaires, artistes ou chercheuses, elles ont en commun d’être des battantes.

Dans ces entretiens ici réunis, on découvre des femmes exceptionnelles à plus d’un titre, qui nous invitent à les suivre.

Un livre tonique et optimiste ou l’on retrouve :
Florence Arthaud, Sophie Audouin-Mamikonian, Natalia Baleato, Marie-Christine Barrault, Djemila Benhabib, Elodie Bernard, Sabine Bernet, Dorine Bourneton, Florence de Comborcière, Johanna Dray, Régine Frydman, Stéphanie Fugain, Xu Ge Fei, Mary Genty, Benoîte Groult, Claudie Haigneré, Mémona Hintermann, Jenny Huppocrate-Fixy, Judith Magre, Chantal Montellier, Chantal Paoli-Texier, Martine Saada, Lise de la Salle, Marie-Laure Viébel.

Nouvelle parution

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De nombreux sites et blogs sur Internet diffusent des nouvelles inquiétantes concernant Fukushima. Pour vous donner un aperçu, la lecture de cet article, publié par Agora Vox, est intéressante. A la fin de l’article, différentes sources sont citées, qui permettent d’en savoir plus.

Il me semble essentiel, plus d’un an après l’événement, de ne pas oublier les conséquences que nous commençons déjà à subir, sans en être réellement conscients.

Bonnes lectures...

Des nouvelles de Fukushima

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Réinterprétation contemporaine par Chantal Montellier de la célèbre toile d’Artémisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne (1612-1613), actuellement exposée au musée Maillol à Paris.


Judith et Holopherne version XXIème siècle

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Annie Le Brun et Victor Hugo en appellent à « l’insurrection lyrique ».

Vers la fin du 20e siècle s’est passée cette drôle de chose : la société a commencé à s’enliser dans un conformisme étouffant et une ornière de vacuité intellectuelle. Depuis, nous sommes comme plaqués au sol dans un monde étriqué, sans rêves et sans élan, où nous prenons les moyens (techniques notamment) pour la fin, et où « l’idée de culture réduite à l’état de chiffon sert à éponger les incontinentes manifestations de la plus indigente esthétique du quotidien ».

Ce constat, Annie Le Brun l’a fait dès 1988 dans un essai, Appel d’air, qui reparaît aujourd’hui chez Verdier. Le livre n’a hélas pas pris une ride. Les choses se seraient plutôt aggravées. L’auteur, femme à l’écriture précise et tranchante, a poursuivi cet implacable état des lieux à travers d’autres ouvrages. Dans Du trop de réalité (Stock, 2000), celle qui a participé aux dernières années du mouvement surréaliste, entre 1963 et 1969, écrivait : « Le rêve a purement et simplement disparu de notre horizon [...]. C’est là un des plus graves manques de la fin du millénaire qui, à mes yeux, tient de la catastrophe. » Puis elle ajoutait : « Le temps est à se souvenir de ce qu’avançait Victor Hugo en 1863 : "Comme on fait son rêve, on fait sa vie". »

"L’insurrection lyrique"

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Philipp Geissler Alençon, le 17 mars 2012

Madame,

J’ai bien regretté de ne pas avoir pu vous rencontrer au dernier festival d’Angoulême.

En effet, même si je suis tombé dans la marmite de la Bande Dessinée, enfant, il y a 45 ans, en rencontrant des héros plus « main stream » que les vôtres, à savoir asterix et tintin (ou plus précisément obelix et le capitaine h) , vos livres m’accompagnent depuis de longues années, et me rappellent qu’il n’y a pas de vie vraie sans révolte radicale contre ce qui dans l’ordre établi mène à la mort. Pas tant la mort physique, élément inévitable de la condition humaine (& animale) mais la mort psychique, la robotisation, l’aliénation, la soumission, l’esclavage, la non pensée, le non désir, le non amour. Et surtout que la forme de cette révolte est tout aussi important eque le fond : En effet l’ "inquiétante étrangeté" de votre dessin, et de la composition de vos planches,votre liberté, participent de façon centrale à la remise en question de la « norme » imbécile qui si souvent nous emprisonne.

Ce n’est pas par hasard, que parmi la dizaine d’ouvrages de votre main, que j’ai pu trouver au cours de mes fouilles dans les bacs des marchands d’occasion, me viennent à l’esprit en premier les « rêves du fou », paru chez futuropolis en 1981 (ah, nos illusions du mois de mai…), et que j’ai dû découvrir peu après (ou avant ?) de m’orienter vers le métier de “psy”...

Je feuillète à l’instant votre « sorcières, mes sœurs » ; et tombe, évidemment, sur camille claudel, 30 ans d’ »asile ». Certes j’ai un faible pour les sorcières ; quand elle était petite, j’ai assuré à ma fille que je pourrais lui trouver une place d’apprentie auprès d’une authentique praticienne de la magie. Plus tard j’ai fait le même coup à ma petite fille, fille de ma fille. Mais j’aime aussi le diable, leur associé au sabbat ; d’ailleurs n’est-il pas adorable, ce bouc rouge sur la page en titre de votre bouquin ? Bien plus sympathique toujours que les curés bleutés du fond.

Une autre raison qui m’a fait devenir un de vos fidèles est mon questionnement douloureux en ce qui concerne les relations entre hommes et femmes, et la violence réelle et symbolique faite aux femmes. Leur infériorisation. Autrement dit la peur que nous autres mâles avons de vous, mais aussi le plaisir difficilement contrôlable qui consiste à soumettre l’autre. Sans oublier cet autre plaisir, celui d’être soumis(e)…

La liberté semble décidément quelque chose que l’humain a un grand mal à supporter, à « gérer », à apprendre..

A ce propos, je viens de relire V pour Vendetta d’Alan Moore et David Lloyd, et je reste émerveillé de la profondeur des réflexions, que j’y découvre sur ces thèmes, tant de la liberté, que de la destructivité, et enfin en ce qui concerne les hommes et les femmes. J’étais retombé dedans, après avoir vu l’usage que font de nos jours du masque de guy fawkes les « anonymous ». Rien que l’utilisation de ce masque dans la BD est une trouvaille géniale, je trouve.

Sur ce genre de sujet et bien d’autres j’aurais aimé bavarder avec vous fin janvier dernier au festival. Tout en sachant bien sûr aussi, qu’ une rencontre dans la foule d’un dimanche après-midi ne se serait guère prêtée à de tels échanges approfondis.

Aussi suis-je reparti sans trop de regret vers Alençon, ou m’attendait mon épouse fidèle, après avoir reçu par Monsieur Groensteen l’assurance, qu’il ne manquerait pas à vous faire parvenir un courrier de ma part.

Excusez si cette lettre est un peu décousue et incomplète

J’aime écrire, mais au malgré ma relation avec vous à travers vos œuvres, depuis des décennies, vous restez tout de même pour moi une étrangère, et tout en tenant à vous saluer, et à vous féliciter de ce que vous avec accompli, dans une position de résistante que j’imagine par moment bien solitaire, j’ai quelque peur de vous importuner voire tout simplement d’écrire dans le vide.

Ce vide que semblent connaitre si bien tant de vos personnages, quasi intersidéral, d’incommunicabilité entre les êtres

Merci toujours d’avoir ainsi crée des pages inoubliables.

Merci aussi d’avoir lu les miennes

A ce propos, je vous joins un texte, plus long, une lettre ouverte à ceux (et celles) qui croient à une vie AVANT la mort, texte que j’ai écrit en décembre dernier, et qui était l‘objet original de ce courrier. En effet, j’essaye de faire circuler ce texte un maximum, espérant pouvoir partager un peu d’espoir avec certains de ses lectrices & lecteurs (y sont également joints quelques extraits de BD de mon cru ; dans une autre vie j’aurais été, je serais, ou je suis ( ?) auteur de BD)

Cordialement votre

Phg


Cher Monsieur,

Mon éditeur , Monsieur Thierry Groensteen, m’a fait passer votre belle lettre dont je vous remercie.

Elle n’est pas tombée dans le vide, même si, comme vous l’avez compris, je suis un peu trop seule là ou je suis.

Feu mon analyste, Madame Eugénie Lemoine-Luccioni me disait : “celui ou celle qui dit l’enfer devient cet enfer pour les autres.”

Et aussi :
“l’analyse, la création, libèrent une parole que cette société réemprisonne”.

Elle disait vrai.
J’aurais du me taire !
J’ai cru à l’intelligence humaine.
J’ai cru à la BD comme outil de libération.
Deleuze, Foucault, l’anti psychiatrie, et beaucoup d’autres choses
m’avaient laissée espérer que l’on pouvait oser aborder certains sujets difficiles,
douloureux, par le biais de la création artistique.
C’était sans compter sur ceux qui nous gardent !
C’était sans compter sur l’infinie bêtise de l’espèce dite humaine.
Du troupeau peureux de ceux qui se croient “normaux”.

La maladie neurologique de ma mère (après un avortement qui s’est mal passé) m’a “initiée” à certaines choses qu’il vaut mieux taire. Comme il vaut mieux taire la souffrance.
Pour que ceux qui profitent de la situation puisent continuer à “jouir sans entrave”.

Ma formation artistique, qui m’amène à pratiquer la bande dessinée plus comme une artiste, une plasticienne, m’a aussi joué des tours dans ce milieu et avec ce lectorat sans vraie culture de l’image ou tout est pris au premier degré.

Mais enfin, j’ai survécue et suis devenue “sage” puisque décidément il n’y a pas d’autres choix que de rentrer dans une case étroite dont rien ne dépasse.
- Je pense que mon album sur Marie Curie (“la fée du radium”) devrait rassurer les chiens de garde de tous poils sur mon état de santé mental.
- Forme et fond sont très “normalisés” même s’il survit un peu de féminisme, ce terrorisme au féminin !

Une artiste dans mon genre peut aussi faire du “normatif”, du rassurant, et c’est cela que nos maîtres attendent de nous, n’est-ce pas ?
- Et nos (mauvais) maîtres ont gagné. Leurs flics ont gagné. La bêtise a gagné. LEUR NORME abêtissante et castratrice, qui transforme
tous les papillons en chenilles, a gagné pour l’instant.

Alors...

Cordialement.
Chantal Montellier Streiff


Texte de Ph G, joint à la lettre

LETTRE OUVERTE A TOUS CEUX QUI CROIENT QU’IL Y A UNE VIE AVANT LA MORT
Cela fait maintenant plus de 50 ans que je vis sur cette planète. Il parait qu’une des premières phrases que j’ai dit, à trois ans, quand mon père claquait la porte, à faire tomber des morceaux de plâtre du mur, était : « in dieser Welt muss wohl alles kaputt gehen ». En français ça donne à peu près : « tout se casse un jour dans ce monde » .Eh oui, je suis un de ces étrangers qui viennent manger le pain des Français, même que j’ y ai fait trois enfants avec deux épouses françaises , et y travaille, depuis 1983, à Alençon, dans l’Orne, comme « psychiatre », au service du public.
La « psyché », en français, ça veut dire l’ « âme », et « iatros » vient du grec « médecin ». Quand j’explique donc à mes patients, que je suis un « médecin de l’âme », il arrive qu’on me prenne pour un curé. Il faut avouer que la réalité quotidienne apparaît à beaucoup comme froide et absurde, « sans foi ni loi », sans valeur ni repère fiable et stable. Du coup des gens cherchent en moi pas simplement le technicien spécialiste, qui les débarrasserait de symptômes psychiatriques gênants, mais aussi un « père », dont ils attendent du réconfort, et des conseils sur comment donner un sens à leur vie.
Cette vie « individuelle » de chacun, je n’ai jamais pu la concevoir dissociée, séparée, de son contexte. Nous ne devenons nous-mêmes qu’en relation avec les autres, les parents d’abord, puis la société et l’univers tout entier. Bien avant de choisir mon métier, le Social me paraissait déjà essentiel pour comprendre ce monde. Cette motivation me vient de mes deux parents, qui avaient vécu leur enfance et adolescence dans l’Allemagne Nazie, et qui m’ont appris très jeune, à quel point une société humaine pouvait rapidement se transformer en machine de mort, capable des pires horreurs.
Mon adolescence à moi fut marquée par les remises en question, mais aussi les espoirs, des années soixante/soixante-dix. J’y puise, encore aujourd’hui, une foi profonde en deux valeurs essentielles, complémentaires et souvent contraires, l’amour et la liberté, qui me font ces temps-ci passer pour un rêveur naïf auprès de certains. L’une et l’autre sont en effet considérées, par certains
« scientifiques », comme de pures illusions. Derrière l’ »amour » ne se cacheraient que des motivations égoïstes déguisées, et nos « choix » seraient tout sauf libres, puisque prédéterminés par notre héritage biologique, ainsi que les conditionnements de notre passé. Face à ce point de vue « post-moderne », que je vis comme cynique, nihiliste et déresponsabilisant, j’affirme, avec Erich FROMM, dont j’ai eu le bonheur de lire à dix-huit ans le petit livre « the art of loving » (l’art d’aimer), paru aux Etats Unis en 1956 :
L’amour n’est pas qu’un sentiment, pas plus que la liberté n’est la possibilité de faire n’importe quoi. Mais …
… l’être humain est capable d’apprendre à aimer et à devenir libre.
Apprendre à aimer signifie essayer de connaître l’autre, que cet autre soit un humain, un chat, un arbre, une science, un art, ou l’univers tout entier, et apporter à cet autre ce dont il a besoin.
Rajoutons tout de suite ici, comme vient de le remarquer un de mes fils à la lecture de ce qui précède : l’un des premiers et principaux « autres », que chacun de nous doit apprendre à connaître, dont il doit apprendre à prendre soin, c’est Soi- même. Pas simplement notre reflet dans le miroir, mais aussi nos faces cachées dans l’ombre, nos pulsions, nos « monstres intérieurs », notre « enfant intérieur », nos peurs ; et, au fond de tout cela, notre corps, limité et mortel. Connaissance (et amour) de soi, et des autres, ne peuvent que se développer ensemble.
Ce qui nous pousse à cette découverte de l’autre (et donc aussi des « autres à l’intérieur de soi »), c’est à la fois notre curiosité, notre attraction pour l’inconnu, et le besoin que nous avons de cet autre, puisque chacun de nous est incomplet, sujet à la peur du vide existentiel. Donc en effet, l’amour est toujours aussi « égoïste », puisqu’ aimer apporte quelque chose à celui qui aime.
Cependant, il existe une différence fondamentale entre une relation d’amour, basée sur un échange, réciproque, entre des êtres qui se respectent, qui savent, qu’au-delà de leurs différences, ils ont tous les deux besoin l’un de l’autre, et une relation d’exploitation, ou l’autre est réduit à l’état d’une chose inerte, que l’on méprise, que l’on traite et utilise comme une machine, et dont
on peut tirer profit, sans se préoccuper de ses besoins et désirs, et de ce qu’il peut nous apprendre. Notons que je ne fais pas ici de différence essentielle entre un « autre » humain, animal, végétal, minéral ou même immatériel tel qu’une science ou un art, puisque dans tous les cas il s’agit de savoir, si nous abordons cet autre avec respect, ou avec mépris, autrement dit « d’égal à égal », « à hauteur d’yeux » (comme le disait mon père), ou « de haut en bas », persuadés de notre supériorité. Nous sommes tous capables de l’une et de l’autre, parmi ces deux attitudes fondamentales. A nous de choisir.
Apprendre à être libre signifie justement apprendre à choisir, après observation et évaluation, ce que nous voulons faire, et ce que nous ne voulons pas. Quelles relations voulons nous établir, et avec qui, avec quoi ? Mais aussi jusqu’où voulons nous aller, dans ces relations, et jusqu’à quand ? Etre libre signifie pouvoir s’engager, mais aussi pouvoir se désengager.
En effet, autant un monde gouverné par la liberté seule, prônant comme idéal l’affirmation de soi d’individus considérés comme totalement « autonomes », indépendants les uns des autres, ne pourrait qu’aboutir à un désert froid et mortifère, autant un monde basé sur l’ « amour » et l’engagement, sans la liberté de dire non, de se désengager et de partir, finirait par devenir une prison totalitaire.
Quand, à cinquante ans, j’ai tenté de faire le bilan des décisions les plus importantes de ma vie, qu’elle concernent mes choix professionnels ou personnels, je suis arrivé à la conclusion, que je pouvais considérer chacune de mes orientations comme une erreur, puisqu’elles ont été à l’origine de souffrances, pour moi et pour d’autres, et qu’à chaque choix je me suis logiquement fermé d’autres possibilités, pleines de promesses. Paradoxalement ce constat m’a donné un sentiment de liberté : Certes les conséquences à long terme de nos choix ne sont jamais prévisibles. Mais l’essentiel n’est pas de ne pas faire d’erreurs, il consiste à apprendre d’elles pour ne pas répéter éternellement les mêmes. Chaque vie devient ainsi un chemin compliqué, zigzagant entre différents écueils.
Par contre, avoir, dans notre tête et notre coeur, au moment de chaque choix, à chaque instant de notre journée, et de notre vie, un compas, un repère, qui nous indique ce qui est bien, et ce qui est mal, me parait à la fois essentiel, et
possible, contrairement à tous les discours actuels, qui prétendent, que nous n’aurions le choix qu’entre une vision « moderne » « réaliste » , sans valeur absolue, ou tout et n’importe quoi serait possible, et des dogmes religieux qui voudraient prescrire ce que nous devons faire, et ainsi nous enfermer dans un nouveau moyen âge .
Il y a vingt ans j’ai eu l’occasion d’aller dans des écoles primaires à la rencontre des enfants, très officiellement dans le cadre d’un programme de « prévention des abus sexuels ». Nous étions alors munis d’une vidéocassette intitulée « mon corps c’est mon corps ». L’idée principale, que nous étions censés transmettre, se résumait à : « quand mon corps me dit non, je dis non ». Je me souviendrais toujours de ce petit garçon malin, qui me posait alors la question : « Si dans la cour de récré je tape sur Emilie, mon corps me dit oui ; donc : je continue, n’est- ce pas ? »
C’est en réponse à cette question, puis à beaucoup d’autres, posées par d’autres enfants, que j’ai fini par développer une façon simple de définir le Bien et le Mal, m’appuyant une fois de plus, entre autres, sur mon « ami » Erich FROMM (citons ici un autre petit livre de lui : « The Heart of Man », paru en 1964) , mais aussi sur son prédécesseur FREUD. Ces définitions m’ont été fort utiles depuis, tant dans ma vie personnelle, qu’avec mes patients et collègues. Elles pourraient être considérées comme le plus petit dénominateur commun de toutes les religions, mais aussi des diverses approches philosophiques et athées du sens de la vie, et pourraient ainsi constituer des éléments de base de cette « éthique », mot moderne dont beaucoup se réclament, sans toujours savoir très bien à quoi la référer.
Alors, comment définir le Bien et le Mal ?
A vrai dire, l’essentiel est déjà dit dans les paragraphes précédents. Je pars avec FREUD et FROMM de l’idée qu’il existe en nous (et peut être bien dans toute la matière de cet univers, mais cela mériterait un autre article) deux forces fondamentales, opposées et complémentaires : la pulsion de vie, et la pulsion de mort.
Tout ce qui nous pousse à AIMER l’autre et nous- mêmes, donc à nous connaître et à prendre soin de nous, puis ce qui nous pousse à être LIBRE, à
choisir, qui et quoi aimer, investir, que faire de notre vie, est du côté de la pulsion de vie, et donc du Bien.
Tout le contraire, à savoir haïr, nier, mépriser, TUER l’autre ou soi-même, puis établir avec l’autre (ou soi-même) des relations basées sur la domination, et l’exploitation, que l’on s’y place en position de « maître » ou d’ « esclave », relève de la pulsion de mort, et donc du Mal.
J’entends déjà tous ceux qui rigolent, et ne vont pas tarder à me traiter de « bisounours » ou encore « moralisateur primaire ». Ils ne seront d’ailleurs pas seuls : Je me souviens encore bien de telle psychologue disant de notre travail à l’école , que nous « endoctrinions » les pauvres petits, ou de tel autre « évaluateur » diplômé dépêché sur les lieux par l’Education Nationale, qui trouvait « abusif », que nous considérions la domination de l’autre comme quelque chose de mal.
Puis il y aura ceux, plus sérieux, qui rétorqueront, que la mort est non seulement inévitable, mais qu’elle devient même un bien, quand, épuisés, nous arrivons à la fin de notre vie. Ce qui est vrai, mais ne contredit pas mes définitions. En effet, durant toute notre vie, la pulsion de mort, si nous apprenons à l’apprivoiser, à l’exprimer de façon symbolisée, et notamment par le jeu et par l’art, peut être un rappel utile de notre mortalité finale, de ce moment, ou, à la fin, la Mort cesse d’être une ennemie, pour devenir celle qui enfin nous accueille, nous prend dans ses bras.
Ce qui est Mal, c’est ce qui nous POUSSE à la mort, nous y presse, nous y précipite, nous fait fuir la vie et ses complications. Les suicidaires sont ainsi avant tout des gens trop pressés, pressurisées, par une souffrance morale qui leur devient insupportable, au point qu’ils ne peuvent plus attendre cette fin de vie, qui pourtant nous est à tous garantie. Et quand nous « tuons le temps » à une vitesse de plus en plus étourdissante, ne prenant plus le temps de vivre, de bavarder, de rigoler ; quand nous cherchons à nous remplir de façon frénétique, ou encore quand nous rêvons de ne plus rêver, de devenir des machines, de vivre notre vie dans la répétition, la routine robotique du toujours pareil, nous sommes également sur un chemin de mort.
C’est là que fatalement nous revenons vers le Social, ou, si vous voulez, le Psychosocial, je veux parler de …
….notre « monde moderne »
Notre société qui se dit « libérale avancée », ou encore « néolibérale », et que nous, dans les années soixante-dix, appelions « capitaliste tardive », est basée fondamentalement sur l’argent, et le pouvoir qu’il donne sur autrui, comme seule « valeur ».Certes on y revendique la « Liberté » comme soi-disante valeur absolue, mais, dénuée de toute responsabilité assumée, et privée de son complémentaire indispensable, l’amour, elle dégénère en « droit de faire n’importe quoi ». Le « bien » et le « mal » tel que je viens de les définir, n’ont pas de place dans ce système de pensée. L’être humain, ainsi que la planète entière, n’y existent qu’en tant que marchandises, choses mortes. On peut déposer des brevets sur notre génome, nous obliger à faire pousser des plantes modifiées, sans graines réutilisables, on peut spéculer sur la nourriture, poussant des millions de gens à la famine, on peut détruire la planète entière, toujours au nom de la croissance obligatoire, ce qui signifie rien de plus que le profit à court terme de quelques-uns.
Et dans cet « univers impitoyable » nous sommes censés nous considérer tous les uns les autres comme des concurrents dans un gigantesque « combat pour la survie ».Comme si nous n’étions que des animaux prédateurs les uns vis-à-vis des autres, et que seulement les plus forts, et les plus sans scrupules, donc les plus inhumains, les moins sensibles, les moins vivants, auraient une chance de gagner. Des jeux télévisés tels que « Koh-Lanta », ou « Le Maillon Faible », mais tout autant des consignes pour le management « moderne » des entreprises privées et publiques en disent long à ce sujet.
Le Partage ou la Guerre, il faut choisir :
Vingt pour-cent de la population mondiale gaspillent actuellement quatre-vingt pour-cent des ressources de notre planète, ressources qui touchent à leur fin. L’équation du vingt et unième siècle est simple : soit nous apprenons à partager équitablement, ce qui signifie que les plus riches (moi y compris) révisent très sérieusement à la baisse leur niveau de dépenses (ce qui ne veut pas dire « niveau de vie », car la richesse d’une vie se compte autrement qu’en objets achetés), soit il faudra tuer environ trois à quatre milliards d’êtres humains. Les horreurs du siècle dernier paraîtront ridicules à côté.
On veut nous faire croire que le but de la vie serait de consommer un maximum d’objets dans un minimum de temps. C’est cette caricature mortifère qui reste aujourd’hui du « jouissons sans entraves » de mai 68. Alors qu’à l’époque nous pensions à l’amour libre, dans les prés, ou derrière les barricades, on veut nous vendre à la place des comportements de consommateur « drogué », accroché à sa « came », se remplissant désespérément par tous les trous. S’il y a bien une chose, qui apparait clairement, quand nous tentons d’aider des toxicomanes, c’est que derrière leur « besoin du produit » il y a en fait un grand manque d’amour et de liberté. Sauf que, comme je le disais plus haut, ces deux « choses » ne s’achètent pas, mais s’apprennent, en faisant des efforts, en prenant conscience de nos limites.
Le Développement de Relations Humaines Durables
Bien sûr nous avons tous besoin d’un minimum matériel : de la bonne nourriture, de jolis vêtements, un toit, de la sécurité, des jeux et autres activités qui donnent un sens à notre quotidien, un accès à l’éducation et à la culture sous toutes ses formes. Mais ce qui nous manque le plus, à nous autres gavés d’objets, ce sont des relations interhumaines fiables, d’égal à égal. C’est ainsi que j’en suis arrivé à dire, que le Développement de Relations Humaines Durables et une des priorités à mettre sur nos drapeaux, le reste du « Développement Durable » n’étant en réalité souvent qu’un nouveau déguisement du « toujours plus », cette fois peint en vert.
Le Syndrome d’Auto-Exclusion
En effet, parallèlement à l’idéologie consumériste mortifère s’est développé l’idéal d’un individu « autonome », « indépendant », qui n’aurait besoin de personne. Jean FURTOS, un de mes collègues psychiatres, qui à Lyon travaille depuis des années sur ces questions, a décrit cette attitude « moderne » sous le terme de « Syndrome d’Auto-Exclusion », ou encore « Syndrome d’Autisme Social ». Il parle même du « Camps de Concentration portatif » que chacun de nous tend à construire autour de lui. D’autres parlent du « Chacun pour soi, et Dieu contre tous », ou encore de l’ « Atomisation de la Société ». On peut même s’interroger, si le terme de « Société » est encore adapté à cet agglomérat d’individus ne cherchant chacun plus que son propre intérêt, sans égard pour le bien commun. Evidemment je force ici le trait, nous allons voir
tout à l’heure que partout dans notre monde des voix et des consciences se lèvent, à l’encontre de cette idéologie de la mort.
Mais auparavant, laissez-moi lever tout de suite une ambiguïté, que vient de soulever mon cousin préféré à la lecture de ce qui précède (merci, Joël !) :
Non, je ne crois pas à un retour souhaitable vers le « bon vieux temps » :
Ni au retour vers l’ « avant - 68 », quand l’ « autorité » du « chef de famille », du »patron », du « professeur » ou encore du « docteur » était « respectée »-en effet je suis heureux d’affirmer, qu’aujourd’hui le respect se doit être réciproque, du « grand au petit », tout comme du « petit vers le grand », et qu’aucune règle ne peut être imposée, sans avoir à être expliquée, justifiée.
Ni vers un soi-disant « âge d’or » de la société préindustrielle, ou certes les liens sociaux existaient de façon intense, mais ou du coup aucune liberté individuelle n’était possible, puisque les moindres faits et gestes étaient épiés et jugés.
Comme le dit FROMM, le capitalisme à fait sortir l’humanité de l’enfance, avec ses dépendances rigides, il nous a ouverts les portes de la liberté. Nous voilà dans l’adolescence, égocentriques, mais au fond peu surs de nous, nous prenant pour tout-puissants et immortels, tout en jouant avec le suicide, capables en effet de détruire la planète entière.
Régresser, redevenir des petits enfants d’un Dieu le Père qui nous dirait ce qu’il faut faire, voire nous enfouir dans les bras d’une Mère Nature, qui nous protègerait contre le mal et le froid du monde, voilà un chemin qui peut paraître tentant, mais au bout duquel nous nous trouverions enfermés dans des régimes totalitaires, régies par des lois sanglantes, telles que la Charia .
Non, nous devons au contraire progresser, devenir enfin adultes, libres, conscients et responsables de nos actes, capables chacun d’évaluer ce qui est bon, pour nous et les autres, à un moment donné, et ce qui ne l’est pas.
Il ne s’agit pas de retourner au Moyen Age avec ses serfs et seigneurs, mais de dépasser le capitalisme, tout en gardant ce qu’il a apporté de positif. (C’est ça, le tri sélectif !)
Quoi de neuf depuis 1993 ?
Depuis longtemps je constatais l’évolution des mentalités autour de moi, qui avais connu les années soixante-dix, avec une inquiétude et un pessimisme croissants. Etant de par ma profession particulièrement sensibilisé à la question du suicide, j’avais remarqué, qu’en France, comme dans les autres pays dits « développés », le nombre de personnes qui se donnaient la mort avait constamment augmenté, depuis ces mêmes années soixante-dix. Mais à mon grand étonnement, après un pic maximal atteint en 1993, ce taux de suicide, du moins en France, s’est mis à baisser, tout aussi régulièrement, atteignant en 2008 des chiffres équivalents à 1978 ! Et, tout aussi surprenant, en cette même année 1993, le taux des naissances, également en baisse linéaire depuis vingt ans, s’est mis à croître. Comment expliquer ces inversions de tendance ? Pour ce qui est des suicides, certains spécialistes avançaient certes l’hypothèse d’une efficacité ainsi enfin prouvée des mesures de prévention, mais cela me paraissait insuffisant.
Puis dernièrement j’ai eu l’occasion d’assister à une conférence d’Alain EHRENBERG, sociologue au Centre National de Recherches Scientifiques, qui décrivait l’apparition, depuis le début des années 1990, dans la société française, d’une prise de conscience quant aux liens entre le psychique et le social. Nous serions collectivement de plus en plus sensibles à une « souffrance sociale », que nous rencontrons chez les gens dont nous avons à nous occuper, une souffrance liée à des processus de désinsertion, de précarisation, et d’isolement, que ce soit sur le plan familial ou professionnel. Cette prise de conscience a conduit à tout un travail de conceptualisation du Psychosocial, initié notamment par Jean FURTOS, à Lyon, avec la création, en 1993, de l’Observatoire National des pratiques en Santé Mentale et Précarité. EHRENBERG décrit cette nouvelle façon de considérer notre travail, en réseau, en tenant compte de la société, dans laquelle nous nous trouvons insérés, comme une véritable institution nouvelle, un nouveau paradigme. Nous rompons ainsi avec l’approche purement individuelle de la souffrance psychique, qui a longtemps dominé la psychiatrie, que ce soit dans la psychanalyse, ou encore les thérapies cognitives et comportementales.
D’autre part j’ai pu rencontrer Axel KAHN, généticien, membre du Comité consultatif national d’éthique français, qui pour un livre paru en 2000, se voulant « un plaidoyer pour un humanisme moderne », choisit comme titre une exclamation faite par un des participants à la grande grève de 1995 (contre la réforme des systèmes de santé et de la SNCF, mais plus généralement contre le mépris de l’humain, dans une société gouvernée par la seule « rentabilité ») : « ET L’HOMME DANS TOUT CA ? »
La Précarité Positive
Enfin, en octobre dernier, j’ai eu la chance et le plaisir de participer, à Lyon au premier « Congrès des Cinq Continents, sur les Conséquences Psychosociales de la Mondialisation ». Invités par Jean FURTOS cité plus haut , plusieurs centaines de chercheurs, et femmes et hommes de terrain, des domaines sociaux et psychiatriques, d’Amérique du Nord et du Sud, d’Afrique et d’Asie, d’Australie et d’Europe, y ont échangé leurs points de vues et expériences, riches et variées ; une autre approche de notre travail, plus égalitaire, plus collective, « communautaire » se développe, au Canada et au Rwanda, au Brésil comme en Chine.
Outre l’accent mis une nouvelle fois sur la toxicité dangereuse du « Syndrome d’Auto-Exclusion » exposé plus haut, j’en retiens une autre notion, tout aussi importante : celle de la « précarité saine, positive » : FURTOS, par ce terme, nous invite à prendre conscience du fait, que nous sommes tous précaires, que nous avons tous besoin les uns des autres. Contrairement à l’idéologie, qui se veut dominante, de l’ « autonomie individuelle absolue », comme un idéal à atteindre. Puisque nous sommes tous incomplets et fragiles, « menacés de disparition soudaine », comme l’expliquait le serpent au Petit Prince. Puisque nous sommes vivants, et donc mortels.
En conclusion, ce congrès a publié une « Déclaration de Lyon », interpellant les décideurs de cette planète sur ce qui devrait être fait pour endiguer les effets néfastes de cette mondialisation, tout en en développant les bienfaits. La déclaration, intitulée : « QUAND LA MONDIALISATION NOUS REND FOU. POUR UNE ECOLOGIE DU LIEN SOCIAL » peut être trouvée aisément sur le net, et je vous en recommande la lecture.
Prises de conscience de travailleurs sociaux et sanitaires ; mouvements sociaux d’envergure dans de nombreux pays, des « altermondialistes » et « zapatistes » aux « indignés », en passant par les « écologistes » ; idées bien souvent concordantes dans de nombreuses publications contestataires, qu’elles soient confidentielles comme la « Décroissance », ou de véritables « institutions » comme « Charlie Hebdo » (hebdomadaire qui, mort pendant les années 80, les années « fric », est re-né de ses cendres en 1992 justement) ; succès surprise du film « Intouchables », une comédie narrant la rencontre entre une « racaille » noire, et un aristocrate tétraplégique… (Je cite ici pèle mêle ce qui me vient à l’esprit, et laisse à chacun de vous le soin de chercher, quels autres indices encourageants vous pourriez trouver, au cours des vingt dernières années) …
….se pourrait- il que nous soyons bien plus nombreux, que nous le croyons, à en avoir marre, qu’on nous gave comme des oies, d’objets de plus en plus inutiles, et d’une idéologie de plus en plus dangereuse, faisant de nous les ennemis les uns des autres ?
Se pourrait- il que la baisse des suicides, l’augmentation des naissances, ainsi que tous ces mouvements et pensées cités plus haut, qui se développent depuis 1993, soient l’expression d’une remontée progressive de la pulsion de vie dans notre monde, d’une envie de vivre croissante, malgré et contre tout ce qui nous étouffe et désespère ?
Serions-nous à l’aube d’un nouveau « Mai 68 », qui, si l’on quitte les lunettes purement françaises, fut un point culminant de révolte et d’envie de vivre, traversant le monde entier, durant plusieurs années ?
Certes nous sommes dispersés, atomisés, et certes, nous passons beaucoup de temps à nous disputer entre nous sur ce qui nous sépare, au lieu de nous soutenir dans ce qui nous unit. Cela aussi est une belle illustration du syndrome d’auto-exclusion, de l’affrontement des égos, auquel l’idéologie dominante nous encourage. Mais sommes-nous vraiment incapables de dépasser ces murs qui nous séparent ?
Résistons ! Prouvons-nous que nous existons !
Regardons autour de nous : Nous sommes nombreux à ne pas encore être ni des morts- vivants, ni des robots. Apprenons à aimer cette vie, précaire, qui est la nôtre, et à être libres, à dire NON à tout ce qui menace la vie sur cette planète, que ce soit autour de nous, ou en nous-mêmes. Entrons en contact, localement et globalement, avec tous ceux qui ont envie comme nous de vivre sur cette planète simplement, ensemble, et créons un réseau, des réseaux, de relations humaines durables. . Entrons en résistance contre un soi-disant ordre mondial, soi-disant naturel, basé sur la loi du plus fort, soi-disant sans alternative possible.
Ce qui nous rend vivants, ce qui nous définit en tant qu’êtres humains, chacun unique et digne d’amour, ce n’est pas ce que nous achetons, mais ce que nous faisons, ce que nous apprenons et choisissons de faire. C’est pour cela que la « société de consommation », société de « drogués accrochés à leur came », nous rend malade, nous pousse à la mort. Alors réinventons la vie, ensemble.
Une vie avant la mort, c’est possible. Si nous le voulons.
Ph Geissler Alençon 8 décembre 2011 philippgeissler@aol.com

Echange de l’être

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Vu à Angoulême, cet album est superbe.

Puissant, sexy, imaginatif, libre !

Vous pouvez lire dès maintenant une première chronique, publiée sur planetebd.com, en espérant qu’elle vous donne encore plus envie de lire !

"La lionne", le dernier album de Laureline Mattiussi

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En même temps que je récupérais le texte du “manifeste” des dessinatrices publié par le Monde en 1985, pour le poster sur ce site, je me suis souvenue des attaques de l’époque. Nous étions notamment traitées de mères-la-pudeurs et de censeurs (mot qui n’a pas de féminin).
Si mes dessins sont dans l’ensemble assez pudiques, la sexualité est loin d’y être tabou. Quand à Nicole Claveloux qui cosignait notre petit brulot, la partie érotique de son œuvre est loin d’être timide. Et voici une interview (pas très récente) fort intéressante de la dame.
CM

Nicole Claveloux “en toute innocence”.
une interview exclusive
Publié le 13 octobre 2008 dans Interview, Zolies images

J’avais espéré interviewer Nicole Claveloux à la suite de mon billet sur son dernier livre et c’est chose faite grâce à la magie de l’Internet. Je me suis particulièrement intéressé à son oeuvre érotique récente mais vous pouvez trouver une interview plus générale sur son travail dans « La revue des livres pour enfants » (BNF) de septembre 2008 (commande ici). Les dessins choisis ici issus de « la Belle et la Bête » version érotique sont volontairement « soft ».

Les deux derniers ouvrages que vous avez illustrés sont érotiques. Est-ce une coïncidence ou un désir de vous orienter vers ce genre ?

Nicole Claveloux – C’est venu comme ça, sans que je prenne une grande décision d’orientation, en fait c’était une envie que j’avais depuis un moment. Je continue d’ailleurs les livres « pour la jeunesse » en même temps ; comme, par exemple, celui qui est paru entre les deux derniers livres érotiques : « Professeur Totem et Docteur Tabou ».
Les deux genres se sont mêlés : en 2001, j’ai illustré « La Belle et la Bête » dans le texte original de Mme Leprince de Beaumont (éditions être) et ça m’a donné envie de continuer, reprenant les 2 mêmes personnages et racontant leurs aventures intimes, pour les adultes cette fois.

jardin d’hiver (la Belle et la Bête en classique)
Je ne suis pas la seule à avoir fait ça. Beaucoup d’illustrateurs ont pratiqué plusieurs « genres » en même temps : Fédor Rojankovski qui avait dessiné pour les « Père Castor » de mon enfance et René Giffey que je voyais dans les albums « Fillette », sont tous les deux très connus des bibliophiles amateurs de cochoncetés !

Chacun des livres est cosigné par une personne qui se cache derrière un pseudonyme (le Marquis de Carabas et Maurice Lerouge)) et qui écrit les textes. Est-ce que ces personnes existent réellement ?

NC – Le Marquis de Carabas ainsi que Marcel Lerouge sont une seule et même personne masquée derrière ces pseudonymes, l’un emprunté au « Chat botté » de Charles Perrault, que tout le monde connaît, et l’autre parodiant le nom d’un auteur de roman du début du XXe siècle, aisément reconnaissable…
Ensemble, nous travaillons à l’envers, c’est-à-dire que je dessine des scènes, d’après des idées plus ou moins floues, et lorsque j’en ai accumulé un certain nombre, je refile le tout à cet auteur mystérieux ; il classe alors les images, construit une histoire et écrit ses textes pour « illustrer » mes dessins. Le contraire de ce que je fais habituellement. Et c’est très agréable. Parfois, nous complétons le récit avec quelques dessins supplémentaires qui viennent faire transition entre deux scènes.

Les deux ouvrages sont très différents dans leur approche. Le premier part d’un texte connu dont l’interprétation sexuelle est assez évidente et qui se prête bien à une œuvre érotique, le second joue autour du personnage d’Arsène Lupin, personnage pas vraiment connu pour inspirer les érotomanes. D’où est venue l’idée de ces choix ?

NC – L’érotisme de la Belle et la Bête va effectivement de soi…
Quant au deuxième album, les « Confessions », je voulais montrer un Paris fantasmé, nocturne, ancien, labyrinthique, plein de passages secrets, de demeures dédalesques, de rendez-vous occultes, de souterrains, d’alcôves, de passages couverts et de vestibules… décor qui est, pour moi, plus érotique qu’un parking en sous-sol ou un supermarché.

voyeur de vampire
Le personnage du « monte-en-l’air » s’inspire d’un de ces héros de feuilletons fin XIXe – début XXe siècle que je trouve assez séduisants. J’ai toujours bien aimé l’image archiconnue de Fantômas en habit de soirée au-dessus de Paris (première version, sans la cagoule), et toutes les affiches et couvertures de romans avec des héroïnes à la Irma Vep et des héros en gibus, cape et smoking, éclairés de manière théâtrale. Ces personnages ne sont pas toujours très érotiques, trop malfaisants (quoique !), trop occupés à des vengeances (« Zigomar, maître de l’invisible ») ou trop austères (Harry Dickson) ou nobles bienfaiteurs dénués de pulsions (le Rodolphe des « Mystères de Paris ») ; par contre, je ne suis pas de votre avis, Arsène Lupin devrait inspirer les érotomanes ! Il séduit une femme dans chaque histoire, échange la solution de plusieurs mystères contre la promesse de coucher avec lui (« Les huit coups de l’horloge »), etc., … Maurice Leblanc voulait mettre un peu plus d’érotisme dans ses récits, mais son éditeur refusait, lui rappelant que ça devait être pour un public familial. Il a quand même semé de menues coquineries (à la mode 1910) dans les aventures de son cambrioleur.

Fantômas, un pied en ville
Les « Confessions d’un monte-en-l’air » rendent aussi hommage à Jean Ray et à Harry Dickson dans quelques épisodes, avec « Le club des hommes aigris », « La bande des loups-garous », « Le gang des petites souris » et « La mitrailleuse Murgrave ».

Les images des deux livres sont franchement pornographiques. C’est un genre qui n’apparaît pas franchement dans vos travaux antérieurs. Il y a des références à la sexualité ou à l’érotisme mais en règle générale, cela jouait ironiquement sur les codes des fantasmes. Ici, ils sont abordés crûment. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour « passer à l’acte » ?

détail de "Manigances – 1989"
Au cours de ces vingt dernières années, j’ai glissé de plus en plus de coquineries dans certains de mes dessins et surtout dans mes tableaux (un site web consacré à ce deuxième aspect de mon travail est actuellement en cours d’élaboration).
Quant au passage à des choses beaucoup plus « crues », on va dire que c’est dû à une évolution personnelle. Les envies, les idées arrivent quand elles veulent, ou quand elles peuvent, tôt, tard…. Moi je ne décide pas grand-chose, je réceptionne, c’est tout. J’ai toujours aimé dessiner soit des bonhommes rigolos soit du féerique, j’ai donc longtemps travaillé pour les enfants… mais il y a des époques différentes dans la vie, des moments où l’on est prêt… je ne peux pas être plus précise.

« Confessions d’un monte-en-en l’air » me paraît plus élaboré que les « Morceaux choisis de la Belle et la Bête » avec un gros travail sur les gris, la profondeur (hem) et surtout l’architecture parisienne. Est-ce que c’est venu comme ça ou il y a-t-il des choix artistiques derrière ?

NC – Les « Morceaux choisis de la Belle et la Bête » avaient un scénario assez simple : deux héros dans un décor unique, un parc et un château, le tout dans un XVIIIe siècle plus ou moins fantaisiste.
Les « Confessions d’un monte-en-l’air » se déroulent dans un monde plus complexe : le héros est amené, au cours de ses aventures, à rencontrer différents personnages, à circuler dans des lieux nouveaux chaque fois…
J’avais envie que les aventures polissonnes du « monte-en-l’air » se situent dans des décors recherchés, travaillés ; ce Paris mystérieux plus ou moins imaginaire devait avoir des éclairages crépusculaires ou orageux, des ambiances pluvieuses et venteuses, des perspectives, des maisons imbriquées les unes dans les autres depuis plusieurs siècles, où, heureusement, rien n’est fonctionnel et où le héros peut voltiger de toit en toit, apparaître par des portes cachées et disparaître dans la nuit. J’aime bien les détails, les petits objets, et aussi voir au loin, par la fenêtre ou dans un miroir. Les images sont donc plus fouillées en détails d’architecture, de mobilier, de costumes (1913 environ). Lors de la préparation du livre, en traînant dans Paris, je notais sur un calepin des toits, des portes d’entrée, des balcons et je suis loin d’avoir utilisé tous les docs que j’ai accumulés ( cf mon billet ici http://www.li-an.fr/blog/?p=1786 ).
Les « Morceaux choisis de la Belle et la Bête » a été fait plus rapidement, plus spontanément, avec moins de recherche documentaire.

Un des visiteurs de mon blog m’a demandé si votre travail féministe (Ah ! Nana !, voire Grabote) était compatible avec un travail érotique aussi cru. Personnellement, ça ne me semble pas incohérent mais que pouvez-vous lui répondre ?

NC – Pour moi non plus, ça ne me semble pas incompatible du tout, à moins de faire rimer féminisme avec puritanisme, ce qui arrive parfois. Le féminisme concerne le social (à l’époque d’ Ah ! Nana, il s’agissait entre autres de « libération sexuelle ») ; mes dessins érotiques, eux, relèvent d’une sphère plus intime, celle de mon imaginaire. Et lorsqu’on publie ses images, elles ne vous appartiennent plus, les gens vont s’en emparer ou au contraire les rejeter. Selon les époques, chacun voit ce qu’il veut dans une image, souvent des choses que l’auteur lui-même n’a pas voulu mettre, donc quels experts vont décider qu’une image est dangereuse ou dégradante et, par conséquent, à interdire ? On trouve à tous les coins de rue des analystes autoproclamés qui savent avec une certitude en béton que la couleur noire est « inquiétante », que la couleur blanche est « morbide » et que telle pose ou attitude est « avilissante » ou « méprisante ». Quand on est dans le domaine de la représentation des fantasmes, tout jugement moral ou social me semble hors de propos puisqu’on est dans un champ imaginaire privé.

Larson en toute innocence

logo delle bambine
La petite fille de Carl Larsson (1894), qui était à l’origine dans un cadre familial, a inspiré dans les années 1970 le sigle des éditions « Du côté des petites filles » (pour lesquelles j’ai fait trois livres). Aujourd’hui, elle pourrait être taxée d’incitation à la pédophilie !
Je comprends très bien qu’on ne s’intéresse pas du tout, ou pas en permanence, aux histoires et aux images sexuelles ; ça me semble donc correct de ne pas les infliger à tout le monde sur les murs de la ville et les couloirs du métro. À part ça, j’espère qu’aucune censure des images ne va s’imposer, que les caricatures de tout poil seront toujours possibles et la représentation des fantasmes sexuels aussi. Quand au grand prétexte des censeurs : les enfants, les jeunes, et bien il y a des placards qui ferment à clé !
En ce qui me concerne, les histoires et les images sexuelles m’ont toujours intéressée, depuis les époques lointaines où j’étais gamine (et où je n’avais pas grand-chose à me mettre sous la dent) et ça n’a pas cessé depuis. Aujourd’hui, je collectionne avec plaisir des livres et des images érotiques, allant de la « diabolico-foutromanie » de Achille Devéria, en passant par les gravures de Ishibun Sugimoto, Jean-Jacques Lequeu, Eugène le Poitevin, Fameni, Takato Yamamoto, Martin Van Maele, etc., … il y en a des milliers.

Dans les deux livres, il n’y a pas de fantasme ou de pratique particulièrement mis en avant. C’est plutôt un catalogue des possibilités sexuelles (dans le cas du Monte-en-l’air, c’est encore plus visible avec des références à la zoophilie, à la transsexualité…). Est-ce que c’est une façon de ne pas se dévoiler ?

parfum d’escrime ( Belle et Bête version érotique )
NC – Je n’ai pas voulu faire un inventaire de tout ce qui se pratique, ce n’était pas un reportage sur les différentes formes de sexualité. Je ne voulais pas non plus être monotone et reproduire page après page la même obsession… bien que j’apprécie cela chez d’autres dessinateurs. En fait, j’ai voulu varier un peu les plaisirs ; certaines scènes ont aussi été suggérées par l’auteur, ce qui introduit un autre imaginaire.
Que je ne cherche pas à trop me dévoiler, c’est bien possible !
Zoophilie : le mot conviendrait mieux à « Morceaux choisis de la Belle et la Bête » ! Dans les « Confessions d’un monte-en-l’air », il y a surtout une foule de petits clébards rikiki, dont celui du célèbre Ferlock Bolmès, un secret bien gardé… Ils sont là surtout pour assurer la partie comique plutôt que pour plaire aux zoophiles.
Je ne suis pas du tout dans une posture de provocation ou de transgression. Si je choque, j’en suis la première surprise ; j’ai parfois choqué dans l’illustration jeunesse où, pour certains, j’ai une réputation « d’illustratrice qui fait peur aux enfants » !! Je n’ai jamais bien compris pourquoi. J’aime bien représenter des animaux humanisés ou l’inverse, d’abord parce que nous sommes des animaux et puis parce qu’ils sont beaux, la plus part du temps. Mais je reconnais qu’il y a plus attrayant que le phacochère qui valse avec la Belle !

En règle générale, ce sont les artistes mâles qui ont une espèce de démon de midi et qui se mette à l’érotisme. Je ne connais pas d’autres exemples d’artistes féminins qui révèlent relativement tardivement leur goût de la représentation sexuelle. Est-ce que vous vous considérez comme une pionnière ?

NC – Je ne suis pas la première ! Je ne connais pas les parcours de tous les illustrateurs (trices) mais, par exemple, Suzanne Ballivet (1904-1985) a commencé par publier des dessins de mode dans les années 20, puis de l’humour, des costumes et des décors de théâtre dans les années 30, puis a fait paraître ses premiers dessins « sensuels » vers ses 40 ans : « Les aventures du roi Pausole » (1945), « Les chansons de Bilitis », « Daphnis et Chloé » (1946), et ce n’est que dans les années 50 qu’elle illustre de façon franchement érotique des livres comme « L’initiation amoureuse » (1951) et surtout « Gamiani ou deux nuits d’excès » d’ Alfred de Musset, dessins ou lithos à la sanguine que je trouve absolument magnifiques.

Avez-vous d’autres projets en cours ?

NC – Oui, je prépare un 3ème (et sans doute dernier) livre érotique qui s’appellera quelque chose comme « Les contes de la fève et du gland », et qui est basé sur les contes de fées, les légendes, les mythologies. Les images sont en couleurs, aux crayons de couleur. Il est plus laborieux que le numéro deux (lequel était plus laborieux que le premier !), car il traite de personnages tous différents et dans différents décors : le ciel, l’océan, les villes, la forêt, et différentes époques.
Ça boucle la boucle en somme : livre de contes de fées plus livre érotique. C’est le moment de faire une citation, mais je ne la connais pas avec exactitude (donc, pardon en cas d’erreur), Jean Cocteau a dit : « les histoires érotiques sont les contes de fées des grandes personnes ».

Nicole Claveloux, "en toute innocence"

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Il y aura 27 ans le 27 janvier 2012, plusieurs femmes dessinatrices remettent en question la presse BD de l’époque. Nicole Claveloux, Florence Cestac, Chantal Montellier et Jeanne Puchol cosignent un “manifeste” publié dans Le Monde.

Chantal Montellier témoigne : "Les coups en retour furent d’une extrême violence et d’une grande bassesse. Etant considérée – à juste titre- comme le véritable auteur de ces lignes j’ai été particulièrement visée et frappée. Rumeurs qui tuent et ostracisation systématique. Mise en cause de ma santé mentale. J’avais touché au veau d’or, ça ne se pardonne pas."

Ce texte manifeste intitulé « Navrant », est reproduit ci-dessous dans son intégralité :

« Navrante cette soi-disant nouvelle presse percluse des plus vieux et des plus crasseux fantasmes machos. Navrant de voir la plupart des journaux de bandes dessinées emboîter le pas, prendre le chemin réducteur de l’accroche-cul et de l’attrape-con. De la « porno à quatre mains », au « strip-tease des copines », en passant par « l’étude comparative des lolitas », « le roi de la tripe », « les nouveaux esclaves », les « mange-merde », j’en passe, les talents se déploient, virils. Ils nous proposent d’accompagner « le grand capitaine Rommel » dans le souffle nouveau de l’aventure.

Rétro, humour fin de race, potins mondains-branchés, nostalgie coloniale, violence gratuite, poujadisme, sexe-con, fétichisme, sexisme et infantilisme sont à l’ordre du jour.

Parce que nous aimons certaines bandes dessinées, parce que nous souhaitons que les journaux soient au service des créateurs et pas des seuls marchands, parce que ces derniers réduisent chaque jours davantage la place accordée à la création au profit de l’uniformisation, nous avons voulu réagir, en souhaitant que cette lettre trouve un écho auprès des auteurs comme des lecteurs. »

Manifeste signé par : Nicole Claveloux, Florence Cestac, Chantal Montellier, et Jeanne Puchol.
Avec le soutien d’ Arnaud de la Croix, Franck, Thierry Groensteen, Bruno Lecigne, et Pierre Sterckx.

Quelques lignes d’une interview donné à Hélène Lazar, une journaliste de “la vie en rose”.

HL : Comment vous est venue l’idée de ce manifeste ?

CM : C’est à la suite d’une discussion avec Nicole Claveloux, une autre auteure de BD. Nous avons réagi de la même manière aux politiques d’édition de journaux comme L’Écho des Savanes. Charlie Mensuel ou
Pilote. Mais on ne s’est pas contentées d’une impression générale. On a été y voir de près. On a fait une sorte d’état des lieux, c’est-à-dire qu’on a acheté toutes les revues de BD présentes en librairie et on a constaté que le mot d’ordre général, c’était : « Porno, rétro, facho ». Quoi qu’on raconte, les femmes sont exhibées, dénudées. C’est comme si on imaginait une
pièce de théâtre où tous les personnages féminins seraient nus ; ça semblerait absurde. Ce qui est grave, c’est que ces BD développent un mépris de la femme, la gadgétisent. Elles ne sont plus actrices, porteuses d’une histoire. Elles sont le repos du guerrier, des esclaves sexuelles
analphabètes.

Joyeux anniversaire !

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Sophie Coignard et Romain Gubert, journalistes au Point, dénoncent dans leur dernier ouvrage une « oligarchie », composée de patrons, hauts fonctionnaires, élus ou experts, qui cumulent fonctions et privilèges, se servent de l’Etat à leur profit et à celui de leurs amis et « gouvernent avec un mélange d’incompétence et de lâcheté. »

Interview sur France Info :

http://www.franceinfo.fr/recherche/key%3Dsophie%20coignard

L’oligarchie des incapables

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http://www.dailymotion.com/video/xng66l_apres-10-ans-de-silence-l-ex-agent-de-la-cia-susan-lindauer-peut-desormais-temoigner-sur-le-11-septe_news

Après 10 ans de silence, l’ex agent de la CIA, Susan Lindauer, témoigne à propos du 11 septembre

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Marie Curie, la fée du radium

durée : 7 min

À l’occasion de la sortie de la BD La fée du radium (Ed. Dupuis) sur la vie de Marie Curie, l’occasion de s’interroger sur l’héritage de ce personnage quasi mythique... Malgorzata Tkatchenko, directrice du centre CEA de Fontenay-aux-Roses évoque pour nous les applications et les recherches actuelles issues des travaux et découvertes de Marie Curie.

Réalisation : Romain Nigita

http://www.universcience.tv/media/4100/marie-curie--la-fee-du-radium.html

Marie Curie sur Universcience

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Le prix Artémisia 2012 de la bande dessinée féminine est décerné à Claire Braud, pour Mambo, (l’Association)

Cette jeune auteure succède à Johanna Schipper, Tankxxx et Lisa Mandel, Laureline Mattiussi et Ulli Lust, respectivement lauréates en 2008, 2009, 2010 et 2011.

Le Mambo est une danse originaire de l’île de Cuba. Les danseurs se font face car leurs pas sont réalisés en miroir et les deux partenaires sont généralement collés l’un à l’autre. Mais comment danser un Mambo quand on est toujours en train de courir, de crainte de devenir un “gros tubercule” ? Et puis avec qui le danser ? Surement pas avec le contrôleur fiscal (neutralisé d’un coup de poële à frire) ; ni avec le cavalier body buildé aux dents trop longues et pointues pour pouvoir embrasser, sans la blesser, sa partenaire ; ni avec le chauffeur de bus au nez collé sur son volant... Sans compter que pour ne rien arranger les hommes ont des prénoms féminins ! Alors, comment s’y retrouver ? Autant continuer à courir en confiant la garde de la maison (et de l’huissier) à l’animal domestique habituel : un tigre de grande taille !

Dans ce premier album plein de fantaisie et d’humour subtilement subversif, l’auteure porte un regard original sur les relations hommes-femmes et fait appel, de rebondissement en rebondissement, à ce que l’imaginaire féminin peut avoir de plus singulier, chose toujours trop rare dans le monde si masculin de la bande dessinée.

Côté graphisme, dessin et mouvement sont très dynamiques, les personnages bien caractérisés et le style, qui peut faire penser parfois à Roland Topor, est libre et léger. L’absence de cadre autour des cases accentue encore l’impression de liberté.

Bref, Claire Braud nous entraîne dans une danse sensuelle à la chorégraphie surréaliste, qui a donné à Artémisia envie de danser ce mambo avec elle. Pas à pas.

Le prix sera remis mardi 10 à 18h 30 à la librairie la Hune de Saint Germain.

Artémisia

Claire Braud, lauréate du prix Artémisia 2012

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Une vidéo qui donne quelques éclaircissements sur la crise financière que nous continuons de vivre en ce moment.

http://www.youtube.com/watch?v=LGCBIvOcJYo

Comprendre la crise financière

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Pour retrouver l’entretien sur le site de BDGest’, cliquer ici.

Chantal Montellier est une artiste engagée. Engagée dans un combat politique qu’elle mène depuis ses premiers dessins de presse parus au début des années 70 dans L’Humanité ou Politis, dans une lutte contre un monde déshumanisée que l’on retrouve dans des albums comme Tchernobyl mon amour ou Odile et les crocodiles, elle a également à cœur de rendre à la Femme la place qu’elle mérite, dans une société très machiste. Elle a d’ailleurs créé en 2008 le prix Artémisia qui récompense chaque année un album scénarisé et/ou dessiné par une ou plusieurs femmes. À l’occasion de la sortie de son nouvel ouvrage, L’Inscription, publié chez Actes Sud, elle accepte de se prêter au jeu de l’interview.

Le nom de l’héroïne de L’Inscription, Caroline Montbrasier, possède les mêmes initiales que le vôtre. La coïncidence est-elle purement fortuite ?

Pas vraiment. Même si je ne suis pas le personnage, nous sommes proches.

L’album s’ouvre sur une citation d’André Breton portant sur la révolte. Êtes-vous, vous-même, une révoltée ?

Une indignée, comme de plus en plus de personnes en ce moment. Les indignés de Wall Street, par exemple (les manifestants du mouvement anticapitaliste Occupy Wall Street ). Comment ne pas être révoltée face au désastre social actuel...

Pensez-vous qu’il n’y a pas de place dans la société actuelle pour des personnes ne correspondant pas exactement à « la norme » ?

La norme est morne ! Les gens ordinaires ennuyeux. On calibre les individus comme s’ils étaient des biens de consommations. Personnellement, je refuse ce calibrage et ça ne me simplifie pas la vie. Mais les artistes ne sont pas calibrables en principe, donc hors normes. Les pouvoirs n’aiment pas ça.

Votre livre a tout d’une dystopie. Vous semblez avoir fait de Caroline une victime consentante de ce système.

Vous m’avez mal lue. Caroline est coincée. Elle est entrée, poussée par un faux ami (psy), dans un piège... Mais c’est aussi une sorte d’initiation.
Et puis il s’agit d’un songe !

Certes, elle se rebelle dans sa tête, mais elle cède systématiquement dans les faits. Sur quoi avez-vous voulu insister en faisant ce choix ?

Montrer la face cachée du pouvoir.

N’y-a-t-il pas un paradoxe à dénoncer une société du paraître, alors que dans le même temps, l’unique personnage de votre livre qui a une certaine beauté est Caroline ?

La beauté n’a rien à voir avec le “paraître”. Et Caroline est dans sa vie “réelle” (si j’ose dire) cernée par la laideur, la bêtise. Concierge et voisins hideux, méchants ; beaufs et commerçants vulgaires et voleurs ; bureaucrates rancis et pervers ; flics sadiques... Elle est un peu comme Rimbaud face aux “assis”
“... leur regard filtre ce venin noir...
Et vous suez pris dans un atroce entonnoir”

Dans plusieurs de vos albums, et notamment le dernier, votre graphisme fait écho à des œuvres de toutes natures. Pouvez-vous nous parler des artistes, des arts qui ont une influence sur votre travail, votre mise en scène ?

”De toutes natures” me semble exagéré. J’ai cité John Tenniel, Crépax et deux ou trois autres dessinateurs des jeunes générations comme la talentueuse Tanxxx. Mais en fait, pour L’Inscription, je n’ai pas été, côté dessin, influencée par grand monde, j’ai surtout puisé en moi même.
Par contre je travaille en ce moment sur un album pour Thierry Groensteen (Actes Sud, l’An 2), et les peintres de la Nouvelle Figuration ou Figuration Narrative m’inspirent beaucoup. Je me sentais très proche d’eux à une certaine époque.

Dans L’Inscription, Caroline est présélectionnée pour le prix Artémise. Quels sont les retours que vous avez eus sur l’impact des prix Artémisia décernés à ce jour ?

Excellents. Notamment grâce au magnifique travail de Sylvie Chabroux notre attachée de presse, les dossiers de presse sont impressionnants. Quant aux auteurs, nos deux dernières lauréates ont eu le plaisir de voir leur albums réimprimés. Les éditeurs jouent bien le jeu et cette année nous avons reçu beaucoup d’albums. Hélas, la production ne me semble pas excellente... Peut-être un des effets négatifs de la “BD girly” qui abaisse le niveau général ?

Justement, que pensez-vous de l’apparition des bandes dessinées tirées de blogs dans lesquels les auteures y livrent leur quotidien, ce que vous appelez la « BD girly » ? L’une d’entre elles, Mimi Stinguette de M.Rak, éditée par La Boîte à Bulles, a récemment fait l’objet d’une polémique, certains la taxant de « mièvrerie superficielle ». Pensez-vous également que ce genre d’albums dessert la bande dessinée que vous défendez ?

Elle desservirait si on ne voyait plus que la "BD girly" dans les bacs et les vitrines des libraires, et c’est hélas un peu trop le cas. Je vous conseille à ce sujet de lire le très bon papier de M.A. de Saint-André, publié sur fluctuat.net.

Comment voyez-vous l’évolution de la bande dessinée féminine depuis le début de votre carrière ?

Incontestablement le nombre des dessinatrices augmente, mais la qualité ne suit pas toujours. Beaucoup d’albums publiés manquent un peu d’originalité... Le norme commerciale nivelle et écrase trop souvent les talents et les personnalités. Je feuilletais des numéros du journal Ah ! Nana dans lequel j’ai débuté, les styles étaient immédiatement reconnaissables, on ne pouvait pas confondre Claveloux et Cécilia Capuana, Trina Robbins et Kéleck... Aujourd’hui, toutes les bd dites "girly" se ressemblent beaucoup...
Ceci étant, de vraies auteures émergent, comme Laureline Mattiussi qui a un langage graphique bien à elle. Estelle Meyrand ne manque pas de talent et de sensibilité et Chloé Cruchaudet non plus. Dans un autre style, Gabrielle Piquet pourrait devenir une grande dessinatrice en s’affirmant davantage....
Des femmes comme Catel Muller font le lien entre ma génération et celle des Trenta... Catel a produit de bons albums comme son Kiki de Montparnasse très habilement dessiné. J’ai eu le plaisir de voir ses carnets de croquis, et j’ai pu constater qu’elle était aussi une excellente dessinatrice réaliste.

Que pensez-vous de la segmentation du marché au Japon, où des BD sont spécialement écrites pour le public féminin ?

J’en pense beaucoup de mal.

Le prix Artémisia offre une visibilité aux auteures, mais à part donner l’exemple en montrant qu’on peut être une femme et une auteure de BD, ne faudrait-il pas également une BD plus militante ?

Si, bien sûr... Hélas, l’esprit militant, en ce moment... C’est plutôt la démobilisation et le chacun pour soi. Et puis la période est très angoissante et il y a beaucoup de combats plus urgents que la BD féminine.

Quels sont vos projets ?

Survivre. Plus sérieusement, une biographie de Marie Curie, La fée du radium qui va sortir prochainement chez Dupuis. Elle m’a été commandée par José-Louis Bocquet. (je ne suis pas responsable du titre.) Et je travaille a une autre biographie de femme remarquable, Christine Brisset qui a lancé le mouvement d’auto construction après les bombardements d’Angers. Une femme d’une audace et d’un courage peu ordinaire. J’aime assez cette alternance entre projets très personnels et très fictionnels comme L’Inscription, et les... “documentaires”. J’y trouve un bon équilibre.

Propos recueillis par L. Gianati

Entretien avec Chantal Montellier sur BD Gest’

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Mikis Théodorakis : lettre ouverte aux peuples d’Europe

Résistant de la première heure contre l’occupation nazie et fasciste, combattant républicain lors de la guerre civile et torturé sous le régime des colonels, Mikis Théodorakis a adressé une lettre ouverte aux peuples d’Europe, publié dans de nombreux journaux…

Extraits :

Notre combat n’est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu’ils prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. (…)

Leurs programmes de « sauvetage de la Grèce » aident seulement les banques étrangères, celles précisément qui, par l’intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise actuelle.

Il n’y pas d’autre solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d’un contrôle drastique de la Finance.

Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne. La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches.Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elle-même générées sous forme de dettes.

Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire fut le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d’Europe. (…)
Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour.

Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes.

Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit.

Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en Tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme.

Confessions d’un assassin économique :

http://youtu.be/wcheA9x_-A0

"Nous sommes tous des grecs"

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« Inspireeez... Souuufflez », dit notre médecin alors qu’il écoute, au travers de son stéthoscope, nos poumons respirer. En allant du figuratif le plus réaliste (des décors urbains dont elle seule a le secret) à l’iconique le plus abstrait à savoir la lettre et le mot (des pans entiers de planches voire des pleines pages sont allouées à du texte), Chantal Montellier, dans son Inscription, propose une véritable respiration. Une respiration profonde. Et ce qu’elle écoute, ce qu’elle ausculte, ce qu’elle décortique, c’est ce qui au fond a traversé toute son œuvre et dont elle fait ici son sujet : le rapport du réel, de l’imaginaire et du symbolique.
On inspire du réel et de l’imaginaire, on expire du sens.
La virtuosité graphique de Chantal Montellier, dans la composition de ses planches (qui doivent plus - choses rare dans la BD - au pictural qu’au cinématographique) n’est plus à prouver mais elle atteint son point d’orgue dans l’Inscription où l’on peut voir dans la même image, une représentation des plus réalistes d’un bâtiment administratif dans une rue où, par ailleurs, les passants sont des pictogrammes de toilettes publiques ou de feux de signalisation, le tout agrémenté d’oiseux noirs et symboliques.
Inspirez, soufflez...

« En fait, ton problème, c’est que tu refuses de t’inscrire normalement dans le réel » dit Paul à Caroline Montbrasier qui dès lors, va partir à la recherche de l’inscripteur.
Et de notre réel socio-politique, tout y passe. La crise, la surveillance vidéo de Big Brother, la pornographie, crue et totalitaire, ou sa caution intellectuelle. La condition de la femme, la condition de l’artiste (et celle de la femme artiste)...
De notre imaginaire collectif également. Alice au pays des merveilles, Les misérables, Les mille et une nuits...

Quant à ces pans entiers de textes - où s’exprime entre autres la voix narrative - qui ponctuent les complexes compositions graphiques, c’est du courage artistique qu’ils relèvent. Car, regardons autour de nous, dans la littérature et surtout dans la bande dessinée, force est de constater que la voix narrative a disparu. Tout est donné à voir par une focalisation externe (caméra objective) ou une focalisation interne (la perception d’un personnage).
Tout se passe comme si, de nos jours, le monde ne pouvait plus être pensé mais seulement vu et perçu.
Or, si dans l’inscription une part du récit est donné à voir par les yeux de Caroline Montbrasier, ici et là, en revanche, dans ces longs passages de textes (ou même dans l’utilisation d’éléments graphiques symboliques), la voix narrative émerge, apparaît, se fait entendre. La voix narrative commente et suggère. Elle donne du recul et elle explique. Inspirez, soufflez.
Car pour Chantal Montellier, le monde peut et doit se penser.

L’inspiration, Chantal Montellier connait. Quel beau poème écrit par Caroline Montbrasier et signé C.M. : « Au-dessous du monde, sous le poids des pachydermes en chemises acryliques, œillères sur leurs minuscules yeux myopes, je cherche en vain l’entrée vers le rassurant troupeau gris ».
L’expiration sémantique du symbole, Chantal Montellier connaît aussi. Popoll est un parti politique, Popol est le sexe turgescent de la pornographie omniprésente, et c’est à son ami Paupaul que Caro dira « tchao ».

Et la conclusion, où la petite fille magique et son alter ego Caro (sorte de super héroïne poétique), s’envolent sur le cygne (le signe), est en somme déjà là, dès le début, lorsque la voix narrative dit : « Caro, elle, se presse vers son antre où l’attendent ses livres, ses poètes préférés, et ses chats.. Tout un monde à la fois symbolique, imaginaire et aussi réel, forcément réel.. »

Bernard Dato

L’inscription, de Chantal Montellier, "une profonde respiration"

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Paru sur le site ActuaLitté, les univers du livre : "Jeunesse : Étudiants et jeunes diplômés priés de banquer à Montreuil", un article signé Nicolas Gary.

Dans 36 jours s’ouvrira le Salon du livre et de la presse jeunesse de Seine-Saint-Denis, plus connu sous le petit nom de Salon de Montreuil. L’occasion de découvrir toute la production jeunesse existante, et pour les auteurs, de venir à la rencontre des éditeurs. Oui, mais...

Pour cette édition, un espace et un pass ’Jeune Talent’ ont été mis en place, dans des conditions qui font hurler de colère plusieurs auteurs. C’est qu’en effet, deux formules sont proposées :

Pass "Jeune Talent"

Pour présenter son book à des directeurs artistiques (3 rendez-vous maximum). Mercredi 30 novembre, jeudi 1er, vendredi 2 et lundi 5 décembre.
Frais de dossier : 10 euros.

Pass « Jeune Talent Plus »

Ce pass comprend l’inscription aux rencontres DA aux dates ci-dessus
+ 1 worshop conduit par un illustrateur confirmé ou 1 work in progress, pour partager l’expérience d’un artiste ou d’un éditeur inscrit dans la profession.
Samedi 3 et dimanche 4 décembre.
Frais d’inscription : 30 euros (voir l’intitulé).

Au choix donc, 10 € ou 30 € pour venir présenter son travail, l’un présentant des frais de dossier, l’autre des frais d’inscription, comme le note justement ActuaBD. De quoi effectivement faire scandale, et pas simplement pour les tarifs pratiqués. Quid des auteurs ’Pas Jeunes Talents’ dans ce cas de figure ?

De qui se moque-t-on ?

Pour lire l’article dans son intégralité, cliquer ici.

Les auteurs de bandes dessinées, entre autres, se sont mobilisés pour dénoncer les débordements du salon du livre jeunesse de Montreuil. Tanxxx, notamment, signe un billet sans ambiguïté sur son "bloug" dans le quel le salon de Montreuil devient "le salon du baise-main". Pour lire son billet, cliquer ici.

Devant la mobilisation générale, le salon de Montreuil est finalement revenu sur son pass payant à destination des auteurs. Pour en savoir plus, cliquer ici.

Le salon de Montreuil fait polémique

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Un portrait de Chantal Montellier, enrichi de passages d’entretien avec l’auteur, est à découvrir sur le site Psychologies.com. Si vous souhaitez lire l’intégralité de l’article, rendez-vous sur la page : http://www.psychologies.com/Planete/Portraits-de-femmes/Portraits/Chantal-Montellier-la-BD-militante#2.

Extrait :

L’image et l’imaginaire : deux « obsessions » qui habitent Chantal tout au long de sa jeunesse. Une façon de fuir le malheur de sa mère, « qui est née avec trois doigts un peu bizarres. Faute de dessin, en substance ». Enceinte de son deuxième enfant, elle prend soudain peur. Peur de transmettre « un mauvais patrimoine génétique ». A cinq mois de grossesse, elle avorte. « L’enfant, un garçon, était absolument normal. Elle ne s’en est jamais relevée. » Dès lors, difficile, pour Chantal, de s’imaginer, à son tour, devenir maman. « D’autant que les hommes ne m’ont pas non plus trop aidée. Excepté celui avec qui je vis aujourd’hui -un journaliste- qui était plutôt d’accord, mais c’était un peu tard. »

Aller au bout de la bataille

Nouvel album : L’inscription (éd.Actes sud). « L’histoire d’une jeune femme qui passe son temps à écrire des poèmes. Et qui va se lancer dans une longue quête afin de s’inscrire dans le réel ... Le plus libre de mes albums... Cette fois je ne suis pas en mission, c’est un livre pour le plaisir ». Pour autant, son crayon, elle n’a pas l’intention de le poser. Elle planche déjà sur deux autres ouvrages. L’un sur Marie Curie. L’autre sur Christine Brisset. Une habitante d’Angers, ville sauvagement bombardée après la seconde guerre mondiale, qui participa activement à la reconstruction des logements. Et aida les plus démunis à retrouver un foyer. « On lui a fait bien des misères, mais elle est allée au bout de sa bataille ». Tout comme Chantal, en somme.

Portrait : Chantal Montellier, la BD militante

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Copyright © 2009 Le photoblog de Renaud Monfourny

"En convoquant le monde de l’irréalité de Lewis Caroll dans son féminisme et sa critique sociétale à travers le personnage d’une jeune femme artiste, Chantal Montellier englobe tout son univers dans un roman graphique virtuose, L’inscription (Actes Sud BD). L’héroïne, qui a du mal à vivre selon la norme sociale, se trouve confronté à « l’inscription dans le réel » : une plongée onirique très belle."

Voir le blog de Renaud Monfourny

Sur le blog de Renaud Monfourny

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Chantal, à la télévision toulousaine, à l’occasion du festival de littérature policière !

Si vous souhaitez regarder l’émission, il est possible de la retrouver sur le site de la télévision toulousaine TLT. L’émission s’intitule Le Comptoir de l’info, et Chantal Montellier était invitée sur le plateau le 07 octobre 2011.Lien vers la page de l’émission.

TLT Toulouse, festival de littérature policière...

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Suite à la parution du dernier album de Chantal Montellier, L’Inscription, les articles de presse se multiplient. Nous avions déjà publié deux d’entre eux à la sortie de l’album, voici la suite de notre revue de presse.

1) Publié par les Inrocks : "De l’autre côté du miroir : Un roman graphique militant porté par le trait sublime de Chantal Montellier", un article signé Christian Larrède.

2) A paraître dans la revue Cassandre-HorsChamp : "S’il ne reste qu’une révoltée...", un article signé Valérie de Saint-Do.

Walter Mitty vivait dans ses rêves. Caroline, l’héroïne de L’Inscription, dernier album de Chantal Montellier, tente de « s’inscrire dans la réalité ».
Non qu’elle soit particulièrement attrayante, cette réalité, faite d’exploitation économique et sexuelle, de nivelage des imaginaires et de grisaille gestionnaire. Mais que peut-une jeune femme mi fée Clochette mi Alice au Pays des merveilles, tête dans les étoiles et pieds dansants quelques mètres au dessus du plancher des vaches, lorsque ses (faux ? ) amis lui rétorquent qu’elle n’est pas inscirte dans la réalité ?Caroline va prendre la remarque au pied de la lettre et s’engager dans des démarches auprès d’un « inscripteur » kafkaïen chargé de parquer les moutons noirs dans ce trop de réalité dénoncé par Annie Le Brun.

Annie Le Brun... La grande poétesse et philosophe réfractaire est l’une des influences de Chantal Montellier, dessinatrice et auteure engagée, qui livre ici un album que l’on serait tenté de décrire comme son plus « personnel »... au risque de tomber dans le cliché. Surtout pas d’autobiographie mais une myriade de clins d’oeil, et une connivence joyeuse avec l’héroïne.
L’Inscription, qui ne se résume ni à une BD, ni précisément à un « roman graphique », se caractérise par sa densité, comme si Chantal Montellier avait voulu réunir en un seul livre les révoltes qui jalonnent son parcours, des Damnés de Nanterre à Tchernobyl mon amour, de Sorcières mes sœurs à Camille Claudel. Elle s’est affirmée de longue date comme scénariste autant que dessinatrice, mais là, nous ne sommes ni dans la relecture et l’interprétation d’une actualité tragique, ni dans la biographie revisitée. Elle fait œuvre d’écrivain qui dessine plutôt que de dessinatrice.

Cela nous vaut un ouvrage très réussi graphiquement, où l’on retrouve les univers qui séduisaient dans Kafka ou Tchernobyl et où les jeux de couleurs et de mises en page renforcent l’opposition entre grisaille bureaucratique imaginaire poétique du personnage. Mais aussi, mais surtout, une œuvre dans laquelle elle ne craint pas d’écrire, de détailler une pensée et qui synthétise les combats de l’auteur, résolument et définitivement enragée et engagée, du côté des réfractaires, des exploités, des femmes et, surtout, d’un imaginaire toujours redoutable au despotisme.

3) Publié sur le site Fluctuat.net : "Alice au pays des emmerdes", un article signé Marie-Andrée de Saint-André.

Un peu déphasé ? Et si vous alliez vous inscrire au bureau du réel ? Direction la mairie la plus proche de votre domicile. Dans L’Inscription de Chantal Montellier, l’héroïne Caroline Montbrasier va s’efforcer de se réinsérer au sein du monde concret. Pas facile pour cette poétesse qui a écrit les quelques lignes ouvrant l’histoire : "Je suis le coléoptère nocturne une âme en quête de lumière, ailes battantes, coeur transpercé, épinglé au vide."

Caroline n’adhère pas vraiment aux contingences matérielles. Elle ressemble à Alice au Pays des Merveilles. Sauf que dans le réel, elle a plutôt l’impression d’être Alice au Pays des Emmerdes. Même avec la meilleure volonté du monde, il n’est pas si facile de se confronter à la norme. Vidéosurveillée, harcelée de questions par son inscripteur, sadisée par ses employeurs, suppliciée par les regards que posent sur elles certains hommes, Caroline finira pourtant par trouver un job : répondre à des appels porno chez Mediasex. Entre temps elle aura croisé la bignole, un éditeur et des politicards lubriques...

La narration avance comme une descente aux enfers, fortement structurée en huit chapitres, qui sont autant d’étapes sur son chemin de croix. Difficile de survivre dans cette rance aux rançais. Les marges contestataires sont étroites et le porte-parole du Parti Obertiste pour l’Ordre Libéral Libertaire louche salement. Chantal Montellier a un trait précis, hyperréaliste. Exception faite de Caroline, les portraits de ses personnages sont féroces. Ils évoquent parfois des personnalités connues, sans que le lecteur y perde en compréhension. La ligne claire, à la Crepax, souligne à merveille les visions cauchemardesques et psychédéliques de l’héroïne. Ses couleurs sont froides : des bleus, des violets, des verts, des gris toujours en aplat, qui renforcent l’onirisme et la dimension symbolique de l’album. Autre point fort : l’inventivité du cadrage, son imbrication avec le texte. A chaque page surgit une nouvelle trouvaille, qu’il s’ agisse d’un texte en vrac comme vomi sur la page ou de lettres volantes.

Chantal Montellier, poursuit les thèmes obsessionnels d’Odile et les crocodiles, réédité chez Acte Sud. Le registre est néanmoins différent : Odile arpentait des squats et les abords glauquissimes d’un canal, Caroline passe d’un bureau à un autre, dans une atmostphère qui fait référence à Lewis Carroll. Les dessins de John Tenniel, l’illustrateur d’Alice au pays des merveilles sont d’ailleurs inclus dans certaines pages. Les traits hachurés de ces vignettes du XIXème contrastent avec ceux de Montellier. Le passage de l’un à l’autre est sophistiqué, et la petite Alice, sorte de double de Caroline, volette auprès d’elle comme une fée clochette jusqu’à la dernière page. Le chat et les lapins blancs sont aussi de la partie dans cette histoire enchâssée, dans laquelle on retrouve bien d’autres références littéraires, moins prégnantes. Depuis la phrase de Breton placé en exergue jusqu’au livre de Pouchkine lu par Caroline. Comme si l’art pouvait nous aider à traverser le miroir, à supporter ou juste à mieux comprendre le monde tangible qui nous entoure. Et si la réalité était notre pire cauchemar ?

4) Publié sur le site ActuaBD : "L’Inscription".

Redevenue très active dans le domaine de la BD, Chantal Montellier signe un roman graphique à l’esprit très 1970, qui évoque les fictions balançant entre enfer et évasion, telles que Alice au pays des merveilles, 1984, Brazil ou même le S.O.S. Bonheur de Van Hamme et Griffo. Parfois très chargé mais brandissant une belle audace graphique.

Intrigante, cette « inscription »... Mais dans quel monde Chantal Montellier nous entraîne-t-elle ? Celui d’une société, parfois très proche de la France des années 2000 (vous savez : « Travaillez plus »...), parfois semblable à une époque ancienne, pleine de convenances sclérosantes.
Soit Caroline Montbrasier (initiales CM, ça ne vous rappelle rien ?) et son questionnement lancinant : il faudrait travailler, trouver une place dans la société, montrer sa bonne volonté. Une solution : l’inscription. Une sorte d’entretien personnalisé visant à connaître ses qualités, puis un travail stable... Mais Caroline s’aperçoit qu’on l’a piégée, et que les propositions du rond de cuir de service n’ont rien de respectable. Animatrice de service de téléphone rose. Quelle réussite !

Pour arriver à ce cauchemar loufoque et haut en couleurs, Montellier, fidèle à son inspiration poétique et politisée (Mai 68 est toujours en filigrane), passe par de multiples étapes. L’héroïne navigue du rêve au réel, échange avec des personnages tantôt concrets, tantôt venant de classiques de la littérature. Plusieurs fois, Lewis Carroll fait irruption dans le récit avec ses légendaires personnages de l’univers d’Alice. Régulièrement, le spectre du président français Sarkozy émerge, l’occasion de séquences ironiques bien amenées.

Certes, suivre le fil d’un album aussi dense n’est pas toujours évident. Cependant, les couleurs finement distillées et une mise en page très dynamique et pleine de surprises donnent un joli tonus à L’Inscription.
Et il est assez roboratif de croiser une inspiration d’une telle liberté, joyeusement contestataire et qui proclame sans fausse pudeur son ancrage à gauche.


5) Publié par Ouest France :

“Caroline Montbrasier est poétesse.
Elle vogue loin des rives de la réalité,
telle une Alice aux pays des Merveilles.
Le rêve est sa raison d’être,
mais à force de ne plus toucher
terre, elle finit par se demander à
quoi ressemble le monde réel. À la
mairie, il y a un service pour y adhérer.
Caroline rencontre alors “l’inscripteur”,
un maniaco-pervers qui écrase
son esprit libre, la rend mouton, lui
trouve un vrai boulot : faire l’amour au
téléphone…
On retrouve ici la verve de Montellier,
la densité graphique.
L’auteure interroge la réalité et la société
qui flingue ses rêveurs. Haletant.”
Loïc Tissot

6) Publié par Thomas W. sur le site Alternative libertaire :

Bande dessinée : Chantal Montellier, « L’inscription »

L’imagination a toujours été l’ennemie du pouvoir. Les images, les mots aussi. En tout cas ce n’est pas du goût de l’inscripteur du réel qui s’occupe de Caroline Montbrasier. Car cette jeune femme aime flâner, écrit des poèmes, tente de mener sa vie comme elle l’entend mais se laisse persuader par un ami psy de s’inscrire dans le réel. Mais qu’est-ce que le réel ?

Finies la rêverie et l’insouciance, la vie doit être organisée, réglée. Le plus important étant de suivre les horaires. Peu importe lesquels du moment qu’on les respecte. Puis l’autorité, c’est important l’autorité sinon tout partirait à vau-l’eau.

Notre héroïne avait déjà bien à faire entre les nazillions de son quartier et cette république du travailler plus pour gagner plus où le portrait de son président resplendit sur tous les murs. Elle avait peut-être déjà de quoi s’occuper avec son loyer et les bobos révoltés qui lui promettent la révolution juste pour la peloter. Elle avait sûrement mille choses à découvrir avant de devoir se plier aux désidératas de l’inscripteur. Ce dernier, maniaque de la vidéosurveillance et pervers explique à Caroline qu’il lui faut un travail pour pouvoir commencer à s’insérer dans le réel. Puis qu’elle change d’attitude, qu’elle reste à sa place, qu’elle se maquille pour commencer. S’inscrire dans le réel implique de coller à l’image que les autres ont de nous, lui souffle l’inscripteur. Un travail, mais un travail qui lui correspond.

Bien sûr que non, ce ne sera pas en rapport avec la poésie – quoique…– puisque ce sera le téléphone rose version cradingue. Une vraie expérience sexuelle par téléphone, un service utile à la société, un job de rêve, quoi.

A la manière du protagoniste principal du Procès de Kafka, elle se débat dans un dédale d’obligations idiotes et d’humiliations permanentes, où bureaucratie et hiérarchie sont juges et jurés dans cet étrange procès. Et la peur mène son terrible réquisitoire contre l’imagination.

Malheureusement pour elle, ce sera l’occasion, pour nous, de croiser des pseudo-révolutionnaires, des psys condescendants, des femmes chefs d’entreprise qui pratiquent la discrimination positive avec ferveur, des artistes pervers, et la liste des faux amis est encore longue.

La misogynie sociale redouble de combativité pour rivaliser avec le conformisme enthousiaste qui règne dans cette société – pâle copie de la nôtre, semble indiquer le patronage de l’œuvre de Lewis Carroll. L’entrée de Caroline dans le réel démarre comme celui d’Alice, un cauchemar sans fin.

Débordant de trouvailles et d’innovations dans la mise en page et la mise en scène, l’auteure des Damnés de Nanterre et de Tchernobyl mon amour lutte à sa manière contre la peur de l’imagination. Sans donner de leçon, ce songe nous pousse à regarder de notre côté du miroir. Sommes nous tous inscrits dans le réel ? Mais chacun à sa propre expérience et en fera ce qu’il voudra.

Tragédie, au sens du théâtre de l’absurde, cette fable hors du temps, nous est terriblement familière. Protéiforme, la bande dessinée se prête admirablement à l’exercice poussant la narration dans toutes les directions. L’emprunt, la citation et les multiples références – implicites ou non – servent la réflexion sur l’imagination ; la création appelle-t-elle la création comme l’argent appelle l’argent ?

Évitant le piège de la critique, l’album repose sur l’humour intrépide pour amorcer de lui-même la satire. La peur de l’imaginaire dans l’idéologie dominante est réelle, elle, et il n’est pas anodin de se repencher de temps en temps sur la question.

Chantal Montellier nous livre un de ces récits les plus aboutis, qui résonne comme une clef idéale pour aborder son œuvre où les thèmes sociétaux et contemporains n’ont jamais été incompatibles avec l’imagination. N’oubliez pas quand même de remplir votre bulletin d’inscription à la fin du livre – on ne sait jamais.

Thomas W.

Chantal Montellier, L’Inscription, Actes sud, 128 pages, 22 euros. Sortie le 7 septembre.

Revue de presse : quelques articles parus sur L’Inscription

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Chantal Montellier "esclave graphique en action" lors d’une manifestation à Paris pour la défense des droits et des libertés des femmes.

Nous faisons suivre un texte beau et fort de Gisèle Halimi, toujours battante, toujours debout.

L’indécent retour médiatique de DSK
La dignité des femmes est foulée aux pieds

Gisèle Halimi
Avocate, présidente de Choisir la cause des femmes

Les médias français et leurs décideurs sont-ils sourds, aveugles à l’exigence d’une dignité des femmes ? On pourrait le croire, dans le flot d’images et de commentaires complaisants ou neutres, mais jamais défavorables qui nous a été asséné pour signaler l’”événement” :
Le retour de Dominique Strauss Kahn à Paris.

A moins d’être totalement dépourvu d’aptitude ou de conscience professionnelles, les informateurs ne pouvaient oublier qu’il s’agissait d’un homme -et non des moindre- accusé d’agression sexuelle sur une femme. Donc un prédateur présumé de notre dignité profonde, celle de l’intégrité de notre sexe, de notre corps, mais aussi celle de notre dignité de femme qui, quand elle dit non, signifie non. Or, Nafissatou Diallo –la plaignante- fut à peine nommée, les faits presque jamais rappelés, la réputation un peu glauque de DSK escamotée.

Le “retour” du violeur présumé (la tentative de viol équivaut en droit au crime de viol lui même) était traité comme un événement mondain, à peine politique, rien à voir avec un crime.
J’entends bien que Dominique Strauss-Kahn n’est mis en cause que dans une procédure civile –après l’abandon de poursuites pénales. Mais cela n’empêche en rien de caractériser la source du dommage pour la nécessité de la réparation.

Indigence

Nous avons eu droit à l’éternelle et ridicule séquence de l’épouse –outragée- mais fidèle –soutien- de l’accusé. Séquence dont on raffole outre-Atlantique, histoire de s’identifier un peu aux Hillaryy Clinton et autres cocues célèbres .
Une épouse pour laquelle la femme victime présumée n’existe pas, n’existe plus. Seul compte “le retour” de l’homme que l’on croit (à tort) blanchi, car les procédures sont en cours et l’épisode judiciaire loin d’être clos.

Mais laissons cela. Je m’intéresse quant à moi à l’indigence, l’indulgence et l’indécence qui a marqué la relation médiatique de ce détestable feuilleton. J’y vois le signe que, près d’un demi-siècle après le nouveau combat des femmes pour exister comme individus à part entière, après la réforme du code pénal quant au viol (à l’initiative de Choisir la cause des femmes), leur dignité peut-être foulée aux pieds comme dans le passé.

Je n’ose formuler d’autres hypothèses : Dominique Strauss-Kahn intouchable parce que attendu dans le prochain cirque politique ? La victime passée par pertes et profits parce que lointaine, socialement humble (une “domestique”) et noire ?

Que les médias s’expliquent, nous expliquent, ou alors, HONTE A EUX !

GH

Nous sommes toutes des femmes de chambre de couleur !

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Membre du jury de l’Association Artémisia, je ne peux que constater la mode qui depuis plusieurs mois caractérise la bande dessinée féminine : la bande dessinée dite "girly", qui s’inspire en particulier des bandes dessinées de Pénélope Bagieu. J’ai été interpelée à ce propos par la réaction et les commentaires de l’auteure de bandes dessinées Tanxxx sur son blog "Des croûtes aux coins des yeux".
Je retranscris l’intégralité de son texte ci-dessous, pour ceux qui ne l’ont pas encore lu.

En tant qu’auteure de bandes dessinées, il me semble en effet important de signaler, et de dénoncer, un phénomène de mode dont se sont emparés les éditeurs, qui non seulement enferme la bande dessinée féminine dans une série de stéréotypes et de mécanismes peu propices à l’émergence d’oeuvres originales et marquantes, mais qui par ailleurs diffuse, sûrement sans arrière-pensée (mais tout de même), des clichés rétrogrades sur les femmes. En effet, dans les albums dont il est question ici, les jeunes femmes sont : 1) pour la plupart obligatoirement minces et jolies ; 2) absolument et irrémédiablement dingues de mode et de shopping ; 3) certes drôles et piquantes, à l’image d’une Bridget Jones, mais aussi maladroites et très dépendantes de "leurs chéris", qui discutent sport, voitures et politique, pendant qu’elles anticipent leurs prochaines courses avec leurs copines. L’image de la trentenaire branchée, qui ne s’habille qu’en couleurs pastels, devient ainsi la nouvelle condition féminine idéale, trop "hype".

Ces bandes dessinées sont parfois agréables et drôles, quand elles sont réussies, tout comme peuvent l’être les séries télévisées à l’eau de rose ou les comédies romantiques américaines. Cependant, il est troublant et irritant de constater qu’elles ont envahi le marché de la bande dessinée féminine, laissant peu de place à des oeuvres plus intéressantes et ambitieuses. Sur le site Fluctuat.net, vous pouvez retrouver à ce propos un article intitulé "Le guide anti-Pénélope Bagieu. Comment survivre à la bd girly", qui propose quelques lectures alternatives. Je retranscris ci-dessous le contenu de l’article.

Il est temps de prendre conscience, en tant que créateurs, en tant qu’éditeurs et en tant que lecteurs, de la perversité de ces bandes dessinées légères qui, sans autre ambition que de distraire les lectrices par quelques niaiseries, cache la créativité de la bande dessinée féminine, et enferme les lectrices dans une image faussée, stéréotypée et drôlement perverse, de la féminité.

Chantal Montellier et Florie Boy

L’article de Tanxxx : "Les pétasses, l’abêtissement et les éditeurs".

Si j’ai des héroïnes, elles sont comme Louise Michel, ou Frida Kahlo, ou une de ces chieuses comme les cons aiment appeler les femmes qui se laissent pas monter sur les pieds par eux.

Bon, tout le monde ne peut pas être Louise Michel, je vous le concède. Mais entre Louise Michel et Pénélope Bagieu, il y a tout de même un putain de monde, bordel, alors pourquoi les éditeurs s’acharnent-ils à publier des greluches décervelées qui causent de leur dernière jupe à la con ? Ça fait un sacré bout de temps que je fulmine en voyant la énième coconne à sortir un bouquin sur ses talons et ses recettes de cupcakes dont tout le monde se branle. Aujourd’hui, ça a été la goutte d’eau, à la lecture de cette chronique merdique à propos de cette daube infâme. Et quand on lit ce genre d’horreur, je suis désolée, je peux pas rester là à rien faire, les bras ballants, abasourdie par tant de connerie. T’uses pas avec ces trucs, me dit-on, mais MERDE.

M E R D E .

C’est quoi, cette putain de mode de publier n’importe quelle débile qui a appris à dessiner y’a deux jours entre deux macarons ? c’est quoi cette manie de vouloir à tout prix SA pétasse qui n’a rien à dire de plus que hihihi c’est tro chanmé j’ai des louboutins ? Mais nom de dieu, c’est quoi ce putain de retour en arrière géant qu’on veut nous faire subir, au juste ? Fluide Glacial va jusqu’à faire un magazine tout exprès pour ces cohortes sur talons hauts, toutes prêtes à bosser dans un sous-fluide, et, ma main au feu, pour moins cher que dans le « vrai fluide » (ho oui, il y a fort à parier, on m’avait proposé un genre de super plan équivalent il y a des années de ça, ce à quoi j’avais répondu par un joli doigt). Et j’en entends pas une seule s’élever contre ça. Pas UNE, putain ! Et quoi ? nous autres, femmes dessinatrices, on est condamnées à être publiées dans des trucs de gonzesse débile, à causer de mascara, dans un ghetto bien loin des vraies éditions qu’on propose par ailleurs ? Ah elle est chouette, l’avancée, on est passées de coloristes à chroniqueuses de mode, chapeau bas. Ah oui si il nous reste le « journal intimiste », de préférence de cul , sans doute dans une collection « spécial filles ».

SPÉCIAL FILLES, MON CUL.

Longtemps, j’ai ri devant ces éditeurs qui publiaient ces trucs. Maintenant ça ne me fait plus rire, plus du tout. Je suis furieuse de voir tous les jours, TOUS LES JOURS, une nouvelle nana qui gribouille sortir un bouquin. Un livre : un éditeur, un maquettiste, avec un peu de chance un correcteur, avec beaucoup un chef de fab, du papier, de l’encre, un imprimeur, un distributeur, un libraire, un client, tout ça pour un machin strictement dénué d’intérêt. Ho bien sûr, si ce genre de truc permet d’éditer à côté des bouquins ambitieux, plein d’invention, beaux, intéressants, drôles, fins, OK, pas de problème ! Mais non. Non. on cherche encore la nouvelle Margaux Motin à publier, on en a rien à foutre des bouquins. Strictement rien à foutre. On est là pour vendre un produit bas de gamme à des clients bas de gamme. Toujours, toujours, ad nauseam. et de vrais auteurs crèvent la dalle à côté, crèvent de faire des trucs intéressants, parce que c’est « pas assez linéaires », ou « pas assez joyeux », ou « trop tordu », ou que sais-je encore. Et je n’ose pas m’imaginer aller voir un éditeur qui a cette vision là des femmes, plutôt crever. Et je m’étonne qu’on me prenne encore pour une lesbienne !

Allez vous faire foutre, avec vos talons à la con, vos macarons glucosés, votre féminisme dans les chaussettes et vos bédés de merde.

[EDIT] je rajoute ce que je viens de mettre en commentaire, parce que il faut tout expliquer, sous peine de voir les gens s’engouffrer dans le moins creux de son argumentaire qui n’en est d’ailleurs pas un, avec une mauvaise foi évidente. Je reprends donc :

Heureux les imbéciles, aussi, qui croient qu’il n’y a plus de combats féministes à mener. Le propos de ces greluches, que je nomme, oui, et j’aurais pu en lister une sacrée tripotée, est éminemment dangereux dans la mesure où il véhicule les pires clichés sur la gonzesse uniquement préoccupée par les fringues, son poids ou le bonheur de son petit mec, pardon, son « HOMME », éthérée, idiote, en somme. Si les Margaux Motin ou Diglee, ou Penelope Bagieu, ou leurs imitatrices -encore plus déplorable- avaient une once de réflexion sur un quelconque sujet ou une façon décalée et intelligente de dépeindre le monde, ça se saurait, et là je parle uniquement de ce qu’elles donnent à voir. Je ne dis pas qu’ELLES sont bêtes, je dis que leur travail reflète la bêtise. Et une bêtise qu’elles ne voient même pas se retourner contre elles, et contre nous toutes. Les éditeurs sont avides de publier ce genre de connerie, ce n’est pas une vue de l’esprit, les fluide G, les collections, les buzz autour de trucs insignifiants, c’est justement très significatifs. Je m’en fous, qu’on parle de godasses ou de cupcakes, ce que je trouve en revanche TRES GRAVE c’est que l’image que ça renvoie des préoccupations des femmes, que ce soit pour elles ou pour tout le monde, c’est extrêmement rétrograde.

Alors oui, il s’agit d’un combat féministe et là où il doit y en avoir un, et je ne suis pas une chienne de garde, pourtant, loin s’en faut. Et depuis quand y’a des endroits où il ne faut pas de féminisme, d’ailleurs ? qui décide quel combat mener ou pas ? On va encore nous dire de suivre les ordres d’un mec qui décide quel combat est digne d’intérêt ?! Laissez moi rire !

Ta réaction me fait peur, cher lecteur, aussi, dans la mesure où tu ne vois même pas ce que ce genre de discours, véhiculé par ses victimes mêmes, est dangereux, et qu’il amène à s’enfoncer toujours, encore plus dans cet état d’esprit so 40′s tellement charmant. A force de dire que ceci ou cela n’est pas si grave, regarde un peu dans quel putain de monde on vit, voire si c’est toujours aussi dérisoire, ces « combats d’arrière garde ». Mis bout à bout, ces petits combats ridicules pas menés nous ont justement amenés dans un splendide petit 4ème reich déguisé en démocratie. Pardon, le IIIème Reich était une démocratie. Qu’on ne me balance pas de point Godwin.

Je m’énerve sur ces publications, parce que c’est de l’abêtissement, par la femme et pour la femme, dans un monde éditorial tenu par des mecs (ha oui je ne connais que très peu d’éditrices, tiens, les autres sont secrétaires, sous chef, correctrices, mais jamais grand chef), ce qui en dit long sur leur putain de vision des femmes, et ça les amuse tellement, ces jolies idiotes qui remuent du cul pour avoir un bouquin. Comment résister à un si joli derrière ? Désolée, mais ça fleure bon le paternalisme : relisez les résumés, sur les sites des éditeurs, ce regard condescendant, touchant, d’un papa sur fifille un peu concon qui a les nichons qui poussent, ça me fait pâlir d’horreur.
J’étais aussi très très surprise de voir ça à la boite à bulles, je pensais Vincent Henry exigeant, et je suis on ne peux plus désolée de constater qu’un éditeur qui faisait encore son travail avec amour, et bien, s’est laissé charmer par les sirènes d’un profit facile au prix d’un livre de merde. Ça, c’est très triste. Sans même parler du fait qu’il se tire une belle balle dans le pied avec cette goutte d’eau qui fait déborder les vases de tout le monde, le pauvre. C’est décidément très, très triste.

Sur mon supposé saphisme > on me le dit très souvent, voir à chaque fois, ou on me le fait comprendre, que je « suis lesbienne ». Parce que oui, certes, je n’ai pas l’allure d’une pin up, je me conduis en garçon manqué, je jure comme une charretière, je bois de la bière par litres. Et je gueule, surtout, c’est ce qui fait dire à un paquet de gens que je dois « être de l’autre bord ». Imaginez un peu ce que ça sous entend : une vraie femme ferme sa gueule, une lesbienne n’est pas une vraie femme, une femme doit se comporter comme l’image d’épinal qu’on a de la femme, si tu prends pas particulièrement soin de toi, t’es pas une femme, etc, etc. Les gens ne se rendent même plus compte qu’en réfléchissant avec de si gros raccourcis, ils continuent à véhiculer d’énormes clichés sexistes et homophobes de surcroit. Et ça vient parfois, assez souvent même, de personnes qu’on ne soupçonnerait pas être aussi manichéennes.
Attention, femme qui ouvre ta bouche : tu es lesbienne ou moche ou vieille fille. Une femme canon et hétéro n’a jamais à se plaindre de son sort, puisqu’elle vit avec un homme (le bonheur !) et elle est joli (la chance !), et que ça suffit pour avoir une vie de femme bien remplie.

Parlons en, d’avancées sociales, tiens.

Et j’ajoute que, pour voir un peu si il existe des combats féministes d’arrière garde, d’aller lire les Entrailles de Mademoiselle, ça vous fera la bite.

[re EDIT] Woaw, je pensais pas remuer autant de vase avec mon article, bien. Bien, dans le sens où au moins on se sera interrogé sur tout ça. Pas bien, dans la mesure où certaines réactions ne font qu’aller dans le sens de ce que je dis : un terrible retour en arrière, et ces réactions sont malheureusement féminines pour la plupart, et ces femmes n’ont pas bien lu ce que j’ai écrit, ou l’ont interprété de travers.

Sur le fait que mes notes ne sont “pas mieux dessinées que celle de Margaux Motin et que je devrais fermer ma gueule”, ce que je fais n’est pas la question ici, et c’est dévier le débat pour ne pas l’affronter et se poser les vraies questions. C’est dire regardez au nord quand on désigne le sud, comparer la choucroute et le cassoulet.

Sur le fait que à quoi bon s’attaquer à ça, ce n’est qu’un effet de mode passager : ce n’est effectivement “que ça”, malheureusement une mode débile en suit une autre, et ce sur quoi je voulais insister c’est que c’est symptomatique de quelque chose de plus vaste et effrayant : le retour en arrière d’une société tout entière. Je n’ai rien contre la frivolité, au contraire, mais il y a l’art et la manière d’être frivole, il y a mille façons d’être frivole. C’est certes peut-être un détail, ces éditions, mais ces réactions reflètent une fois de plus la croyance tenace que les choses sont indépendantes les unes des autres, quand elles sont au contraire imbriquées les unes dans les autres.

Sur le fait que je n’ai pas d’humour ou que je “me prends la tête” : je n’ai rien contre les livres d’humour, ou la légèreté, bien au contraire, je trouve que c’est un genre trop souvent sous estimé. Mais dans ce que j’ai vu du travail (“travail” !!) de Myriam sur son blog, je n’ai pas vu d’humour. J’y ai vu des considérations ras les pâquerettes sur le shopping, des “gags” franchement plats, je n’y ai pas vu d’autodérision, mais du consumérisme et de la bêtise. Rien de décalé, rien d’acerbe. Oui, c’est drôle, mais pas comme on le voudrait, ça fait rire jaune : c’est drôle, parce que ça montre toute l’étendue des dégâts dans l’édition aujourd’hui et de ce qu’on propose comme « culture ». Et justement, je connais les livres de la Boite à Bulles, et c’est ce qui m’a fait enrager encore plus. Je ne parle que du propos, ici, je ne parlerai même pas de dessin, pour moi ce n’est même pas du dessin, c’est du foutage de gueule. La typo est à hurler, le trait est inexistant, les couleurs à vomir. Non pas que je sois une ayatollah du dessin virtuose, loin de là, mais dans ce dessin là, il n’y a rien. Rien, le néant. je n’ai pas trouvé ça léger et délicieusement frivole, j’ai trouvé ça horriblement bête et laid.

Et, surtout, on peut dans le même temps, apprécier la légèreté et se poser des questions, ces deux choses ne sont pas contraires, et il me parait assez dangereux de vouloir les opposer. Il y a des choses intelligentes et drôles, des livres incroyablement réfléchis ET hilarants, vouloir opposer l’humour et la légèreté à la réflexion est profondément choquant, mais finalement ça s’inscrit complètement dans l’air du temps, où une appli Iphone “pet” fait fortune. Idiocracy, nous voilà !

Sur le fait que apparemment je n’estime que les femmes qui me ressemblent : Je n’ai jamais dit que toutes les femmes devaient me ressembler, je ne porte pas de talons, mais pourrait en porter, je n’en ai rien à faire de ce que portent les femmes, ce n’est pas ce qui compte à mes yeux. En revanche, ce dont je n’ai pas rien à faire, c’est que des nanas ne se racontent QUE par ce biais et laissent croire qu’elles ne vivent que pour leur carte bleue ou leurs nouvelles pompes… Ce que je dis, c’est que PARCE QUE je suis comme ça, on me renvoie les pires clichés sexistes et homophobes, il y a une sacrée marge.

Je ne suis que moi, ni théoricienne, ni chef de file, ni harangueuse, mais je dis ce que je pense, comme je le pense. Je ne suis pas nuancée parce que ce qu’on nous donne en pâture ne l’est pas. A la bêtise je réponds par la colère, et je ne changerais pas iota de ça, c’est ce qui me fait avancer. La colère est une chose salutaire, et dans un monde qui utilise à tout bout de champ des périphrases, des oxymores, des euphémismes et la langue de bois pour divulguer des idées horribles et fascisantes, il me semble qu’on devrait justement sortir un peu plus souvent l’artillerie lourde. Vincent Henry me dit que mon article était insultant, ce à quoi je réponds que l’insulte est bien moindre que celle constituée par son livre, pour tout le métier, toute la chaine du livre, de l’auteur au lecteur, et toute personne se sent concernée.

Alors non, je ne suis pas nuancée, c’est comme ça.

L’article paru sur le site Fluctuat.net : "Le guide anti-Pénélope Bagieu : Comment survivre à la bd girly".

Lectures alternatives pour survivre à la bd girly et à tous ses clichés

Dialogue entre un garçon et une fille photoshopés, assis en terrasse :
« - Hé, t’es vierge ? - Non, je suis scorpion ». Fin du strip. Un strip comme il en pleut par centaines sur les blogs de bd girly, des Pénélope Bagieu et consorts. Les éditeurs ont flairé le filon : désormais, ces gribouilleuses ont l’honneur du papier. Ça met Tanxxx en colère : sur son blog, la dessinatrice dénonce cette mouvance de la bd qui, sous prétexte d’autodérision, tire sans complexe l’image de la femme vers les pires clichés (sexe, shopping, shopping...). Elles sont pourtant nombreuses, les nanas à griffonner autre chose que des scènes façon sitcom ! Voici notre sélection de lectures alternatives, pour survivre à la bd girly niaise et aux clichés qui vont avec.
Tanxxx, la dessinatrice d’Esthétique et filatures, a poussé un sacré coup de gueule dans un billet au titre éloquent : « Les pétasses, l’abêtissement et les éditeurs ».

« C’est quoi, cette putain de mode de publier n’importe quelle débile qui a appris à dessiner y’a deux jours entre deux macarons ? c’est quoi cette manie de vouloir à tout prix SA pétasse qui n’a rien à dire de plus que hihihi c’est tro chanmé j’ai des louboutins ? Mais nom de dieu, c’est quoi ce putain de retour en arrière géant qu’on veut nous faire subir, au juste ?

Pour Tanxxx, ça relève d’un devoir féministe : il faut dénoncer l’univers bd des « greluches décervelées qui causent de leur dernière jupe à la con ». Est-elle trop extrême ? Si elle se fait remarquer par la virulence de ses propos, (« Allez vous faire foutre, avec vos talons à la con, vos macarons glucosés, votre féminisme dans les chaussettes et vos bédés de merde »), Tanxx est pourtant loin d’être la seule à en avoir sa claque. Chantal Montellier, fondatrice du magazine Ah ! Nana, la première revue BD hexagonale faite par des dessinatrices, vient de publier L’Inscription aux éditions Actes Sud (lire la critique de L’Inscription). Caroline, son héroïne, n’arpente pas les boutiques ses bras chargés de ses achats mais cherche un emploi. Il faut qu’elle s’inscrive au bureau du réel et réponde à la batterie de questions d’un recruteur. Moins glamour que de livrer sa dernière recette de cupcake. "La BD girly, nous dit la dessinatrice, est dans la même case que les revues de mode. C’est une bande dessinée très idéologique malgré soi : le consumérisme, une femme calibrée, le jeunisme et puis une certaine forme de "on va pas se prendre la tête". On cultive l’insoutenable légèreté de l’être insignifiant."

Et si la bd girly, aujourd’hui omniprésente dans les catalogues d’éditeurs et sur les présentoirs des libraires, venait à faire de l’ombre à une autre bd féminine de qualité, moins légère et moins insignifiante ? Il est grand temps de rappeler que lire de la bd de qualité faite par des filles, sans blogopouffer avec tous les ersatz de Péné, c’est possible.

Où sont passé les working girls ?

« - Arg, j’ai mangé trop de glace. - Tu sais quoi demain, on va rien faire. On va même pas manger. - C’est drôle y a rien qui me fatigue plus que de manger. »

A en juger par la vacuité de leur conversation et le temps qu’elles ont à y consacrer, les héroïnes des bd girly doivent être toutes rentières. Heureusement qu’il y a d’autres filles, comme celles d’Anna Sommer et d’Anne Baraou dans Quadrature, qui sont bien obligées de surveiller leur compte en banque. Les filles de Quadrature doivent se coltiner leur repassage de la semaine tout en rêvant de leur prochaine fête entre amis. Et rien que l’énumération de leurs aspirations aère le cerveau. Elles hésitent, comme la plupart des femmes , entre voyager, un bon restaurant, piquer le boulot de leur chef, s’acheter une robe - c’est possible aussi - ou faire un enfant. Elles savent ce que signifie un emprunt immobilier. Ces filles racontent le soir des histoires à leurs enfants, elles sont en retard à leur boulot le matin. Elles se regardent devant leur glace, mais passent aussi beaucoup de temps devant leur ordinateur. "Nous étions un peu grinçantes. Nous avons été remplacées par du girly léger, creux et oubliable", constate Anne Baraou.

Exception faite de quelques tentatives plus ou moins réussies , comme celle de Yatuu qui dans "Moi, 20 ans diplômée, motivée, exploitée !" décrit son expérience de stagiaire surexploitée dans une agence de pub, les poupées girly ont bien du mal à s’ancrer dans le réel, vantant plutôt leur temps de glande sur Facebook au bureau que leur combat quotidien pour gagner son pain.

I Love my body, F*** my brain !

« Je suis super sexy quand je suis chiante. »

Les héroïnes girly peinent tout autant à se geekiser… Les ongles longs se cassent-ils au contact du clavier ? Trop scruter un écran fait-il couler le mascara ? Et puis ces mèches de putafrange qui n’arrêtent pas de tomber sur les yeux… Un peu moins lisses, beaucoup moins pouf, les corps représentés par Julie Doucet dans son Journal. Chez Tanxx, si les filles ont des ongles d’un rouge éclatant, elles n’hésitent pas à faire des doigts au détour d’une case. Elles peuvent se rouler par terre un flingue à la main, dézinguer les intrus à la chevrotine, ou lever la jambe dans un french cancan enfiévré et laisser voir à travers leur jupon une jambe de bois. Elles fument, elles tirent la langue, elle louchent, elle râlent, leurs dents du bonheur sont vraiment de travers. Et si elles ont un œil au beurre noir elles ne le doivent pas à la dernière tendance charbonneuse de la collection eye-liner automne-hiver, c’est plutôt qu’elles se sont battues à la fin d’un concert. Trash, mais classe quand même, car ces silhouettes sont soulignées par un trait parfait dans la tradition du Burns de Black Hole.

Les filles de Tanxxx peuvent même avoir des colliers de cernes sous les yeux si elles ont cumulées les nuits blanches. Le miroir qu’elles nous tendent n’est pas le même que celui d’une Mimi Stinguette (Myriam Rak, La Boîte à bulles). Pourtant nous sommes loin du cabinet des curiosités : non ce ne sont pas des freaks, juste des filles de leur temps qui s’éclatent autrement..

Les filles des girly BD restent figées dans leurs clichés. Sans sortir de leur salle de bains, elles se caressent le nombril et s’auto-analysent jusqu’à la nausée. Il faut dire que le traumatisme est de taille : papa est autoritaire, maman trop possessive. Pour les relations familiales plus complexes ou douloureuses, on ira voir ailleurs. Chez Debby Drechsler par exemple, qui dans Daddy’s Girl nous donne une vision noire, tragique et distanciée de sa relation incestueuse avec son père.

Camille Jourdy, dans Rosalie Blum, sait quant à elle donner de l’épaisseur à ses personnages, nourris par leur passé. Rosalie est solitaire, Aude passe la majeure partie de son temps chez elle dans une oisiveté un peu mélancolique, et Vincent se trouve coincé entre son père et sa mère. Chez Jourdy, la précision des détails permet d’échapper aux stéréotypes. Les personnages déclinent leurs identités avec subtilité, évoluent et tentent de s’en sortir. L’horizon d’un salon de coiffure les ramène toujours à la réalité.

Le contraire des bonnes filles à papa, définitivement infantilisées, qui se rêvent ethnologues du fond d’un divan (voir Margaux Motin) dont elles ne sortiront sans doute que pour servir des macarons quelques années plus tard. Les poupées girly passeront du mojito à la coupe de champagne. Futures bobos, elles tiendront salon sans avoir quitté les quais du canal de l’Ourcq. Canal d’ailleurs croqué à la va vite et aussitôt posté sur leur blog.

A nous les garçons

« - Et en plus il est super intelligent. C’est important chez, un mec . - T’as trop raison ! - En fait il l’est tellement que la plupart du temps je comprend pas ce qu’il dit. »

Avec un peu de chance, elles y auront croisé depuis longtemps l’homme de leur vie. Parler des garçons étant une activité à temps plein pour une Pauline Perrolet par exemple. Pourquoi pas ? Nine Antico aussi raconte des aventures sentimentales, mais en montrant les zones turbulentes de ses relations. Depuis Le Goût du Paradis aux traits hachurés en noir et blanc, Antico nous parle de sexualité et d’interdit. Les stars de porno disparues comme Linda Lovelace flottent toujours en arrière plan, tandis que se bousculent ses souvenirs de lycées, de bulletins scolaires, la piscine, les premiers baisers. Les filles de son dernier album, Girls don’ t cry, ont grandi. Elles n’en sont plus à leur première fois. Avec leurs couleurs survitaminées, elles ne manquent ni de peps, ni de formes, ni de cervelles. Avec finesse, elles racontent par exemple la déception de se retrouver un matin dans le lit de quelqu’un qu’on a pas vraiment choisi. L’art de l’ellipse nous laisse imaginer la suite.

La veine réaliste n’est d’ailleurs pas la seule explorée par les dessinatrices : chez Marion Fayolle les hommes sont mis en pièce, livrés à son imaginaire à la fois cruel et surréaliste. 
Si les girly girls sont elles aussi rêveuses, leurs rêves sont nettement plus étriqués. Rien à voir avec ceux d’une Petula Peet dans Mambo de Claire Braud. Vivant entre une statue d’ours qui a toujours la larme à l’oeil et un tigre câlin, cette fille sensuelle et loufoque peut très bien s’éprendre d’un chauffeur de bus tout en étant amoureuse d’un cavalier, sans manquer d’ accueillir chez elle un agent d’état qui ne demande qu’à l’aimer...

Les filles, ça dessine au pastel ?

" - Mon cher journal, j espère juste ke ca se retrouvera pas sur youtube. "

Pourquoi perdre son temps à bien dessiner un imaginaire original ? A peine esquissé, à peine colorié, à peine scénarisé : la qualité du dessin des BD girly est bien ce qui fait le plus grincer des dents. Thomas Gabison, qui s’occupe du secteur bd d’Actes Sud, a constaté cette évolution négative : "Depuis l’arrivée des blogs, il y a 5 ou 6 ans, le media n’est pas important. Il y a un manque de respect du lecteur, comme sur Facebook. C’est de la BD pour passer le temps. Pourquoi avoir recourt à une belle image ? La pub ne créée plus d’image. Elle fait appel au revival des années 50."
De son côté, Tanxxx ne décolère pas : "Pour moi ce n’est même pas du dessin, c’est du foutage de gueule. La typo est à hurler, le trait est inexistant, les couleurs à vomir. Non pas que je sois une ayatollah du dessin virtuose, loin de là, mais dans ce dessin là, il n’y a rien. Rien, le néant. je n’ai pas trouvé ça léger et délicieusement frivole, j’ai trouvé ça horriblement bête et laid."
Non seulement les filles dessinent comme des filles, mais... elles écrivent aussi. L’écriture de la girly girl est vite identifiable : elle fait des étoiles (Bagieu) ou des coeurs (Diglee) à la place des des points sur les "i’’. Sont-elles définitivement réduite à des "Gribouillages et galipettes" comme le sous-entend la série de Fluide Glacial ?

La palette des vraies dessinatrices est pourtant large. Des traits anguleux et expressionnistes de Fanny Michaëlis qui vient de sortir Avant mon père aussi était un enfant, au crayonné tout en douceur de Gabriella Giandelli qui dans son album Intérieur, marie un trait rond à une colorisation subtile, ouatée comme la neige.

On n’a donné ici que quelques exemples parmi de nombreuses dessinatrices talentueuses, qui sont la preuve qu’une autre fille est possible en bande-dessinée. Il existe des filles libres chez Catel Muller, des filles pirates chez Laureline Matiussi, des filles hors norme chez Chantal Montellier, des filles roots chez Ulli Lust… Et puis évidemment, les girly girls ne sont pas toutes à mettre dans le même caddie poussé par leur éditeur. Rassurons-nous, certaines auront toujours assez de QI pour glisser au milieu de leurs albums une page traitant de la bisexualité de leur grand frère, de l’anorexie de leur petite cousine ou de la maladie d’alzheimer de leur grands-parents. Et si vous n’avez pas vu cette page, c’est peut-être… que vous n’avez pas tout lu ? C’est vrai, simplement parce qu’il y a autre chose à lire.

Sur Flu :

- Les blogs de bd qui osent tout : la blogoliste de Goupil Acnéique
- Graphic Novel : le dossier
- L’actu de la bd sur le blog livres

La bande dessinée "girly"

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Le dernier album de Chantal Montellier, intitulé L’inscription (vous pouvez découvrir la page de couverture, quelques images et le résumé de l’album dans la colonne ci-contre), est en librairie depuis le 6 septembre.

En avant-première, quelques lecteurs se sont plongés dans les déboires de Caroline pour son "inscription dans le réel". Voici une sélection des critiques déjà parues sur l’œuvre :

- Sur le site de la Fnac, Thomas a écrit :

L’inscription, ou comment éviter de faire la queue pour finir au téléphone rose

Ah, le conformisme ! Tout le monde l’exècre et le dénonce à tour de bras mais la majorité s’y plie toujours et – pire - l’impose aux autres. Que dire du regard d’autrui quand on se déclare poète dans notre société rationnelle et cadrée ? et c’est d’autant plus dur d’être pris au sérieux quand on est une femme dans notre monde légèrement misogyne.

Le livre s’ouvre sur un poème de Caroline Montbrasier puis une scène évoquant Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, où notre héroïne apprend qu’elle doit s’inscrire dans le réel à la mairie. Si la petite fée qui l’accompagne la met en garde, la ballade d’Alice va se muer en un calvaire comparable à celui des héros Kafkaïen.

Pervers, l’inscripteur se trouve être l’incarnation même de l’absurdité alors qu’il pousse Caroline dans le droit chemin. Il lui faut un vrai travail, de vraies ambitions et se plier aux horaires quel qu’ils soient – car ils symbolisent la norme.

« Etre inscrite, cela veut dire adapter son comportement et son image à la norme en vigueur ! Cela veut dire apprendre ! Apprendre le haut idéal de l’effort personnel. Apprendre le travail obscur, appliqué, répétitif. »

La violence psychologique est permanente et en croyant bien faire, l’héroïne s’est embarquée dans une histoire de fou. Trompé par de pseudo révolutionnaires. Mise à mal par l’autorité. Elle accepte un emploi dans un call-center porno et se voit rabaissé à éponger des phantasmes malsains par téléphone. Comme si elle descendait dans les profondeurs d’un Enfer quotidien à chaque tentative de s’inscrire dans le réel, jusqu’à son procès en bonne et due forme.

Mettant en relief quelques uns des travers de notre société moderne, cet album ne cherche pas à donner de leçon. C’est une histoire toute personnelle, on en retirera ce que l’on voudra. Mais pas mal de ces pages portent un écho saisissant avec notre réalité – sommes nous inscrits de force ? - et il est difficile de ne pas avoir un sentiment désagréable de déjà vu.

C’est drôle, tragique et on pourrait rapprocher cet album du Théâtre de l’absurde. Le comique amorce la réflexion et l’auteur utilise tous les moyens à sa dispositions pour nous entrainer, ce n’est pas seulement une histoire et des dialogues bien tournés. L’univers visuel et plastique, la mise en page autant que le recours aux poèmes et aux citations, l’intertextualité même, nous immergent dans cet univers hors du temps mais terriblement contemporain.

C’est une belle réussite, Chantal Montellier renoue avec ses thèmes fétiches dans une bande dessinée-monde qui est une véritable clef de son univers pour ceux qui aimeraient aller plus loin. Une réflexion immersive, sûr et clairement du côté de l’imaginaire face au pouvoir et à la peur.

En guise de conclusion je recopie la citation qui ouvre le livre, comme quoi les débuts n’ont pas de fin et inversement. Elle est d’André Breton, grand donneur de leçon devant l’éternel, mais qui avait également un pied hors de la réalité et une sensibilité ingénue : « La rébellion porte sa justification en elle-même. Tout à fait indépendamment des chances qu’elle a de modifier ou non l’état de fait qui la détermine. Elle est l’étincelle dans le vent, mais l’étincelle qui cherche la poudrière. »

Publié le 25/08/2011

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- L’Avis des Bulles, le mensuel critique de la bande dessinée, a également publié un article sur L’Inscription, dans son numéro de juillet-septembre 2011 :

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Sortie de L’inscription !

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BILAN

Dans le cadre du Festival International de la BD édition 2011, la Maison des Peuples et de la Paix a porté son action sur deux thématiques se rapprochant de sa charte et de ses convictions. Les deux thématiques travaillées étaient :

- La place des femmes auteures dans le milieu de la bande dessinée à travers le travail de Chantal Montellier, dessinatrice de presse et auteure de bandes dessinées sociales et politiques ;

- La Bande Dessinée comme outil d’interpellation au travers du dessin de presse.

Sous le titre générique « QUAND LA BD S’EN MELE », la Maison des Peuples et de la Paix a ainsi donné carte blanche à Chantal Montellier.

Deux expositions ont été programmées : une première consacrée aux dessins de presse réalisés par l’auteure et la seconde reprenant les planches de trois bandes dessinées réalisées par Chantal Montellier.

La Maison des Peuples et de la Paix a pu offrir aux festivaliers un espace de rencontres et de découvertes différent, montrant que la bande dessinée peut avoir un impact au travers des thématiques qu’elle aborde, et non pas seulement du point de vue de sa forme.

Enfin, dans le droit fil de son histoire en tant que réseau d’associations, la Maison des Peuples et de la Paix a proposé un espace de promotion des bandes dessinées et autres ouvrages portés par ses associations adhérentes. Pour l’édition 2011 l’association "A Chacun Ségou" a présenté la Bande Dessinée « Kaïdara », auto produite par l’association, qui est une adaptation illustrée d’un conte initiatique peul, de tradition orale.

L’objectif de la Maison des Peuples et de la Paix était d’utiliser la bande dessinée comme support de sensibilisation aux enjeux sociaux actuels, qu’ils soient locaux, nationaux ou internationaux. Il s’agissait également de permettre à Chantal Montellier, auteure de talent, de pouvoir exposer pour la première fois au Festival International de la bande Dessinée d’Angoulême. Dans ce contexte, promouvoir les travaux de cet auteur était un moyen de combattre les discriminations faites aux femmes dans le milieu masculin de la bande dessinée.

Les 3 expositions proposées ont reçu l’unanimité de la part des partenaires du projet. Les objectifs attendus de l’action ont été atteints.

La fréquentation du lieu a été estimée à 2000 visiteurs sur les quatre jours du festival. Ceci dénote une exposition, certes de grande qualité avec une auteure dont le talent n’est pas à remettre en question, mais moins accessible dans son contenu par le grand public.

300 personnes hors festival ont visité les expositions qui sont restées en place jusqu’à fin février

Festival de la Bande Dessinée 2011 : Quand la BD s’en mêle… Carte Blanche à Chantal Montellier

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Elles sont qualifiées de “bombes sales des riches” par Paolo Scampa. Contrairement à ce que la sémantique pourrait laisser entendre, elles constituent des armes terrifiantes de destruction massive. L’opération “humanitaire” en Libye, orchestrée par l’OTAN et les USA – et dont la finalité est de voler le pétrole, l’or et les ressources financières du peuple Libyen (et de déstabiliser la zone) – a déjà lâché des milliers de bombes à uranium appauvri, dites de quatrième génération, sur le territoire Libyen. Les bombes à uranium appauvri ont été utilisées pour la première fois par Israël dans la guerre du Kippour (octobre 1973) contre l’Egypte. Elles furent ensuite utilisées au Liban, par Israël, et en ex-Yougoslavie, en Irak, en Afghanistan et en Libye par les USA et diverses “coalitions” Occidentales. Elles furent également utilisées par Israël à Gaza (enquête de l’association ACDN). Les bombes à uranium appauvri génèrent cancers, mutations et stérilités dans ces pays-mêmes ou chez les militaires participant aux opérations humanitaires. Ainsi, aux USA, une étude a porté sur 631 174 militaires vétérans de l’Irak : 87 590 souffrent de pathologies musculaires et osseuses, 73 154 souffrent de pathologies mentales, 67 743 souffrent de pathologies indéfinissables, 63 002 souffrent de pathologies gastro-intestinales, 61 524 souffrent de pathologies neuronales, etc, etc. Nous convions tous les promoteurs de l’atome civil et nucléaire à consulter les sites internet présentant des photos d’enfants difformes (et c’est un euphémisme) nés en Irak, en Afghanistan, à la suite des guerres humanitaires et libératrices, ou en Ukraine, à la suite de Tchernobyl. Les bombes à “uranium appauvri” libèrent des isotopes dont la demie-durée de vie est de 2,5 milliards d’années, c’est à dire qu’il en subsistera encore dans 24 milliards d’années.

Information : les bombes à "uranium appauvri".

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Entretien avec Chantal Montellier réalisé par Céline Voisin, pour la maison d’édition Actes Sud, à l’occasion de la sortie de L’INSCRIPTION le 25 août 2011.

Caroline, rebaptisée Carol off par certains mauvais esprits, jeune femme artiste indépendante et héroïne de la fiction, vit éloignée des rives de la réalité, jusqu’à ce qu’un coup de fil d’apparence anodine l’y ramène : son ami Paul l’invite à se promener au bois de Vincennes. Sur place, il lui reproche de vivre de l’autre côté du miroir et lui conseille donc de « s’inscrire dans le réel ».

Le personnage de Caro, à mi-chemin entre la fillette de Lewis Carroll et un personnage de Kafka, tente d’appliquer la marche à suivre ; elle contourne, creuse et se cogne à ce réel froid comme une table d’autopsie, rempli de brutalité et de manipulation.

Chantal Montellier, auteure de Odile et les crocodiles , Les Damnés de Nanterre, Tchernobyl mon amour et de beaucoup d’autres bandes dessinées, plonge avec L’Inscription dans les méandres du combat entre imagination et pouvoir.

* Quelle vision de l’imaginaire féminin as-tu souhaité donner avec cette bande dessinée ?

Il ne s’agit pas de ma vision de « l’imaginaire féminin », ce serait un peu trop prétentieux et trop ambitieux, il s’agit plutôt de mon imaginaire, qui, de fait, est un imaginaire féminin.

L’imaginaire féminin dans le domaine de l’image narrative (cinéma, peinture…) me semble être assez peu présent, peu valorisé. Considérons pour commencer la bande dessinée destinée aux adultes : l’imaginaire des femmes dans ce domaine-là a fait irruption dans les années 70, peut-être grâce aux mouvements féministes (MLF par ex) et aux multiples luttes syndicales et politiques de l’époque. Sous ces poussées, un journal entièrement destiné à publier des travaux de dessinatrices est né, à savoir la revue Ah nana ! Hélas, sa vie fut courte puisque ce mensuel a été censuré au neuvième numéro, sous prétexte qu’il contenait une dose de pornographie dépassant le supportable. Il n’y avait pas de pornographie dans Ah Nana ! mais il s’y racontait des histoires au féminin très singulier où la sexualité (et pas la pornographie) avait sa place, chose nouvelle dans le monde du neuvième art.

Jusqu’à ces années-là, les femmes dessinatrices de BD étaient cantonnées à l’édition jeunesse, leur territoire assigné. Nous avons fait figure de pionnières. Des femmes dessinant exclusivement pour les enfants, comme par exemple Nicole Claveloux, ont pu accéder à la bande dessinée pour adulte. Malheureusement Nicole a dû, à ce moment-là, retourner au secteur jeunesse après la mort d’Ah nana ! Ce fut une perte pour la bande dessinée adulte, et ce n’est pas la seule (quid de Cécilia Capuana par exemple ?). Je crois être l’unique rescapée de ce journal d’images au féminin puisqu’à sa mort Métal Hurlant puis (A Suivre…) ont publié mes bandes.

* Dans l’Inscription, il y a donc la volonté de dire que l’imaginaire féminin est toujours présent, comme une continuité, comme le prolongement de ce qui s’est fait avant ?

Oui. Le combat continue ! Avec un sujet comme L’Inscription, l’imaginaire occupe plus d’espace que dans Les Damnés de Nanterre ou Tchernobyl mon amour, sujet d’actualité… Brûlant. Mes sources étaient surtout journalistiques et scientifiques même si l’imaginaire n’était pas absent. Une création, c’est toujours à la fois du réel, de l’imaginaire et du symbolique même s’ils n’occupent jamais la même place. Dans Tchernobyl mon amour il y a beaucoup de réel, du symbolique et moins d’imaginaire alors que pour l’Inscription le dosage est inversé.

* Comment s’est créé ce besoin ou cette envie de faire une histoire qui donne autant de place à l’imaginaire ?

Le projet est né indépendamment de la bande dessinée. C’était d’abord un projet d’écriture, à une époque où j’étais condamnée à ne faire presque plus que du texte. Au sortir de ma période Dargaud, je me suis retrouvée sans support éditorial, d’autant plus que les supports presse pour lesquels j’avais travaillé dans les années 70-90 avaient pratiquement tous disparus ou étaient passés aux mains de groupes comme Hachette ou Lagardère, perdant leur indépendance. Il ne me restait plus que des ateliers d’écriture, en partie fournis par la Maison des écrivains. J’étais donc dans le texte du matin au soir. Des publications sont sorties de ces ateliers, comme le recueil de textes intitulé « Des clés pour la liberté » fait avec des détenus de la maison d’arrêt de Laval. J’ai également travaillé avec des élèves de l’Ecole de l’image d’Epinal, des gens d’un quartier de Nancy, le Haut du Lièvre etc. Très souvent ces ateliers étaient suivis d’un ouvrage pérennisant l’expérience.

Ces ateliers, en m’obligeant à sortir de ma « tour d’ivoire », me ramenaient dans le monde réel. Pas marrant tous les jours le monde réel ! Je pense que j’ai fait une sorte de réaction en le fuyant et en me réfugiant dans un travail d’écriture plus personnel, plus subjectif, en replongeant dans mon imaginaire. Et puis j’ai oublié ce texte. Je venais de finir l’adaptation en bande dessinée du Procès de Kafka pour Actes sud quand je l’ai retrouvé en faisant des rangements. Je me suis aperçue que dans L’Inscription il y avait quelque chose de très kafkaïen, notamment dans ce personnage de jeune femme qui ne trouve pas la porte du réel…

* Elle subit une forme de procès très kafkaien…

Oui, complètement. Et elle subit aussi une sorte d’ostracisme pour ce qu’elle incarne. Elle ne rentre pas dans le rang. Ne s’aligne pas, reste autonome. Son univers est poétique, quasi exclusivement. Elle pose problème à l’ordre, elle fait désordre parce qu’elle est trop du côté de l’imaginaire et du symbolique et pas assez du côté du réel, notamment du réel social. Elle ne joue pas le jeu social.

* Ce qui est d’ailleurs intéressant à ce sujet et ce qui m’a marquée, c’est que lorsque le personnage de Caro fait une tentative pour s’intégrer dans la société, elle se retrouve embauchée pour répondre au téléphone rose. Comment t’est venu cette association entre réel et pornographie ?

Le réel d’aujourd’hui me semble assez pornographique. Il faut lire à ce sujet le livre de Dany-Robert Dufour La cité perverse. Edifiant.

Lorsque j’ai démarré dans le dessin de presse politique, il était encore réservé aux seuls talents masculins. Ma présence dans ce milieu était incongrue. Je me suis aperçue très vite que j’y étais une espèce d’oiseau rare, de bête à part pour les gens qui me faisaient travailler. Des hommes neuf fois sur dix. Ils s’intéressaient à moi beaucoup plus pour la jeune femme que j’étais que pour ma production elle-même. Donc j’avais très peu de commentaires positifs ou négatifs sur mes dessins. Mon physique semblait les intéresser davantage. Les commentaires sur ma personne, mes jambes, mes yeux, mes formes, fusaient de partout indépendamment des supports pour lesquels je travaillais, y compris dans des journaux dits sérieux. J’ai pris la mesure de l’état de ce réel-là. Je me suis aperçue que j’étais d’abord et surtout un corps. Un sexe avant d’être une dessinatrice.

Ce n’était pas facile pour ces hommes-là de respecter une femme arrivant de nulle part, sans parrainage, protection, autorité derrière elle. Révolution culturelle ou pas, au fond, rien ne changeait ! Les rapports de domination et de sexe restaient les mêmes, de Charlie Hebdo à l’Humanité, de Casterman aux Humanos. J’ai été amenée à me battre pour simplement me faire respecter un minimum.

Une bande dessinée comme Odile et les crocodiles était nécessaire pour moi, car finalement je subissais une forme d’agression sexuelle en entrant sur un territoire qui était réservé aux mâles. J’ai découvert à quel point ce n’était pas évident, à quel point c’était dangereux aussi. Mai 68 n’avait strictement rien changé à ce niveau.

Ainsi Caroline qui attend des commentaires sur ses poèmes s’attire surtout des remarques sur son physique et sa poésie passe à l’as. Pour l’inscripteur elle est seulement un corps, joli. Une voix, sensuelle. Donc pour lui, l’inscrire dans le réel se réduit à ça, utiliser ces « qualités »-là. Tout le travail imaginaire est battu en brèche au profit de l’animalité, au profit du corps. Ce n’est pas le talent de l’auteure, c’est son corps qui les intéresse. Ca retombe encore une fois au rapport d’animal à animal. On ne s’intéresse pas à son travail artistique, à son langage.

* En parlant de langage, le personnage de Caro parle au début de l’histoire avec un personnage masculin qui lui conseille de s’inscrire dans le réel, c’est en réalité un dialogue entre la femme artiste…

…et le pouvoir. C’est le pouvoir policier qui voudrait que l’on soit un troupeau d’êtres sans imaginaire singulier. Que ce troupeau soit tous les soirs rassemblé devant le même poste, les mêmes films réalisés au profit de la maintenance de l’ « ordre » social dominant. A partir du moment où l’on revendique un droit à un imaginaire autonome, où on met ça en actes de manière visible, rien ne va plus. Comme disait Francastel : « Dans une société bourgeoise, l’art est bourgeois ». Ça n’a pas changé. Il y en a toujours qui sont autorisés à parler, créer, et d’autres pas. Plus on est dominé, moins on est autorisé à s’exprimer. En 68, il y avait une belle formule :« Tu crois parler, mais en fait tu es parlé… » Une autre disait de ne pas oublier « d’où tu parles ». Les dominants peuvent s’exprimer autant qu’ils veulent, mais si une Virginie Despentes prend une caméra, c’est-à-dire une « arme », immédiatement la censure lui tombe dessus au prétexte de pornographie. Parce que ce qu’elle donne à voir de la société dans laquelle on vit est insupportable à ceux qui en profitent. A cet ordre-là, bourgeois, patriarcal, proxénète. 1968 a voulu changer ça mais en fait l’ordre est revenu… « Ordre » autorise qu’une femme tombe sous les coups de son compagnon tous les trois jours (rapport récent d’Amnesty International). Les chiffres sont tirés de rapports de police qui n’en rajoutent sûrement pas. Je serais tentée d’appeler ça un gynocide (à bas bruit). Au cours des ateliers d’écriture à la maison d’arrêt de Laval, j’ai travaillé avec des hommes qui avaient tué leurs compagnes. Ils restent relativement peu de temps en maison d’arrêt, sont jugés, mis en prison quelques années et comme généralement ils se tiennent à carreau, ressortent assez vite. Ca ne coûte pas cher de nos jours, de tuer une femme. On peut se demander si le meurtre des femmes ne fonctionne pas comme un instrument de régulation en permettant d’évacuer la violence masculine par le bas, si j’ose dire.

Quant aux polars ils sont souvent un défouloir de la même violence. Les femmes y sont allègrement violées, tuées, massacrées, éventrées, éviscérées… pour une victime masculine on en a mille qui sont des femmes. L’imaginaire du loup est partout, celui de la chèvre nulle part, surtout dans les arts visuels.

Ce sont les hommes qui font les images, les feuilletons télé, les films, les reportages, et c’est très rare qu’il y ait un imaginaire de femme qui s’exprime au même niveau et soit bien diffusé. En bande dessinée, même si les femmes sont plus nombreuses aujourd’hui, elles me semblent cantonnées dans l’intime…

Nous avons crée un prix il y a quelques années, le prix Artemisia pour avoir un peu plus accès à la production bd féminine et voir comment les choses évoluaient. Pour quelques livres originaux comme L’île au poulailler de Laureline Mattiussi, une histoire de femme-pirate dessinée avec talent et énergie, on reçoit beaucoup d’albums sur des sujets intimistes, domestiques, notamment les rapports mère-fille. Dans les années 70-80 on parlait de la société, des rapports de genre, de domination, des femmes au travail, d’exploitation… Le regard des dessinatrices était souvent très critique. Les problématiques étaient plus larges que « mon copain et moi », « mon chat et moi », « mon nombril et moi ». Le troupeau des femmes est à nouveau poussé vers la sphère privée. On est toujours dans le tableau de Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, une femme nue entre deux hommes habillés, cravatés, chapeautés. Le 19ème siècle est toujours là. Mais les photos dénudées de notre première dame-top modèle nous y renvoient aussi. L’imaginaire du loup, vous dis-je !

* Il y a aussi cela dans l’Inscription, deux figures masculines, qui la prennent en tenaille en quelque sorte, l’une qui la pousse vers l’inscripteur et l’inscripteur lui-même. Est-ce que tu as voulu en rendre un plus retors que l’autre ? Plus dangereux que l’autre ?

Il y en a un qui est un faux-ami. Il y a d’un côté le pouvoir des psy et de l’autre le pouvoir des flics. Caro est entre ces deux pouvoirs sauf que le psy, parce que c’est un intello, parce qu’il veut avoir l’air d’un homme de progrès et de culture, porte un masque. Mais au final il pose le même regard sur elle : un regard de prédateur. Ce sont les deux faces de la même médaille, mais il y a une face plus visible que l’autre. Plus sympathique que l’autre en apparence. Les deux travaillent pour le même ordre. Les deux sont castrateurs, ils sont là pour couper ce qui dépasse. Mais Caro se défend. Elle n’est pas aussi faible et désarmée qu’on pourrait croire. Elle joue avec ces deux loups en faisant la chèvre alors qu’elle est tout autre chose. Elle défend son imaginaire, sa créativité, bec et ongle.

Stéphane Hessel, dont on parle beaucoup en ce moment, a écrit en exergue de son pamphlet Indignez-vous, « Créer c’est résister, résister c’est créer ». Nous vivons dans une société où cette résistance-là devient un enjeu vital il me semble.

On a pu pendant quelques années (70-85) s’exprimer assez librement. Les espaces de créations autonomes n’étaient pas rares. J’ai l’impression qu’il y a eu un coup d’arrêt à un moment donné, vers 96. Nos maîtres ont dit : « ça suffit ! ». Il n’y a pas nécessairement mort d’hommes -quoique- mais il y a un resserrement et une “normalisation”. Une “chasse” aux imaginaires rétifs et indépendants.

* Ça me fait penser au personnage de la petite Alice qui est sans cesse chassée d’un endroit à un autre dans son rêve. Qui ne trouve pas sa place. Quelle est ta lecture de Alice au pays des merveilles et son rapport avec L’inscription ?

Certains me disent que je ne suis pas dans la norme. Une chose est sûre, je ne me suis pas trop alignée contrairement à beaucoup d’auteurs BD. Mais ce milieu n’est pas mon lieu de socialisation privilégié. Ma vie sociale, amicale, est ailleurs. Tout ce que je transporte avec moi d’expériences (politiques, artistiques, humaines…) trouve difficilement sa place dans ce milieu-là. Il y a des gens qui m’intègrent cependant, des éditeurs comme Michel Parfenov, Thomas Gabison, Thierry Groensteen, José-Louis Boquet, Jean-Luc Fromental… Actes sud est un des lieux importants de résistance culturelle. Et j’ai un public fidèle, notamment des femmes de ma génération qui essaient quand même de continuer le combat bien que les choses aient reculé. On est nombreux à vivre la domination, a être marginalisés, ostracisés. A ne pas trouver une vraie place. Une majorité ?

* C’est pourquoi on parlait autant de normalité tout à l’heure…

Oui, on nous impose une norme, celle de consommateur précarisé endetté et soumis d’un côté, de bobos bling-blingisés de l’autre. Les uns parlent chômage et antidépresseurs. Les autres immobilier et partie fine… c’est ça la norme ? Et bien c’est dommage pour la norme. Les gens souffrent, ne votent plus et quand ils votent, c’est pour le Front National. C’est ça la norme ? Bon et bien je vous la laisse, je ne suis pas dans la norme et je pense que je vais continuer un moment à ne pas y être.

Je ne suis pas une bobo je ne suis pas une bling-bling, je me fiche d’être propriétaire, par contre : pas touche à mon imaginaire ! Si défendre son imaginaire, son autonomie, c’est être anormale alors oui je suis anormale, c’est sûr.

Quant à Alice, comment ne pas l’aimer ? Bien sûr, j’aime l’histoire mais j’aime aussi beaucoup les dessins de John Tenniel, je les trouve absolument délicieux. Alice bascule dans un univers qui n’est plus que du symbolique et de l’imaginaire, comme Caro.

* On peut penser en voyant certaines de tes images à un travail de surréaliste à la Dali…

J’ai beaucoup aimé les surréalistes et les aime toujours même s’ils sont au purgatoire, si ce n’est en enfer. Le pouvoir a peur de l’imaginaire. Les œuvres des surréalistes ont été pour moi libératrices. Et le sont encore. J’ai toujours aimé le fantastique, l’étrange, l’onirique… Edgar Poe, Odilon Redon… les peintres symbolistes… Huysmans, Baudelaire. Le réel dans lequel j’étais plongée enfant était plutôt invivable, donc il me fallait y échapper par la lecture, la contemplation d’images nourricières. Beaucoup de choses que l’on proposait aux enfants à cette époque-là me semblaient niaises. J’étais plongée dans un enfer avec une mère malade et suicidaire qui me mettait sans cesse face à la souffrance et à la mort au lieu de m’en protéger. Je parle de la vraie mort, pas celle d’Halloween. Il me fallait des récits qui soient à la hauteur de ce que je vivais.

Pour ce qui est de Dali, son univers me faisait rêver. Je trouve ses oeuvres sublimes d’habileté… les matières sont somptueuses. A la fin de sa carrière il peignait des crucifixions avec une dimension surréalisante. Le dessin était d’une absolue précision, il n’y avait pas une faute anatomique alors que c’était des contre-plongées ou des angles extrêmement complexes. Donc immense peintre malgré le côté clown. Je l’ai retrouvé quand j’ai fait le travail sur Tchernobyl. Les descriptions de la végétation devenue à la fois fluorescente et molle, avec des couleurs excessives, bizarres… comme dans certains de ses tableaux, (les montres molles par exemple). Je me suis dit que Dali (comme le cinéaste russe Tarkovski avec son film Stalker) avait anticipé Tchernobyl ! Tout ça est surréaliste. Tchernobyl et Fukushima vont rendre la vie surréaliste !

* C’est justement ce qui plaît aussi dans tes albums, c’est qu’on sent qu’il reste une trace du surréalisme…

Parce que le surréalisme interroge notre rapport à l’inconscient, à l’imaginaire, au symbolique, tout ce que les intégristes du rationalisme le plus dur (comme les sciences du même nom) sont en train de ratiboiser… Avec le secours de gens comme Michel Onfray qui brûle Sigmund Freud. Onfray n’est pas un imbécile ni un inculte, ce qu’il écrit ou dit est très argumenté, mais n’y a t-il pas d’autres urgences que de brûler Freud, aussi critiquable soit-il ?

Je crois que les gens qui nous gardent ont peur de ça, ont peur de l’imaginaire, ont peur de l’inconscient et ils ont raison d’avoir peur, je pense. C’est une arme, une bombe à retardement. Je suis une militante de l’imaginaire parce que sans lui, je crois qu’on ne serait vraiment plus que des machines à calculer, à fabriquer de la plus-value, du consensus, de la domination. Alors que la liberté et l’originalité sont là, dans l’imaginaire. Notre mer profonde.

Pasolini disait :

" La tragédie est qu’il n’y a plus d’êtres humains, mais d’étranges machines qui se cognent les unes aux autres."

Et aussi :

"Je suis descendu aux enfers, j’y ai vu des choses différentes, et en grand nombre. Je ne dis pas que vous devez me croire.

Je dis que vous devez constamment changer de sujet pour éviter d’affronter ces vérités."

(Il s’adressait aux intellectuels patentés).

Propos recueillis par Céline Voisin le 5 mai 2011.

Entretien avec Chantal Montellier

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On devrait rebaptiser le parti socialiste "Parti Sociophile". De DSK à Fredo, ils aiment le social (les petites gens, les pauvres), les cuisses bien ouvertes de préférence.

Les mâles dominants restent ce qu’ils sont, des grands singes, quelle que soit la couleur politique. Rien ne change sous le soleil de Satan.

Quant à la femme qui s’est plainte d’agression sexuelle, à part Clémantine Autain (elle-même victime de viol, ce n’est pas un secret), qui en parle ?

Cela ne sent pas la rose !

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Fukushima est entré en fusion, c’est confirmé

Le 6 avril, Reuters a signalé que « le noyau du réacteur nucléaire de Fukushima au Japon est entré en fusion et a traversé la cuve du réacteur », déclare le républicain Edward Markey lors d’une audience à la Chambre à propos de la catastrophe :
« J’ai été informé par la Commission de Réglementation Nucléaire (CNR) que le noyau a tellement chauffé qu’une partie de celui-ci a probablement fondu dans la cuve du réacteur. »

Promouvant avec inconscience la prolifération nucléaire, la Commission de Réglementation Nucléaire américaine est tristement célèbre pour dissimulation et déni de ses effets nocifs. En conséquence, leurs rares aveux confirment vraiment une réelle fusion du cœur dans un ou plusieurs réacteurs, signifiant qu’énormément de rayonnement est relâché de manière incontrôlable dans l’atmosphère, l’eau et le sol, sur une vaste zone. C’est le scénario cauchemar ultime qui se déroule actuellement, mais ne vous attendez pas à de grands reportages dans les médias ou des explications des représentants du gouvernement.
Néanmoins, le 6 avril, les écrivains du New York Times Matthew Wald et Andrew Pollack ont mis en gros titre « Le coeur du réacteur touché fuit probablement", annoncent les États-Unis : La CNR américaine a déclaré mercredi qu’une partie du cœur d’un réacteur japonais touché avait probablement fui de sa cuve en acier vers le fond de la structure de confinement, impliquant que le dommage était encore pire qu’on ne le pensait.

Bien pire, en fait, parce que le matériau du coeur en fusion brûle ensuite de manière incontrôlée à travers la fondation en béton, ce qui signifie que tous les paris sont ouverts.
Le 5 avril, James Glanz et William Broad ont titré ainsi le Times : " Les Etats-Unis voient une panoplie de nouvelles menaces à la centrale nucléaire du Japon ». Des ingénieurs américains ont prévenu « que la centrale nucléaire en difficulté…est confrontée à un large éventail de nouvelles menaces qui pourraient persister indéfiniment, et qui dans certains cas, devraient augmenter en raison des mesures mêmes prises pour garder la centrale stable, selon un rapport confidentiel du CNR."

Les menaces identifiées comprennent :

- Possibilité d’autres explosions en raison de l’hydrogène et l’oxygène de l’eau de mer utilisés pour refroidir les réacteurs, qui pourraient avoir fait plus de mal que de bien. Selon l’ancienne conceptrice de réacteur, Margaret Harding : « Si j’étais dans les chaussures des japonais, je serais très réticente pour avoir des tonnes et des tonnes d’eau dans un contenant dont l’intégrité structurelle n’a pas été vérifiée depuis le tremblement de terre, et très probablement sérieusement endommagé."

- En raison de préoccupations au sujet de dommages graves au cœur du réacteur, CNR a recommandé que du bore soit ajouté à l’eau de refroidissement pour modérer l’absorption des neutrons.

- Les barres de combustible usé exposées non protégées dans les unités 1, 2, 3 et 4 présentent des dangers extrêmes. Par ailleurs, des explosions ont soufflé dans l’atmosphère du matériau nucléaire « jusqu’à presque deux kilomètres des unités », indiquant de beaucoup plus grands dégâts que précédemment dévoilés.
David Lochbaum de l’Union of Concerned Scientists (UCS) (union des scientifiques inquiets) estime : « Ceci brosse un tableau très différent, et suggère que les choses sont bien pires. Ils pourraient avoir encore plus de dégâts à longue échéance, si certaines de ces choses ne fonctionnent pas pour eux… Ils ont eu beaucoup de choses désagréables (à manipuler), et un faux pas pourrait rendre la situation bien bien pire." D’autres experts pensent que la criticité a été atteinte, ce qui pose de bien plus grands dangers que révélés.

Pourtant, le gouvernement et les fonctionnaires de TEPCO prétendent toujours « pas de risque immédiat pour une explosion d’hydrogène ou un dommage grave pour la santé humaine." En fait, les niveaux de danger sont maintenant extrêmes. Plus à ce sujet ci-dessous.

Même le CNR a admis que l’eau salée a « sévèrement restreint » et probablement bloqué les circuits. En outre, à l’intérieur du noyau, « il n’y a probablement pas de niveau d’eau (il est donc) difficile de déterminer la mesure du refroidissement qui a accès au carburant. » Peut-être aucun, et trois réacteurs ou plus sont touchés, un ou plusieurs en fusion.

Opinions d’experts indépendants :

Le 4 avril, le géoscientifique et expert international en radioactivité Leuren Moret, a déclaré lors d’une interview par Alfred Lambremont Webre qu’Obama et le Premier ministre canadien Stephen Harper vont cacher les effets d’une guerre nucléaire tectonique sur l’Amérique du Nord par les retombées de Fukushima. En fait, les cartes de radioactivité de l’Institut norvégien pour la recherche atmosphérique (NILU) confirment une contamination sur la côte ouest, le Midwest et l’Ouest du Canada, et dans certaines régions plus élevée qu’au Japon.

De I’iode-131 radioactif dans l’eau de pluie échantillonné près de San Francisco a été trouvé à plus de 18.000 fois au-dessus des normes fédérales de l’eau potable. Les échantillons de l’Idaho, du Minnesota, de l’Ohio,de la Pennsylvanie et du Massachusetts ont montré de l’iode-131 jusqu’à 181 fois supérieur à la norme, et qui devrait augmenter. Il fait aussi son apparition dans le lait.

En conséquence, les mesures mobiles dans certaines parties de l’Amérique et le Canada ont été suspendues jusqu’à nouvel avis pour dissimuler la gravité de la catastrophe.
Moret a cité deux éminents scientifiques en nucléaire qui ont déclaré publiquement que le nord du Japon (un tiers du pays) est inhabitable et doit être évacué. Marion Fulk est l’un des scientifiques du projet Manhattan qui a aidé à développer la bombe à hydrogène. Il a également été expert en retombées sur l’atmosphère américaine quand les tests ci-dessus ont été effectués.

Le Dr Chris Busby est l’autre, le spécialiste des rayonnements ionisants. Le 30 Mars, il a dit à la télévision Russia Today que la contamination de Fukushima causera au moins 417 000 nouveaux cancers.

Moret a appelé Fukushima une opération « false flag » pour affaiblir un rival économique, nuire à l’économie, l’agriculture et la pêche, et compromettre sa détente avec la Chine. Par rapport à Tchernobyl, Fukushima libére énormément plus de rayonnement, peut-être de trop énormes quantités pour imaginer les effets potentiellement catastrophiques sur le monde.

En réponse, le Japon, l’Amérique et le Canada sont dans le déni. Les niveaux acceptables d’exposition au rayonnement ont été élevés. Les tests atmosphériques américains et canadiens ont été suspendus. Les autorités de l’État ont dit aux médecins de Californie de ne pas donner de l’iode pour les patients concernés. Mesurer le rayonnement dans le lait a également été arrêté.

La contamination se répand de l’Arctique à l’équateur. Les isotopes radioactifs à longue durée de vie provoqueront des ravages sur la santé humaine et l’environnement pour des générations. Moret a dit que les formes de vie développées sur des milliards d’années seront détruits dans un siècle.

Le 29 mars, un article de Chris Busby de Rense.com s’intitulait « Démolir les experts nucléaires » : « Ce que ces gens ont en commun c’est l’ignorance. (beaucoup de ceux) qui apparaissent (dans les grands médias) et pontifient n’ont pas vraiment fait de recherche sur la question du rayonnement et de la santé. Ou s‘ils l’ont fait, ils ont…. raté toutes les études clés et les références. (D’autres sont) réellement méchants en disant qu’on n’a rien à craindre de Fukushima, rien comme Tchernobyl ou Three Mile Island."

En fait, Fukushima est déjà bien supérieur aux deux autres et ira de plus en plus mal avec les disséminations de rayonnement qui se poursuivent et s’étendent. Busby citait Joseph Conrad en disant : « après que tous les cris se sont tus, le silence sinistre des faits demeurent. » « Je crois que (l‘éventail des) experts charlatans", a déclaré Busby, « sont pénalement irresponsables, car leurs conseils mèneront à des millions de morts…. J’espère qu’ils seront envoyés en prison où ils pourront avoir beaucoup de temps pour lire les preuves scientifiques (montrant) que leur avis était fondé sur l’analyse mathématique de l’air léger." Il a cité le regretté professeur John Gofman, un grand expert responsable américain de l’énergie atomique à la Commission, qui a démissionné, en disant : « L’industrie nucléaire est une guerre contre l’humanité. »

Jusqu’à présent, en fait, il a gagné. On est entré dans un « endgame » qui décidera si oui ou non l’humanité survivra. "Pas d’une soudaine guerre nucléaire », a déclaré Busby.
« Mais d’une guerre nucléaire en cours et progressive qui a commencé avec les rejets dans la biosphère au cours des années 60 par toutes les retombées des essais atmosphériques, et qui s’est continué inexorablement depuis (à ce jour), accompagnée par un accroissement parallèle des taux de cancer et la perte de fertilité de la race humaine." Busby l’appelle « le scandale de santé publique le plus grand de l’histoire humaine …. » Qui peut être en désaccord ?

Un dernier commentaire

Dans un e-mail personnel, le chercheur en environnement, le Dr Ilya Perlingieri a expliqué les dangers du déversement par les japonais de milliers de tonnes d’eau radioactive dans le Pacifique, en disant : " Nous sommes tous en grave danger ! Ceci a été de la folie ! Cette eau radioactive va venir ici (vers l’Amérique). Ça ne fait aucun doute. Les courants l’emmèneront vers la côte ouest et contamineront les plages et toute la vie marine entre la côte et le Japon. Ce qui s’évapore naturellement viendra alors par les courants aériens sur le reste des États-Unis et le reste de la planète !"

« C’est homérique, et ce n’était pas un accident. »

SOURCE <http://www.internationalnews.fr/art...>

* http://bistrobarblog.blogspot.com/2011/04/article-tres-important.html#comments
Merci à Hélios pour la traduction.

* Pour les sources de l’article :

- Article repris sur InternationalNews, qui l’a repris d’un article de Stephen Lendman (http://sjlendman.blogspot.com/) qui l’a repris d’une émission de radio du 5 avril dont voici le lien :

http://www.progressiveradionetwork.com/the-progressive-news-hour/

La fin des haricots...

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Invitée dimanche 6 février de la chronique "Femmes d’exception", animée par Célyne Bayt-Darcout, Chantal Montellier revient sur son parcours de dessinatrice de presse et d’auteure de bandes dessinées, et sur la question plus générale de la création féminine dans le monde de la bande dessinée.

Pour écouter l’émission, vous pouvez aussi cliquez sur le lien ci-dessous, vous serez redirigés sur le site de France Info où l’émission est en ligne :

http://www.france-info.com/chroniques-femmes-d-exception-2011-02-06-chantal-montellier-premiere-femme-dessinatrice-de-presse-513868-81-424.html?var_mode=recalcul

Bonne écoute !

Interview de Chantal Montellier sur France Info

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Suite aux critiques émises voici quelques mois par Chantal Montellier sur son site, le directeur général de la Cité Internationale de la Bande dessinée et de l’Image, Gilles Ciment, répond la lettre qui suit :

Chère Chantal Montellier,

La désagréable impression qu’ont pu vous donner les portraits exposés sur les murs de La Table à dessin, la brasserie panoramique de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, vous a fait réagir avec la véhémence que l’on vous connaît (votre post du 30 mai 2010). Cependant, dans votre hâte et sans informations plus précises qu’une conversation avec un serveur, vous avez formulé de lourds reproches qui me paraissent particulièrement injustes à l’égard de l’institution que je dirige depuis trois ans.

Ainsi, s’agissant des portraits d’auteurs exposés dans notre restaurant, il me faut dissiper deux malentendus.

1. Nous devons faire avec les clichés dont nous disposons. Constatant que les auteurs de bande dessinée sont peu photographiés et leur visage peu connu du public, déplorant que les archives du musée de la bande dessinée, et de la Cité en général, sont pauvres en portraits d’auteurs (et le Festival est dans la même situation du son côté), j’ai confié à Nicolas Guérin, photographe réputé dans le monde du cinéma pour ses portraits de réalisateurs et de comédiens, le soin de constituer une galerie de portraits. Il a réalisé trois grandes séries, à l’occasion des trois derniers festivals d’Angoulême et de l’inauguration du musée de la bande dessinée en juin 2009. Au cours de la première série, il a réalisé 89 portraits, dont 8 femmes seulement (ce qui reflète hélas la part des femmes dans la profession). A raison d’une femme (Posy Simmonds) pour 15 hommes, la sélection que vous avez vue aux murs est donc le reflet presque arithmétique (mais involontaire) de la très faible féminisation de la profession (de l’ordre de 10%), qui est encore bien loin de la parité – même si fort heureusement il y a depuis quelques années une très nette progression du nombre d’auteures. Fort heureusement, les séries suivantes ont apporté une meilleure représentation féminine, qui se retrouvera dans les sélections exposées ultérieurement.

2. En effet, cette exposition n’est pas « permanente », contrairement à ce qui semble vous avoir été dit. Les portraits sont appelés à être renouvelés régulièrement : ainsi, quelques jours après votre visite, 16 nouveaux portraits se sont substitués aux 16 que vous avez vus exposés. Parmi eux figuraient ceux de Florence Cestac, Aude Samama et Marjane Satrapi, portant à 20% la proportion de femmes. C’était encore insuffisant, j’en conviens. Aussi, la « rotation » suivante <http://www.citebd.org/spip.php?arti...> , installée en janvier dernier pour le 38ème Festival d’Angoulême, met à l’honneur Anne Baraou, Karlien De Villiers, Isabelle Dethan, Nathalie Ferlut, Melinda Gebbie, Laureline Matiussi (lauréate du Prix Artémisia), Marianne Maury-Kaufmann, Catherine Meurisse, Yoonsun Park, Amruta Patil, Natacha Sicaud, Anne Simon…

D’autres informations devraient vous convaincre que dans toutes ses activités, la Cité apporte un démenti à votre mauvaise impression :

La programmation de la Cité elle-même n’a rien du sexisme que vous voulez dénoncer. Ainsi, lorsque vous étiez de passage dans nos murs, vous pouviez voir annoncées pour le mois de juin trois rencontres avec des auteurs : Keiichi Koike, Katherine Ferrier et Lucie Lomova. Deux femmes sur trois. La programmation de notre cinéma, au cours de ce même mois, proposait des films d’Elizabeth Chai Vasarhelyi, Claudine Bories, Sophie Barthes et Coline Serreau, soit 4 réalisatrices sur 16 films projetés.

Un autre exemple parlant est l’invitation que nous avons faite à des auteurs du monde entier de « réinterpréter » des planches issues des collections du musée de la bande dessinée pour l’ambitieuse exposition « Cent pour cent », présentée à Angoulême pendant le festival 2010 et reprise à Bilbao (Alhondiga), Istanbul (Institu français), Paris (bibliothèque Forney) et actuellement à Cuenca (Fondation Atonio Pérez). Sur 110 auteurs ayant répondu à notre invitation, 22 sont des femmes : Jessica Abel, Florence Cestac, Danny Steve, Park Yoon-Sun, Leila Marzocchi, Seomoon Da-mi, Maja Veselinovic, Peggy Adam, Dunja Jankovic, Nadja, Francesca Ghermandi, Laura, Posy Simmonds, Aude Samama, Ana Miralles, Takahama Kan, N’Guyen Thi Mai Hoa, Gabriella Giandelli, Park So-rim, Kim Eun-sung, Zhu Letao, Amruta Patil. Vous conviendrez avec moi que c’est une assez équitable proportion et que, loin de nous contenter des auteures les plus connues et médiatisées, nous avons su révéler des talents féminins encore méconnus ou inconnus, et de toutes origines.

Ayant été président de l’association maison des auteurs avant de prendre la direction de la Cité à sa création, je me permettrai encore d’ajouter que, parmi les auteurs accueillis en résidence au cœur de la Cité, figurent un grand nombre d’auteures, parmi lesquelles quelques belles révélations : Algésiras, Peggy Adam, Marine Blandin, Juliette Boulard, Marie Caillou, Juhyun Choi, Sophie Darcq, Sarah Debove, Vallie Desnouël, Marie-Laure Dougnac, Elodie Durand, Marion Girerd, Mayumi Jezewski, Yana Lee, Lola Lorente, Lucie Lomova, Lola Lorente, Sylvie Marchand, Sandrine Martin, Eva Montanari, Marie de Monti, Ninie, Amruta Patil, Gabrielle Piquet, Valentina Principe, Aude Samama, Natacha Sicaud, Danny Steve, Clara-Tanit, Sandra Tebbe, Marion Tournay, Zviane sont les 31 femmes parmi les 86 résidents à être sortis de la maison des auteurs. Belle proportion, n’est-ce pas ?

A ces anciennes résidentes s’ajoutent les 13 femmes figurant parmi les 25 résidents actuels (plus de la moitié : encore plus belle proportion, n’est-ce pas ?) : Laure Clémansaud, Rachel Deville, Elsa Fanton d’Andon, Katherine Ferrier, Elena Forcato, Claire Fouquet, Céline Guichard, Jung-Hyoun Lee, Giovanna Lopalco, Lisa Lugrin, Yoon-Sun Park, Valentina Principe, Sandra Tebbe. C’est là un véritable soutien appuyé aux auteures, qui ont souvent plus de difficultés, comme vous le savez, à se frayer un chemin dans le monde si masculin de l’édition de bande dessinée.

J’ajoute que dans sa gouvernance même, la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, établissement public, s’enorgueillit d’une parité assez exemplaire : parmi les salariés, 50% exactement des cadres sont des femmes, stricte parité que l’on retrouve également aux postes de cadres dirigeants, puisque le comité de direction est composé de quatre directrices, trois directeurs et un directeur général. « Personne n’est parfait », disait Daphné à la fin de Certains l’aiment chaud : il reste donc à souhaiter, pour achever le tableau, que le prochain directeur général, après moi, soit une femme, et que celle-ci fera montre du même souci de respecter la parité qui m’anime.

Gilles Ciment
directeur général de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image

Droit de réponse

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Le jury de l’association Artémisia récompense cette année Ulli Lust pour sa bande dessinée intitulée Trop n’est pas assez, parue aux éditions "çà et là".

Ci-dessous, quelques photographies d’Ulli Lust, le jour de la remise du prix :


Ulli Lust en compagnie de son éditeur.


Ulli Lust et Laureline Mattiussi, la lauréate du prix Artémisia 2010.

Voici quelques articles qui relatent l’évènement :

http://www.actuabd.com/Ulli-Lust-recoit-le-4e-Prix Artémisia de la bd féminine.

http://www.bodoi.info/news/2011-01-10/trop-nest-pas-assez-prix-artemisia-2011-de-la-bande-dessinee-feminine/42253

http://www.citebd.org/spip.php?article2270

http://lireetrelire.unblog.fr/2011/01/11/trop-nest-pas-assez-prix-artemisia-2011-de-la-bande-dessinee-feminine/

http://www.neuvieme-art.com/actu/news-bd/Prix-Prix-Artemisia-Trop-N-est-Pas-Assez-Ulli-Lust-Ca-et-La-1111

http://bdvitrylefrancois.over-blog.com/article-ulli-lust-prix-artemisia-2011-pour-trop-n-est-pas-assez-64764952.html

http://www.toutenbd.com/article.php3?id_article=3543

http://www.sceneario.com/blog/?p=4628

http://www.paperblog.fr/4033492/trop-nest-pas-assez-prix-artemisia-2011-de-la-bande-dessinee-feminine/

http://www.bede-news.com/index.php/actus/2011/01/10/Artemisia-2011-pour-Ulli-Lust

http://www.bedeo.fr/actualites-bd/le-prix-artemisia-de-la-bande-dessinee-decerne-ulli-lust-100810

Ulli Lust reçoit le 4e prix Artémisia de la bande dessinée féminine

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Un texte pugnace de la présidente de l’association Artémisia, Valérie de Saint Do.

08/01/2011 <http://www.lepost.fr/article/2011/0...>

L’arête Hessel ne passe pas. Ils s’en étranglent, ils en bavent, ils piaillent sur tous les plateaux leur indignation du succès d’"Indignez-vous". Trop, à vrai dire, pour que ce vertueux concert d’indignation n’ait pas été orchestré.

Ils et elle : Eric Zemmour, Luc Ferry, Ivan Rioufol, Claude Askolovitch, les causeurs Elisabeth Lévy et Luc Rosenzweig, Philippe Bilger... Un éventail assez disparate, qu’unit (à l’exception d’Askolovitch) un tropisme très à droite. Droite vieille France et revendiquée réactionnaire chez Rioufol, Bilger, Ferry, droite néocon et pro-israélienne jusqu’au fanatisme chez Rosenzweig ou Lévy, les deux n’étant pas incompatibles comme le montre Zemmour.

Qu’y a-t-il donc dans ce petit opuscule pour susciter leurs glapissements indignés ? Rien de révolutionnaire, ont justement pointé quelques lecteurs. Stéphane Hessel n’est pas Julien Coupat (qui n’avait d’ailleurs pas provoqué chez eux les mêmes cris d’orfraie). Une critique de l’État d’Israël très largement partagée ; une indignation devant les coups de canifs sarkozyen à la République, la séparation des pouvoirs et les libertés publiques devant les inégalités croissantes, la pauvreté galopante et les ravages du néolibéralisme.
Bref, quelques indignations non exhaustives qui pourraient être le socle commun de ce que la pensée de gauche – ou, plus largement, la pensée humaniste– refuse.

Mais, là, j’ai dit un gros mot. Précisément, Hessel incarne une pensée de gauche, ou plutôt, un socle de valeurs qui devraient lui être communes. Et fait consensus là où les interminables feuilletons des bagarres du PS, d’EELV ou du Front de gauche découragent ceux qui partagent ses indignations. Le tort de ce petit livre, auquel on ne saurait d’ailleurs réduire le parcours ni la pensée de Hessel, c’est de démontrer par l’indignation que le respect humain qu’il défend est incompatible avec les politiques de la droite actuelle : dérégulation financière, privilèges des riches, détricotage républicain, traitement inhumain des étrangers. Incompatible aussi avec le règne du capitalisme financier et les dogmes de ses représentants (y compris au FMI !), ce qui est trop pour un Askolovitch.
Et celui qui démonte ce qu’est, aujourd’hui, une politique de droite, et les raisons de s’en indigner, n’est pas un obscur gauchiste ou le porte-parole d’un parti, mais un Juste, un homme au parcours incontestable et remarquable.
Qui de plus a l’outrecuidance de pulvériser des records de vente !

Et vous voudriez que la droite lui pardonne sans appeler ses chiens de garde au secours pour un concert de jappements ?

L’ennui, c’est que pour une contre offensive, il aurait fallu un peu de talent. Face à un humaniste mesuré, ce n’était pas d’une grande intelligence stratégique que de faire donner de la voix à des aboyeurs plus hystériques et excessifs les uns que les autres, de Luc Rosenzweig à Elisabeth Lévy, la Nadine Morano du journalisme, pour laquelle le mot semble avoir été inventé. Il aurait fallu d’autre arguments que leur sempiternel hurlement "le camp du bien !" (eh oui, difficile de caser Hessel dans l’axe du mal) ou leur pathétique défense, chez Bilger ou Ferry, d’un ordre établi qui ne génère que pauvreté, privation de libertés et injustice.

Il aurait fallu une autre hauteur de vues pour se permettre de répondre à Hessel que la bassesse d’attaques sur l’âge du capitaine et la vulgarité généralisée de leurs crachats.

Philippe Sollers (qui croit aujourd’hui judicieux de se joindre à ce concert) théorisait, voici quelques années, sur "La France moisie du Front national".
Rien n’incarne mieux cette France moisie, ne lui déplaise, que la bassesse des attaques contre Hessel, et des sarcasmes venimeux de ceux qui l’incarnent. À vrai dire, on les connaissait déjà, et on aurait été inquiets de voir une Elisabeth Lévy ou un zemmour l’encenser. Mais à ceux qui auraient encore des doutes, il dévoile leurs vrais visages et ce qui les anime : une haine pure de tout ce qui est à gauche d’eux.

Une raison de plus d’être reconnaissants à Hessel de les avoir fait sortir du bois... Et qu’il continue, surtout. Les chiens aboient et la caravane passe...

Valérie de saint Do.

Lien : écoutez jean Lacouture et Stéphane Hessel à Théâtre ouvert, et retrouvez leur dialogue retranscrit dans le prochain numéro de la revue Cassandre/Horschamp (sortie en librairies le 15 janvier)
http://www.horschamp.org/spip.php?breve241

Hessel et les icônes de la France moisie

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A PARAÎTRE

Fin février 2011

Série : L’Inscription

Type :Roman graphique

Dessinateur(s) : MONTELLIER Chantal

Scénariste(s) : MONTELLIER Chantal

Extrait :

- En fait, tu vois Caro, ton problème c’est que tu n’as jamais été correctement inscrite dans le réel !

- Ah bon ?! Et où est-ce que l’on s’y inscrit dans le réel ? plaisante la jeune femme.

- A la mairie de ton arrondissement, rétorque Simon pince sans rire... Tu demandes à parler avec l’’inscripteur.

Entre Kafka et Lewis Carroll commence alors pour Caroline une longue quête pour son « inscription dans le réel »...

Et en avant-première, une planche de l’album, intitulée "série rose" :

L’inscription : le nouveau roman graphique de Chantal Montellier

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23 décembre 2010

Hier, dans le métro, un homme d’une cinquantaine d’années s’est approché de moi pour me demander une pièce.

- ”J’en ai demandé une à la dame là-bas, dit-il, la bourgeoise avec la fourrure ; elle m’a tendu un euro en disant : -“Tenez, mais n’allez pas la boire, vous sentez déjà le vin !”
Je ne risque pas de sentir le vin, je ne bois plus depuis plus de 10 ans... Du coup je lui ai rendu sa pièce !”

- "Vous avez bien fait, lui ai-je répondu en lui tendant quelques euros ; vous auriez du lui dire : - et vous madame, vous puez le fric et le fric, c’est de la merde.” (à en croire Sigmund qui ne le détestait pas !). L’homme a ri et m’a dit merci.
A l’autre bout du métro il riait encore.

J’ai alors pensé à ces albums (Les rêves du fou, Blues, L’esclavage c’est la liberté...) que j’ai faits à une certaine période de ma vie, celle correspondant au pire de la grande casse industrielle, sociale, humaine sous le règne des “socialistes” de la gauche caviar. Des albums sur ces hommes et ces femmes à terre, ceux qu’on piétine sans les voir... Les humiliés, les offensés, les dépossédés. J’ai pensé à la lâcheté sans borne de nos politicards de tous poils...

“Ils ne veulent pas plus de vérité, de beauté et de justice, ils veulent seulement être bourgeois comme les bourgeois”, ai-je lu quelque part... C’est assez vrai.

J’ai aussi pensé à ce vieillard de 93 ans, Stéphan Hessel, qui se dresse au bord de sa tombe et qui hurle une dernière fois :”INDIGNEZ-VOUS !”
J’ai pensé à tous ceux qui ne l’entendront pas, innombrables. Ceux que le bruit des mass média rend sourd.

J’ai aussi pensé à ce que me répétait ma psy, une grande dame, auteur de livres admirables comme “Partage des femmes” (1982) qui eut un grand retentissement, notamment sur les milieux intellectuels féministes...
“... Votre conscience de la souffrance et de la mort est très grande et le restera quoique vous fassiez. Certes, ça ne vous simplifie pas la vie, au contraire, ça vous la rend même plutôt invivable... Et puis on vous confond avec vos personnages, c’est dangereux.”

Oh combien !

Aussi, grosse envie, pour l’année qui vient, de “cultiver –enfin- l’insoutenable légèreté de l’être” ! Du moins d’essayer. Mais je crains que ce qui s’annonce à l’horizon ne le permette guère.

Alors, unissons nos forces pour combattre et défendre Artémisia et nos libertés. Nos ennemis marchent à notre tête et les prédateurs sont partout ! A ce sujet regardez cette vidéo, elle est une sublime leçon de solidarité que les bêtes donnent aux hommes. Le retournement final est particulièrement impressionnant...

Bises à tous,

C.

http://www.youtube.com/watch?v=LU8DDYz68kM

Conte de noël

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Mercredi 15 décembre, le jury de l’association Artémisia a présenté officiellement au public et à la presse les nominées pour le prix Artémisia 2011 de la bande dessinée féminine.

Cliquez ici pour découvrir la nouvelle sélection du jury pour le prix Artémisia 2011, ou sur le document PDF ci-dessous pour télécharger le dossier de presse complet

PDF - 517 ko

Et voici quelques photographies de la présentation des nominées, organisée par l’association à L’Apparemment Café, à Paris, mercredi dernier :

La nouvelle sélection de bandes dessinées féminines pour le prix Artémisia 2011

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L’article qui suit est tiré du site Internet : "Phylacterium : Réflexions sur la bande dessinée". Pour lire l’article sur sa page d’origine, avec ses illustrations, cliquez ICI.

***

Dans la foulée de l’explosion des années 1970, la décennie suivante s’annonce tout aussi variée en matière de bande dessinée de science-fiction. Fait significatif : parmi les dix Grands Prix qui se succèdent au FIBD d’Angoulême de 1980 à 1990, sept sont des auteurs de science-fiction (Moebius, Gillon, Forest, Mezières, Lob, Bilal, Druillet). Au moins au début, Métal Hurlant en est encore le pôle dominant. En 1981, Moebius, dont je vous parlais dans l’article précédent, lance avec Alejandro Jodorowski une nouvelle série, L’incal, promise à un glorieux avenir puisqu’elle connaît jusqu’à nos jours de multiples embranchements, séries parallèles et dérivées, préquelles et séquelles… Une génération d’auteurs s’est formée à l’école de Métal Hurlant et connaît alors le lancement définitif de sa carrière : citons Enki Bilal, présent dans le journal de 1976 à 1981. Il commence dans Pilote sa Trilogie Nikopol en 1980 et est sans doute l’un des auteurs de science-fiction les plus marquants de la décennie.

Je ne vais donc pas vous parler d’Enki Bilal, ce serait trop facile… Trois autres auteurs vont cette fois m’occuper les méninges : François Schuiten et Chantal Montellier commencent dans Métal Hurlant qui, décidément, reste un espace incontournable ; le scénariste Benoît Peeters, quant à lui, vient plus directement de la bande dessinée belge, au sein de laquelle il joue à la fois un rôle de scénariste, d’éditeur et d’érudit.

La science-fiction dans ses enjeux sociaux et littéraires

Si j’ai choisi ces deux auteurs, c’est qu’ils relèvent d’une tendance de la science-fiction graphique bien différente des univers de fantaisie de la plupart des auteurs vus jusque là. Les univers de Montellier d’un côté et de Schuiten et Peeters de l’autre ne cherchent pas l’exotisme de mondes fantastiques (du moins pas uniquement) mais sont conçus comme des miroirs de nos sociétés contemporaines. Après la débauche graphique des années 1970, la science-fiction graphique française se diversifie très largement en allant chercher de nouveaux thèmes et de nouvelles ambiances ; preuve, sans doute, de sa bonne santé. Enki Bilal, dans sa Trilogie Nikopol (1980-1992), propose lui aussi un univers d’anticipation se déroulant dans un Paris fasciste en 2023. Il avait déjà expérimenté une forme de fantastique social dans la série des Légendes d’aujourd’hui scénarisée par Pierre Christin (1975-1977). A cette date, le politique s’est emparé de la bande dessinée qui ne se destine plus seulement à faire rire ou rêver, mais aussi à faire réfléchir et à dénoncer. En 1979, Hermann commence sa série post-apocalyptique Jeremiah qui aborde lui aussi des thématiques sociales. A l’autre bout de la décennie, on pourrait placer la série de Joseph Béhé et Toff, Péché mortel, qui commence en 1989 dans Pilote. Les deux auteurs imaginent un futur proche (1996) où, suite à une épidémie de VIH, les pratiques sexuelles sont violemment contrôlés par la milice armée du parti prêt à arriver au pouvoir.

Les oeuvres citées ci-dessus relèvent d’une branche de la science-fiction généralement appelée « anticipation ». L’anticipation met en scène un futur souvent proche où l’auteur imagine quelles seront les évolutions de la société en s’appuyant sur le contemporain. Bien souvent, ce fort rapport à l’actualité fait des univers d’anticipation des projections en miroirs visant à pointer du doigt certaines caractéristiques des sociétés contemporaines. En représentant ce qui « pourrait » être, l’auteur cherche à apporter à son public un enseignement, en plus du divertissement que suppose toute fiction.

En France, jusque vers 1950, le terme « roman d’anticipation » est parfois utilisé à la place de l’anglicisme science-fiction. Ce refus n’est pas sans fondement : historiquement, les romans d’anticipation annoncent ce qui deviendra au XXe siècle la science-fiction ; ils ont sur le genre une antériorité certaine. Il suffit de considérer, par exemple, ce roman écrit en 1771 par Louis-Sébastien Mercier, L’an 2240 s’il en fut jamais : il dérive en réalité d’un modèle littéraire encore plus ancien, l’utopie, qui cherche à représenter un monde idéal ou idéalisé qui puissent être comparé avec le nôtre, dans un but souvent satirique et dans une tonalité souvent philosophique. Le terme vient de Utopia de Thomas More, écrit en 1516, et on emploie parfois celui de « dystopie » pour désigner une utopie représentant un mode négatif par rapport au nôtre, recèlant nos pires défauts plutôt que les plus beaux idéaux humains.

Cette idée de projection dans un futur proche a été exploitée par les auteurs considérés comme les pionniers de la science-fiction, Jules Verne en tête. Mais il faut attendre le XXe siècle pour que plusieurs auteurs lui donnent un contenu plus directement philosophique ou politique. Les quatre oeuvres qui symbolisent le mieux cette tendance de l’âge « classique » de la science-fiction sont Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1932), Ravage de René Barjavel (1943), 1984 de George Orwell (1948) et Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (1954). A des degrés divers, ces oeuvres masquent derrière la fiction des questions morales, sociales et politiques importantes, dénonçant l’eugénisme et la sélection sociale, le culte du progrès, le totalitarisme et la pensée unique, la poursuite des intellectuels. Tout au long du XXe siècle, et en fonction de l’évolution des idéologies, le genre de l’anticipation a produit beaucoup d’autres oeuvres, romans, films et bandes dessinées.

Chantal Montellier et le totalitarisme : Social fiction

Un recueil récemment paru chez Vertige Graphic regroupe trois récits de science-fiction de Chantal Montellier : 1996, Shelter et Wonder city. Ils ont en commun d’avoir été publiés dans la revue Métal Hurlant entre 1977 et 1982, puis en albums aux Humanoïdes associés, respectivement en 1978, 1980 et 1983. J’avais déjà évoqué Chantal Montellier dans un article sur Odile et les crocodiles, l’un de ses albums les plus célèbres. Sa carrière est très liée à Métal Hurlant : elle y fait ses premiers pas dans la bande dessinée avant d’entrer dans la revue A suivre. Elle est également à l’origine d’une éphémère revue de bande dessinée intitulée Ah nana !, éditée par les Humanoïdes associés, et qui cherche à défendre la bande dessinée féminine et féministe, entre 1976 et 1978.

Le militantisme politique et social est le thème principal de la plupart des oeuvres de Montellier : elle est une des premières à imaginer, dès le milieu des années 1970, des bandes dessinées proprement politiques.

Les récits réunis dans Social fiction se situent chronologiquement au début de la carrière de Montellier qui, par la suite, ne poursuivra pas sur la voie de la science-fiction. C’est que la science-fiction, chez Montellier, remplit la même fonction que chez George Orwell qui, rappelons-le, n’a jamais écrit qu’un seul récit de science-fiction, 1984. Elle est utilisée pour dénoncer les dérives de la société contemporaine de manière biaisée, au moyen d’un univers « exagerée ». Le parallèle entre Orwell et Montellier ne s’arrête d’ailleurs pas là : tous deux sont des auteurs éminemment politiques qui firent aussi oeuvre de témoins des injustices de leurs époques, soit par le biais de la fiction (La ferme des animaux pour Orwell, la série Julie Bristol pour Montellier), soit par le biais du documentaire-reportage (Hommage à la Catalogne pour Orwell ; Tchernobyl mon amour pour Montellier).
Les thèmes des trois récits de Social fiction sont issus de l’esthétique de l’anticipation politique. Ainsi de Wonder city, qui raconte une histoire d’amour au sein d’une cité totalitaire et paternaliste pratiquant la sélection génétique. Un « meilleur des mondes » où l’on croise des problématiques féministes récurrentes chez Montellier. Shelter va plutôt voir du côté de la plus grande des peurs de guerre froide : la menace atomique. Un groupe de personnes se retrouve prisonniers d’un centre commercial à la suite d’une explosion atomique qui a certainement fait d’eux les derniers survivants de l’apocalypste nucléaire. La micro-société autarcique qui se crée, sous l’égide de l’administration du centre, prend doucement tous les aspects d’un régime fasciste… Enfin, 1996, dont le titre est une référence évidente à 1984, est une suite de séquences plus ou moins longues où Montellier imagine l’évolution cauchemardesque de la société : racisme institutionnalisé, ségrégation sociale, violence et rééducation idéologique. Autant de motifs classiques mais réinvestis ici par l’auteur dans son style propre.

Il faudrait aussi évoquer le graphisme de Montellier, inspiré de tendances artistiques qui lui sont contemporaines et qui cherchent, justement à mettre en scène le monde moderne. Suivant l’esthétique du pop art qui domine les années 1960, elle exploite l’imagerie de la société de consommation : ses visages stéréotypées, ses slogans vides de sens, ses architectures froides et grises. A la manière de Robert Rauschenberg, de Richard Hamilton, de Martial Raysse et Hervé Télémaque en France, elle développe un style proche du photo-montage faite d’une froideur glacée. Ce lien visuel avec la société moderne ne fait que rendre plus oppressantes encore les intrigues. La mise en images de l’anticipation totalitaire est parfaitement réussie, dans ce que l’image peut avoir d’angoissant, par son uniformité et sa grisaille.

Schuiten et Peeters et l’utopie : La fièvre d’Urbicande

Après les dystopies effrayantes de Montellier, l’univers des Cités obscures de François Schuiten et Benoît Peeters peut sembler plus paisible et aussi plus familier, au vu du succès que la série a pu rencontrer dans le public. Le principe qui régit cette série, que les deux auteurs ont imaginé en 1983 avec Les murailles de Samaris est celui d’un monde parallèle au nôtre, extrêmement proche par de nombreux aspects, mais qui en diffère sur beaucoup d’autres. Il est possible de circuler d’un monde en l’autre, et Schuiten et Peeters se sont amusés à imaginer, dans des villes françaises ou belges, les décors de « points de passage » comme la station Arts et Métiers à Paris. C’est tout leur talent que d’avoir créé un monde dans son ensemble et sa complexité, en utilisant d’autres ressources que la bande dessinée (livre illustré, exposition, etc.).

La fièvre d’Urbicande s’appuie sur la tradition de l’utopie urbanistique. Et puis aussi, il faut bien vous l’avouer, parce que c’est sans doute mon album préféré de la série. Il est centré autour d’Eugen Robick, urbatecte (comprendre : architecte travaillant à l’échelle d’une ville) de la cité d’Urbicande qui souhaite en faire une cité idéale, parfaitement symétrique et harmonieuse. Ses projets pour la ville se trouvent interrompus suite aux décisions de l’oligarchie dirigeante qui préfère que les deux rives de la ville, séparant riches et pauvres, ne communiquent pas trop entre elles, et encore moins « architecturalement ». C’est là qu’une mystérieuse structure cubique fait son apparition ; elle grandit de jour de jour, créant de plus en plus d’embranchements jusqu’à envahir la ville et perturber son fonctionnement. Le réseau, cette chose étrange, à la fois vivante et minérale, devient bientôt le principal sujet de préoccupation de notre urbatecte. Comme beaucoup d’autres albums, La fièvre d’Urbicande trouve un prolongement dans un ouvrage sorti en 1985, Le mystère d’Urbicande, qui est une sorte de faux livre écrit par Eugen Robick pour l’étude du « réseau » (on peut lire cet étrange objet en ligne, sur ce site).

Il est toujours délicat de parler de « science-fiction » à propos de l’univers des Cités obscures. Certes, la science y est très présente, avec son cortège de machines extraordinaires, de voyages spatiaux, de cités gigantesques ; mais les intrigues vont plus souvent voir du côté du fantastique. Pourtant, ce monde semble s’être arrêté au temps des romans de Jules Verne, des machines à vapeur et des voyages extraordinaires. Le célèbre écrivain, souvent considéré comme un précurseur de la science-fiction pour ses romans d’anticipation scientifique, devient même un personnage de l’univers de Peeters et Schuiten, l’un de ces terriens qui visitent régulièrement le monde des Cités obscures. C’est bel et bien dans une science-fiction coincée au XIXe siècle que nous conduisent les deux auteurs, et c’est ce qui fait tout le charme de leur univers. Il est vrai que dans les années 1980 se forge peu à peu le concept de « steampunk », un sous-genre de la science-fiction qui se situe dans des esthétiques de la fin du XIXe siècle (l’époque victorienne des anglais) où la machine à vapeur aurait triomphé de l’électricité. Il se réfère souvent, dans l’esthétique et dans les thèmes, à Verne et Wells. Sans que Les cités obscures en ressortissent véritablement, elle partage avec le steampunk l’idée de revenir aux origines du genre.

Et puis François Schuiten, après tout, a commencé sa carrière à Métal Hurlant dans la science-fiction avec la série Métamorphoses, scénarisée par Claude Renard (1980-1982). Il s’y est forgé un style réaliste (qui est celui de la SF « originelle » type space opera) et un goût pour les architectures vertigineuses. Lui-même fils d’architecte, il réemploie pour Les Cités obscures une importante masse de connaissances architecturales. Chacune des « cités » de chacun des albums s’inspire de styles architecturaux réels. Urbicande évoque d’abord une cité Art déco monumentale composée de larges formes géométriques parfaitement symétriques imbriquées les unes dans les autres. Le génie de Schuiten est d’avoir étendu cette esthétique à tout son décor : les vêtements, le mobilier, et jusqu’à l’écriture, obéissent aux mêmes principes. L’autre source d’inspiration de Schuiten est celle des cités utopiques imaginées soit à la fin du XVIIIe siècle par les architectes Claude-Nicolas Ledoux et Etienne-Louis Boullée, soit dans l’entre-deux-guerres par Hugh Ferris, Le Corbusier et Tony Garnier (Ferris et Boullée sont explicitement citée dans l’album). Tous ces architectes s’inspirent de des formes simples et épurées pour imaginer des villes idéales capables d’améliorer la vie en société. Le personnage fictif d’Eugen Robick concentre, ou même exacerbe ces tendances ayant existé mais ne s’étant jamais parfaitement réalisées, faute de projets.

La fièvre d’Urbicande paraît d’abord en prépublication dans la revue (A suivre) des éditions Casterman. Revue importante pour la bande dessinée des années 1980, elle se donne comme objectif, dès sa création en 1978, de promouvoir une bande dessinée adulte d’auteur qui prenne modèle sur le roman. Au sein de la revue est donnée une grande liberté aux auteurs concernant le nombre de pages et le chapitrage de leur histoire « à suivre », comme l’indique le titre. La rhétorique de la revue est celle de la littérature, comme le signale le premier éditorial qui proclame « l’irruption sauvage de la bande dessinée dans la littérature. ». La fièvre d’Urbicande, deuxième épisode de la série des Cités obscures, ne déroge pas à la règle : il frôle les cent pages et se découpe en chapitres qui offrent une nouvelle forme de progression romanesque. Pour l’édition en album est même ajouté au début une lettre d’Eugen Robick à la Commission qui fait office de prologue à l’histoire, amplifiant encore la densité de l’intrigue et introduisant de larges pages de textes. L’histoire est d’ailleurs racontée par Eugen Robick lui-même qui note dans son journal de bord l’évolution de la situation au jour le jour. Les années 1980 voit surgir la voix narrative dans l’album de bande dessinée.

Les rapports entre bande dessinée et littérature en sortiront changés. La première peut dorénavant emprunter plus frontalement aux outils narratifs de la seconde. Durant la décennie 80, la bande dessinée est progressivement admise dans le cercle des « littératures ». Même si l’on ne parle pas encore de « roman graphique », la collection engendrée par la nouvelle revue de Casterman est celle des « romans « (à suivre) ». En 1978, Chantal Montellier rejoint elle aussi l’équipe de (A suivre). Chez nos trois auteurs du jour, la bande dessinée se nourrit désormais de l’influence d’une variété d’autres arts et médias : le pop art, l’architecture, l’anticipation politique, l’utopie fantastique.

Pour en savoir plus :
Chantal Montellier, Social fiction, Vertige Graphic, 2006
François Schuiten et Benoît Peeters, La fièvre d’Urbicande, Casterman, 1985 (nombreuses rééditions depuis)

Science-fiction et bande dessinée : années 1980

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Article paru le 27 avril 2010 dans Hypothèses, sur revues.org

Par Benoît Berthou

Traiter du personnage féminin dans la bande dessinée francophone : voici la fort intéressante ambition d’un article signé Marie-Christine Lipani Vaissade, intitulé « La révolte des personnages féminins de la bande dessinée francophone. Cartographie d’une émancipation de fraîche date » et présenté dans le numéro 12 de la revue Le Temps des médias. Consacrée à « La cause des femmes », cette publication donne le ton d’un travail entendant « repérer, à travers les caractéristiques et les traits de quelques personnages clés, comment la bande dessinée a pu (ou non) accompagner un courant d’émancipation de la femme » (p. 153).

Le personnage féminin

L’étude de Marie-Christine Lipani Vaissade entend ainsi interroger des représentations, en l’occurrence des personnages féminins, pour dégager ce que ceux-ci ont de signifiant vis-à-vis de l’un des plus grands faits de société du siècle dernier. C’est ainsi que l’auteur fait remarquer que la petite Bretonne Becassine devient au fil des événements historiques (et notamment après la première guerre mondiale) et à travers une forme de maternité (lorsqu’elle devient nourrice) « une femme lucide, attentionnée, investie d’une mission et consciente de ses responsabilités, recherchant sans cesse de meilleures méthodes d’éducation » (p. 153-154).

Celle qui était née « sans bouche », comme si sa parole n’était en rien nécessaire, semble ainsi progressivement s’affirmer, à l’instar de Lili, héroïne du journal Fillette découvrant progressivement le monde du travail et entamant même récemment une vie amoureuse. Ces références mettent effectivement clairement en évidence une forme d’émancipation : d’abord, de la tutelle familiale dans l’histoire de ces deux personnages, mais également des normes d’une publication les ayant conçues comme « gentillettes » et ne les ayant en tout cas pas destinées à relever « tous les défis de [leurs] temps » (p. 154).

Suivant, selon l’auteur, l’évolution du public des dispositifs éditoriaux assurant leur diffusion, ces personnages montrent que se fissure au cours du siècle une image de la femme que dynamitèrent carrément Barbarella (imaginée par Jean-Claude Forest), Valentina (Crépax), Adèle Blanc-Sec (Tardi) ou Laureline (Christin-Mézières) qui est ici présentée comme « belle, vive, moderne et bien plus futée que son compagnon » (p.160). À cette galerie de portraits ne manque sans doute ici que des héroïnes comme Comanche (Hermann) ou Yoko Tsuno (Roger Leloup), femmes solitaires intégrant le rang des héros célibataires (Ric Hochet, Michel Vaillant…) du journal Tintin.

Média et mysoginie

À côté de l’évocation de ces personnages, nous aurions aimé voir précisée une piste de réflexion qui semble ici cantonnée (faute de place à ne pas en douter, car les notes de bas de page sont riches) au rang de simple intuition. Le rapport entre émancipation de la femme et média nous semble en effet poser un problème de taille. L’auteur de cet article semble clairement faire de la presse l’instrument de diffusion d’une bande dessinée « un brin mysogine » (p. 156) : l’attachement de Charles Dupuis ou de Raymond Leblanc, directeurs des hebdomadaires Spirou et Tintin, à la « tenue morale de leurs publications » (p. 157) est ainsi évoqué (et aurait pu être étayé au regard d’autres sources comme les entretiens d’auteurs réalisés par Frédéric Niffle ou Hugues Dayez). De même, l’auteur s’appuie sur les propos de Pierre Christin afin de montrer que le fait de devenir un « produit d’édition » (p. 157), et d’être diffusée sous forme d’albums, permet à la bande dessinée de changer « de récits, de genres mais aussi de lectorats » (Idem).

Serait alors initié un mouvement d’émancipation de la bande dessinée elle-même, mouvement qui trouve, dans le cadre de cet article, un aboutissement à travers l’autobiographie et une « littérature de l’intime [abordant] les questions liées à la condition féminine » (p. 160). À en croire l’auteur, le livre serait donc un médium porteur d’une certaine vertu puisqu’il constituerait le vecteur de la remise en cause d’idées reçues et l’instrument de propagation de nouvelles représentations. Il existerait ainsi un lien direct entre dispositifs médiatiques et mouvement social d’émancipation, et il serait sans aucun doute intéressant d’examiner cette séduisante hypothèse au regard d’exemples de périodiques comme V-Magazine (dans lequel fut d’abord publié Barbarella et nombre d’héroïnes rompant avec les traditionnelles représentations de la féminité), de l’éphémère magazine Ah ! Nana (publié d’octobre 1976 à septembre 1978) ou encore de la collection « Traits féminins », créée par un Thierry Groensteen qui est ici abondamment cité.

Le rapport entre média et mysoginie nous semble d’autant plus intéressant que le rôle de la presse ne saurait être réduit aux seules productions « franco-belge ». Nous sortons ici clairement du cadre qu’entend explorer cet article (qui se limite volontairement aux productions francophones) pour évoquer le travail de Jacques Sadoul qui, puisant largement dans la production anglo-saxonne, a bien montré que les stéréotypes féminins ne sauraient en aucun cas être réduits à la figure de la « potiche » ou de la « poupée ». L’Enfer des bulles (publié chez Jean-Jacques Pauvert en 1968) met ainsi en valeur des catégories d’héroïnes qui, de « fiancées éternelles » à « aventurières », sont parfois clairement le moteur de l’action et n’hésitent pas à revendiquer une sensualité, voire une sexualité. Laureline aurait alors bien des ancêtres qui, de la princesse Narda dans le Mandrake de Lee Falk (p. 10) à Aleta épousant un Prince Vaillant qu’elle ne cessera de dominer (p. 118), entendent bien devenir l’égal de leur compagnon et ne pas s’en laisser compter par la gente masculine. Le comic-book semble alors se situer loin des sages personnages de la bande dessinée « franco-belge » et une nouvelle recherche serait bien avisée d’examiner les représentations féminines au regard des différents environnements de publication et de diffusion de la bande dessinée.

Référence :

Marie-Christine Lipani Vaissade, « La révolte des personnages féminins de la bande dessinée francophone. Cartographie d’une émancipation de fraîche date », article publié dans Le Temps des médias, n°12, 2009/1, Nouveau Monde Édition, p. 152 à 162.

ISSN 1764-2507 / ISBN 978-2-84736-455-2

URL : http://www.cairn.info/publications-de-Lipani%20Vaissade-Marie-Christine–42687.htm

La révolte des personnages féminins dans la bande dessinée francophone

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Florilège :

"L’écart ne cesse de se creuser entre les salariés et la petite classe de privilégiés, protégés par le pouvoir, dont le nombre et la fortune croissent rapidement. Nous sommes, à n’en pas douter, dans une période pré-révolutionnaire, au sens de 1789. Les cadres et, d’une facon plus générale, les classes moyennes, seront demain, comme les bourgeois naguère, les catalyseurs de la révolution."

17/09/2008, Georges Pebereau,
ancien president de la Compagnie generale d’electricite (CGE)

source : http://www.lemonde.fr/...revolution-par-georges-pebereau

"Sentez-vous le grondement populaire ? le sentiment d’iniquité qui parcourt, comme une lame de fond, le pays ? Acceptez-vous de méditer ce mot de la comtesse de Boigne, une habituée des révolutions : "Les peuples ont l’instinct de leur approche ; ils éprouvent un malaise général. Mais les personnes haut placées n’apercoivent le danger que lorsqu’il est devenu irrésistible" ?"

23/03/2009, Alain Minc

source : http://www.lefigaro.fr/.../lettre-ouverte-a-mes-amis-de-la-classe-dirigeante

"Il y a en France (...) une ambiance malsaine de nuit du 4 août."

01/07/2010, Jean-Francois Copé

source : http://hebdo.nouvelobs.com/.../4-aout-la-nuit.html

Ah ça ira, ça ira, ça ira ! Les profiteurs à la lanterne...

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Par un vote du 3 septembre 2010, les députés ont rejeté à la quasi-unanimité l’amendement n°249 Rect. proposant d’aligner leur régime spécifique de retraite (dont bénéficient également les membres du gouvernement) sur le régime général des salariés.

Cet amendement a été présenté par M. de Rugy, M. Yves Cochet, M. Mamère et Mme Poursinoff.

Alors que le gouvernement et les députés n’ont de cesse d’expliquer l’importance de réformer rapidement un régime de retraite en déficit, les parlementaires refusent donc d’être soumis au régime de retraite de la majorité des Français.

C’est ce qu’ils appellent une réforme "juste".

A FAIRE SUIVRE

Source : http://www.assemblee-nationale.fr/13/amendements/2770/277000249.asp

Ils se gardent bien d’en parler !

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La performance - Chantal Montellier

Pour en savoir plus sur la revue Cassandre-Horschamp, connectez-vous sur le site : http://www.horschamp.org/

Dessin pour la revue culturelle Cassandre-Horschamp

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Certes, le personnage central de cette vidéo :
http://fr.novopress.info/33104/crise-ou-coup-d’etat-video/,
n’est pas forcément sans ombres, mais il fait un louable effort pédagogique et il y a des choses à picorer là-dedans. Bonne écoute d’un enregistrement pas très bon, hélas.

Et puis Paul Jorion, sur son blog, mérite aussi que l’on s’y arrête de temps en temps il me semble.

Enfin, Monique Pinçon-Charlot, dans sa communication à Copernic, vaut le détour. Si, si !

Après... Comme disait ma grand-mère, les paroles s’envolent, les actes restent.
Posons-les.

Dans la vie il n’y a pas que la BD il y a aussi l’économie.

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Planche exposée au château des Bruneaux, à Firminy (juin-septembre 2010) pour illustrer "l’école stéphanoise de la bande dessinée".

Pour plus d’informations sur cette exposition, veuillez lire l’article précédent intitulé Exposition : l’école stéphanoise de la bande dessinée.

Des tirages de cette planche sont en vente : 30 euros par tirage. Si vous êtes intéressé, veuillez contacter Chantal Montellier par courriel en cliquant sur l’onglet "Ecrire à Chantal", dans la colonne de gauche de ce site.

Tintineries !

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Une nouvelle rubrique voit le jour sur le site de Chantal Montellier. Intitulée "Récits", elle est composée de plusieurs textes littéraires et autobiographiques. Il s’agit de bribes et de commencements qui annoncent un projet important : raconter l’histoire de Chantal Montellier, auteur de bandes dessinées, et éclaircir un pan de l’histoire de la bande dessinée française.

Dans le sommaire, sur la gauche de l’écran, nous vous invitons à découvrir les récits de Chantal Montellier : bonne lecture !

Récits

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Du 12 juin au 26 septembre, dix-sept auteurs de bande dessinée originaires de la région de Saint-Etienne sont exposés au château des Bruneaux, à Firminy. Un article du Progrès, que vous pouvez lire ci-dessous, présente en quelques lignes l’exposition. Vous pouvez également retrouver les coordonnées du site de l’exposition à la fin de cet article.

Photographie du groupe de dessinateurs présents lors du vernissage de l’exposition au château de Firminy le 12 juin.


FIRMINY / CHÂTEAU DES BRUNEAUX

La BD prend ses quartiers

Les locaux de la bande dessinée -dix sept au total- exposent leurs planches et leurs bulles, jusqu’au 26 septembre.

Chantal Montellier, Nicole Claveloux, Pierre Tranchand, Luc Cornillon, Yves Chaland... des générations de dessinateurs se sont succédé à l’école stéphanoise de la bande dessinée.


Lors du vernissage de l’exposition, Chantal Montellier a pu échanger avec le public sur les planches exposées

« Elle n’était pas aussi célèbre que l’école belge » raconte Jean Vigouroux, mais figurent dans cette bande, des auteurs qui sont passés depuis par la case « dessinateur réputé. » Francis Vallès (Les Maîtres de l’orge) ou encore Luc Cornillon qui a signé dans l’Echo des Savanes, Pilote.

Personne n’a oublié cette époque-là. Et sûrement pas le président de la société d’histoire de Firminy qui vient, avec son équipe et des bédéphiles du festival Bd’Art de Rive-de-Gier, de mettre la dernière bulle à une exposition consacrée à dix-sept de ces auteurs dont les planches seront accrochées du 12 juin au 26 septembre dans toutes les salles du château des Bruneaux. Un premier coup (de crayon) pour la Société d’histoire qui avait pensé, à l’origine, ressortir de ses réserves des bandes dessinées anciennes.

« Cette exposition, avance Jean-Pierre Longeon, secrétaire de l’association, ressemble à l’histoire du château, faire découvrir le patrimoine. » Mettre à l’honneur la bande dessinée qui n’a pas non plus souvent l’occasion d’entrer dans les établissements scolaires.

« Nous avons souhaité aller au-delà de cette manifestation, explique Jean Vigouroux, intéresser aussi les enfants. » Depuis un mois et demi, Hocine Soltane, illustrateur, anime des cours de dessin dans les centres sociaux de Firminy.

D’autres interventions, assurées par d’autres dessinateurs, devraient voir le jour dans des écoles de la ville. Des enseignants, enthousiasmés par cette idée, bataillent déjà pour décrocher des financements.

Muriel Catalano


Quelques photographies du vernissage de l’exposition :

Chantal Montellier devant son travail exposé

Le repas organisé pour les dessinateurs le jour du vernissage de l’exposition


Localisation :

ECOMUSEE DES BRUNEAUX

3 rue de Chanzy

42700 Firminy

Contact :

Tel. : 04 77 89 38 46

Fax. : 04 77 89 27 88

Mail : ecomusee.bruneaux@wanadoo.fr

Site : http://www.multitex.fr/bruneaux

Exposition : l’école stéphanoise de la bande dessinée

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Invitée mardi 28 mai par des organisateurs d’expo à Angoulême, je fus également invitée à déjeuner au restaurant “la table à dessin”, brasserie panoramique de La Cité internationale de la bande dessinée et de l’image.

Dès l’entrée du restaurant des portraits d’auteurs nous acceuillent : Moebius en tête. Ils ont, m’a t’on dit, tous été pris lors du dernier festival et devront céder la place à d’autres l’année prochaine. J’en doute fort car il y a là un certain nombre de “grands prix” qui semblent installés pour l’éternité. Ce que m’a confirmé notre serveur.

Voici les noms des heureux bénéficaires de cette publicité gratuite :
Moebius, Chris Ware, Blutch, Posy Simmonds (dessinatrice anglaise), Joost Swarte, Fred, Loustal, Bézian, Lécroart, Munoz, Trondheim, Manara, Clowes, Berbérian, Zep, Margerin...

Que des gagneurs et une seule gagnante ! 1 femme/16 hommes. La parité, n’est-ce pas ?

Certains ont affirmé que cette expo était permanente et ne bougerait plus, mais une certaine Solène (du service administratif et financier), qui a répondu aimablement à mes questions avant que je n’écrive ces lignes, m’a affirmé le contraire.

Qui croire ?

En attendant l’égalité homme/femme progresse chaque jour sur les cimaises de la brasserie panoramique de Cité Internationale de la BD et de l’Image, mais encore un effort pour devenir paritaire !

Un peu plus de parité s’il vous plaît !

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Auteur : Paul Jorion. Pour visiter directement le blog de l’auteur, cliquez ICI.

Quand cessera donc la lancinante musique de la « rationalité » du capitalisme que l’on répète à l’envi sans avoir conscience de la montagne de préjugés sur laquelle elle repose ? Des commentaires sur ce blog obligent à se poser la question, par exemple ceux qui défendent l’idée d’un « contrôle a priori des budgets nationaux » par la Commission Européenne :

« Le rejet apparemment très large de la dernière proposition de contrôle a priori des budgets des nations européennes, sonne pour moi, par ce qu’il sous-tend, comme un glas d’un espoir de l’expression de la volonté d’un destin commun. » (juan nessy)

« L’idée d’un contrôle a-priori des budgets nationaux par la Commission de Bruxelles a tout de suite suscité l’ire de Paris, ce qui veut dire que la bonne gouvernance des politiques économiques a déjà du « plomb dans l’aile ». L’idée d’un « gouvernement économique de l’Europe » a peu de chances de se réaliser. » (Coligny)

J’ai choisi cet exemple parce qu’il est emblématique du rationalisme. Contrôler a priori les budgets, afin de ne pas dépenser plus qu’on ne gagne, est très rationnel, c’est même du bon sens en béton, décalqué du fait qu’il est matériellement impossible de vendre plus qu’on ne produit, tout comme il est impossible qu’une balle rebondisse plus haut que son point de départ. Cette idée peut de surcroît s’appuyer sur le succès économique de l’Allemagne, universellement réputée pour son sérieux, qui prétend aller jusqu’au « déficit zéro ».

Et pourtant… ça cloche ! Première pierre d’achoppement : si cette idée est aussi rationnelle qu’il y paraît, pourquoi les budgets de toutes les nations ne sont-ils pas déjà équilibrés ? Ou encore : puisque l’on vit depuis des siècles en régime capitaliste politiquement organisé et établi en toute légitimité, comment expliquer que cette idée rationnelle n’a jamais été mise en pratique ? Quand on sait le pouvoir d’influence des capitalistes auprès de la classe politique, il est étrange qu’ils laissent se creuser des déficits au point qu’en périodes de crise ils se trouvent eux-mêmes menacés.

Seconde pierre d’achoppement : qu’une idée soit rationnelle n’implique pas qu’elle est un argument rationnel là où elle se présente dans un débat. Cette idée de contrôle ignore les causes structurelles des déficits, ainsi que le contexte politique. Avant d’envisager un tel contrôle, il conviendrait que le pouvoir politique exerce le sien de façon générale (et rationnelle !) sur l’économie, la monnaie, la finance, l’environnement, etc., c’est-à-dire sur tout ce qui impacte son budget. Cette idée met donc la charrue avant les bœufs : pas très rationnel.

Une idée rationnelle n’est donc pas toujours rationnelle, et ce n’est pas un paradoxe de l’affirmer. Ne peut être rationnel qu’un rapport entre des faits ou des idées selon l’archétype du syllogisme : cela oblige à choisir préalablement idées et faits, car on doit les mettre en relation avant tout diagnostic de rationalité. Or, dans la réalité, ils se présentent en nombres incommensurables, intriqués et inséparables, de sorte que la rationalité dépend de notre volonté de la distinguer au milieu d’une réalité qui ne fait d’abord entendre qu’un bruit de fond. Se rappeler Shakespeare pour qui la vie est « une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien. » Le capitalisme ne semble rationnel que parce que l’on veut le voir comme tel, pour toutes sortes de raisons faciles à imaginer.

Il va sans dire qu’il est « rationnel » vu par lui-même. Le profit étant considéré comme chose rationnelle, « faire des profits » est rationnel, « réduire les coûts » est rationnel, « faire pression sur la sous-traitance » est rationnel, « licencier » est rationnel », « diminuer les salaires » est rationnel, « automatiser » est rationnel, « fusionner » est rationnel, « délocaliser » est rationnel, « restructurer » est rationnel, « les normes comptables » sont rationnelles, les « techniques de vente » sont rationnelles, etc. etc. ad libitum. De la « rationalité » du principe initial découle celle de tout le capitalisme ! Extraordinaire, non ? Quand une ministre de la Santé prend un décret qui autorise des dérogations pour que des matériaux radioactifs puissent être recyclés en matériaux de construction, – mais en conservant leur radioactivité sinon c’est pas drôle -, c’est « rationnel » itou car, de la sorte, on produit des matériaux à des « coûts compétitifs » qui peuvent donc se vendre avec profits, alors que, sans cela, il faut payer le coût de leur entreposage ou de leur décontamination : pas rationnel. Sur le modèle de cet exemple, qui est loin de faire exception, le capitalisme peut se permettre absolument tout et n’importe quoi : il sera toujours « rationnel ». Il est donc « rationnel » de lui abandonner le pouvoir, de ne pas instaurer la démocratie au sein des entreprises, de fermer les yeux sur ses exactions, d’aider les capitalistes de toutes les façons, et de bloquer toute opposition à leur égard.

En paraphrasant Wittgenstein pour qui, « dans un monde où tout est bleu, le bleu n’existe pas », on peut dire que dans ce monde capitaliste où tout est rationnel, la rationalité n’existe plus. En tout cas, elle se trouve réduite à sa plus simple expression, quelque chose comme cette règle qui consiste, pour sortir d’un labyrinthe, à suivre continuellement le même mur : soit celui à sa droite, « faire des profits », soit celui à sa gauche, « ne pas faire de pertes ». Si maintenant on s’élève au-dessus du capitalisme au lieu d’en suivre les murs comme des cafards, que voit-on ? Un labyrinthe qui se construit et déconstruit en permanence, sans aucun plan ni projet, un machin monstrueux auquel personne ne comprend rien, que personne ne maîtrise plus, que le plus grand nombre subit et qui ne profite qu’à quelques uns. La rationalité dans l’action se caractérisant par l’adéquation des moyens aux fins recherchées, le capitalisme se garde bien de s’aventurer dans le moindre projet global ou à long terme : il se ferait forcément pincer en flagrant délit de non rationalité.

Et ce machin monstrueux, dont l’absurdité shakespearienne devrait sauter aux yeux, s’est immiscé dans certains esprits comme le parangon du rationalisme, du réalisme, de la performance, de la nécessité, et même de la morale ! Première preuve : on déplore ses excès et ses déséquilibres, son endettement généralisé, ses crises, son « aléa moral », ses comptes trafiqués, sa finance opaque, ses paradis fiscaux, ses pollutions, son absence de vision à long terme, etc. : on déplore ce qu’il est mais personne ne dit qu’il est absurde. Deuxième preuve : les économistes, récompensés par de prestigieux « prix Nobel », n’en finissent pas de vouloir l’amender, de le perfectionner et de nous l’expliquer, de nous dire ce qu’il faut faire et ne pas faire, mais aucun n’a jamais dit qu’il est absurde. Troisième preuve, la plus déterminante : on cherche à appliquer ses recettes, (budget, concurrence, évaluation, sélection, rentabilité,…) dans tous les domaines de l’existence pour tirer parti de ses « vertus », de son « efficience », afin d’en finir avec tous ces gens qui ne veulent rien foutre et plombent les bilans. (Chercheurs, artistes, profs, chômeurs, handicapés, femmes, enfants, vieillards, malades, prisonniers…) Se disant porteur d’une « morale », celle de « la dure loi de la vie, dure mais juste », il prétend donner ses chances à tout le monde, (hormis la « racaille » des banlieues et les immigrés clandestins, faut pas pousser…), mais fait payer de plus en plus cher sa « rationalité » et ses « bienfaits ». En témoignent ces 800.000 litres de pétrole qui jaillissent chaque jour au large de la Louisiane, sans que l’on sache, à l’heure où j’écris, si le puits accidenté pourra être un jour colmaté ou détourné.

De la rationalité du capitalisme découle l’irrationalité de tout ce qui n’est pas capitaliste, et tout ce qui n’est pas capitaliste se range sous la bannière honteuse des pertes, lesquelles ne peuvent être que subies par l’environnement et imputées au compte de l’environnement. C’est pourquoi l’État et ses œuvres, ainsi que la société civile et ses associations citoyennes, ne peuvent pas être « rationnels ». Idem pour les pertes des entreprises, qu’elles apparaissent au détour d’un bilan ou sous forme de pollutions et d’épuisement des ressources : elles ne peuvent que finir « socialisées », car elles le sont par principe depuis les origines, depuis l’utilisation « rationnelle » de la machine à vapeur qui consomme des ressources naturelles et rejette dans l’environnement ses résidus de combustion. Mais surtout, la rationalité étant devenue un principe de « gouvernance » aussi incontournable que la pesanteur, et celle du capitalisme étant particulièrement facile à comprendre, (une seule combinaison gagnante : « profits et non pertes »), il ne faut pas s’étonner que l’on cherche à l’appliquer dans tous les secteurs d’activité. Les politiques et les médias y trouvent leurs contes, car cette rationalité-là est un réservoir inépuisable de solutions, projets, réformes et autres promesses d’avenir radieux, mais aussi leurs comptes, car ils sont récompensés en priorité par les capitalistes. On imagine mal Sarkozy, Merkel, Strauss-Kahn et consorts se trimbaler partout comme Evo Morales, le « président pull-over ».(1)

Maintenant il devrait être plus facile de comprendre pourquoi les budgets des états ne peuvent être que déficitaires, et leurs finances plombées par les dettes : parce qu’il y a toujours des « pertes » impossibles à dissimuler du fait que l’espace est divisé en deux : à ma droite, les profits privés, localisés et identifiés, à ma gauche les « pertes » publiques, non localisées et non identifiées par le capitalisme : en fait, les êtres et les choses dans leur état naturel. A droite, l’activité capitaliste produit des résidus qui n’apparaîtront toujours que trop tard à gauche, par exemple quand on découvre qu’il faut s’occuper de la main-d’œuvre qui avait été « importée », exploitée et sous-payée, puis abandonnée. Dans le champ de droite, elle n’existe plus, dans celui de gauche, elle se maintient en vie comme les déchets nucléaires, ce qui ne représente pas mon opinion personnelle bien sûr, mais une équivalence logique selon la « rationalité » capitaliste. Mais avant de rejeter ses résidus, le capitalisme les avait aspirés dans leur état naturel, par exemple sous forme de forêts primaires, de sols fertiles, d’eau propre,… toutes choses que je qualifie de non localisées et non identifiées par lui car il faut qu’il s’en empare pour leur reconnaître une existence dans le cadre de sa propre « rationalité », la seule qu’il connaisse. Après en avoir tiré ses profits « rationnels », il les rejette, généralement dans un état désastreux : elles retrouvent alors le champ de gauche qu’elles n’auraient jamais dû quitter, et, dans leur périple, leur « entropie » a augmenté (2), ce qui se manifeste chez les humains par la dégradation de leurs liens sociaux, la perte de leurs traditions, autonomie, savoir-faire et connaissances.

Voilà, ça fonctionne comme ça, le capitalisme militaro-industriel. Alors, avant de foncer tête baissée dans une idée capitaliste « rationnelle » et pleine de bon sens, comme cette histoire d’équilibre budgétaire qui m’a inspiré ce texte, il faut y réfléchir à deux fois. Si vous avez envie de sortir de son labyrinthe, ce n’est pas sur lui qu’il faut compter. Lui, c’est le Minotaure.

(1) L’on note d’ailleurs que le célèbre blogueur, Paul Jorion, se présente en pull marin devant sa « webcam », mais en veste et cravate devant les caméras de la télévision…

(2) Clin d’œil à Zébu, Le bancor, solution thermodynamique à la crise.

Le labyrinthe du capitalisme, par Crapaud Rouge

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Alain Minc déclare : "La crise est bêtement psychologique".

Citation

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Samedi 6 mars 2010, France Inter consacre l’émission "le 5/7 du weekend" à la bande dessinée féminine. Chantal Montellier et Audrey Alwett, auteurs de bande dessinée, sont les invitées de cette émission.

Présentation de l’émission :

Dans un univers essentiellement masculin, et à quelques heures de la journée de la femme, deux dessinatrices nous rejoignent pour parler de la bande dessinée au féminin.

Moins de 11 % de filles chez les auteurs de bandes dessinées, alors que la proportion frôle les 50% au Japon. Pour quelles raisons ?

Audrey Alwett et Chantal Montellier deux femmes dans l’univers de la BD nous expliquent comment, depuis les années 70, celui que l’on considère comme le neuvième art, a connu une si lente évolution sur les planches au féminin, comment ces conteuses d’histoires commencent à trouver leur place, et nous pointerons les différences qui dans le style, la forme du dessin, ou le choix des sujets, peut distinguer la BD au féminin !

Malheureusement le lien vers l’émission n’est plus actif… http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/cinq-sept-week-end/index.php?id=89033

Entre chien et loup : la BD au féminin

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Le titre de cet article reprend celui donné par Didier Daeninckx à la réponse qu’il oppose aux accusations de censure exprimées par l’éditeur des éditions Baleine (cf. Dossier ci-dessous intitulé "François Brigneau réédité aux éditions Balein"). Voici le contenu de cette réponse :

A ce jour, 45 romanciers ont signé la pétition « Droit de retrait », suite à la décision des éditions Baleine de mettre à leur catalogue un livre au contenu ouvertement raciste de François Brigneau, un ex-Milicien, fondateur du Front national, condamné à de nombreuses reprises pour antisémitisme.

Contrairement à ce que prétend l’éditeur, qui parle de « censure », ces 45 auteurs ont simplement signifié leur prise de distance.

Ces écrivains ne font que rappeler l’un des attributs de leur droit moral, rappelant tout ce que le renom de la maison d’édition Baleine doit à leur engagement dans l’aventure d’un personnage libertaire et antifasciste : le Poulpe. Leur silence n’aurait pu être interprété que comme une caution apportée à un ouvrage où, en toute bonne conscience identitaire et ultra-nationale, se bousculent les termes de « bicots », « d’arbis », de « bougnoules », de « sidis », où les « bronzés » parlent en petit nègre.

L’éditeur prétend n’y voir que le charme désuet de l’argot des années 50.
Dans la droite ligne de cette publication, ressortira-t-il bientôt de sa bibliothèque des livres du même tonneau où, sous couvert de la pureté du style, se règleront cette fois les comptes avec les « youpins », les « enjuivés », les « niakoués », les « bamboulas », les « bridés », les « fiottes », les « tantouzes » et les « tarlouzes » ?

Dans cette croisade pour la « vraie littérature », celle qui en a, l’éditeur a reçu le soutien bruyant du site négationniste Stormfront. Bruno Gollnish, qui se relève d’une condamnation relative à ses propos sur les chambres à gaz, salue son courage.

La mobilisation des auteurs montre qu’il existe encore des forces pour refuser l’indifférence, la banalisation des idées brunes. Ce n’est pas le cas partout, et il suffit de se remettre en mémoire les récentes images des pogroms anti-immigrés de Calabre pour s’en convaincre. Ou de se rappeler ces autres images de vacanciers continuant à se faire bronzer près des cadavres de sans-papiers rejetés par la mer, sur la plage de Torregaveta.
Là, sur ce sable surchauffé, les mots bruns avaient déjà fait leur chemin : on ne replie pas sa serviette pour des « bicots », des « arbis », des « sidis »...

Car tout commence par les mots. Au début était le verbe... Et l’on sait que les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde ; ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir.

Le linguiste Victor Klemperer rappelait que « lorsque aux yeux des Juifs orthodoxes, un ustensile de cuisine est devenu cultuellement impur, ils le nettoient en l’enfouissant dans la terre ». Il concluait : « On devrait mettre beaucoup de mots en usage chez les nazis, pour longtemps, et certains pour toujours, dans la fosse commune ».

Certains font profession de les déterrer.
Qu’ils ne comptent pas sur nous pour aller bronzer près des Baleines mortes.

Didier Daeninckx

Liste des signataires de la pétition « Baleine brune : droit de retrait » :
Didier Daeninckx, Patrick Raynal, Roger Martin, Sylvie Rouch, Lionel Makowski, Gérard Streiff, Maud Tabachnik, Chantal Montellier, Gilles Vidal, Sébastien Doubinsky, Romain Slocombe, Sophie Kepes, Nila Kazar, Francis Mizio, Hervé Le Tellier, Robert Deleuse, Mouloud Akkouche, Roger Facon, Claude Mesplède, Thierry Crifo, François Braud, Pierre Cherruau, Lalie Walker, Noël Simsolo, Catherine Fradier, Martin Winckler, Xavier Mauméjean, Olivier Thiébaut, François Joly, Johan Heliot. Guillaume Cherel, Stéphanie Benson, Jean-Christophe Pinpin, Antoine Blocier, Alain Bellet, Renata Ada, Jocelyne Sauvard, Grégoire Forbin, Jean-Jacques Reboux, Jacques Albina, Jacques Puisais, Michel Boujut,

"Bronzer près des Baleines mortes..."

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Image trouvée sur Internet.

Voici sur quoi tient cette démo-crassie de bêtes immondes, Frédéric
Mitterand en tête, "démocratie" qui a des relents de nazisme et qui érige
son pouvoir phallocentrique sur des milliers d’esclaves sexuelles massacrées
au quotidien pour que ça bande (à BD) et que ça rapporte !
Ya Basta !!! La bête immonde ne passera pas par moi !

Que pensent de ces images nos femmes ministres ? Nos élues ? Ségolène Royal ? Nos intellectuelles en chaises longues ou pas ? Ses Majestés Elisabeth Badinter ? Antoinette Fouque ? Etc..

Sans doute que la pov’ fille était consentante et y prenait du plaisir ?

Dans ce cas, il vaudrait mieux qu’elles démissionnent toutes et très très vite !

CM

Photo immonde

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La réédition dans la maison du Poulpe d’un roman raciste de François Brigneau suscite de fortes réactions parmi les écrivains publiés par les éditions Baleine. Didier Daeninckx publie une lettre ouverte adressée à la maison d’édition, cette lettre a été suivie d’une pétition signée par Chantal Montellier et Francis Mizio, entre autres écrivains. Nous faisons suivre leurs réactions respectives à la suite de la lettre ainsi qu’un article de Libération consacré à cette affaire. Une réponse du directeur des éditions Baleine, Jean-François Platet, commentée par Chantal Montellier, clôt le dossier que nous avons constitué à ce sujet.


Didier Daeninckx : Lettre ouverte aux éditions Baleine.

Le 16 février 2010

Je viens d’apprendre que les éditions Baleine viennent de mettre à leur catalogue un bouquin de François Brigneau (né en 1919). Je leur ai fait parvenir ce courrier :

Dans la famille, il y a un oncle dont le nom figure sur des plaques émaillées, dans une rue de Dugny.

Résistant déporté suite à dénonciation des potes politiques du milicien François Brigneau.

Mort dans un camp.

Son histoire a forgé pour partie la manière dont je regarde le monde et m’a rendu intransigeant sur certains "détails" du siècle passé.

J’ai publié à Baleine, maison qui s’est construite sur une prise de parole antifasciste.

Je me suis battu quand Serge Quadruppani, qui faisait équipe avec Hervé Delouche, y a introduit un de ses affidés, Gilles Dauvé alias Jean Barrot, l’un des concepteurs du négationnisme d’ultra-gauche.

J’ai consacré dix ans de ma vie à mettre à plat les menées de ces gens, et hormis le temps prélevé à mes amis et à ma famille, cela a eu des effets considérables sur mon travail d’écrivain.

J’ai la conscience de quelqu’un qui a fait tout simplement ce qu’il devait. Ce n’est pas pour accepter de figurer dans une décharge, ce que sont à mes yeux devenues les éditions Baleine après avoir mis l’ex-milicien Brigneau à leur catalogue,
sans avoir le courage d’assumer la biographie d’ultra-droite de leur nouvelle recrue.

Je rompt donc à ce jour toute relation avec les éditions Baleine (...).

Baleine pourra se rembourser de l’avance en prélevant une somme identique sur le versement Folio prévu pour la sortie d’Ethique en toc en Folio.

Didier Daeninckx


Réponse de Chantal Montellier.

J’ai demandé moi aussi un “droit de retrait” de mon livre des éditions Baleine.

Cette structure s’était, comme l’écrit Daeninckx, construite sur une série anti fasciste et anti raciste : “Le Poulpe”, initiée par Jean-Bernard Pouy et quelques autres.

J’ai livré, vers le milieu des années 90, un épisode très “psych et po” comme dirait Antoinette Fouque, intitulé La dingue aux marrons.

J’étais alors très loin de me douter, vu la coloration politique de la Baleine de ces années-là (de beaux rouges flamboyants, du noir lumineux et du vert, couleur de l’espoir), qu’elle virerait au brun sale et au vert de gris.
Il faut dire qu’Antoine de Kerverseau, l’éditeur initial, a du jeter l’éponge et c’est aujourd’hui un certain Platet qui pilote cette pauvre “Baleine” nageant apparemment dans de très sales eaux.

Pauvre bête, il serait plus charitable de l’achever !

Personnellement, si j’ai signé cette lettre c’est que je pense exactement la même chose que Francis Mizio dont voici les explications. Je partage au millipoil toutes ses raisons.


Explications de Francis Mizio.

L’éthique en toc des éditions Baleine 2010, ou :
Pas de place pour l’extrême droite dans la maison du Poulpe

Par Francis Mizio | Ecrivain | 21/02/2010 | 00H49

Depuis que les éditions Baleine ont réédité un roman de François Brigneau, ex-milicien et activiste d’extrême droite, une pétition a été signée par une vingtaine d’auteurs de la maison du Poulpe demandant « le retrait immédiat de leur nom et de leurs œuvres du catalogue des éditions Baleine ». Nous avons demandé à l’un d’eux, Francis Mizio, auteur d’un blog sur Rue89, de nous expliquer ce qui l’avait conduit à signer.

Rue89 m’a demandé de raconter « de l’intérieur d’un auteur Baleine », ce que je pense de « l’affaire ». Alors voilà.

Depuis que j’ai repris la « vie d’artiste » en 2008, j’ai été en contact avec Jean-François Platet (patron des éditions Baleine ndlr) pour qui, comme beaucoup d’autres, j’éprouve de l’amitié. Il est l’éditeur de mes quelques livres encore disponibles et un important travail rendu il y a un an et demi devait paraître cette année chez lui.

Pourtant, j’ai signé la pétition de Didier Daeninckx. Voici comment et pourquoi, j’ai signé (attention : mélodrame) :

Comme beaucoup d’autres dont Didier Daeninckx, j’ai tenté de dissuader Jean-François de publier Brigneau, il y a sans doute plus de deux ans. Jean-François m’avait raconté son entrevue chez l’individu, ses propos, prêté un de ses ouvrages « Moi mézigue ».

Il ne m’en fallait pas plus car, lacunaire si je savais le passé de milicien et son antisémitisme, j’ignorais pourtant l’intégralité du CV de l’individu, je l’avoue.

Deux jours avant la lettre de Daeninckx j’ai découvert sur le site de Baleine que le roman sortait.

J’avais oublié ce projet ; j’avais cru que Jean-François avait abandonné l’idée. Je me suis exclamé, consterné, « putain, il l’a fait ».

N’est-ce pas plutôt à Brigneau de partir ?
J’ai lu alors le CV de Brigneau sur Wikipédia. C’était donc pire que ce que je pensais. Ça n’a pas traîné : la lettre de Daeninckx est tombée, et j’ai compris, comme tout ceux qui sont concernés, à cet instant que c’était parti pour une belle merde dont on n’a pas fini de se prendre les conséquences. Merde pour les auteurs, entre les auteurs. Merde pour le milieu du roman noir. Une belle merde aussi pour Baleine qui ne s’en remettra pas.

J’ai signifié mon soutien à Didier Daeninckx. Quand la pétition est arrivée, je lui ai écrit mon dilemme. C’est une histoire de nombril : signer la pétition signifie pour moi quasiment invisible des librairies et achever le processus de disparition de l’auteur qui est engagé malgré moi depuis des années ? N’est-ce pas plutôt à Brigneau de partir ?

Didier m’a conseillé de réfléchir et de prendre mon temps, expliqué qu’il s’agissait de faire pression sur Jean-François. Le lendemain, en voyant tomber les premières signatures, panurgiques et exaspéré, j’ai rallié, comprenant que c’était foutu.

J’ai rallié, à titre personnel (mais je ne milite pas pour que les autres signent la pétition) :

Parce que Jean-François était prévenu et que je désire qu’il renonce à publier Brigneau.

Parce que j’estime que Didier Daeninckx a raison.

Parce que Baleine, via le Poulpe, s’est construit autour de la lutte contre les fachos. A appelé jadis à voter contre le FN.

Parce que je suis un des auteurs du retour du Poulpe (sur Rue89 entre autres) sous le slogan « Le Poulpe revient, on en a besoin ».

Parce que si je préfère être publié chez Baleine que dans une maison d’extrême droite, il y a des raisons. Une partie du roman noir français est politisée, à des degrés divers. Sans toujours reprendre intégralement la ligne des soixante huitards néopolardeux de jadis, on s’y retrouve. On arpente, nombreux, les lycées, les prisons, les CFA, les bibliothèques, les expériences et interventions sociales, les festivals : toute une communauté d’esprit. On sait toujours parfaitement pourquoi on nous appelle, nous. On rabâche, dans nos livres, dans les débats, dans les salons, les festivals… On milite d’une certaine façon, via la littérature qui s’inspire du présent.

Parce qu’en publiant un roman de Brigneau -en faisant rentrer l’extrême droite chez Baleine- Jean-François va nous contraindre de sans cesse nous justifier, parler de ça, de dire qu’on est contre, mais que voilà, hein… Il nous kidnappe la parole. Or, je ne supporte pas d’avoir le cul entre deux chaises et de devoir m’expliquer de choses dont je ne suis pas responsable. Il y a énormément d’auteurs dans ce cas.

Parce qu’il n’a pas consulté les auteurs de chez Baleine, qui, encore une fois, ne sont pas chez Baleine par hasard.

Parce qu’il nous fout une merde entre nous dont on n’a pas besoin : réveil des vieilles haines, prises de positions intenables qui font littéralement chier tout le monde : « je signe pas car j’ai peu de livres chez eux, on va dire que c’est parce que je m’en fous » ou « je signe pas parce que je n’aurai plus d’éditeur » ou « je signe pas car j’ai un bouquin à sortir et j’en ai bavé durant des mois,… mais il est déjà foutu ». On se prend la tête. On est effarés. On ne parle plus que de cela (et je vis avec une auteure de Poulpe, elle aussi, à l’origine du « retour », Lalie Walker).

Parce qu’on ne fait pas de buzz avec un facho. Le buzz ça doit finir en positif. Là, c’est « Baleine qui édite des fachos » et ça restera ainsi. Demain, en festival un mec va venir me voir et me dire : « Ah oui, le Poulpe, ce truc de miliciens ». Je prends les paris. Et pourtant Brigneau n’a pas écrit de Poulpe.

Parce que ça n’a pas tardé : un auteur copain pétant les plombs m’a traité de crypto-léniniste (mort de rire), de destructeur de jouets… parce que j’ai étalé les problèmes factuels sur Tata Rapporteuse.

Parce que je suis un petit fils d’immigré, (de « sale polack », mais qui a toutefois planqué des soldats américains durant la guerre), et que je ne rigole pas avec le racisme, les problèmes de sans-papiers. C’est dans mon histoire familiale, la xénophobie.

Parce qu’il y a des auteurs, des libraires, des festivaliers, des bibliothécaires, des enseignants, des lecteurs de Baleine, de la communauté d’esprit, qui sont juifs ou d’origine étrangère, touchés par les horreurs du passé, mariés à des étrangers, militants de gauche, et qui soudain ne vont pas comprendre.

Parce que les propos gerbants, je n’ai pas besoin, personne d’ailleurs, qu’on en rajoute. Le FN est au pouvoir depuis Sarkozy. Le gouvernement lui-même aujourd’hui en lâche avec gourmandise, de ces phrases haineuses. Pas la peine d’en rééditer de vieilles rances.

Parce que je me fous de savoir que Brasillach, Drieu La Rochelle, Brigneau, Gripari, Céline et j’en passe sont chez Gallimard avec Daeninckx (ou moi jadis) : Gallimard ne s’est pas construit sur l’argument anti FN… et l’époque est différente. Si on ne doit pas être vigilant aujourd’hui quand il y a des rafles approuvées par la majorité, des gardes à vues arbitraires, des violences policières, on le sera quand ?

Parce que Marie N’Daye a été remarquable, et n’a pas cédé.

Parce que la droite montante dans le polar français ou les carriéristes du thriller commercial qui nous détestent vont ricaner et que ça, ça me gonfle vraiment.

Parce que Baleine n’allait pas bien et que si ce « buzz » qui fait de la pub à Brigneau renfloue la maison, c’est désormais grâce à lui si je peux y être réédité. On m’excusera, mais ça pique un peu.

Parce que tout ça, c’est con, parce que c’est très con, parce que c’est vraiment très très con.

Et enfin, a posteriori, parce que ça me révulse même, à cause de la décision de Jean-François, de me retrouver à écrire tout ça.


Un article de Libération consacré au sujet.

Un os brun aux éditions Baleine

Polar. Réédité dans la maison du Poulpe, un roman raciste de François Brigneau, ex-milicien et journaliste d’extrême droite, suscite l’émoi. Didier Daeninckx mène la fronde.

Par BRUNO ICHER

La Baleine traverse une crise. La maison d’édition, née en 1995 en même temps que son héros emblématique Gabriel Lecouvreur, alias le Poulpe, infatigable pourfendeur de fachos, se trouve sous le coup d’une bagarre féroce opposant la direction à ses auteurs. A l’origine de la fâcherie, un roman écrit en 1948 par François Brigneau et que le patron de Baleine, Jean-François Platet, réédite ces jours-ci.

Il se trouve que le Brigneau en question, 92 printemps au compteur, de son vrai nom Emmanuel Allot, est un plumitif dont l’abondante production a fait le bonheur de la quasi-totalité des journaux d’extrême droite de l’après-guerre, à commencer par Minute dont il fut un des fondateurs. Editorialiste à l’antisémitisme maintes fois condamné, Brigneau est également l’auteur d’une pléthore d’ouvrages où il ne tarit pas de louanges sur, entre autres, Pétain, Mussolini, Faurisson, Mgr Lefebvre ou Brasillach - dont il prétend avoir été le secrétaire en prison.

Fresnes. Par le fait, Brigneau s’était engagé dans la Milice le 6 juin 1944, probablement pour botter le cul des Alliés fraîchement débarqués, ce qui lui a valu un séjour à Fresnes à la Libération. Il en sort manifestement intact puisqu’il entame illico sa longue carrière de polémiste dans Paroles françaises.

En chemin, il fait un détour par la case polar aux Editions Froissard, dont les heures de gloire coïncident avec la réédition de Blondin et Céline. C’est un de ses romans, Paul Monopaul, retitré Faut toutes les buter !, qui débarque dans le catalogue Baleine. L’encre sur les pages n’est pas encore sèche que Didier Daeninckx, pas le dernier à débusquer le faf y compris parmi ses amis, fait tourner une pétition auprès des auteurs de la maison les invitant, sur son exemple, à en claquer la porte illico. Extraits : « J’ai publié à Baleine, qui s’est construite sur une prise de parole antifasciste. […] Ce n’est pas pour accepter de figurer dans une décharge, ce que sont à mes yeux devenues les éditions Baleine après avoir mis l’ex-milicien Brigneau à leur catalogue […]. Je romps donc à ce jour toute relation avec les éditions Baleine. » Depuis, une pétition a été signée par une vingtaine d’auteurs (dont Patrick Raynal, Maud Tabachnik, Chantal Montellier, Romain Slocombe, Claude Mesplède) demandant « le retrait immédiat de leur nom et de leurs œuvres du catalogue des éditions Baleine ». Didier Daeninckx argumente :« La publication de ce roman est absurde, elle bafoue l’histoire de cette maison d’édition. Tout le monde y perdra : Baleine, Platet, les auteurs. Le seul gagnant, ce sera Brigneau. »

Jean-François Platet, lui, plaide la qualité du texte. « Il y a longtemps que j’aime ce roman que je trouve drôle, passionnant, et pionnier dans l’histoire du polar avec cette langue argotique formidable. J’ai essayé plusieurs fois de le publier, en vain. Quand Baleine était encore sous la tutelle du Seuil, Denis Jambar, le patron, s’y était opposé. Aujourd’hui que le livre est là, je continue à défendre le texte. Le reste ne m’intéresse pas. Et puis, ce n’est pas moi qui ai mis le bordel. »

Autrement dit, c’est Daeninckx. Le même qui, voici plus de dix ans, s’était fâché avec d’autres auteurs, de gauche, qu’il accusait de révisionnisme. Pas très convaincant. Quant à la suite, si certains auteurs veulent quitter Baleine, ça se paiera… « Il y a des contrats d’édition signés, prévient Platet. Ça se réglera par lettres recommandées et avocats interposés. »

« crouïas ». Alors que Baleine commençait à se remettre d’une longue période de flottement, reprenant notamment la collection endormie du Poulpe, la publication d’un roman de Brigneau en vaut-elle la chandelle ? La réponse, c’est bien le comble, est non. Cette truculence que vante Platet sent atrocement le faisandé. Le premier chapitre est un festival de « crouïas », « bicots », « arbis » et autres « il ne trouvait plus ses mots en français. Alors, il a commencé à postillonner en macaque », le tout en moins de quinze pages. Quand Brigneau change de registre, c’est pour décrire un monde d’hommes, de vrais, qui traficotaient pendant l’Occupation et détroussaient plus tard les collabos, qui culbutent les bourgeoises en fleur avant de leur coller des mandales et qui assassinent de sang-froid qui leur plaît, histoire de relancer l’intrigue, enlisée depuis longtemps dans la médiocrité.

Autrement dit, c’est vieux, un peu bête et pas bien écrit. Bien sûr, on trouvera toujours des nostalgiques pour invoquer les grands anciens. Les Simonin, Malet, Blondin, Helena, voire ADG dont il n’est pas difficile de trouver dans certains de leurs romans des signes extérieurs de racisme d’époque. Parfois, c’était pour rire, et parfois, même si l’on en rit, c’était du sérieux. Sauf que ces gens avaient un talent, ce qui les rendait du reste si agaçants. Ce n’est pas le cas de Brigneau, dont l’argot à marche forcée fait l’effet d’une boule puante : incommodant et pas drôle.

Pour rester dans le registre de la farce douteuse, il n’est pas impossible, même s’il s’en défend, que Jean-François Platet ait juste eu envie de faire parler des éditions Baleine. On verra si c’est réussi. Jean-Bernard Pouy, auteur du premier Poulpe, résume la situation : « Après tout ce qu’on a fait, ça me ferait un peu ch… de m’en aller. Au fond, ce n’est pas à nous de partir, c’est à Brignaud de vider les lieux ».


Lettre de Jean-François Platet, éditeur : extraits agrémentés de quelques commentaires de Chantal Montellier (en italiques et en gras).

Les éditions Baleine <http://www.editionsbaleine.fr/> , dont je m’occupe
depuis 2005, et que j’ai rachetées au groupe La Martinière en 2008, ont
publié plus de 450 titres, dans des collections diverses et variées, entre autres, et pour ce qui est encore d’actualité :

*Le Poulpe <http://www.editionsbaleine.fr/cms.p...> , collection créée en 1995 par JB Pouy et dirigée aujourd’hui par Stéfanie Delestré, qui - en dépit des attaques et changements de propriétaires, compte maintenant plus de 190 titres, sans compter les copies, imitations et adaptations. Il en paraîtra huit nouveaux inédits en 2010, faisant appel aux meilleurs auteurs du moment et à leur interprétation personnelle du personnage et de la bible d’origine : Maïté Bernard, Marin Ledun, J.P. Jody, Sébastien Gendron, Sergueï Dounovetz, Antoine Chainas... Ceci pour 2010.

*Baleine Noire <http://www.editionsbaleine.fr/2-Bal...> , « collection-de-livres-qui-ne-se-vendent-pas », que je dirige et qui réunit dans des livres de poche de luxe, une littérature punk, gothique, gore ou noire , bizarreries, outrances, exercices de style, avec des auteurs français ou traduits, morts ou vivants, célèbres ou pas.

Faut toutes les buter ! est publié dans Baleine Noire. Dans cette collection, constituée comme un cabinet de curiosités, j’ai publié, d’une part des auteurs contemporains de textes difficiles et littéraires que le "politiquement correct" et la frilosité éditoriale
ambiante avaient amené dans cette collection unique (Serge Scotto, Pascal Françaix, Nada, et j’ai réédité, d’autre part, des textes anciens dont le caractère singulier me semblait cohérent avec les modernes. BR Bruss, Th. de Quincey, M. Agapit, Dann & Dozois...

Son objet est bien la littérature. Pas la politique.

- Mais un roman écrit par un facho fier de l’être et qui charrie du racisme à pleine page (voir l’extrait ci dessous) est-il du côté de la littérature ou du politique ? Peut-on, honnêtement, dissocier les deux ?

La démarche est esthétique et artistique.

- Très artistique et très esthétique le passage suivant signé Brigneau :

“Ça faisait, peut-être, le six ou septième que je m’envoyais, quand voilà qu’une fille s’amène. Une belle petite. À peine vingt piges. Et balancée, la mort de mes os… Rien qu’en matant ses petits nichons qui pointaient à travers le corsage et son valseur si rond, si moulé, tendu si ferme, tourné si dur, j’en ai tout de suite eu l’eau à la bouche. D’autant qu’aussitôt trois crouïas, qu’étaient au bout du bar, se sont mis à discuter le bout de gras en lui dévisageant le côté pile. Faut vous dire : j’ai jamais pu bien renifler les arbis. Pas d’aujourd’hui. Non. Non. Une vieille rancune qui vient de loin.
Du Sud. De Tatahouine. Tous faux-jetons, donneurs, emmanchés et le reste.”

Ce n’est qu’un exemple.

En lisant ça, je pense à mon ami Lazhari Labter, fils de paysans pauvres de Lagouat, devenu normalien puis journaliste, écrivain, poète et éditeur.
Lazhari est l’homme le plus délicieux du monde, infiniment cultivé et respectueux des autres. Je serais curieuse de savoir ce qu’il pense de cet aspect particulier de la littérature, de l’esthétique et de l’art français d’hier que l’on nous ressert tout chaud, et tout saignant aujourd’hui, dans le contexte politique catastrophique que l’on sait.

On m’accuse de vouloir créer du buzz : Malheur à celui par qui le
scandale arrive ! Sérieusement, j‘aurais lancé une telle campagne pour
un livre dont le tirage est de 2600 exemplaires, et qui sera demain
diffusé à… 800 exemplaires ? Et j’aurais envisagé avec sérénité la perspective d’être traité de « facho », pour un roman populaire de 1947 ?

- JF Platet pensait être traité de quoi en publiant le livre de Brigneau ? D’ami de l’humanité berbère ? Arabe ? Pensait-il que les “crouïas” de Tatahouine, les "arbis emmanchés et faux jetons”, “les bicots sournois", (on s’étonne qu’aucun juif ou polak ou rital, ou chinetoque... ne soit aussi dans ce tableau) et tous ceux que ce langage fait vomir, allaient l’applaudir et lui offrir la médaille des “justes “ de l’édition contemporaine ?
Platet pense t-il faire ainsi avancer l’hominisation ? Le respect entre les peuples et les races ???

Si oui, il lui faut consulter un psy de toute urgence ! Cela s’appelle une psychose dissociative.

Bien sûr que Baleine n’est pas un éditeur militant.

- Et ses auteurs ? Ceux qui ont fait Baleine : Les Daeninckx, Raynal, Mizio ? Streiff ? Martin ? Mesplède ? pour ne citer que ceux là, ne sont-ils pas un peu des gens engagés ? L’histoire de cette maison d’édition existe, elle ne commence pas avec Platet.

Le Poulpe peut passer pour un militant, et encore... Ce n’est ni un vengeur, ni le représentant d’une loi ou d’une morale, c’est un enquêteur un peu plus libertaire que d’habitude, c’est surtout un témoin.

- Un témoin qui ne supporte guère les ratonnades !

C’est écrit sur les couvertures, depuis quinze ans. Mais les éditions Baleine, non : c’est une entreprise d’édition qui se targue de publier des romans divers et variés.

- Divers et avariés, désormais !

On n’est pas obligé de les lire, ni de les acheter, ni de les aimer.

- Manquerait plus que ça !

Je maintiens que c’est un texte drôle, émouvant, divertissant, et historique.

- Si Platet vous le dit ! Et si vous en doutez, voici encore un extrait :

“Il souriait d’un air idiot, d’un sourire de sourdingue, et les crouïas étaient à deux doigts de se cotiser pour lui payer un Sonotone.
– Ti m’entends pas, non ? qu’il hurlait Mahomet, ti m’entends pas, empaffé di ta mère…
La fureur l’étranglait ; il ne trouvait plus ses mots en français. Alors, il a commencé à postillonner en macaque. Je comprenais à moitié. Il prétendait, le mauricaud, que tous les gars qui venaient chez Gaston se
faisaient labourer l’oignon, de père en fils. C’était d’ailleurs un vice héréditaire. Car leur mère et leur grandmère et la grand-mère de leur
aïeule, elles en prenaient à la sultane, toutes sans exception, « crac » dans le pataronflard."

C’est un roman d’atmosphère.

- Comme dirait Arletty, la grande résistance à la barbarie nazie.

Bien sûr qu’il est grossier, sexiste, raciste et violent.

- Est-ce le rôle d’un éditeur digne de ce nom, de promouvoir ce qui est raciste et sexiste dans un contexte où le racisme et le sexisme avancent un peu plus chaque jour ?

Le narrateur est un caïd assassin qui n‘a connu que la violence et les armes. Il a été publié en 1947. Et le dernier Ellroy, il ne contient pas lui aussi quelques expressions aussi vulgaires que racistes ?

Pourquoi lancer cette campagne une semaine avant la mise en vente, et
avec une stratégie aussi maladroite : elle profite à M. Brigneau et nuit
au poulpe ? N’était-ce pas l’effet inverse qui était escompté ?
Je regrette que des amis, pris en otage par cette polémique dérisoire,
se trouvent mis en porte-à-faux. Qu’ils sachent que la porte de Baleine
leur sera toujours ouverte. Et que leurs textes, eux, je continuerai à
les défendre. Comme Patrick Raynal quand il a publié son ami ADG, parce
qu’il jugeait que c’étaient des bons livres, je publierai M. Brigneau,
je continuerai à publier des Poulpes, je continuerai à publier des
romans horribles dans Baleine Noire, je défendrai les titres parus chez
Baleine, tous les titres sans exception : A titre personnel, je n’aime pas les fachos. A titre professionnel, je déteste les censeurs.

- A titre personnel, je n’aime pas les éditeurs qui publient des fachos en nous décrivant leurs immondices comme choses drôles, émouvantes, divertissantes et à titre professionnel, je déteste les tricheurs
qui font passer une demande de retrait pour une censure !

François Brigneau réédité aux éditions Baleine

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Nous vous signalons la publication d’un nouvel article dans la rubrique "Entretiens", du site de Chantal Montellier. L’auteur a rencontré Arlette Zilberg, qui contribue régulièrement au site Youphil, et consacre ici un article au parcours, au travail et aux engagements de Chantal Montellier.

Nouvel article dans la rubrique "Entretiens"

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Le 15 février 2010, Arlette Zilberg, contributrice du site "Youphil : Décrypter un monde d’engagements", rend compte de sa rencontre avec Chantal Montellier. Nous retranscrivons le contenu de l’article ci-dessous. Pour accéder directement à l’entretien, sur le site Youphil, cliquez ICI.


Des bulles au féminin

Rencontre avec la dessinatrice Chantal Montellier, créatrice d’un prix qui récompense des auteures de BD féminines.

Il y a quelques semaines, le responsable de la librairie Goscinny me conseille vivement de rencontrer Chantal Montellier, dont le dernier ouvrage Le Procès est à l’honneur sur les présentoirs.

J’avais déjà entendu parler de Chantal, lors de la sortie de son album Tchernobyl, Mon Amour, et j’étais intriguée par la personnalité de cette femme. En effet, la Bande dessinée se révèle être un désert pour les femmes auteures. Ou plutôt, les femmes sont cantonnées aux albums pour enfants.

A l’heure où nous allons célébrer les 40 ans du MLF, cette réalité me laisse dubitative.

Je me rends donc sur le site de Chantal Montellier et lui propose de la rencontrer. Elle m’invite à me rendre chez elle car, dit-elle, elle n’a pas "les moyens d’avoir un atelier et travaille à son domicile."

Nous nous installons confortablement à côté de son ordinateur, thé et petits gâteaux à disposition, et commençons nos échanges avec pour seuls témoins ses 3 chats : "Je pourrais vivre sans homme, sans éditeur, mais sans chat ? C’est au-dessus de mes forces", me dit-elle en souriant !

De son passage à l’école des beaux Arts de Saint Etienne, d’où elle est sortie première, elle garde une blessure : en mai 1968, elle avait été la seule élève gréviste.

Alors qu’elle est professeure d’arts plastiques dans les collèges et lycées, l’un de ses collègues, qui se trouve être le rédacteur en chef d’un journal anarchiste, Combat syndicaliste, lui propose de publier ses premiers dessins de presse politique. C’est ainsi qu’elle devient l’une des premières femmes à s’engager dans le dessin politique.

En 73, elle quitte l’éducation car ses "vieux démons" la reprennent. "Je trouvais ça génial, l’image, le trait, le graphisme, mariage de l’art, du dessin, de la création, et de la politique." Elle travaillera alors pour l’Humanité, l’Unité (journal du parti socialiste), Politis, le Monde et des revues spécialisées. A l’Humanité Dimanche, elle propose alors sa première BD, autobiographique : nous sommes en 75, et la loi Veil sur l’avortement vient d’être votée au Parlement.

Chantal est enceinte. Sa situation matérielle ne lui permettant pas d’accueillir un enfant, elle part à l’assaut des hôpitaux pour pouvoir avorter. Impossible. Elle avorte donc chez elle, grâce à des copines du MLAC. Elle proposera sa BD à l’Huma qui la lui refuse. Elle en fera une deuxième version qu’elle propose à Nicole Chaillot, rédactrice en chef de l’Unité. Elle sera publiée, non sans créer la polémique au sein du journal.

En 1976, Chantal collabore alors à Ah ! Nana, magazine de BD de fiction "fait par des femmes, pour les femmes". Ah ! Nana reflète les préoccupations féministes de l’époque : sexualité, inceste, violences.

Après 2 ans de parution, le journal est interdit par la censure. Chantal me certifie qu’il n’y avait rien de pornographique."L’ordre avait peur de l’imaginaire féminin, il risquait de chambouler l’imaginaire collectif."

Le monde de la BD était quasiment exclusivement masculin. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Il y a 3 ans, Chantal décide de créer le prix Artemisia "pour que les femmes soient vues et qu’il y ait enfin débat autour de la création féminine." Cette année, le jury était mixte, me précise Chantal : 4 hommes, 7 femmes. Le prix a été remis a Lauréline Mattiussi pour son album,"l’Ile au Poulailler".

Lors du Festival International d’Angoulême, les jurés qui présélectionnent les albums pour les prix, toujours masculins, sauf exception. Une seule femme "grand prix" depuis l’ouverture du Festival : Florence Cestac.

Cette année, le mauvais goût a redoublé au prestigieux festival d’Angoulême : la remise des prix s’est faite dans un décor de femmes dénudées, habillées de plumes, de strass et de paillettes. Autant dire que Chantal a encore de bonnes raisons de continuer son combat pour donner plus de visibilité aux femmes dans la BD.

Des bulles au féminin

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Voici quelques extraits d’un article trouvé sur le blog "Saphisteries" :

(...) Dommage que les mangas paraissant en Europe offrent des images aussi stéréotypés des femmes (hétéro-dépendance, soumission, gentillesse à toute épreuve, abnégation silencieuse, soucis pratiquement limités aux chagrins d’amour pour les shojô, femmes pures mais sexy et femmes disponibles sexuelles pour les shônen). L’avantage reste que ces BD japonaises (et maintenant coréennes, taïwanaises…) fait la part belle aux dessinatrices, les jeunes lectrices n’ont donc plus à s’interroger sur la légitimité des femmes à faire des la BD. Dans ces conditions, on pourrait se réjouir également de l’étonnante multiplication des albums européens publiés par des femmes. Sauf que…

(...) Voici l’irruption de la BD “de filles”, qui a parfois droit à son rayon « girly », c’est-à-dire de la BD inoffensive (...) ce type de bandes dessinées est apparue depuis que les éditeurs se sont rendu compte que les femmes achetaient aussi de la BD, voir qu’elles pouvaient aussi avoir de l’humour... enfin non, pour l’humour, on ne sait pas, par contre elles achètent, donc on n’allait pas laisser perdre un marché… Ces BD peuvent être très sympathiques, mais restent également frustrantes : on ne sort jamais des clichés de la séduction, de la rivalité entre femmes (...) Il s’agit bien d’une tentative commerciale de rallier un maximum de dessinatrices relativement conformistes, dont les blogs sont dévorés chaque jour.
Catherine Beaunez a payé d’une partie de sa carrière le fait d’être une femme, de faire de la bd et de montrer la réalité pour ce qu’elle est : patriarcale. Quelques décennies plus tard (...) les femmes ont beaucoup moins de mal à se frayer un passage dans la bd…tant qu’elles restent « femmes ». La Bd « de fille », quelle que soit sa qualité, s’adresse à un public féminin et peine réellement à sortir hors des sentiers battus autobiographiques, pleine d’autodérision, elle est parfaite pour l’auto-flagellation misogyne : haine de son corps, jalousie envers les autres (« jolies ») femmes, mépris des femmes hors-normes, dépendance hétéro-amoureuse, obsession de la séduction.

(...) Cette bande dessinée quelque peu déprimante (elle ne l’est pas au premier abord : les auteures sont talentueuses, intelligentes, drôles, les couleurs sont en général plus vives que dans la bd dessinée par les hommes) est une vitrine de choix pour comprendre la misogynie intériorisée. Cette bd de « filles » qui se targuent de ne pas être de « vraies filles » manque d’ambition, de sens politique, elle semble tout droit issue d’un magazine « féminin »(...) L’ouverture du capitalisme à la bd faite par des femmes n’a pas donné grand’chose de réellement réjouissant, et ça n’est pas surprenant. Ces bd sont pour la plupart dans un discours conservateur relooké (pseudo libération sexuelle), mais, comme les magazines « féminin », marquées du sceau du Second Degré (toujours pratique), elles ne sont jamais identifiées comme telles. A noter qu’étant des femmes, même concilliantes, elles n’échappent pas aux malédictions sexistes, et héritent d’un public plus confidentiel que la BD faites par des hommes. (...)

Images des femmes dans la bande dessinée

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L’année dernière à Angoulême on enfermait les dessinatrices consentantes dans une “maison close” du deuxième degré (comme c’est drôle !), cette année, pour la célébration des prix attribués aux grands “fauves” de tous poils (y compris à l’homme des bordels thaïlandais !), on parsème les marches du podium de danseuses nues portant plumes et “chandeliers” sur la tête... Tout cela étant bien évidemment au deuxième degré ! (lire au sujet de l’utilisation, quelque peu abusive, du “deuxième degré” le magnifique livre du Dany-Robert Dufour La cité perverse déjà cité ici...).
Certains, et des meilleurs esprits, des plus développés, sont tout de même dupes du très utile et efficace “deuxième degré”.

Question : Jusqu’à quel (deuxième) degré tout cela va t-il descendre ?

Remarque : Pendant la crise de 29, le capitalisme en perdition se raccrochait au cul des Pin Up (et pas seulement celui de Betty Boop) pour faire bander le consommateur et le pousser à l’achat en excitant sa libido ; 80 ans plus tard on ressort les mêmes “arguments”, ce qui prouve à quel point le “ça” post moderne a avancé !

Idée : L’année prochaine à Angoulême je propose que l’on nous offre un beau spectacle sadien, avec esclaves sexuels en chair et en os (chrétiens ou non, mâles ou femelles, thaïlandais ou non). On les jetterait en pâture aux “fauves” après la nomination. Le tout au deuxième degré, of course !

“Cours camarade, le vieux monde est tout juste derrière toi, la bite à la main.”

Les fauves d’Angoulême

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Bernard Dato

http://www.voir.ca/blogs/blackdolphin/archive/2009/08/17/chantal-montellier-pierre-angulaire-de-l-histoire-de-la-bd-suite.aspx

17 août 2009, 11:17

Chapître 2 : Virtuosité encore, virtuosité toujours.

Les années soixante dix virent l’éclosion en France (notamment dans la revue Métal Hurlant ) de véritables mythes de la BD internationale.
Philipe Druillet faisait exploser les cases et, ayant digéré Jack Kirby et H.P. Lovecraft, nous proposait un univers singulier, fort et incontournable.
Jean Giraud qui dans son Blueberry s’inscrivait dans une tradition initiée par des Milton Caniff et autres Jijé, tentait, sous le pseudonyme de Moebius, de transcender une virtuosité incomparable - presque gênante - en faisant exploser les règles classiques du récit.
Et Chantal Montellier…
… Forte d’une culture politique et picturale solide et de convictions inébranlables, munie d’un dessin empreint de références multiples (de Warhol à Crépax en passant par Hugo Pratt) et d’une technique narrative originale (où iconique et réalisme se répondent sans cesse), Chantal Montellier introduisait dans le 9ème art des thématiques inédites : elle inventait la « Social Fiction » et faisait ainsi exploser les Clivages habituellement admis entre BD, cinéma, art dramatique et arts plastiques.

Outre l’intérêt que je portais à ses histoires (novatrices, visionnaires, politiques), certaines cases de Chantal Montellier ont toujours provoqué en moi une intense et prégnante émotion esthétique dont la cause m’a longtemps échappée.

Définissons, pour aller vite, le figuratif comme la représentation la plus proche possible du réel, l’iconique comme une représentation schématique -qui autorise, entre autres, une identification plus aisée au personnage -, et le pictural comme une représentation plus ou moins abstraite où les formes sont montrées pour elles-mêmes.

Je pense à Hugo Pratt. Ses personnages (et ses décors) contiennent de l’iconique et du pictural (voir certaines cases illisibles sans leur contexte, où aplats de noirs et de blancs atteignent une superbe abstraction) mais le figuratif réaliste est absent (à quelques exceptions près comme dans « Fable de Venise » où certains décors on été réalisé par un autre dessinateur et il faut bien reconnaître que le résultat n’est pas parfait car systématique).
Je pense à Moebius chez qui le réalisme atteint des sommets et chez qui les personnages, même lorsqu’ils sont iconiques, sont graphiquement traités comme les décors. Mais il manque l’abstraction picturale.
Je pense à Frank Miller chez qui, notamment dans son « Sin City », le figuratif et le pictural flirtent magistralement. Mais l’iconique est absent.

Ces auteurs, géniaux par ailleurs, ne sont pas, de ce point de vue, allés aussi loin que Chantal Montellier qui réalise un exploit esthétique remarquable en mêlant au sein d’une même case (souvent le point d’orgue d’une scène ou bien une pleine page), les trois éléments : figuratif, iconique et abstraction picturale (allez voir la dernière planche de « La fosse aux serpents », pleine page de toute beauté où sont présents ces trois éléments dans une image qui conserve pour autant toute sa cohésion. Les statues, ombrées, relèvent du figuratif le plus réaliste, Camille Claudel, sans ombre, tend vers l’iconique, et le décor, en haut à gauche relève de l’abstraction géométrique la plus pure).

Faire coexister ces trois plans de lecture graphique dans une seule et même image sans qu’ils soient simplement juxtaposés, sans qu’aucun des trois ne fasse pièce rapportée, sans que l’image globale ne perde de sa lisibilité, voilà qui relève de la virtuosité pour un résultat qui relève presque de la magie…

(à suivre)
Bernard Dato

Chantal Montellier, pierre angulaire de l’histoire de la bande dessinée

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Un certain Roure écrit ce qui suit dans “Bodoï”, journal de pubs voué à la bd commerciale et spectaculaire.


Le Procès

Posté par Benjamin Roure le 5 jan 2010 dans Critiques
Par Chantal Montellier et David Zane Mairowitz, d’après Frantz Kafka. Actes Sud, 18 €, novembre 2009.

Mais de quoi est donc accusé Joseph K. ? On ne le saura jamais, et ce n’est finalement pas le propos d’un des textes les plus fameux de Frantz Kafka. Le Procès met en scène un homme qui doit être jugé pour un délit qu’on ne lui révélera pas et qui se retrouve aspiré par une machine bureaucratique, procédurière et absurde. Jusqu’à la folie, jusqu’à la mort…

Cette adaptation écrite par David Zane Mairowitz, qui avait déjà signé la magnifique biographie de Kafka dessinée par Robert Crumb, se révèle un peu décevante. Sans doute parce qu’elle se veut ultra-fidèle et peine à s’approprier le roman paranoïaque originel, pour le transformer une oeuvre plus personnelle, comme l’avait par exemple fait Orson Welles avec sa transposition cinématographique. Chantal Montellier multiplie les artifices graphiques (textes énormes, pages déstructurées, très gros plans sur les visages), mais perd trop souvent en lisibilité et en puissance. Ses portraits de Joseph K. sont figés, car systématiquement calqués sur une des rares photos de Kafka connues. On retrouve aussi des citations visuelles appuyées à Tardi et Crumb, ce qui anéantit parfois l’originalité du travail réalisé. Néanmoins, malgré ces défauts qui dénotent sans doute d’une trop grande révérence au texte (qu’on pardonnera aisément), on ne peut que demeurer fasciné par celui-ci. Le Procès, publié en 1925 après la mort de son auteur, est toujours d’une force extraordinaire, une oeuvre forte sur la paranoïa, le sentiment de culpabilité, le basculement dans la folie et la pression du conformisme familial et social. On appréciera également les repères donnés en fin d’ouvrage sur les multiples interprétations possibles de ce grand roman.


RIEN à sauver mais tout à démolir systématiquement, donc, dans mon album, mes dessins, ma vison du Procès, mon adaptation. Pas assez spectaculaire sans doute ? Pas assez fille de pub, Montellier ?

RIEN, Nada, zéro, n’est-ce pas trop pour que cet ”article” soit vraiment honnête, objectif ?

Par ailleurs, ce “journal” a pré-publié un certain nombre d’auteurs : cherchez la femme...!


Au hasard, une couverture de la chose bodoïesque... “Explorateurs de bandes dessinées” soit-disant. N’aurait-il pas été plus honnête d’écrire sous une telle image, pornographique car racoleuse, vulgaire et obscène : “exploiteurs de bandes dessinées ?”

Un avis de BoDoï sur Le Procès

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Cet entretien est le résultat d’une rencontre entre Chantal Montellier et Florie Boy, étudiante en master 2 Cultures de l’Ecrit et de l’Image à Lyon, à Paris, le 5 mars 2009. Il fut suivi d’un échange de mails entre mars et juin 2009 qui permirent d’enrichir le dialogue et d’apporter quelques corrections. Cet entretien est la pierre de touche d’un mémoire consacré à trois auteurs de bande dessinée, Claire Bretécher, Chantal Montellier, et Marjane Satrapi, dans la perspective d’un questionnement sur la bande dessinée d’auteur et la création féminine.


Florie Boy : Mon projet est d’essayer de mieux définir le concept de bande dessinée d’auteur, dont les limites semblent assez floues, et qui a été en partie théorisé par les éditeurs indépendants dans les années 1990.

Chantal Montellier : Il me semble qu’il y a eu des tentatives de théorisation avant les années 1990... Les cahiers de la bande dessinée, Thierry Groensteen, Bruno Lecigne, Yves Lacroix, pour ne citer qu’eux, se sont, il me semble, penchés sur le sujet bien avant les éditeurs indépendants. Il faudrait vérifier. Par ailleurs, la bande dessinée d’auteur existait bien avant que les éditeurs indépendants la théorise, puisque Métal Hurlant, Charlie Mensuel, Futuropolis, entre autres, publiaient de la bande dessinée d’auteur dès le début des années 1970.

FB : Ce qui m’intéresse, c’est justement de connaître un petit peu mieux votre parcours avec ces magazines particuliers, qui ont émergé dans les années 1970, et qui ont été un moment essentiel dans l’histoire de la bande dessinée d’auteur. Je souhaiterais également vous poser plusieurs questions sur le statut d’une femme évoluant dans le milieu de la bande dessinée, sur votre lien avec l’association Artémisia, par exemple, et sur les choix que vous faites, d’un point de vue graphique notamment, dans vos œuvres.

Chantal Montellier : On peut commencer par Artémisia peut-être ? L’association est née d’une envie de faire un travail collectif avec d’autres femmes, et de se donner les moyens d’une certaine forme de reconnaissance au niveau des prix. On avait constaté que très souvent les jurys étaient composés en grande partie d’hommes, les femmes y étant peu ou pas représentées. Par ailleurs, la reconnaissance des oeuvres féminines était également très faible. Sur trente ans je crois qu’il y a une seule femme qui a eu le grand prix du festival d’Angoulême, à savoir Florence Cestac, par ailleurs épouse d’Etienne Robial, éditeur de Futuropolis. Créer une structure comme Artémisia était se donner les moyens de tenter un peu de rééquilibrer les choses. Ce n’est pas facile, Artémisia existe depuis 2008, et le prix a été décerné à Johanna Schipper, avec Nos âmes sauvages. Cette année le choix s’est porté sur Esthétique et filature de Tanxxx, et Lisa Mandel. Personnellement j’aurais préférer voir triompher les très beaux dessins d’Estelle Meyrand dans Scrooge. Très vite on a eu la chance d’avoir le soutien d’un sponsor en la personne de Michel-Édouard Leclerc, qui a doté le prix à raison de 3000 euros, ce qui n’est pas négligeable, d’autant qu’il y a très peu de prix qui sont ainsi dotés. Pour 2009, le jury sera différent et des hommes nous apporteront leur soutien, comme le théoricien de la bande dessinée, Thierry Groensteen, le dessinateur Miles Hyman, et l’écrivain et scénariste Yves Frémion. Après mûres réflexion nous avons pensé que la mixité était préférable à un jury exclusivement composé de femmes. Le débat n’en sera que plus animé. Cela permettra peut-être d’échapper à certaines querelles très... féminines.

FB : Querelles relativement visible sur le blog d’Artémisia sur lequel on peut assister à un grand débat sur l’exposition qui a été organisée à Angoulême par Dupuy et Berberian autour du concept de « La maison close ».

Chantal Montellier : La crise qui secoue Artémisia n’est pas liée à cela. Évidemment, « La maison close » comme concept, on peut en parler, on peut critiquer... Personnellement, je pense que pour valoriser le travail des femmes il y a peut-être d’autres idées à mettre en oeuvre que celle-là.

FB : Le rôle d’ Artémisia peut cependant ainsi être d’offrir un espace de parole sur des sujets qui font débat.

Chantal Montellier : Absolument ! Ce fut le cas avec « la maison close ». J’espère que d’autres sujets de discussion viendront bientôt, moins scabreux.
Pour ce qui est de mon parcours personnel, sur lequel vous m’interrogiez, il est un peu du au hasard et à la nécessité. J’ai fait les Beaux-Arts dans les années 1960, mais la bande dessinée n’y était pas du tout considérée comme un art, seulement comme un artisanat, une distraction pour les enfants, d’autant moins que la bande dessinée d’auteur, à cette époque-là, n’existait pratiquement pas. Mon intérêt pour le 9e art est venu plus tard, alors que j’avais quitté l’enseignement au profit du dessin de presse. C’est par le dessin de presse que je suis arrivée à la bande dessinée, d’abord dans Ah !Nana, journal de BD féminines, ensuite dans Métal Hurlant.

FB : Le choix de la bande dessinée comme support d’expression reste t-il du aux hasards de votre carrière et des opportunités qui l’ont jalonnée, ou permet-il de dire ou de montrer des évènements d’une manière différente (d’un roman par exemple) et plus efficace ?

Chantal Montellier : Si Anne Delobel, coloriste de Jacques Tardi et secrétaire d’Ah Nana, n’était pas venue me chercher je ne serais jamais devenue auteur de bande dessinée. Ce médium permet une double expression par l’image et le texte ce qui, bien employé, peut avoir un grand impact sur les imaginaires, qu’ils soient pré ou post pubères, voire adulte. L’image a une force que les mots n’ont pas, on en saisit le sens en un seul coup d’œil... Elle parle à l’inconscient plus directement qu’un texte. De ce fait elle peut être dangereuse et est très contrôlée. La bande dessinée est aujourd’hui à la fois sous contrôle et surexploitée. Elle aurait pu être un outil de libération, d’expression, d’éducation visuelle au service d’une émancipation populaire, mais elle a été reprise par le « Marché » et son idéologie. Enfin, je schématise un peu, la situation est un peu plus complexe... Sinon, j’ai publié plusieurs recueils de nouvelles illustrées et un roman, mais j’ai pu constater que l’impact de mes bandes dessinées est beaucoup plus fort.

FB : Pouvez-vous évoquer les rencontres, dans le milieu de la bande dessinée ou autre, qui ont eu une influence sur votre carrière d’auteur de bandes dessinées, ainsi que les œuvres artistiques (bande dessinée, littérature, peinture, …) qui ont eu un effet similaire ?

Chantal Montellier : J’ai surtout fait des rencontres graphiques au début de ma « carrière », qui m’ont aidée à aimer la bande dessinée, comme par exemple Nicole Claveloux, Guido Crepax, Buzzelli, José Munoz, Pratt, Mattotti, plus tard Miles Hyman,... Ce sont tous de très grands dessinateurs à mon humble avis, avec un langage graphique personnel, une esthétique, un riche vocabulaire de formes, une liberté, une autonomie... Bref, de vrais artistes à des milliers de kilomètres des stéréotypes de l’école Belge ou de Mickey. Les oeuvres de tous ces créateurs (Valentina, Sophie, Alack Sinner, La révolte des ratés, Zil Zélub...) m’ont beaucoup stimulée.
En littérature je suis une infidèle, et mes « amours » changent souvent. Là, je viens de découvrir Chloé Delaume, dont la personnalité et les récits m’impressionnent. Et, parallèlement, je suis en train de re-relire Si c’est un homme de Primo Lévi, avec la même émotion extrême. Le témoignage est bien sûr l’essentiel, mais l’écriture, d’une sobriété et d’une efficacité rares, est aussi admirable, me semble t-il. La lecture de ce récit devrait être rendue obligatoire au lycée. Si ce livre était oublié ce serait tragique.
Côté peinture, j’ai été influencée à certaines époques par des artistes comme Francis Bacon et par des mouvements comme celui de la Nouvelle Figuration. Il y a aussi des oeuvres féminines qui m’ont impressionnée, celles, entre autres, de Dorothéa Tanning, compagne de Max Ernst, de Frida Khalo, et bien sûr de la « suicidée de la société » : Camille Claudel, dont je retiens cette phrase en particulier : « Incapables de rien faire par eux mêmes, ils ne voient que le mal ». J’ai, pour ma part, au cours de ma déjà longue « carrière » , pu constater que l’on s’intéressait souvent plus à mes histoires personnelles qu’aux dimensions artistiques et esthétiques de mon travail. Idem pour le film de Bruno Nuyten sur Camille Claudel, il se concentre bien plus sur l’histoire pathétique et sulfureuse du couple Claudel-Rodin, que sur le travail de la sculptrice et sa place dans la société de l’époque, qui n’est absolument pas mise en question. Bref, rien ne change !

FB : Pouvez-vous nous parler plus précisément de votre collaboration à des magazines tels que Métal Hurlant ou (A Suivre) ? Quelle liberté de création vous ont offert ces revues, et quels publics vous ont-elles permis de conquérir ?

Chantal Montellier : Métal Hurlant était un chaudron en ébullition ou tout ou presque était permis. Contrôle et censure avoisinaient le zéro absolu. Ce fut un moment très excitant où l’imaginaire et le talent de chacun pouvaient se déployer en toute liberté. Hélas, la gestion était trop fantaisiste pour que la revue et la maison d’édition fassent de vieux os. C’est dommage, les auteurs ne retrouveront pas une telle liberté avant longtemps, je crois.
(A Suivre) était sous la férule de Jean-Paul Mougin qui n’avait pas du tout la même passion pour le genre qu’un Jean-Pierre Dionnet, beaucoup plus investi et sincère. Le fonctionnement d’ (A Suivre) était plus « bureaucratique ». Son responsable venait de la télévision où il assistait Adam Saulnier, premier journaliste d’art sur le petit écran. Ils avaient perdu leur place après les évènements de 1968... Mais ceci est une autre histoire (je crois que Jean-Paul Mougin ne s’est jamais consolé d’avoir perdu cette place privilégiée pour accéder au monde de l’Art avec un grand A). Ma liberté chez Casterman était beaucoup plus réduite que dans Métal Hurlant et l’ambiance, à mes yeux, moins bonne. Je ne me sentais pas valorisée, au contraire.

FB : La collaboration avec ces magazines relève t-elle d’un goût personnel pour leurs lignes éditoriales, ou est-elle une réponse aux opportunités qui se sont présentées à vous ?

Chantal Montellier : Dessiner pour une revue de bande dessinée féminine comme Ah ! Nana était plus qu’une opportunité, c’était aussi un peu un enjeu et une petite bataille. L’imaginaire féminin dans ce domaine de l’édition était alors pratiquement inexistant. Par ailleurs, le fait d’y retrouver quelqu’un comme Nicole Claveloux était à mes yeux très stimulant car c’est une immense dessinatrice, hélas méconnue. Par ailleurs, Nicole sort comme moi des Beaux-Arts de Saint-Étienne (j’ai eu sa mère comme professeur d’étude documentaire), cela nous a rapprochées un moment... Malheureusement, la revue a été rapidement frappée d’interdiction par la censure et interdite d’affichage dans les kiosques pour d’obscures raisons, alors que L’Echo des Savanes et les bandes dessinées pornos de Manara s’épanouissaient en toute tranquillité dans les mêmes kiosques. « Cachez ces images que l’Etat-policier et la société patriarcale ne sauraient voir sans être aveuglés ! »
A partir du moment ou je me suis professionnalisée il m’a fallu produire suffisamment pour assurer ma subsistance. J’ai donc du saisir les opportunités qui se sont présentées, parfois indépendamment des lignes éditoriales. J’ai même du ramer contre, chez Dargaud éditeur par exemple, dont l’état d’esprit et la politique d’édition n’allaient pas vraiment dans mon sens ! J’ai tout de même pu y produire quelques albums, comme les deux derniers tommes de la série Julie Bristol et un recueil de nouvelles Voyages au bout de la crise, qui est ce que j’ai fait de meilleur dans le genre. Tout ça est un peu paradoxal.

FB : Est-ce que les magazines cités ont joué un rôle déterminant dans l’émergence d’une bande dessinée nouvelle, très engagée et très politique, qui se rattache à la bande dessinée d’auteur par l’affirmation d’une certaine créativité ?

Chantal Montellier : Je n’ai vu de bandes dessinées très engagées ou très politiques, ni dans Métal Hurlant, ni dans (A Suivre ). Je crois avoir été et être encore un peu une exception.

FB : Jean-Pierre Dionnet, dans la préface d’une réédition chez Vertige Graphic de trois de vos fictions parues d’abord dans Métal Hurlant, dit que vous y avez apporté quelque chose de complètement différent.

Chantal Montellier : Ce qui n’était pas sans poser quelques problèmes ! Et c’est toujours le cas aujourd’hui. Je m’aperçois, lorsque je vais fouiner dans les rayons BD des librairies, à quel point ma production détonne. Cela a plusieurs explications, dont la principale réside dans ma culture et ma sensibilité politiques. Ma culture de l’image aussi, sans doute...? Mon histoire personnelle et sociale également. Mon histoire avec la bande dessinée n’est pas vraiment une histoire d’amour, elle est plutôt le fait du hasard et d’un ... « combat ».

FB : Certaines maisons d’édition vous paraissent-elles plus intéressantes (plus proches de vos ambitions) de par leurs choix éditoriaux ?

Chantal Montellier : Je me sens plutôt bien et en accord – relatif – chez Actes Sud et Denoël Graphic, mes éditeurs actuels. Michel Parfenov (A.S.) et Jean-Luc Fromental (D.G.) sont des sortes d’amis... Jean-Luc était l’un des permanents de Métal Hurlant, ça crée des liens. Michel et moi avons même quelques goûts et une certaine culture de l’image en commun, de Guido Crépax à Clovis Trouille, en passant par les surréalistes. Thomas Gabison (A.S.) représente la nouvelle génération, mais c’est quelqu’un dont je me sens tout de même assez proche. Ceci dit, je ne me sentais pas trop mal non plus dans des revues comme Révolution, dont j’appréciais les combats culturels et l’esthétique, ou aujourd’hui la revue culturelle Cassandre à laquelle je viens de donner deux pages de dessins pour leur prochain numéro consacré à “l’appel des appels”.

FB : Les difficultés qui s’imposent à un auteur de bande dessinée l’autorisent-elles à choisir la maison d’édition la plus susceptible de comprendre et de valoriser l’œuvre éditée ?

Chantal Montellier : Ce sont plutôt les éditeurs qui ont le pouvoir de choisir les auteurs et non le contraire. L’auteur propose, l’éditeur dispose, neuf fois sur dix. Bien sûr il y a des éditeurs chez qui je ne mettrais jamais les pieds (à moins d’y être contrainte par la nécessité). Quant à la valorisation de l’œuvre...! Il faut savoir que beaucoup de choses dépendent, une fois le livre publié, des attachés de presse et de leurs sympathies ou antipathies pour l’auteur à défendre, et aussi des caprices du « Marché » et des médias... À ce niveau, les dés sont un peu pipés et on ne peut pas dire que la démocratie de la culture fonctionne au mieux !

FB : Avez-vous eu la tentation, comme Claire Bretécher, de créer votre propre maison d’édition, seule ou en collaboration avec d’autres auteurs ?

Chantal Montellier : Non, je n’en ai pas les moyens et les auteurs que je connais non plus. Je suis une sorte « d’oeuvrière » (comme dirait Bernard Lubat) de l’image narrative par rapport à une Bretécher qui jouit, elle, des faveurs d’un grand hebdo ayant beaucoup de moyens. Comme en plus je me suis toujours solidarisée plutôt du monde du travail que du monde de l’argent, des people et des paillettes, ma réussite sociale et mes finances en ont très légèrement souffert.

FB : L’Association Artémisia ne pourrait-elle pas déboucher sur une telle ambition à long terme ?

Chantal Montellier : A très long terme, alors !

FB : Concernant la bande dessinée d’auteur, comment la définiriez-vous ? Pensez-vous qu’elle implique de la part des auteurs de nouvelles ambitions littéraires et graphiques ?

Chantal Montellier : Faire un vrai travail d’auteur c’est avoir envie de s’exprimer en « personne première », de parler de ce qui nous préoccupe, me préoccupe en tant que personne, citoyenne, individu, artiste, plutôt que d’obéir à un certain nombre d’impératifs commerciaux, de me couler dans des modes, des modèles. Quant aux ambitions, elles sont celles qu’on peut avoir en fonction des moyens dont on dispose. L’ambition pour ma part est surtout d’ordre esthétique. Et j’ai aussi pour ambition de faire des bandes dessinées aussi lisibles que possible. Mais mes ambitions littéraires dans ce domaine sont assez modeste. Un peu moins dans mes recueils de nouvelles illustrées... Dans la bande dessinée, l’image est la plupart du temps inféodée au texte, ce qui limite un petit peu sa liberté, ses ambitions plastiques, graphiques, esthétiques. Les « nouvelles » ambitions littéraires et graphiques, je les ai plutôt expérimentés dans ceux de mes livres où texte et images échappaient aux codes de la bande dessinée (vignettes, strips, bulles...). Ceci étant, je crois me permettre quelques audaces aussi en bande dessinée (taille des images, parfois pleines pages, citations graphiques, etc.).

FB : Pensez-vous que la bande dessinée d’auteur puisse exprimer une forme de contestation contre les publications des grandes maisons d’édition, ou ce rôle est-il plutôt celui des maisons d’édition alternatives ?

Chantal Montellier : La bande dessinée d’auteur peut s’avérer être un pied de nez, au minimum, à certaines politiques d’édition menées par des majors, et constituer une résistance à certaines tendances lourdes (bandes dessinées commerciales, trop souvent complaisantes pour ne pas dire vulgaires et racoleuses, séries préfabriquées, mangas débilitants, hyper violence à l’américaine, autobiographie et nombrilisme bobo-branchés, etc.). Les petites maisons indépendantes peuvent aussi être des lieux de « contestation » et d’expression plus originales, libres et singulières... Ou au contraire suivre les tendances dominantes, suivre la « mode »... Il n’y a pas d’opposition à faire.
En temps qu’auteur indépendant je me sens tout de même plus libre de produire ce qui me plait chez un éditeur généraliste comme Actes Sud ou Denoël que dans une grosse structure comme Dargaud (Ampère) ou Casterman (Rizzoli) qui ont, il me semble, un rapport plus strictement commercial à la bande dessinée.

FB : J’ai eu l’impression, dans vos dernières bandes dessinées, telles que Tchernobyl mon amour ou Les Damnés de Nanterre, que la place de vos engagements se radicalisait, et que cela apparaissait dans une attention accrue portée à l’événement abordé en lui-même, et au message que vous voulez peut-être transmettre. C’est un sentiment que j’ai eu notamment en suivant les aventures du personnage Chris Winckler…

Chantal Montellier : Chris Winckler est un personnage qui est né dans les années 2004-2005, d’une commande de Jean-Luc Fromental ( Denoël Graphic), concernant l’affaire Rey-Maupin. C’est une bande dessinée qui repose sur une importante documentation journalistique. C’est un peu la même démarche pour Tchernobyl mon amour publié par Actes Sud. Je n’ai pas le sentiment que dans ces deux albums « la place de mes engagements se radicalisait », au contraire... Odile et les crocodiles, Blues, Wonder City me semblent plutôt plus « radicaux » et plus durs que ces deux dernières productions. Mais je suis la plus mal placée pour juger.

FB : J’avais surtout l’impression que dans Tchernobyl mon amour par exemple, l’intrigue devenait à certains moments plus anecdotique pour mettre en avant cette ample documentation sur laquelle vous vous appuyez.

Chantal Montellier : Oui ! En fait l’intrigue et la dimension fictionnelle doivent se mettre au service d’une information considérable. Elles doivent la faire vivre, la faire revivre, l’actualiser. Dans cet album je me suis mise au service d’une information, mais c’était déjà le cas dans certains de mes albums des années 1970, comme Andy Gang où je partais de faits divers, et même dans les Julie Bristol, puisque le premier était consacré à Camille Claudel : la fiction servait aussi l’histoire, enfin l’histoire au sens historique, pour essayer de comprendre un peu plus, d’éclairer un peu mieux certaines choses restées dans l’ombre, et pour ma propre édification personnelle. C’est une façon aussi pour moi de visiter ou de revisiter les moments de l’histoire, petite ou grande, qui m’intéressent, m’intriguent, me questionnent. Me hantent parfois.

FB : On trouve une certaine ressemblance entre les personnages de Julie Bristol, de Chris Winckler, ou même d’Odile. N’auriez-vous pas en tête un type de femme susceptible de renouveler l’image de la femme parmi les héroïnes de bande dessinée, qui ont été longtemps stéréotypées et reléguées dans un univers un peu inférieur ? Vous créez au contraire un personnage qui contourne les stéréotypes, qui est très indépendant et très affirmé, jusqu’à créer peut-être, un autre type d’héroïne.

Chantal Montellier : J’essaie de fabriquer un personnage avec lequel je puisse vivre agréablement le temps d’un album, ou de plusieurs. Des personnages de jeunes femmes d’aujourd’hui, ni trop jolies ni trop laides. Suffisamment actives et se servant à la fois de leur jambes et de leurs têtes. Elles ont un petit côté androgyne, leur féminité est discrète... Je n’étale pas leurs attributs, au risque de perdre des lecteurs... Ce sont généralement des trentenaires, un peu intellos, un peu artistes, un peu de gauche, un peu féministes, et très déterminées. Elles aiment le risque et n’ont pas peur du feu. Pas assez.
Ceci étant, je ne les construis pas de cette manière avec la volonté délibérée de « contourner les stéréotypes », mais parce qu’elle me plaisent ainsi. Si je crée un nouveau type d’héroïnes que les habituelles accompagnatrices de héros, ou les blondes à gros nichons et cervelle d’huître, tant mieux.

FB : Quelles sont vos sources de documentation pour des albums tels que Tchernobyl mon amour ?

Chantal Montellier : Multiples ! D’abord le livre énorme et très complet de Vladimir Tcherkoff, Le crime de Tchernobyl, et aussi celui, bouleversant et terrifiant de Svetlana Alexievitch, La supplication. Ensuite, Internet, où l’on trouve énormément de choses sur le sujet.

FB : Recherchez-vous une réaction particulière chez votre lecteur ? (révolte, engagement…).

Chantal Montellier : Je cherche surtout à l’intéresser suffisamment pour qu’il ne referme pas l’album avant de l’avoir fini, et à ce qu’il en ressorte un peu plus conscient, plus informé et plus armé. « Voir c’est savoir » parait-il, je pense que la BD peut y aider. À ce sujet, je vous conseille la lecture du livre passionnant de Georges Didi-Huberman, Quand les images prennent position, aux éditions de Minuit. Voici quelques lignes de la quatrième de couverture : « Dans un monde où les images prolifèrent en tous sens et où leurs valeurs d’usage nous laissent si souvent désorientés, entre la propagande vulgaire et l’ésotérisme le plus inapprochable, entre une fonction d’écran et la possibilité de déchirer cet écran, il semble nécessaire de revisiter certaines pratiques où l’acte d’image a véritablement pu rimer avec l’activité critique et le travail de la pensée. On voudrait s’interroger, en somme, sur les conditions d’une possible politique de l’imagination. »

FB : Le support en lui-même apporte t-il une nouvelle légitimité à l’auteur ? Le fait de passer d’une publication dans un magazine à la publication d’un album permet-il de s’affirmer en tant qu’auteur ?

Chantal Montellier : La durée de vie n’est pas la même (ceci étant dit, la disparition des supports presse pour la BD est une perte de visibilité et un manque à gagner assez considérable). Ma signature était davantage présente et visible quand je publiais régulièrement dans la presse. La durée de vie d’un album en librairie est terriblement courte !
Mais le statut d’auteur est tout de même plus porté par le livre que par la publication dans un journal, ça me semble évident.

FB : Votre statut de femme a t-il rendu plus difficile l’entrée dans le monde de la bande dessinée dans les années 1970, quand vous avez commencé, ou cela a t-il offert au contraire une ouverture plus grande ?

Chantal Montellier : Être une femme dans ce milieu, qui était jusqu’à peu très masculin, n’était pas quelque chose de simple, mais j’ai démarré dans la bande dessinée par le biais d’un journal de femmes “Ah ! Nana”, ce qui m’a un petit peu aidé. À partir du moment où Ah ! Nana a disparu, je me suis retrouvée dans une presse et un système éditorial qui étaient complètement masculins. Des problèmes ont commencé à surgir... Le machisme, le sexisme n’étaient pas absents ! De plus, j’étais très décalée du fait du contenu de mon travail, et de ma personnalité. Je ne dirais pas que je n’étais pas à ma place, parce qu’il n’y a pas de raison que des gens comme moi ne puissent pas faire aussi de la création bande dessinée, mais, oui, j’étais très très décalée et je le suis toujours. Il faut dire que pour moi, la BD était une arme politique surtout. Le moyen d’exprimer une colère, une souffrance.

FB : Et est-ce que la bande dessinée d’auteur ne permet pas justement, à des personnalités un petit peu « marginales » de s’affirmer de manière plus évidente, ou en tous cas d’obtenir la reconnaissance d’un public différent ?

Chantal Montellier : Si. Je crois que mon public n’est pas le public lambda de la BD commerciale. Comme auteur, je suis « née » en 1968, mon public aussi. Nous sommes en 2009 et entre temps il s’est passé beaucoup de choses... pas mal d’échecs, de déceptions, de trahisons ont entraîné une certaine forme de dépolitisation. Quand j’ai commencé, la politisation était forte, y compris chez les jeunes. Aujourd’hui, 80% ne se sont pas déplacés pour aller voter aux dernières élections pour les européennes. La vie démocratique est à terre et j’ai peur que ceux qui la ramassent ne soient pas, au final, des gens très sympathiques.

FB : Le personnage d’Angela Parker, dans Wonder City, était représenté chauve dans l’édition des Humanoïdes Associés, alors qu’il a des cheveux dans la réédition de Vertige Graphic. Est-ce un choix de votre part ou une demande de l’éditeur ? Qu’est-ce qui a déterminé ce changement ?

Chantal Montellier : Le personnage d’Angela Parker m’a été inspiré (crane rasé compris) par celui de THX 1138, un film culte des années 1970, signé George Lucas : au 25e siècle, il est interdit de ressentir. Sous l’œil de robots policiers, les humains, drogués, travaillent à la chaîne, construisant leurs propres gardiens ! Sous l’impulsion de sa compagne LUH 3417, THX 1138 cesse de prendre ses pilules et découvre un monde de sensations, puis accepte de fuir avec elle... Je me suis rendue compte après coup que la femme chauve entretenait tout un réseau de fantasmes masculins plus ou moins agréables... Donc, j’ai corrigé.

FB : Entre l’édition des Humanoïdes Associés et celle de Vertige Graphic, la palette des couleurs a également été simplifiée, est-ce aussi une décision de votre part, à quel effet ?

Chantal Montellier : Non, j’ai du faire là une concession à la maison d’édition.

FB : Peut-on voir dans certains de vos personnages une proximité autobiographique avec vous, et votre personnalité ?

Chantal Montellier : Certains, oui... Plus ou moins. On m’a par exemple identifiée à Odile (et les crocodiles) et j’ai parfois du expliquer que je n’avais pas subi de viol dans un parking, (je n’ai ni permis ni voiture), ni ailleurs. Que je ne squattais pas un immeuble à l’abandon, et que je ne chassais pas les crocodiles après minuit, mais dormais (je suis une couche tôt). Il est vrai que comme j’ai tendance a beaucoup m’investir dans mes personnages de papier, ont peut prendre la fiction pour la réalité. C’est à cette occasion que j’ai compris que la création bande dessinée présentait quelques risques d’autant plus sérieux que le lectorat n’est pas toujours d’une très grande maturité intellectuelle, car encore très jeune. Je me sens, heureusement pour moi, plus proche de Julie Bristol et de Chris Winckler que d’Odile... Plus proche d’elles que du personnage des Rêves du fou. Prêter sa voix aux victimes de la société et de l’histoire, aux vaincus, c’est aussi se mettre en danger tant il est vrai que comme disait mon analyste : « dire l’horreur c’est risquer de devenir cette horreur aux yeux des autres », a fortiori quand on la représente avec trop d’exactitude.

FB : Dans quelle mesure, par exemple, la description du monde du journalisme, à travers le personnage de Chris Winckler, reflète-t-elle vos propres expériences professionnelles ?

Chantal Montellier : J’ai fait du dessin de presse pendant presque trente ans, avec des hauts et des bas... L’actualité m’intéresse et je vis avec un homme, qui entre autres activités, est journaliste.

FB : Comprenez-vous en un sens le rapprochement que nous faisons dans ce travail entre votre œuvre et celles de Claire Bretécher et de Marjane Satrapi ?

Chantal Montellier : Je comprends que vous choisissiez trois auteurs femmes dont la production n’est pas passée inaperçue. Mais les personnalités de ces trois femmes sont à des années lumière de distance. Ce qui pour une « étude comparative » peut présenter un véritable intérêt. Surtout si l’on prend en considération certains aspects sociaux et politiques... Pour ce qui est du phénomène Satrapi, je suis assez perplexe et m’interroge un peu sur l’authenticité de la démarche et sur le rôle tenu par David B. dans la création graphique...

FB : De Claire Bretécher à Marjane Satrapi, pensez-vous que la situation des femmes auteurs de bande dessinée ait beaucoup évolué ?

Chantal Montellier : Oui et non. Davantage de femmes sont publiées, mais dans quelles conditions et avec quel projet éditorial derrière ? Ont-elles la possibilité de faire « carrière » ou juste un « one shot » en surfant sur les modes du moment ? Sont-elles prises au sérieux comme artistes par leurs éditeurs ou seulement exploitées le temps d’un album ou deux, coïncidant avec ce qui est dans l’air, et avec les jeux mimétiques des post adolescents ? « Trois petits tours et puis s’en vont ! A la suivante ! » Le Molloch de l’édition a un très gros appétit et le menu fretin abonde.
Cette année chaque membre d’Artémisia a reçu une vingtaine d’albums, plus ceux que chacune s’est procurée de son côté. Il me semble qu’il y a une sorte d’effondrement au niveau de la maîtrise de la « science » du dessin, de ses exigences et aussi de la culture de l’image, narrative ou non. Beaucoup de ces dessins sont au premier degré et d’une grande maladresse, pas forcément volontaire. Actuellement, les Séraphine de Senlis sont à l’ évidence bien plus nombreuses dans le 9e art que les Nicole Claveloux, Johanna Schipper, Estelle Meyrand, voire Mathilde Arnaud (alias Tanxxx), qui ont toutes une certaine maîtrise de leur art. Alors, après l’art brut, la bd primitive ?
Ceci étant je déteste l’académisme et j’aime bien des dessinateurs comme Chester Gould, Got, George Herriman, Sempé ou Reiser, mais leurs dessins à tous étaient très élaborés, travaillés.

FB : Pensez-vous que les auteurs féminins sont plus susceptibles de s’intéresser à la bande dessinée d’auteur de par les thèmes plus intimistes ou engagés, les univers plus personnels qui sont susceptibles de s’y développer ? Ou la catégorie des auteurs féminins reflète-t-elle plus ou moins les mêmes goûts, les mêmes ambitions que ceux des auteurs masculins de bande dessinée, pour l’héroic-fantasy par exemple ?

Chantal Montellier : J’avoue avoir été légèrement déçue par ce que j’ai pu voir pendant ces deux années d’existence du prix Artémisia, par la bande dessinée féminine. Même s’il y a eu quelques belles découvertes et heureuses surprises, comme Estelle Meyrand (Scrooge chez Delcourt). Outre que la transmission d’une génération de dessinatrices à l’autre ne se fait guère, à l’exception d’Anne Rouquette citant graphiquement Claveloux dans son dernier album, le côté nombriliste qui prédomine constitue un repli sur le premier cercle, la famille, l’organique, le giron naturel. Le rapport mère-fille, souvent représenté, n’est que rarement mis en perspective dans la scène plus large de la société et de ses mœurs, rapports de force et de domination. La politique, elle, s’absente quasi totalement.
Donc, en gros, plus de femmes s’expriment et sont publiées, mais pour mieux revenir à ce qui est depuis toujours considéré comme leur territoire assigné : la maison, l’intime. En cela, la bande dessinée féminine actuelle participe, volontairement ou pas, à un retour à « l’ordre », et pas que symbolique. Ce que j’entends au delà de toutes ces paroles et images féminines et des phylactères qui les enserrent, c’est la voix du patriarcat et des ses normes qui nous dit : « Occupez-vous donc de vos fesses ! ».

FB : La difficulté des femmes à s’imposer dans l’univers très masculin de la bande dessinée relève t-elle selon vous des thèmes atypiques qu’elles souhaitent aborder, ou d’une discrimination sociale et culturelle telle qu’on la retrouve plus généralement dans la société française ?

Chantal Montellier : Leurs thèmes ne sont pas nécessairement « atypiques », le rapport mère-fille par exemple, tellement présent dans leurs livraisons de 2007-2009, n’est pas une incongruité, un exotisme, ou une question marginale. Je crois plutôt que c’est l’imaginaire et les représentations qui s’y déploient qui peuvent rebuter certains lecteurs masculins ? Il y a aussi une question de force, de puissance et d’impact de l’expression, des images. Les femmes me semblent, hélas, encore bien timides et maladroites à ce niveau mais c’est en forgent que l’on devient forgeron ! Pour ce qui est de la discrimination sociale et culturelle, je crois qu’elle est à l’œuvre d’autant plus efficacement qu’elle avance de manière souvent souterraine et inconsciente. Les dessinatrices intériorisent cette domination et la symbolisent à leur manière, parfois en reprenant à leur compte des constantes de l’imaginaire masculin le plus machiste (cf. les personnages féminins d’une Annie Goetzinger , très inspirés par le phallocrate Georges Pichard, par exemple). Les femmes sont rarement valorisées dans ces représentations et cela d’autant plus que la bande dessinée relève encore d’un artisanat populaire. La femme y est encore bien davantage que dans les milieux « favorisés » le prolétaire de l’homme, quand elle ne tombe pas sous les coups d’un conjoint violent comme les statistiques d’un rapport récent d’Amnesty International nous en informent. Une femme tous les trois jours meurent sous les coups de son compagnon, ce qui est tout de même un peu effrayant. Les mass médias n’ y font guère d’échos. Silence, on tue ! Quand aux séries policières télévisuelles (Nestor Burma, Boulevard du Palais, etc...), les femmes en sont à peu près systématiquement les victimes : c’est toujours elles qu’on assassine, généralement de façon sadique et en les ayant violées avant ou après leur mort. Elles sont données en pâture aux téléspectateurs et nombre d’entre eux s’en délectent. Une façon de gérer les instincts sadiques et criminels de nos contemporains aux détriments des contemporaines ? (Le succès phénoménal de Millénium repose sur les mêmes ingrédients). On trouve peu d’écho à ces graves questions dans la production de bandes dessinées féminines, quant aux dessinatrices et scénaristes femmes elles sont plus volontiers conviées à se produire dans des « maisons closes » de papier lors du festival d’Angoulême, qu’à s’exprimer collectivement sur ce sujet brûlant et fort dérangeant.

FB : La naissance de la bande dessinée d’auteur et l’apparition de femmes auteurs de bandes dessinées ont-elles joué selon vous un rôle important dans la lutte féministe engagée depuis la fin des années 1960, en France notamment ?

Chantal Montellier : Non, je pense que la majorité des féministes sont passées à côté et n’ont pas compris les enjeux à ce niveau. Les imaginaires se cuisinent dans la grande marmite de la bande dessinée dont les ventes sont spectaculaires, et il en sort surtout la reproduction des mêmes fantasmes masculins du moment, cela sans que les féministes en soient conscientes. Enfin, il me semble. Les mêmes qui manifestent et se battent bec et ongles pour la « cause des femmes » offrent à leurs enfants des bandes dessinées d’un machisme et d’un sexisme effarants sans même s’en rendre compte, sans en avoir conscience. Il y a une sorte d’ « euphémisation » à ce niveau. C’est de la bande dessinée donc c’est inoffensif et rigolo. C’est pour de rire !

FB : Souhaitez-vous évoquer quelques uns de vos engagements ?

Chantal Montellier : Pas vraiment. Juste une chose à titre d’information : j’ai travaillé entre 1975 et 1995 pour une presse dite engagée, j’avais le choix entre 5 ou 6 supports, mais hélas, les journaux qui me publiaient sont morts ou ont été vendus à des banquiers et des marchands de canons. Côté presse, il ne me reste pas un millimètre carré, récemment seulement : Cassandre.

Les femmes dans la bande dessinée d’auteur depuis 1970

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Ci-dessous quelques photographies du festival d’Angoulême, publiées sur le site ActuaBD le 1er février 2010.

Pour lire l’article en question et découvrir toutes les photographies de l’évènement, cliquez ICI.

Notre sélection se veut une interrogation plus personnelle sur le rapport entre la création de bandes dessinée et l’exhibition de danseuses dénudées ! Et aussi : en quel honneur Frédéric Mitterrand reçut-il un Fauve d’honneur ?

Drôles de fauves par ailleurs... qui plutôt que de valoriser la bande dessinée nous laissent un certain sentiment de honte...


Blutch.


Le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, a reçu un Fauve d’honneur.


Riad Sattouf, prix du meilleur album pour Pascal Brutal.

Festival d’Angoulême

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La rubrique "Emploi" de France 5 consacre en 2009 un dossier aux métiers de la bande dessinée. S’interrogeant sur le marché de la bande dessinée, sur le métier et la formation des auteurs, ce dossier dédie également un article à Chantal Montellier. Pour retrouver l’ensemble du dossier, cliquer ICI.


Si les hommes dominent encore le milieu de la bande dessinée, de plus en plus de femmes cherchent à affirmer leur talent dans le 9e art. Portrait de Chantal Montellier, l’une des grandes signatures de la BD au féminin.

Militante ? Engagée ? Féministe ? Chantal Montellier, scénariste et dessinatrice de BD se définit avant tout comme "une femme de caractère". Depuis 30 ans, cette forte personnalité a su s’imposer à coups de crayon dans un milieu exclusivement masculin. "J’ai été une des premières femmes à avoir une signature visible dans la BD", souligne-t-elle.

Du dessin de presse politique à la BD. Professeur d’arts plastiques en collèges et lycées, Chantal Montellier fait une rencontre en 1972 qui lui ouvre les portes du dessin de presse politique. Elle collabore à Combats syndicalistes, Politis, l’Humanité. Chantal Montellier participe ensuite au lancement d’Ah ! nana, une revue de bande dessinée de femmes dans laquelle elle crée le personnage d’Anti-Gang. "La plupart des femmes faisaient de la BD pour enfants. La revue Ah ! Nana leur a permis d’être plus visibles et de s’exprimer dans le monde de la bande dessinée pour adultes." Quand l’aventure Ah ! Nana s’achève avec la disparition du titre, Chantal Montellier rejoint les équipes des revues Métal Hurlant et A Suivre. Elle connait une période très prolifique et signe plusieurs albums aux éditions Les Humanoïdes associés : 1996 (1978), Wonder City (1982), Odile et les crocodiles (1983), L’esclavage c’est la liberté (1984), Rupture (1985). Pendant quelques années, Chantal Montellier connaît une traversée du désert. "Cela s’explique par le fait que je n’étais pas une femme facile à manier mais également par mes idées marquées politiquement", diagnostique-t-elle. Eloignée du milieu de la BD, Chantal Montellier se consacre à l’écriture de scénarii, de romans et nouvelles. Elle anime également des ateliers d’écriture pour des détenus ou sur le travail de mémoire des habitants d’un quartier en difficulté.

En 2005, Chantal Montellier renoue avec à la bande dessinée grâce à une commande de Jean-Luc Fromental pour Denoël Graphic et réalise l’album Les Damnés de Nanterre inspiré de l’affaire Rey-Maupin qui est sélectionné pour le prix d’Angoulême. En 2006, elle publie Sorcières, mes sœurs et Tchernobyl, mon amour. Un éditeur anglais lui commande en 2008 l’adaptation du Procès de Kafka dont la version française devrait paraître en septembre prochain chez Actes Sud.

Un prix pour valoriser la BD féminine. "Dans la bande dessinée, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Beaucoup d’hommes dans ce milieu ont encore peur que les femmes leur fassent de l’ombre."Convaincue que les femmes ont une place à prendre dans la bande dessinée, Chantal Montellier s’associe, en 2007, à Marie-Jo Bonnet, historienne de l’art, Jeanne Puchol, auteur de BD et Marie Moinard, critique de bandes dessinées et éditrice des éditions Des ronds dans l’O.

Lancement de l’association Artémisia qui vise à valoriser la BD féminine. Un prix est créé pour récompenser une BD de femme. "On n’est jamais aussi bien reconnue que par soi-même. Il y a un très faible pourcentage de femmes auteurs de BD qui ont reçu un prix. Les femmes sont donc les mieux placées pour reconnaître le travail d’autres femmes", souligne non sans ironie Chantal Montellier.

Chantal Montellier, la BD au féminin

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L’entretien est paru en décembre 2005 sur le site L’intern@aute. Pour avoir accès directement au contenu et aux images de l’interview, cliquez ICI. Nous proposons ci-dessous la retranscription de l’entretien.


Née en 1947, Chantal Montellier a suivi des études d’art avant d’enseigner. Elle publie des illustrations dans la presse avant de commencer la BD : Andy Gang, Julie Bristol, Odile et les crocodiles, Shelter... et plus récemment, Les damnés de Nanterre, album sélectionné au festival de BD d’Angoulême pour le prix du Meilleur Album.

Vous avez une formation en arts plastiques, comment vous-êtes vous découvert des talents pour la bande dessinée ?

Je me suis surtout découvert quelques “inaptitudes” au métier d’enseignante. J’ai donc lorgné vers d’autres activités plus... créatives. C’est par le biais du dessin de presse politique que je suis entrée en bande dessinée.

Quels ont été vos premiers "chocs BD", les auteurs qui vous ont donné envie de vous lancer ?

En fait je n’ai jamais eu envie de me lancer dans la BD. C’est Anne Delobel (alors secrétaire des Humanoïdes Associés, collaboratrice et compagne de Jacques Tardi) qui est venue me chercher pour remplir les pages du mensuel "Ah ! NANA”. J’utilisais alors la BD pour faire passer certains “messages” dans la presse d’information, comme par exemple ma bande (mon dessin) contre la non application de la loi Veil dans les hôpitaux. Pour moi, à cette époque épique, la BD n’était encore qu’un “instrument”.

Faites-vous une grande différence entre vos diverses activités : BD, roman, peinture, dessin de presse ?

Non. Il me semble seulement qu’il est moins fatiguant - physiquement - d’écrire, que de dessiner. Taper des lettres sur un clavier réclame moins d’énergie que de sortir des images de son corps (et de sa tête). C’est un exercice, pour moi, moins douloureux.

Comment créez-vous vos personnages, de quoi vous inspirez vous pour les inventer ?

J’ai commencé ma carrière au début des années 70. Mon rapport à la création BD et aux personnages de fiction a beaucoup évolué. Les rapports (de forces) entre auteurs et éditeurs ont eux aussi changé. Si je proposais un personnage comme l’héroïne d’Odile et les crocodiles à un éditeur d’aujourd’hui, ça ne passerait pas il me semble. Certaines libertés nous ont été confisquées et l’imaginaire féminin est désormais sous contrôle.

Mes personnages fonctionnent souvent comme des révélateurs de certains aspects de nos sociétés, qui sont peu disposées à critiquer leurs manques, leurs fautes, leurs insuffisances. Le "retour du refoulé” passe par eux, ou plutôt par elles, qu’elles sortent du réel ou de l’imaginaire : Odile, Julie Bristol, Camille Claudel, Artémisia Gentilleschi, Florence Rey...

Pourquoi vous êtes vous intéressée au cas de Florence Rey et Audry Maupin pour votre nouvel album Les damnés de Nanterre ?

Parce que mon éditeur, Jean-Luc Fromental, m’y a incitée. Je n’avais plus fait de bande dessinée depuis longtemps pour des raisons indépendantes de ma volonté. Victime d’une certaine forme d’ostracisme qui fut dénoncée par quelques journalistes indépendants, (ils sont trop rares), et aussi de mes propres “démons”, j’ai dû, pour gagner ma vie, faire des ateliers d’écriture aux quatre coins de l’hexagone, pendant plusieurs années.

Pourtant j’avais un vrai public, gagné pendant mes années de collaboration avec les Humanoïdes associés, mais aussi avec Julie Bristol, personnage crée pour la revue " (A SUIVRE...) ". J’ai retrouvé Jean-Luc chez Denoël – Graphic grâce à Jean-Pierre Dionnet avec lequel j’ai brièvement renoué lors d’une émission de radio, (”Mauvais genres” de François Angelier). Jean-Luc Fromental était d’accord pour me redonner ma chance.
L’histoire Rey-Maupin l’intriguait et il m’a proposé de revisiter ce fait de société dont certains aspects ne furent jamais bien éclairés. Notamment le rôle joué par un mystérieux “troisième homme” . Bien sûr, cela allait dans le sens de ce qui m’intéresse et me permettait de renouer avec mes thèmes favoris des années 70-80. J’ai donc immédiatement accepté et ne le regrette pas.

Quels sont les autres faits d’actualité, événements qui vous ont inspirés au cours de votre carrière ?

Dans Julie Bristol 2 : L’île aux démons, j’explore l’histoire du japonais cannibale qui après avoir tué et dévoré une étudiante hollandaise a été immédiatement remis en liberté par les psychiatres français qui ont conclu à “un dérèglement passager de la personnalité” ! Il est retourné au japon où il fit et fait commerce de son passage à l’acte et gagne de l’argent avec ses émissions radios un rien perverses et ses peintures sadiques.

Odile et les crocodiles me fut (entre autres) inspiré par l’histoire d’un viol, celui de Marie Marion et de la façon dont la justice a traité cette affaire... L’histoire du sang contaminé ne m’a pas laissée indifférente et j’ai réalisé une bande, plutôt fantasque et fantastique, Paris sur sang, pour les éditions Dargaud, inspirée par cette affaire.

Le sort réservé à certaines femmes artistes (citées plus haut), fut aussi une puissante source d’inspiration. D’ailleurs, avec Julie Bristol, j’avais pour projet et ambition d’interroger sur un mode fictionnel mais documenté, les rapports femmes-artistes-société... Hélas !!! Le “Marché” en a décidé autrement.

Et en littérature, qui vous inspire ?

J’ai longtemps énormément lu, c’est moins le cas aujourd’hui. Certains auteurs m’ont, très tôt, profondément marquée, comme, au hasard : London (Martin Eden, Le Talon de fer, Les temps maudits, etc...) ; Dostoïevski, (Chroniques de la maison des morts, L’Idiot, Dans mon souterrain, etc...) ; Orwell et Huxley ; Sade... Une personnalité comme Annie Lebrun...
En poésie, une femme comme Naomi Lazar (Ordonnances et désordres), fut pour moi une rencontre littéraire majeure. J’ouvre de temps à autre les Poteaux d’angle d’Henri Michaux.
Beaucoup plus récemment, j’ai adoré Les petits dieux de Sandrine Willems. D’autres livres, moins littéraires, comptent aussi beaucoup pour moi : Zweig (Le combat avec le démon), Michelet (La sorcière)...

Avez-vous l’intention de signer de nouveaux albums orientés science-fiction ?

Ce n’est pas à l’ordre du jour, mais j’aimerais beaucoup.

Techniquement, comment procédez-vous pour dessiner ?

Avec les pieds ! Non, je plaisante. Crayon, papier, et parfois scannage et retouches sur ordinateur puis impression et collage. J’utilise beaucoup de documents photographiques dans la mesure où mes bandes sont plutôt réalistes.

Comment utilisez-vous la couleur ?

L’ordinateur fut une bonne expérience pour Les damnés de Nanterre. Je recommence donc pour Tchernobyl, mon amour, que je suis en train de réaliser pour Actes Sud... Mais je sais que je me remettrais tôt ou tard aux couleurs manuelles, (si le diable me prête vie).

Qu’aimez-vous dans le noir et blanc ?

Le blanc ! Non, je plaisante encore, pardon. J’aime que l’on puisse bien voir le trait. La couleur masque souvent un trait maladroit et fait passer pour époustouflant, ce qui au fond, n’est que médiocre. Le trait, lui, ne triche pas. Et il est, à mes yeux, l’essentiel.

De quels auteurs de BD vous sentez-vous proche graphiquement ?

J’ai aimé le trait de Crépax, ses mises en pages intelligentes, brillantes, mêmes. Munoz, aussi, m’a impressionnée. La science du noir et blanc de l’auteur de Sun City, Miller je crois, est admirable, hélas au service d’idées et de valeurs qui le sont moins. C’est dommage, il y a dans son graphisme des choses très fortes...
Certains auteurs présents dans la revue “Black” dirigée par Igor Tuvéri, me semblent être assez proche de moi... Il y a aussi un livre publié chez Casterman ou un jeune dessinateur revisite l’oeuvre et la pensée de Pasolini. Je me sens concernée par cette démarche même si le dessin me semble parfois maladroit. La vision au quotidien de Masslov dans Une jeunesse soviétique, sa façon, appliquée et sincère, de ramener du réel, de la mémoire et de l’émotion, me touche. Mais en fait, je suis dans une période de ma vie où je lis et regarde surtout la presse quand je peux lever le nez de ma planche à dessin, ce qui n’arrive pas souvent, hélas !

Parmi toute votre création, quel ouvrage a votre préférence ?

Odile et les crocodiles, malgré une certaine “glauquitude”. J’aimerais pouvoir le reprendre et lui donner une seconde vie, épurée et esthétiquement supérieure avec une autre mise en couleur. J’en ai discuté avec Thierry Groensteen qui se dit intéressé, mais ce n’est pas pour tout de suite.

Vous concevez vous-même vos scénarios, avez-vous déjà travaillé avec un scénariste ? Il y a-t-il des scénaristes ou des écrivains avec qui vous aimeriez travailler ?

Mon ex-mari, Pierre Charras, m’a souvent aidée au début. Nous avons d’ailleurs signé quelques ouvrages ensemble (Le sang de la commune, La toilette). J’avais un imaginaire, des envies, des désirs, des idées aussi, mais je n’étais pas sûre de moi côté écriture. Je le sollicitais souvent. J’aurais préférer cosigner mais il ne semblait pas le souhaiter. Il faut dire que pour nous la BD était alors un pis-aller après avoir quitté, imprudemment, l’enseignement. Nous nous sommes séparés en 78 et j’ai fait le dernier Andy Gang pratiquement seule.
J’ai commencé à voler de mes propres ailes à partir de ce moment-là, même si j’ai sollicité les conseils de mon entourage, mais de moins en moins avec le temps. Presque plus du tout aujourd’hui et je suis très heureuse de cette autonomie.

Si nouvelle collaboration il y avait, j’aimerais surtout travailler avec certains cinéastes, comme Peter Watkins par exemple. Je l’ai d’ailleurs contacté pour un projet chez Denoël-Graphic. Le travail d’une Jane Campion (Un ange à ma table et La leçon de piano), me concerne aussi beaucoup. J’ai revu hier un film étrange : Avalon de Mamoru Oshii sur un scénario de Kazunori Ito. Bel objet ! Ce parti pris de n’être que dans l’imaginaire et le symbolique, en se jouant du réel a réveillé quelques envies auxquelles j’avais renoncé de peur d’aggraver ma réputation de dangereuse malade mentale (je plaisante).

Que tirez-vous de vos travaux menés avec des détenus, qui ont donnés l’ album Des clefs pour la liberté ? Est-ce que vous referiez une telle expérience ?

Ce n’est pas un album, mais un livre. J’en tire un expérience qui m’a ouvert les yeux sur des pans de réalités que je croyais connaître, mais que j’euphémisais. La prison est atroce et la criminalisation de la misère un crime, au quotidien, contre l’humanité. Mais oui, je suis prête demain à refaire l’expérience, si j’ai le sentiment de servir la cause de ces malheureux. Hélas, je n’en suis pas tout à fait sûr car la société réemprisonne ce que le travail d’écriture libère. Ceci étant, soyons honnête, je n’ai pas fait cet atelier par bonté d’âme, mais par nécessité. J’ai été en quelque sorte, poussée vers la prison !

Vous considerez-vous comme une auteure engagée ?

Le mot a une connotation militaire. Et je n’aime pas trop ce qui est militaire.

Est-ce que la considération des femmes dans la BD s’est améliorée ?

Je l’ignore. Je crois que c’est aux femmes de se battre - ensemble - pour conquérir des places, de la visibilité, de l’estime, du respect. En sachant que ce milieu, machiste et phallocrate, n’est pas globalement prêt à les leur accorder, au contraire. Quand par hasard elles prennent des initiatives communes, elles sont souvent entravées par des querelles internes, des luttes d’ego, ce qui est très contre-productif. Bien entendu, je ne fais pas exception !

Parmi vos projets figure celui de créer un "prix femina de la BD"... un projet sérieux ?

Il sera sérieux si d’autres que moi le prennent au sérieux, pour l’instant ce n’est, hélas, pas le cas. (Peut-être qu’un prix du meilleur album y aiderait ?)

Comment envisagez-vous le prochain festival de la BD d’Angoulême ?

Avec stoïcisme, comme toujours.

Quel sera votre prochaine création ?

Tchernobyl, mon amour, déjà cité. A paraître pour le 20ème anniversaire de cette catastrophe dont je découvre chaque jour l’importance et l’ampleur. Terrifiant ! Et peut-être une petite adaptation théâtrale de mes Conversations ferroviaires publiées aux Impressions Nouvelles aux rencontres de la Cartoucherie.

L’intern@ute : Chantal Montellier, la BD engagée

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La chronique de Stéphane Guillon, sur France Inter, rend compte de "l’affaire Frédéric Mitterrand".


Frédéric Mitterand : le Mister Bean du gouvernement
par franceinter

Frédéric Mitterrand, le mister Bean du gouvernement

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Rémi Gaillard joue le Kangourou nomade dans la série "C’est en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui".


KANGOUROU (REMI GAILLARD)
par nqtv

Kangourou Nomade

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Le clip de IAM, intitulé "La fin de leur monde" a été censuré à la télévision. Le groupe de rap français propose une chanson qui dénonce les conditions de vie des plus démunis.

La fin de leur monde

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Nouvelle publication à découvrir sur la bande dessinée algérienne

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La pornographie au secours du capitalisme et peut-être même son seul vrai moteur ? Sa structure cachée ?

Pour le savoir, voici un livre à lire absolument : La Cité perverse (octobre 2009, Denoel), du philosophe Dany-Robert Dufour.

Quelques lignes de commentaire :

“Dans son dernier essai, La Cité perverse (octobre 2009, Denoël), le philosophe Dany-Robert Dufour émet l’hypothèse hardie mais lucide d’une réalisation actuelle du projet sadien.

Le divin marquis fut embastillé, poursuivi, remisé à l’ombre des bibliothèques...et c’est pourtant sa logique perverse qui triomphe aujourd’hui, tant dans nos pratiques quotidiennes que dans le mercantilisme de tous les secteurs d’activités humaines : nous sommes entrés en "pornocratie", un régime axé sur la perversion (du latin pervertere, retourner), dans lequel le corps du roi et de la reine se donnent à voir mais aussi tout ce qui traditionnellement, parce qu’ils ont un lien direct avec notre finitude, se doit d’être caché : le sexe et la mort.

Dany-Robert Dufour éclaire la définition du terme "pornographie" : qui publie, qui écrit, qui exhibe les activités liées à la prostitution, directement liée aux activités de commerce des individus. C’est donc vers une société pornographique que nous nous acheminons, pas seulement dans nos façons d’exhiber les jouissances privées à des fins commerciales mais aussi dans l’obscénité des escroqueries financières et du système économique actuel (argent décomplexé), dans l’achat (la "putanisation") des chefs d’industries par les actionnaires à des fins financières et non plus industrielles, dans le fait que la logique marchande s’étend à tous les domaines, faisant basculer le moderne et fragile équilibre entre ce qui a un prix d’une part et ce qui a une dignité de l’autre. Pour Kant en effet, philosophe de la modernité, on a soit un prix soit une dignité et ce qui a une dignité n’a pas de prix.

(...)

Pour Dany-Robert Dufour, l’œuvre du marquis de Sade nous montre de façon visionnaire ce vers quoi se dirige une société basée sur le laisser-faire des pulsions et le renvoi des instances régulatrices : une société où le bien et le mal s’inversent, la Cité perverse telle que l’a décrite DAF de Sade : relations utilitaires où l’autre n’est que mon objet, isolisme (se passer de l’autre, ne pas le reconnaitre comme personne), sadisme, voyeurisme, déni des différences générationnelles et sexuelles, viols, incestes... Dufour établit de très nombreux parallèles entre l’œuvre du marquis et ces mêmes dénis à notre époque au nom de la libération des pulsions...”


“La Cité Perverse” ! Quel beau sujet de BD... Si un éditeur susceptible de me suivre là-dessus s’y intéresse, je suis son homme, pardon, sa femme. On pourrait peut-être prendre la ville de l’ancien maire socialiste d’Angoulême, Jean-Michel Boucheron, comme exemple.

Une chose est sûre, c’est contre cette dérive porno-graphique que j’avais rédigé et publié jadis un texte colérique dans le journal Le Monde, qui était encore sous la responsabilité de Bruno Frappat. Texte signé par quelques sympathisants de la cause.

Voici :

Le Monde du 27-28 janvier 1985, n°12441. Texte manifeste intitulé « Navrant », reproduit ici dans son intégralité :

« Navrante cette soi-disant nouvelle presse percluse des plus vieux et des plus crasseux fantasmes machos.

Navrant de voir la plupart des journaux de bandes dessinées emboîter le pas, prendre le chemin réducteur de l’accroche-cul et de l’attrape-con. De la « porno à quatre mains », au « strip-tease des copines », en passant par « l’étude comparative des lolitas », « le roi de la tripe », « les nouveaux esclaves », les « mange-merde », j’en passe, les talents se déploient, virils. Ils nous proposent d’accompagner « le grand capitaine Rommel » dans le souffle nouveau de l’aventure.

Rétro, humour fin de race, potins mondains-branchés, nostalgie coloniale, violence gratuite, poujadisme, sexe-con, fétichisme, sexisme et infantilisme sont à l’ordre du jour.

Parce que nous aimons certaines bandes dessinées, parce que nous souhaitons que les journaux soient au service des créateurs et pas des seuls marchands, parce que ces derniers réduisent chaque jour davantage la place accordée à la création au profit de l’uniformisation, nous avons voulu réagir, en souhaitant que cette lettre trouve un écho auprès des auteurs comme des lecteurs. »

Manifeste signé par : Nicole Claveloux, Florence Cestac, Chantal Montellier, et Jeanne Puchol. Soutenues (entre autres) par Arnaud de la Croix, Franck, Thierry Groensteen, Bruno Lecigne, et Pierre Sterckx.


Ce texte, nous l’avons payé cher ! Nous le payons encore. Ostracisme et rumeurs qui salissent, discréditent, assassinent...

“Les gens vivent en dormant, la bouche ouverte, les rumeurs y entrent comme des mouches”.

“Les gens sales, salissent”.

Ce contre quoi notre “manifeste” s’élevait a finalement en partie triomphé, le dernier avatar en date étant cette écœurante exposition vedette du festival d’Angoulême dernier : “La maison close”, où certaines dessinatrices se sont exhibées en toute liberté. La servitude est aujourd’hui volontaire. Souffrir de cet état de chose et le signifier c’est courir le risque d’être immédiatement rangé dans le rang des censeurs.

Est-ce à cause de ce manifeste que je fus interdite de festival d’Angoulême pendant des années ? Du moins celles qui furent placées sous le règne dispendieux de Jean-Michel Boucheron.

Jean-Michel Boucheron fut maire d’Angoulême de 1977 à 1989. Sous son règne la ville d’Angoulême, capitale de la BD, mène, comme lui même, un train de vie fastueux. Il arrose tout sur son passage mais malgré l’étalement et le gaspillage des richesses qui sont connus de tous, les gens de gauche et le quotidien local la Charente libre le défendent ! Pourtant, un entrepreneur devenu chômeur, Marcel Dominici commence très tôt, avant sa deuxième élection, à l’accuser d’abus de biens sociaux, mais il est bien isolé et sera discrédité - les notables angoumoisins le faisant passer pour fou.
Par contre au niveau local la démission du trésorier de la mairie l’adjoint Mr Davos, expert comptable, fait plus de bruit.

Le mécontentement des banlieues, délaissées au profit du centre ville fait élire en 1989 le CDS Georges Chavanes, chrétien honnête et rigoureux. Dès le début de son mandat Georges Chavanes fait état de la mauvaise situation de la ville et met en cause le maire précédent. Il n’est pas inquiété plus que cela pendant trois ans ! Le milieu de la BD, lui, semble regretter l’édile socialiste : “Sous Boucheron, c’était la partouze !” peut-on entendre...

Toutefois, devant les évidences d’une gestion catastrophique et l’imminence de la levée de son immunité parlementaire, J.M. Boucheron fuit en Argentine en février 1992 avec sa maitresse et ouvre un restaurant à Buenos-Aires : « Chez Agnès ».

Le 3 décembre 1992, l’Assemblée nationale vote à l’unanimité la levée de son immunité parlementaire. Il est alors sous le coup d’une inculpation de corruption, complicité de faux, recel d’abus de biens sociaux et ingérence.

Il est extradé en 1997 et jugé par la 11ème chambre du Tribunal correctionnel de Paris qui confirme la peine de quatre ans de prison mais lui accorde le sursis pour deux ans.

Pour plus d’informations :
http://www.lexpress.fr/info/region/dossier/charente/dossier.asp?ida=452996

http://clubobs.nouvelobs.com/article/2001/12/15/20011215.TELEOBS157968.xml

http://www.humanite.fr/1997-06-03_Articles_-La-justice-francaise-retrouve-Jean-Michel-Boucheron


Comment cet homme a -t-il pu commettre de telles malversations sans complicité ? qui l’a couvert ? le PS ? les francs maçons ? A-t-il été le seul à profiter ? Sûrement pas ! Une partie de l’argent a-t-elle été détournée vers le financement d’un parti ? Pourquoi cet homme n’a fait que deux ans de prison et n’est finalement accusé que de quelques broutilles ? La politique d’austérité de la ville après coup fait râler plus d’un, notamment les anciens de la BD, car évidemment il y a moins de fastes au salon de la BD maintenant.

Alors ? Angoulême : “cité perverse”, car pendant qu’on y flambait et qu’on y "partouzait", on tenait Chantal Montellier bien à l’écart, justifiant la chose en la salissant. Mais, n’est-ce pas ? Tout a une fin.

Cités perverses

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Florie Boy, étudiante en master Cultures de l’Ecrit et de l’Image à l’École Nationale Supérieure des Sciences de l’Information et des Bibliothèques (Lyon), réalise en 2009 un mémoire d’étude intitulé :

Les femmes dans la bande dessinée d’auteur depuis 1970

Itinéraires croisés : Claire Bretécher, Chantal Montellier, Marjane Satrapi

Le contenu de cette étude est en ligne sur le site de Chantal Montellier ci-dessous :

PDF - 1.2 Mo
Les femmes dans la bande dessinée d’auteur depuis 1970

Les annexes, auxquelles renvoie à plusieurs reprises le texte, et qui contiennent entre autres un entretien avec Chantal Montellier et des reproductions des planches étudiées, seront accessibles dès autorisation de diffusion reçue par les éditeurs.

Ce travail d’étude se veut l’amorce d’une réflexion plus vaste sur la bande dessinée d’auteur, sur les femmes auteurs de bandes dessinées, et sur la bande dessinée plus généralement. Nous espérons que vous poursuivrez la discussion sur le forum de Chantal Montellier et que vous nous soumettrez vos questions et critiques diverses.

Bonne lecture !

Les femmes dans la bande dessinée d’auteur depuis 1970

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De la mi-juillet à la fin du mois d’août 2009, les "Femmes d’influence" s’interrogent sur leur statut dans une chronique de France Info, animée par Carine Bécard. Elles passent tout au crible ! La politique. Les sciences. Le sport. La direction d’entreprise... Quelle est leur place aujourd’hui dans la société ? Sommes-nous passés dans une hiérarchie "femmes-hommes" ou l’éternel "hommes-femmes" a-t-il la vie dure...
Y a-t-il une place pour les femmes dans la BD ?

Le 16 août 2009, l’émission est intitulée "Les machistes du petit monde de la BD".

Les premières femmes à se faire un nom dans ce milieu réputé machiste apparaissent dans les années 70. Mais elles restent à l’époque des ’phénomènes’, plutôt résistantes aux ricanements de ces messieurs !! Tout a basculé ces dix dernières années. Les filles arrivent en force mais la bataille n’est pas encore tout à fait gagner...

Les intervenants dans cette chroniques :
- Benoît MOUCHART, directeur artistique du Festival de la BD d’Angoulême

- Chantal MONTELLIER, dessinatrice, co-fondatrice de la société Artémisia http://www.montellier.org/spip.php ?rubrique5 (attribue un Prix pour la femme dessinatrice chaque année)

- Julien GAILLARD, libraire à Grenoble ’Momies Folies’, spécialiste BD et Mangas http://www.momiefolie.com/

Vous pouvez écouter l’émission (1’59’’) en cliquant ICI.

Femmes d’influence

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La Librairie Goscinny vous invitait à rencontrer Chantal Montellier pour une séance de dédicaces, jeudi 10 décembre, à partir de 18h :

"Le Procès de Kafka, adapté par David Mairowitz et dessiné par Chantal Montellier, est enfin disponible en français (éd. Actes Sud BD).

Il fallait tout le talent et la personnalité de Chantal Montellier pour mettre en images ce chef d’oeuvre de la littérature contemporaine. Et ses images sont de celles que l’on n’oublie pas !"

Chantal et Michel Lebailly, le libraire

Pour ceux qui ont loupé cette rencontre, la Librairie prolonge la mini expo de planches originales de Chantal : du "procès" mais aussi des "Damnés de Nanterre", de "Julie Bristol"…

Et quelques "procès", signés par l’auteur, vous y attendent !

Librairie Goscinny :

5 bis rue René Goscinny, 75013 Paris

Métro/RER Bibliothèque Mitterrand

Renseignements : 06 10 82 65 18

Séance de dédicaces à la Librairie Goscinny

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Sarkozy aussi !

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Il est question de poulailler sur son blog (mais pas d’île)...
Mais nous ne sommes pas, chez Artémisia , même si nous apprécions “l’île au poulailler”, (en tout cas le talent de la dessinatrice, important contre la barbarie machiste, le talent des dessinatrices), nous ne sommes pas pour autant des poules au pot, ni des poules de basse cour, des poules à plumer, ni des poules de luxe (comme notre première dame)...
Nous sommes des femmes de combat, avec l’aide de quelques hommes (et non de coqs, ni de dindons) ! Qu’on se le dise !!!
Nous ne sommes pas non plus des poules à polpot d’ailleurs.

Ce n’est qu’un combat, la bataille continue !


Voici donc ce qu’écrit "Superginette" sur son blog, à propos de notre amitié de mai 1968 et d’aujourd’hui :

“C’est un vrai spécial copinage que je fais aujourd’hui

Pas un copinage moqueur et rigolard, voire vachard...

En hommage au talent fou d’une femme "qui en a là-dedans"

Et qui a surtout des doigts de magicienne

"Fouillat, non de non" comme on dit là bas.

Parce que si Saint’E a eu la Manu, ses mines, sa grand rue

son tramway et mêmes ses trolleys,

Elle avait aussi ses rades

ou nous avons

autour d’un mauvais pot de vin rouge

refait le monde.

C’était en 1967/68

nous avions 20 ans.

Avec nos amis peintres ou poètes, maudits malgré eux,

Nous les filles nous avions juste le droit d’écouter.

Alors toi, “CM”, pour pouvoir dire, raconter et extérioriser

ce qui dans le moment présent n’était pas trop de mise

Tu as exercé ton immense talent

Tout simplement en dessinant

C’était ton exorcisme à toi.

Les hasards du net, mais je ne crois pas au hasard du reste

Nous ont fait nous retrouver

Je suis fière et surtout très émue de faire encore partie de tes amies

et je n’ai qu’une chose à te dire :

Chapeau bas Madame Chantal Montellier."

A.D.

Message d’une amie stéphanoise de mai 1968...

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Oui, l’auteur de BD comme sujet pensant et subversif disparaît, bien sûr...

Les éléments de la contre-culture sont tôt ou tard assimilés par la culture (officielle) dont c’est là sa défense et sa survie.
Sa défense car elle est mise en danger.
Sa survie car autrement elle meurt de conservatisme et consanguinité.
Dans un premier temps, l’élément de contre-culture est récupéré par la culture qui, dans un deuxième temps le vide de sens.

Les boucles aux oreilles masculines nous viennent de la contre-culture gay. Les contestataires hétéros on tout d’abord récupéré les boucles (et se faisaient traiter de pédés), puis celles-ci ont fini par être portées par les derniers des beaufs. Exit le sens.

Les tatouages nous viennent de la contre-culture des prisonniers. A présent, le moindre BCBG arbore son tribal à la mode, choisi au dernier moment dans le catalogue standard du tatoueur du coin de la rue. Exit le sens.

Dans les années 70, la communauté des bodybuilders était une contre-culture, des fous passionnés, tels les plus radicaux des alpinistes, qui sculptaient leur corps hors de la mesure socialement acceptée, prise en compte du corps, liberté, transcendance. De nos jours, les salles sont remplies de rugbymen qui veulent ressembler à des chippendales, des monsieur et madame tout le monde qui veulent se muscler, "un peu mais pas trop", à l’image de toutes leurs stars people d’Hollywood calibrées, liftées et uniformisés (les bodybuilders purs et durs ayant été chassés des salles devenues des lieux aseptisés de rencontre et d’exhibition). Exit la sueur et le sens.

La BD fut un élément de contre-culture jusque dans le milieu des années 80. Récupérée d’abord puis vidée de sens, elle trône à présent dans les rayons bien propres de Cultura, des auteurs qui dessinent comme leur voisin et débitent des bons sentiments dans une soupe de bien-pensance light et digeste et dont on se demande qui peut bien les lire, dont on peut également se demander comment ils se distinguent eux-mêmes les uns des autres.
Les grandes maisons d’éditions ont même leur collection "Auteurs Indépendants", pour faire comme si (cela n’a aucun sens, seul l’éditeur peut être indépendant, l’auteur devrait l’être par définition !!!).

Je crois cependant que la BD n’a pas toute été récupérée et qu’elle demeure une contre-culture - tout du moins potentielle...

Bernard Dato

Imparfait du subjectif.

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La première dame de France. A l’identique de toutes les dernières ?

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En revenant du front. Ou, de Mai 68 à Octobre 2009.

Je rentre, après en avoir fui, d’un festival bd qui m’a fort déprimée par le degré d’instrumentalisation des dessinateurs présents : une armée de trenta, tondus à ras pour la plupart, (à l’extérieur comme à l’intérieur ?), le tout baignant dans des imaginaires fleurant bon la régression, pour ne pas dire pire.

Il y avait là des dizaines de dessinateurs et seulement deux femmes dessinatrices Théa Rojzman (La réconciliation, Carnet de rêves) et moi. La répulsion bien connue face à l’imaginaire féminin n’est sûrement pas la seule explication. Une évidence aussi : l’héritage que ce que ma génération et la précédente (Claveloux, Munoz, Crépax, Buzzelli, Cabannes et tous les dessinateurs sachant ce que dessiner veut dire...) auraient pu transmettre, semble avoir été coupé court.

J’avais avec moi un livre de François Cusset Contre-discours de Mai (Actes Sud), qui m’a beaucoup soutenue dans cette épreuve... “Interrompre l’héritage, ne rien laisser derrière soi, enterrer ou réduire en cendres ce qu’on ne voudrait pas voir changer de mains”, y ai-je lu. J’en avais le résultat sous les yeux !
Mais le pire a été évité ! Les penseurs et dessinateurs critiques suppôts du goulag furent efficacement mis hors d’état de nuire dans les années 80, on peut désormais exploiter le cheptel en toute liberté !

Reste pendante la question du rôle de l’image narrative pour aliéner ou libérer, aider à grandir ou maintenir dans l’immaturité tout un peuple. “... Ils sont les nouvelles cohortes des créatifs (...) ils n’en sont pas moins les petites mains mal payées d’un capitalisme culturel et cognitif qu’ils engraissent pour leur malheur”, écrit encore François Cusset, p. 56, dans son “contre-discours".

Dans un tel contexte plus rien ne semble répondre à la subjectivité des gens comme moi et la déshérence semble la seule perspective, ce qui est “une excellente chose pour tous les officiers recruteurs, quel que soit le parti qui les paie”. Nous sommes désormais à des années lumière ou plutôt des années ténèbre de cette ‘indissociabilité nouvelle, l’enchevêtrement absolument inédit de la fête et de l’hyperconscience sociale, de l’allégresse , de la politique, du sexe et de la guérilla...” En écrivant cela je me souviens avec nostalgie d’une autre fête “ vite arrachée à son contexte politique et remise en jeu bientôt dans les structures de la domination.” F.C., p. 65.

Le “dessineux” de 2009, contrairement à celui de 68 et des 10 années qui ont suivies, fait, ou on lui dit de faire, et rien ne dépasse des cases ni de leur contenu, aussi stéréotypé qu’ artificiellement dessiné. Ils sont tous bien rangés dans leur enclos, derrière leurs tables, tenus en laisse par quelques maigres saucisses et face à un public à leur image : soumis, infantilisé, abêti ; serviteurs volontaires du “goulag-mou” (comme dirait mon ami Jacques Mondoloni) ; travaillant toujours plus pour gagner moins et se croyants libres, « Arbeit macht frei. »
Plus rien de festif, ni d’insolent ; disparue l’hyperconscience sociale, vaporisés l’allégresse, la politique et même le sexe, hormis celui des prédateurs qui nous gouvernent, qu’ils s’appellent Clinton, Berlusconi ou Frédéric Mitterrand. A ce sujet, après que la gauche caviar eut pendant 15 ans sodomisé le “peuple de gauche”, voici que Frédéric Mitterrand, non content d’étaler sa “mauvaise vie” dans les vitrines des librairies, cherche maintenant à nous émouvoir en expliquant que le “viol” tarifé des pauvres types croupissants dans les bordels thaïlandais, lui a servi à “apaiser ses tourments d’homosexuel mal assumé” (le pauvre ! Comme on le plaint !).
Comme l’écrit pudiquement la journaliste Mona Cholet, “S’abriter derrière son statut d’artiste pour justifier cet usage consolatoire de plus faible que soi ne va pas sans poser quelques problèmes. Frédéric Mitterrand se trouve en position de dominant non seulement parce qu’il paie un jeune Thaïlandais pour que celui-ci se mette au service de son désir (« I want you happy » : comme c’est touchant), mais aussi parce qu’il en fait ensuite un livre, dont la puissance littéraire n’a pas échappé à nos chevronnés esthètes braves patriotes, et dans lequel il projette sur le jeune homme les sentiments qui lui conviennent, avec cette étonnante capacité à se raconter des histoires que manifestent les clients de la prostitution (« Le fait que nous ne puissions pas nous comprendre augmente encore l’intensité de ce que je ressens et je jurerais qu’il en est de même pour lui » - voir les extraits sur le site du Monde). La tendance actuelle à la délégitimation et à l’effacement de la subjectivité des dominés peut d’ailleurs s’observer dans des domaines très différents.”

A un tout autre niveau, l’effacement progressif de tout un pan de la subjectivité des auteurs de bandes dessinées et notamment (surtout) de ceux d’origine populaire, ne participe t-il pas du même processus ?

Nous revoici donc pris dans les clôtures policières bien plantées et bien gardées, et ce n’est pas la paralysie des derniers esprits critiques en fauteuils roulants qui pourront nous sauver. Reste nous-mêmes !

Et pour finir, un bout de poème :

J’en ai tant vu qui s’en allèrent

Ils ne demandaient que du feu

Ils se contentaient de si peu

Ils avaient si peu de colère

J’entends leurs pas j’entends leurs voix

Qui disent des choses banales

Comme on en lit sur le journal

Comme on en dit le soir chez soi

Ce qu’on fait de vous hommes femmes

O pierre tendre tôt usée

Et vos apparences brisées

Vous regarder m’arrache l’âme

...

Votre enfer est pourtant le mien

Nous vivons sous le même règne

Et lorsque vous saignez je saigne

Et je meurs dans vos mêmes liens

Quelle heure est-il quel temps fait-il

J’aurais tant aimé cependant

Gagner pour vous pour moi perdant

Avoir été peut-être utile

C’est un rêve modeste et fou

Il aurait mieux valu le taire

Vous me mettrez avec en terre

Comme une étoile au fond d’un trou

Louis ARAGON

Subjectif, forcément subjectif.

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"Ecrire, créer, c’est faire un bond hors du rang des assassins", Franz Kafka.

La traduction en français du Procès de Kafka, adaption de Chantal Montellier et David Zane Mairovitz, sera disponible en librairie dès mi-novembre 2009.

L’œuvre est traduite de l’anglais par Béatrice Castoriano.

Le Procès, d’après l’oeuvre de Franz Kafka

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Les dessinatrices de « gauche » se mettent à penser ! Cela va t-il faire mal aux mâles surpuissants de la boîte à neurones ?

En réponse à un email envoyé par un ami qui pensait bien faire, « Séminaire d’Alain Badiou. Année universitaire 2009-2010 », je dis ceci : “- Cela fait des lustres qu’on va écouter les Badiou and co (co) assis sur nos culs, des lustres qu’on va écouter les Maîtres-rentiers du Savoir nous expliquer comment sortir de la caverne où ils sont eux mêmes assis sur les meilleures peaux, les plus épaisses. Cela avant d’aller manger un pied de cochon au Balzar entre soi et soie, soieries (et soies de cochons of course) !

Enfin, quelque chose comme ça.

Au final, c’est toujours les mêmes cochons qui trinquent ! (serais -je devenue populiste et anti-intello ? My god !!!) dont les badiou ne sont pas, bandes de planqués des institutions, révolutionnaires en peau d’âne ! Ombres de mots sur la caverne de nos espoirs naïfs, à nous « peuple de gauche », enculé jusqu’au trognon ! (Mais si, j’aime les intellectuels institutionnels ! Bien cuits ! Assis autour du feu devant la caverne en respirant l’air pur des forêts primitives !)

Alors debout les damnés du « matérialisme démocratique » et pas pour aller écouter les Maîtres ! (Voyez le Kangourou nomade, il agit à sa manière, dérisoire mais efficace, contre les gros cons bien laids, et leur botte leurs gros culs... C’est déjà ça !)

Sans compter que comme grande idée « LA GAUCHE » c’est quand même un millipoil abstrait ! (Les bêtes de la caverne, sont bien plus réelles !)

Badiou poil au biniou !
Bon, je sais j’exagère ! C’est un coup de sang, ça va passer. Mes excuses ! Je suis une émotive et une excessive, c’est héréditaire. Et Badiou , c’est pas le pire de mon point de vue, qui est très subjectif et n’engage que moi.

Voilà même de la pub pour ces séances « monumentales » :

Séminaire d’Alain Badiou. Année universitaire 2009-2010.

"Il est impossible de penser une césure quelconque dans les représentations dominantes sans s’en prendre à leur noyau, qui est ce que j’ai appelé le « matérialisme démocratique », et dont tout le ressort est qu’il n’y a rien d’absolu ni de vrai, mais seulement l’égalité des convictions personnelles et la finitude animale des identités.

Pourquoi notre guide, au regard de cette situation, est-il, depuis deux ans, Platon ? C’est que Platon a tenté la première justification rationnelle du point que voici : une vie digne de ce nom, la « vraie vie », pour parler comme Rimbaud, ne peut être qu’une vie où opère une Idée. Vivre, ce qui s’appelle vivre, suppose donc que quelque accès aux vérités absolues nous soit ouvert.

Pour parler selon les images du Maître, on dira que toute vraie vie opère une sortie de la Caverne.

Que cette sortie ne puisse se faire qu’en force, c’est bien ce que Platon affirme sans ambages. Il pressent aussi que le plus difficile est de se garder des fausses sorties, celles qui, doucement, pacifiquement, nous persuadent qu’on peut sortir sans sortir, qu’il suffit pour cela de se rapprocher d’une porte factice, trompe-l’œil majeur de ce qui, en fait d’images, se dispose dans notre Caverne « occidentale ».

L’année dernière, nous avons démontré que ce trompe-l’œil est aussi bien une Idée, à savoir l’Idée qu’on peut sortir sans Idée. J’ai proposé d’appeler cette Idée : la Gauche, laquelle inclut sans aucun doute sa propre gauche, la gauche de la gauche, petite fausse porte à gauche de la grande.

D’où que le sens authentique du platonisme est celui d’une double rupture : entre les opinions et les vérités, ce qui exige qu’on soit fidèle à quelque événement ; entre l’événement et son semblant, ce qui exige qu’on rompe avec ce qui nous vend l’oxymore d’une émancipation installée.

Nous allons conclure cette année, par une récapitulation monumentale de ce platonisme revisité. Nous parlerons de l’Idéation requise, des vérités éternelles, du Communisme sans Etat, de la crise de la négation, de la violence immanente. Nous parlerons, en somme, de toutes les conditions contemporaines de la vraie vie.

Il y aura une séance par mois à partir d’Octobre, le mercredi à 20 heures, à l’Ecole Normale Supérieure, 29 rue d’Ulm, salle Jules Ferry. Les dates proposées à ce jour sont les suivantes : 28 octobre, 18 novembre, 16 décembre, 13 janvier, 17 février, 17 mars, 14 avril, 19 mai, 9 juin."

Enervement

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- Savez-vous comment s’appelle une créature de sexe féminin qui ose s’exprimer, créer, rendre ses œuvres visibles sans l’autorisation de ses parents, de son mari, de son curé, de son chef de parti politique, de son psychanalyste, de son commissaire de police et d’exposition, et de quelques grands macs du marché ?

Une folle ! (entendez une incontrôlable).

- Savez-vous comment s’appelle une femme qui se fait ostraciser car ayant osé s’exprimer sans... (voir plus haut) ?

Un “kangourou nomade” ? Pire ! “Une paranoïaque”.
(“Seul le paranoïaque perçoit tout”, disait Lacan)

Soyons tous des paranoïaques nomades (de la pensée et de l’action). Non ?

Questions du jour

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PRÉCIS D’HUMILIATION

Bernard Noël - avril 2009

Toujours, l’État s’innocente au nom du Bien public de la violence qu’il exerce. Et naturellement, il représente cette violence comme la garantie même de ce Bien, alors qu’elle n’est rien d’autre que la garantie de son pouvoir et de ses privilèges. Cette réalité demeure masquée d’ordinaire par l’obligation d’assurer la protection des personnes et des propriétés, (“la propriété c’est le vol disait Bakounine”, un esprit égaré) c’est-à-dire leur sécurité. Tant que cette apparence est respectée, tout paraît à chacun normal et conforme à l’ordre social. La situation ne montre sa vraie nature qu’à partir d’un excès de protection qui révèle un excès de présence (et de paranoïa ?) policière. Dès lors, chacun commence à percevoir une violence latente, qui ne simule d’être un service public que pour asservir ses usagers. Quand les choses en sont là, l’État doit bien sûr inventer de nouveaux dangers pour justifier le renforcement exagéré de sa police : le danger le plus apte aujourd’hui à servir d’excuse est le “terrorisme”.

Le prétexte du terrorisme a été beaucoup utilisé depuis un siècle, et d’abord par les troupes d’occupation. La fin d’une guerre met fin aux occupations de territoires qu’elle a provoquées sauf si une colonisation lui succède. Quand les colonisés se révoltent, les occupants les combattent au nom de la lutte contre le terrorisme. Tout résistant est donc qualifié de « terroriste » aussi illégitime que soit l’occupation. En cas de « libération », le terroriste jusque-là traité de « criminel » devient un « héros » ou bien un « martyr » s’il a été tué ou exécuté.

Les héros et les martyrs se sont multipliés depuis que les guerres ont troqué la volonté de domination contre celle d’éradiquer le « terrorisme ». Cette dernière volonté est devenue universelle depuis les attentats du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center : elle a même été sacralisée sous l’appellation de guerre du Bien contre le Mal. Tous les oppresseurs de la planète ont sauté sur l’occasion de considérer leurs opposants comme des suppôts du Mal, et il s’en est suivi des guerres salutaires, des tortures honorables, des prisons secrètes et des massacres démocratiques. Dans le même temps, la propagande médiatique a normalisé les actes arbitraires et les assassinats de résistants pourvu qu’ils soient « ciblés ».

Tandis que le “Bien” luttait ainsi contre le “Mal”, il a repris à ce dernier des méthodes qui le rendent pire que le mal. Conséquence : la plupart des États
— en vue de ce Bien là — ont entouré leur pouvoir de précautions si outrées qu’elles sont une menace pour les citoyens (surtout non propriétaires) et pour leurs droits. Il est par exemple outré que le Président d’une République, qui passe encore pour démocratique, s’entoure de milliers de policiers quand il se produit en public. Et il est également outré que ces policiers, quand ils encombrent les rues, les gares et les lieux publics, traitent leurs concitoyens avec une arrogance et souvent une brutalité qui prouvent à quel point ils sont loin d’être au service de la sécurité.

Nous sommes dans la zone trouble où le rôle des institutions et de leur personnel devient douteux. Une menace est dans l’air, dont la violence potentielle est figurée par le comportement des forces de l’ordre, mais elle nous atteint pour le moment sous d’autres formes, qui semblent ne pas dépendre directement du pouvoir. Sans doute ce pouvoir n’est-il pas à l’origine de la crise économique qui violente une bonne partie de la population, mais sa manière de la gérer est si évidemment au bénéfice exclusif de ses responsables que ce comportement fait bien davantage violence qu’une franche répression. L’injustice est tout à coup flagrante entre le sort fait aux grands patrons et le désastre social généré par la gestion due à cette caste de privilégiés, un simple clan et pas même une élite.

La violence policière courante s’exerce sur la voie publique ; la violence économique brutalise la vie privée. Tant qu’on ne reçoit pas des coups de matraque, on peut croire qu’ils sont réservés à qui les mérite, alors que licenciements massifs et chômage sont ressentis comme immérités. D’autant plus immérités que l’information annonce en parallèle des bénéfices exorbitants pour certaines entreprises et des gratifications démesurées pour leurs dirigeants et leurs actionnaires. Au fond, l’exercice du pouvoir étant d’abord affaire de « com » (communication) et de séduction médiatique, l’État et ses institutions n’ont, en temps ordinaire, qu’une existence virtuelle pour la majorité des citoyens, et l’information n’a pas davantage de consistance tant qu’elle ne se transforme pas en réalité douloureuse. Alors, quand la situation devient franchement difficile, la douleur subie est décuplée par la comparaison entre le sort des privilégiés et la pauvreté générale de telle sorte que, au lieu de faire rêver, les images « people » suscitent la rage. Le spectacle ne met plus en scène qu’une différence insupportable et l’image, au lieu de fasciner, se retourne contre elle-même en exhibant ce qu’elle masquait. Brusquement, les cerveaux ne sont plus du tout disponibles !

Cette prise de conscience n’apporte pas pour autant la clarté car le pouvoir dispose des moyens de semer la confusion. Qu’est-ce qui, dans la « Crise », relève du système et qu’est-ce qui relève de l’erreur de gestion ? Son désastre est imputé à la spéculation, mais qui a spéculé sinon principalement les banques en accumulant des titres aux dividendes mirifiques soudain devenus « pourris ». Cette pourriture aurait dû ne mortifier que ses acquéreurs puisqu’elle se situait hors de l’économie réelle mais les banques ayant failli, c’est tout le système monétaire qui s’effondre et avec lui l’économie.

Le pouvoir se précipite donc au secours des banques afin de sauver l’économie et, dit-il, de préserver les emplois et la subsistance des citoyens. Pourtant, il y a peu de semaines, la ministre de l’économie assurait que la Crise épargnerait le pays, puis, brusquement, il a fallu de toute urgence donner quelques centaines de milliards à nos banques jusque-là sensées plus prudentes qu’ailleurs. Et cela fait, la Crise a commencé à balayer entreprises et emplois comme si le remède précipitait le mal.

La violence ordinaire que subissait le monde du travail avec la réduction des acquis sociaux s’est trouvée décuplée en quelques semaines par la multiplication des fermetures d’entreprises et des licenciements. En résumé, l’État aurait sauvé les banques pour écarter l’approche d’un krach et cette intervention aurait bien eu des effets bénéfiques puisque les banques affichent des bilans positifs, cependant que les industries ferment et licencient en masse. Qu’en conclure sinon soit à un échec du pouvoir, soit à un mensonge de ce même pouvoir puisque le sauvetage des banques s’est soldé par un désastre ?

Faute d’une opposition politique crédible, ce sont les syndicats qui réagissent et qui, pour une fois, s’unissent pour déclencher grèves et manifestations. Le 29 janvier, plus de deux millions de gens défilent dans une centaine de villes. Le Président fixe un rendez-vous aux syndicats trois semaines plus tard et ceux-ci, en dépit du succès de leur action, acceptent ce délai et ne programment une nouvelle journée d’action que pour le 19 mars. Résultat de la négociation : le « social » recevra moins du centième de ce qu’ont reçu les banques. Résultat de la journée du 19 mars : trois millions de manifestants dans un plus grand nombre de villes et refus de la part du pouvoir de nouvelles négociations.

La crudité des rapports de force est dans la différence entre le don fait aux banques et l’obole accordée au social. La minorité gouvernementale compte sur l’impuissance de la majorité populaire et la servilité de ses représentants pour que l’Ordre perdure tel qu’en lui-même à son service. On parle ici et là de situation « prérévolutionnaire », mais cela n’empêche ni les provocations patronales ni les vulgarités vaniteuses du Président. Aux déploiements policiers s’ajoutent des humiliations qui ont le double effet d’exciter la colère et de la décourager. Une colère qui n’agit pas épuise très vite l’énergie qu’elle a suscitée.

La majorité populaire, qui fut séduite et dupée par le Président et son clan, a cessé d’être leur dupe mais sans aller au-delà d’une frustration douloureuse. Il ne suffit pas d’être la victime d’un système pour avoir la volonté de s’organiser afin de le renverser. Les jacqueries sont bien plus nombreuses dans l’histoire que les révolutions : tout porte à croire que le pouvoir les souhaite afin de les réprimer de façon exemplaire. Entre une force sûre d’elle-même et une masse inorganisée n’ayant pour elle que sa rage devant les injustices qu’elle subit, une violence va croissant qui n’a que de faux exutoires comme les séquestrations de patrons ou les sabotages. Ces actes, spontanés et sans lendemain, sont des actes désespérés.

Il existe désormais un désespoir programmé, qui est la forme nouvelle d’une violence oppressive ayant pour but de briser la volonté de résistance. Et de le faire en poussant les victimes à bout afin de leur démontrer que leur révolte ne peut rien, ce qui transforme l’impuissance en humiliation. Cette violence est systématiquement pratiquée par l’un des pays les plus représentatifs de la politique du bloc capitaliste : elle consiste à réduire la population d’un territoire au désespoir et à la maintenir interminablement dans cet état. Des incursions guerrières, des bombardements, des assassinats corsent régulièrement l’effet de l’encerclement et de l’embargo. Le propos est d’épuiser les victimes pour qu’elles fuient enfin le pays ou bien se laissent domestiquer.

L’expérimentation du désespoir est poussée là vers son paroxysme parce qu’elle est le substitut d’un désir de meurtre collectif qui n’ose pas se réaliser. Mais n’y a-t-il pas un désir semblable, qui bien sûr ne s’avouera jamais, dans la destruction mortifère des services publics, la mise à la rue de gens par milliers, la chasse aux émigrés ? Cette suggestion n’est exagérée que dans la mesure où les promoteurs de ces méfaits se gardent d’en publier clairement les conséquences. Toutefois à force de délocalisations, de pertes d’emplois, de suppressions de lits dans les hôpitaux, de remplacement du service par la rentabilité, d’éloges du travail quand il devient introuvable, une situation générale est créée qui, peu à peu, met une part toujours plus grande de la population sous le seuil du supportable et l’obligation de le supporter.

Naturellement, le pouvoir accuse la Crise pour s’innocenter, mais la Crise ne fait qu’accélérer ce que le Clan appelait des réformes. Et il ose même assurer que la poursuite des réformes pourrait avoir raison de la Crise… Les victimes de cette surenchère libérale sont évidemment aussi exaspérées qu’impuissantes, donc mûres pour le désespoir car la force de leur colère va s’épuiser entre un pouvoir qui les défie du haut de sa police, une gauche inexistante et des syndicats prenant soin de ne pas utiliser l’arme pourtant imbattable de la grève générale.

Pousser à la révolte et rendre cette révolte impossible afin de mater définitivement les classes qui doivent subir l’exploitation n’est que la partie la plus violente d’un plan déjà mis en œuvre depuis longtemps. Nombreux sont, dans la classe politique, ceux qui y ont collaboré. Sans doute cette accélération opportune a-t-elle été provoquée par la Crise et ses conséquences économiques, lesquelles ont mis de la crudité dans les intérêts antipopulaires de la domination, mais la volonté d’établir une passivité générale au moyen des médias avait déjà poussé très loin son plan. Cette passivité s’est trouvée brusquement troublée par des atteintes insupportables à la vie courante si bien — comme dit plus haut — que les cerveaux ont cessé d’être massivement disponibles. Il fallait dès lors décourager la résistance pour que son mouvement rendu en lui-même impuissant devienne le lieu d’une humiliation exemplaire ne laissant pas d’autre alternative que la soumission. Ainsi le pouvoir économique, qui détient la réalité du pouvoir, dévoile sa nature totalitaire et son mépris à l’égard d’une majorité qu’il s’agit de maintenir dans la servilité en attendant qu’il soit un jour nécessaire de l’exterminer.

Bernard Noël

Vers l’extermination soft et technologiquement convenable ?

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Point de vue

La dignité de l’homme exige qu’il porte la burqa, par Pierrette Fleutiaux
LE MONDE | 04.07.09 | 14h28

Si j’étais un homme pieux, voici ce que je proposerais. La femme est un être faible, soumis à toutes les tentations, nous le savons depuis la nuit des temps. Elle est concupiscente, tout entière la proie de pulsions condamnables. Son corps aspire à celui de l’homme, la société doit maîtriser ce corps, dès son plus jeune âge. La burqa peut sembler une réponse appropriée. Contraindre les mouvements de la femme, la ramener à la modestie, encadrer les désirs sauvages qui lui sont naturels, qui troublent son esprit et corrompent la société, relève du devoir de l’homme respectueux de l’ordre divin.

Cependant, peut-être avons-nous fait erreur non pas dans l’interprétation de la loi divine, mais dans les moyens de la mieux appliquer. En effet, les yeux de la femme, même derrière un grillage, même dans la fente du niqab, restent libres. La vision périphérique en est certes limitée, mais la perversité naturelle de la femme lui fera trouver le moyen de contourner ce léger handicap. La femme en burqa continue de voir. On imagine quelles turpitudes alors peuvent agiter son esprit. Cachée sous son voile intégral, la femme peut encore se livrer à la débauche mentale.

Une solution serait de l’aveugler totalement, par le moyen d’un bandeau ou tout autre moyen non cruel mais efficace. Cette solution est à écarter : la femme ne pourrait plus en effet accomplir les tâches auxquelles la destine sa condition subalterne : nourrir l’homme et ses fils, conduire les fils de l’homme à l’école, et faire toutes choses qui dégagent l’homme des tâches matérielles, facilitent l’exercice de son vouloir et son étude des textes sacrés.

Je soumets ici une modeste proposition à mes frères. Que les hommes portent la burqa, qu’ils s’approprient ce vêtement que dévoie trop facilement la femme. L’homme est beau, l’homme est la création première de Dieu, la femme le désire indécemment. Ne lui donnant pas la liberté de convoiter, ne tentons pas sa faible nature.

Voyez l’homme derrière lequel marche la femme en burqa. Même voilée,
justement parce que voilée, elle a toute licence de contempler les bras que montrent les chemisettes d’été, les pieds dans les sandales, les fesses agiles et les jambes qui se devinent sous les pantalons, les poitrines mâles et les visages nobles. L’homme croit avoir mis la femme à l’abri de tout danger dans sa prison portative de la burqa. En réalité, il lui accorde une liberté scandaleuse.

L’homme en burqa brisera net l’élan pervers de la femme. Ces yeux brillants, qui transpercent le voile le plus épais, se heurteront à un mur. Ainsi privée dans la journée, elle n’en sera dans sa maison que plus portée à répondre aux besoins sexuels légitimes de son époux.

Que la femme aille dans la rue dans les atours aguicheurs qu’elle ne manquera pas de se choisir. Son regard s’épuisera sur les autres femmes, elle y verra comme dans un miroir sa propre indécence, sa futilité même la détournera de toute compétition malsaine avec l’homme. Quant à cette exposition de la féminité, elle ne saurait nuire à l’homme. Il s’y verra conforté dans son incontestable supériorité. Il saura, dans les autres burqas, reconnaître les hommes pieux et respectueux de la loi, et ainsi renforcera nécessairement la belle et indispensable communauté masculine.

ORDRE DIVIN

Repoussons cette croyance absurde qu’il faudrait voiler les femmes pour que les hommes ne soient pas portés à désirer celles d’autrui. Une telle
croyance est mécréante : elle accrédite l’idée que l’homme a été créé libidineux, violeur par nature et faible devant ses désirs. Et que, devant
toute femme passant sous ses yeux, s’éveille aussitôt en lui la pulsion de lui sauter sur le râble pour consommer l’oeuvre de chair. L’homme a en lui la force de l’âme et le respect naturel de l’ordre divin. L’homme n’a rien à craindre des misérables appâts de la femme.

Enfin, reconnaissons qu’il y a grand danger à abandonner les fils de l’homme aux soins de la femme. Son faible entendement ne peut que leur nuire. A l’homme de prendre en charge l’homme dans le nourrisson, à lui de le langer, le nourrir, le soigner. Une fois sa tâche reproductive accomplie, que la femme dirige ses agissements erratiques vers l’extérieur, qu’elle s’en aille piailler dans les assemblées publiques, mais que ses miasmes ne corrompent plus le foyer sacré de l’homme. La dignité de l’homme exige qu’il porte la burqa. La burqa est faite pour l’homme.

Ecrivaine

Pierrette Fleutiaux

La dignité de l’homme exige qu’il porte la burqa

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Christophe Cassiau-Haurie propose un article intitulé "Les femmes peinent à percer les bulles" sur le site "africultures". Autour du succès des trois tomes Aya de Yopougon, création de Marguerite Abouet, scénariste ivoirienne et membre du jury de l’association Artémisia, l’auteur de l’article s’intéresse aux bandes dessinées faites par des femmes africaines. Le contenu de cet article est accessibleici.

"Les femmes peinent à percer les bulles"

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Quelques informations sur l’ouvrage en question :

C’est un gros livre de 456 pages, format 27 x 30 cm, qui tiendra lieu de catalogue au nouveau Musée de la bande dessinée d’Angoulême, dont l’inauguration aura lieu le 20 juin. Son titre : La Bande dessinée, son histoire et ses maîtres.

Le livre comporte quatre parties :
- une histoire de la BD d’expression française ;
- une histoire de la BD américaine ;
- un chapitre de réflexion esthétique : “Les Maîtres du trait” ;
- un chapitre plus technique sur le processus d’élaboration d’une bande
dessinée : “L’Atelier du dessinateur”.

Le livre comporte 400 illustrations. Il est vendu au prix de 49 €.
Il paraît chez Skira Flammarion le 24 juin.

Le dernier ouvrage à paraître de Thierry Groensteen

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Les élections européennes se sont tenues en France le dimanche 7 juin 2009. Chantal Montellier a retouché quelques informations lues sur le site Article XI, pour vous en proposer un bilan.

"Oui : le système est en crise, les 59,52 % d’abstention suffisent à le
démontrer. Oui, encore : il n’y a jamais eu autant de gens décidés à ne plus le cautionner... Oui : une double fracture travaille la société en
profondeur, la traditionnelle lutte des classes (faut-il rappeler qu’il y a
eu dimanche 69 % d’abstention chez les ouvriers et 66 % chez les employés ?) et le plus nouveau conflit des générations (faut-il rappeleraussi que - dimanche toujours - plus de 80% des 18-35 ans ne se sont pas déplacés pour voter ?), et ces deux mouvements d’ampleur suffisent à démontrer combien le système est malade."

Elections, un bon résumé :

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Ce dessin sera publié dans le prochain numéro de la revue Cassandre/Horschamp.

La Joconde aguicheuse

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Lancement du Prix du roman inachevé / Communiqué de presse

Marguerite Abouet (auteur), Guy Birenbaum (auteur et éditeur), Philippe Di Folco (auteur et journaliste), Pierre Pinoncelli (artiste performeur), Riad Sattouf (dessinateur et réalisateur)… font partie des dix jurés du nouveau Prix du roman inachevé.

L’objectif du Prix du roman inachevé (également appelé Prix Bartleby) est d’affirmer la beauté de l’inachèvement littéraire : il récompense la meilleure œuvre non menée à sa fin.

Il est un encouragement à ne pas poursuivre : le lauréat gagnera le droit de ne pas achever son écrit. Son œuvre inaboutie sera publiée en l’état par un éditeur audacieux. Ou pas.

Sont admis à concourir les romans inachevés et inédits, écrits en langue française. Est considéré comme roman inachevé tout écrit auquel manque au moins le point final : il peut s’agir de sept cent pages, de vingt pages, d’un feuillet, voire de l’incipit.

Le prix sera remis début novembre 2009.

Contact : prixbartleby@gmail.com

Le jury, dont vous trouverez les biographies sur le site du concours :
- Marguerite Abouet ;
- Guy Birenbaum ;
- Anaïs Bouton ;
- Arnaud Demanche ;
- Philippe Di Folco ;
- Titiou Lecoq ;
- Olivier Malnuit ;
- Pierre Pinoncelli ;
- Riad Sattouf ;
- Aude Walker.

Le comité de sélection :
- Frédéric Royer ;
- Pauline Favier ;
- Stéphane Rose ;
- Emilie Arthapignet.

« La gloire ou le mérite de certains hommes consiste à bien écrire ; pour d’autres, cela consiste à ne pas écrire. » Jean de La Bruyère, cité par Enrique Vila-Matas, Bartleby et compagnie.

Le prix "Bartleby" affirme la beauté de l’inachèvement littéraire.

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A la suite de la perquisition de la bibliothèque de Julien Coupat, où la
présence d’un certain nombre de livres sont retenus comme éléments à charge, la maison des écrivains a lancé une pétition qui a déjà recueilli plus de 1500 signatures et qu’on peut signer ici.

En voici le texte :

"Je déballe ma bibliothèque

Nos bibliothèques sont toutes pleines à craquer de livres subversifs. De
ceux là, nous vient l’inspiration. De ceux-là, nous apprenons à penser. De
ceux-là, nous apprenons à douter. Mais aussi à croire. De ceux-là, nous
apprenons à lire le monde, à le délier aussi. A ceux-là, nous tenons, tant
ils nous tiennent en vie. Ces livres que nous lisons, que nous aimons sont
tous, par essence, dans le fond comme dans la forme par le rapport qu’ils
entretiennent à la langue, enracinée dans le vivant , subversifs.

Ainsi, pour dénoncer le délit de lecture dont est accusé Julien Coupat, nous
entendons ouvertement déballer nos bibliothèques, à l’instar de Walter
Benjamin."

Délit de lecture !

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Intitulé "Le temps des alliances", le numéro 77 de la revue Cassandre Horschamp est consacré à "L’appel des appels" des professionnels du soin, du travail, du social, de l’éducation, de la justice, de l’information...

Le système judiciaire français et ses possibles abus y sont croqués par Chantal Montellier.

Condamner plus pour sécuriser plus !

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Un texte très intéressant du psychiatre Bernard Doray, publié sur le site Bellaciao :

Les choses les plus rares étant parfois les plus précieuses, les pensées philosophiques du Président de l’UMP, même publiées dans une revue au tirage relativement modeste, ne sont pas passées inaperçues. Sur le mode détendu d’un jeu de piste, trois petits messages guident le lecteur philosophe vers un projet de société encore inconnu dans notre pays.

Premier message : On naît pédophile. C’est une affaire de gènes. Le lecteur peu au fait de ce qu’est la science génétique en sera bien d’accord, puisque pour l’immense majorité des citoyens, « le pédophile », c’est bien évidemment un autre que soi, un étranger superlatif, un qui appartient à une autre engeance : quoi de plus évident qu’il soit d’un autre gène. Pas de loi dans la Culture pour de telles erreurs de la nature. On suppose, au mieux, qu’un traitement biologique pourrait un jour redresser en eux ce qui peut l’être.

Puis le jeu du “pas de loi“ continue. On passe à un trouble de l’ordre public qui pourrait attirer plus de sentiments solidaires : la tragédie des « 1 200 à 1 300 » adolescents qui meurent par suicide tous les ans. Là encore, l’émotion pour les dangers qui menacent nos enfants, là encore la stigmatisation rassurante. Les idées suicidaires sont fréquentes chez les adolescents, les tentatives sont plus rares, et les morts, fort heureusement bien plus rares encore (plus de deux fois moindre, officiellement, que ceux que donne notre nouveau philosophe). Là encore, ça n’arrive qu’aux autres. C’est les gènes.

Et l’on en arrive à la case des grandes affaires de la société : en l’occurrence le coût de la solidarité sociale autour des malades. Les fumeurs cancéreux qui décèdent, ce ne sont pas les éventuelles restrictions de la couverture assurantielle, c’est encore les gènes, que voulez-vous !

Au total, se dessine un projet de gestion de la société où la part biologique, voire animalière, des maux de la société, prendrait ses aises, selon un motif qui pourrait se répéter à l’infini, puisqu’il y aura toujours des personnes aux marges des courbes statistiques pour faire croire aux benêts et à ceux qui y trouvent leur compte que la misère, l’ignominie ou la poisse, appartiennent à une frange aberrante de l’humanité.

Si une telle idéologie parvenait à faire son nid dans notre société, il est probable que, oui ! hélas !, comme le dit l’affiche de ce candidat-là, “Tout deviendrait possible“ !

Nicolas Sarkozy et le génie génétique

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Au courrier ce message que m’a adressé Lan Prima dont je partage la colère :

vive le XIXème siècle

Colère après la déclaration de Sarko qui impulsivement décide de considérer la schyzophrénie et autres avatars comme dangereux pour la société (certes un fait divers l’avait pousser à répondre... Au tacotac comme d’habitude). Retourner aux pratiques du XIX ème siècle avec moyens modernes de fichage lui semble la voie de la sécurité plutôt que celle de soigner.

Vous, et certain(e)s orwelliens, Huxleyens, etc. l’avaient facheusement prévu. Bref, rien ne s’arrange.

Cf : L’émission : "Les pieds sur terre" du 09 février sur France Culture, je crois.
Cordialement.

vive le XIXème siècle

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(ce n’est qu’un combat le commerce continue).

Ce matin sur France Culture, dans l’émission "Tout Arrive" d’Arnaud Laporte, nous avons eu le plaisir d’entendre deux auteurs de bd bien en cour et fort médiatisés : Dupuy et Berbérian nous parler , avec une grande satisfaction, de l’exposition vedette qu’ils ont permis à Ruppert et Mulot d’organiser : la maison close…

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Libération de la femme, version dessinatrices

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(ce n’est qu’un combat le commerce continue).

Ce matin sur France Culture, dans l’émission "Tout Arrive" d’Arnaud Laporte, nous avons eu le plaisir d’entendre parler deux auteurs de bd bien en cour et fort médiatisés : Dupuy et Berbérian.

Grâce à eux j’ai eu la satisfaction d’apprendre que la vraie bande dessinée d’auteur commençait juste... aujourd’hui ! Je cite : "Les choses ont beaucoup évoluées, maintenant l’auteur de bande dessinée est un artiste à part entière". Il me semble pourtant me souvenir, que dès les années 70, certains dessinateurs et auteurs de bd étaient déjà considérés, à juste titre, comme d’authentiques créateurs, même si le festival d’Angoulême ne les reconnaissait pas toujours.

Quelques noms au hasard : Jean-Claude Forest et son Hypocrite, José Munoz et son Alack Sinner, Le sublime Guido Crépax et sa somptueuse Valentina, l’extraordinaire Buzzelli et son inoubliable révolte des ratés, Will Eisner et son émouvant bail avec Dieu, Alex Barbier et ses étranges Lycaons, Masse et ses bonshommes en chapeau melon, Max Cabannes et sa crognotte rieuse, Nicole Claveloux et sa main verte... pour ne citer qu’eux. J’espère que les “Monsieur Jean” s’en souviennent ?

Mais revenons à l’émission. Les deux mêmes nous parlent maintenant, avec une grande satisfaction, de l’exposition vedette qu’ils ont permis à Ruppert et Mulot d’organiser : la maison close.

Le journaliste, lui, déplore un certain inconfort et se dit frustré : "La pièce rouge est assez frustrante... Il faut se mettre dans une position inconfortable... Regarder par des oeilletons..."

L’un des deux Monsieur Jean (Dupuy, il me semble) le renvoie aux images publiées sur le site, puis il donne quelques explications sur ce qui a motivé l’expo :" On a dit à Mulot et Ruppert, faites ce que vous voulez ! Ils avaient cette petite idée de maison close... Un pied de nez à toutes ces expositions ou l’on enferme les filles dans un espèce de carcan... C’est un pied de nez !"
Vous avez bien lu ! A la question : comment libérer les dessinatrices des soit disant carcans des expos, notamment sur le thème "la femme auteure de bande dessinée" ? La réponse est simple : Vous n’avez qu’à les enfermer dans un bordel, et là elles pourront enfin s’éclater ! Elles ne se sentiront plus opprimées par un “carcan”, elles seront enfin libres de s’exprimer !

Vive la libération de la Femme par la prostitution (symbolique).

— Oui, oui ! Allez y mesdames, livrez nous vos fantasmes en tant que putes, le reste est notre affaire... (cf : les cochons de payants)
Tout ça est d’une belle et bonne logique commerciale, non ? Suffisait d’y penser.

"Sublime forcément sublime !"

Le journaliste demande alors au “Monsieur Jean” ce qu’il pense des maisons closes, et il répond, quelques regrets dans la voix :

— ” Je n’ai pas pu les pratiquer... Elles sont fermées depuis trop longtemps". Hélas ?

En tant que femme dessinatrice et bien que n’ayant rien à montrer aux voyeurs pré et post pubères de cette exhibition Angoumoisine au-goût-moisi, car n’en faisant heureusement pas partie, je tiens à remercier notre joyeuse bande des 4 pour cette initiative généreuse au profit de l’émancipation féminine !

Bravo messieurs, grâce à vous la condition de la femme bédéaste a progressé d’un pas gigantesque vers le... 19e siècle !

Chantal Montellier

Libération de la femme, version dessinatrices

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"Angoulême ouvre sa maison close !" nous informe-t-on, rigolards, sur
Internet en parlant d’une expo vedette de bédé sur ce thème stimulant pour
l’esprit et l’intelligence. Le bordel s’ajoute au bordel dans l’intérêt de
la création, bien sûr !

Déjà, le patron des éditions Soleil avait engagé des filles quasi nues pour
faire la danse du ventre sur ses stands et attirer le chaland, pourquoi pas
cette année des dessinatrices aux seins nus ? Pourquoi ne pas ajouter une
fellation à la dédicace ? Et aussi quelques cabines derrières les tables des
marchands ?

Les plus âgées des bédéastes pourraient être recyclées en sous-maîtresses ?
Enfin, j’aurais une chance de trouver une place dans ce festival à défaut
d’y voir exposer mes oeuvres trop "radicales" paraît-il. Le bordel,lui, est
consensuel ! Cela s’appelle le progrès de la civilisation.

Ruppert et Mulo, les dessinateurs-macs d’occasion qui ouvrent la "maison
close" en question ont recruté quelques dessinatrices consentantes qui y
sont allées de leur prestation. Quelle audace mesdames ! Quel humour ! Quelle
belle liberté en bas résille !!!

"Ce qu’il faut comprendre, explique doctement dans la bd un des deux
recruteurs à une dessinatrice, c’est que c’est une métaphore ce truc de
maison close."
Ah bon ? Et métaphore de quoi ? Du festival lui même ? Alors il
faut de la dénonciation, pas de la complaisance.
"Il ne faut pas parler de prostitution aux filles" explique le même quelques
vignettes plus loin. De quoi faut-il leur parler pour les convaincre de
jouer à la pute métaphoriquement ? De la libération de la femme ?

Personnellement je trouve cette maison close plutôt obscène et, entre de
nombreux autres, le dessin représentant un personnage de Trondheim (et
j’imagine dessiné par lui ?) me débecte particulièrement au premier,
deuxième, centième degré.

Ce dessin représente un type à tête (et cervelle ?) d’oiseau devant la porte
du bordel, il s’adresse à un client du lieu en ces termes : "... Je savais
que tu aimais la viande, mais de là à aller aux putes !"

Pour l’auteur de cette image, les prostituées sont donc (à quel degré ?)
moins que la viande des étals de boucherie !

J’ai déjà entendu, lu ça des milliers de fois sous la plume de gros cons, de
salauds, de fachos : "les putes, c’est des bouts de viande !" et toujours, la
même colère me saisit. D’autant plus qu’en ce moment,la "crise" aidant, les
femmes paient un lourd tribu au maintien de notre bonne et équitable société
patriarcale et de ses intérêts dominants. Ceux de certains maquereaux
d’Angoulême en font-ils partie ? On le dirait.

Bref, je trouve ce genre d’humour assez immonde (comme la bête, qui semble se réveiller), et ce à tous les degrés !

La modernité c’est le ricanement ? Je constate que décidemment le rire n’est
pas que le propre de l’homme, il est aussi celui des hyènes qui parfois lui
ressemble.

Pour conclure je laisse la parole à Moni, une amie, femme de théâtre,
écrivain et metteur en scène :

Quelle géniale idée cette "maison close", quelle finesse symbolique !

C’est bien connu, au fond nous désirons toutes, nous les femmes, nous faire
mettre par des chauves imbéciles ou sucer des bites de vieux bedonnants
ridicules contre de l’argent car ce n’est même pas un travail, que du
bonheur, que du plaisir ! Oui, nous rêvons toutes d’être ces bêtes de
bordel, coquines, sexy, abandonnées à notre mac, notre maître. Toujours
consentantes, soignées, prêtes à se plier à tous les fantasmes, jamais un
mot plus haut que l’autre, jamais un mot, oui, exceptés ceux qui font
bander...

Nous sommes des sous-hommes, des sorcières, des putes. Il faut nous dresser, nous battre car si on ne sait pas pourquoi, les hommes le savent... Bien que très malines, fourbes, cupides et perverses, nous avons un QI d’huître.

Quand il n’y aura plus de genre féminin sur terre, les hommes respireront,
ils seront enfin libres ! Certains (des femmelettes !) nous pleureront.

Nul besoin de signe distinctif pour décrire notre abomination nous la
portons sur notre visage, dans notre corps, dans nos odeurs nauséabondes,
notre sang cyclique, nos voix criardes, notre dégoûtante ménopause, notre
cerveau étroit...

Pourquoi chercher autre chose que ces douces et délicates places choisies de
mères, de nymphettes, de putains ?

Quel bonheur d’être les servantes de ces hommes si supérieurs, beaux,
intelligents, poilus ou glabres, avec ou sans cravates.

Moni Grégo.

Fesse-tival d’Angoulême et maison close

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"Angoulême ouvre sa maison close !" nous informe-t-on, rigolards, sur
Internet en parlant d’une expo vedette de bédé sur ce thème stimulant pour
l’esprit et l’intelligence. Le bordel s’ajoute au bordel dans l’intérêt de
la création, bien sûr !

Déjà, le patron des éditions Soleil avait engagé des filles quasi nues pour
faire la danse du ventre sur ses stands et attirer le chaland, pourquoi pas
cette année des dessinatrices aux seins nus ? Pourquoi ne pas ajouter une
fellation à la dédicace ? Et aussi quelques cabines derrières les tables des
marchands ?

Les plus âgées des bédéastes pourraient être recyclées en sous-maîtresses ?
Enfin, j’aurais une chance de trouver une place dans ce festival à défaut
d’y voir exposer mes oeuvres trop "radicales" paraît-il. Le bordel,lui, est
consensuel ! Cela s’appelle le progrès de la civilisation.

Ruppert et Mulo, les dessinateurs-macs d’occasion qui ouvrent la "maison
close" en question ont recruté quelques dessinatrices consentantes qui y
sont allées de leur prestation. Quelle audace mesdames ! Quel humour ! Quelle
belle liberté en bas résille !!!

La suite sur le Forum

Fesse-tival d’Angoulême et maison close.

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J’ai tout regardé (sur internet, on ne lit pas !). J’aurais du
commencer par l’introduction. Tout y est dit.

En résumé, au départ, les "organisateurs-auteurs" pensent à une expo
de filles-auteurs de BD (...vraiment ?!). Au final, ils trouvent un
truc + bandant : ramener les dites auteurs à leur qualité de putes
(ou non) et donner à voir - au public et aux dessinateurs - comment
elles se comportent finalement sexuellement. Mais aussi leurs clients.
Nous voilà tous embarqués, dès le départ, dans les fantasmes de ces 2
"organisateurs-voyeurs" qui ne s’impliquent eux-mêmes jamais dans le
récit. Il y a surtout beaucoup d’ambiguité sur le fait que parfois ce
sont les auteurs qui parlent -Trondheim à la sécurité (laquelle ?!)
et Dupuy au vestiaire (!!) -, et parfois ce sont leurs personnages
qui s’expriment. L’idée annoncée étant une partie de bras de fer, une
compèt’ entre filles et garçons et au final, c’est le fantasme (hélas
classique) d’ hommes qui veulent faire rentrer les nanas (même et
surtout des auteures censées réfléchir sur elles-mêmes) dans leurs
fantasmes clos de maison à prostitution. Les lecteurs et visiteurs
vont être très excités par cette ambiguité : on va voir qui dans cette
maison ? Les auteurs en personne, leurs personnages ou leurs porte-
parole ? C’est marrant, cette idée pour moi se rapproche d’un climat
fasciste, - heureusement, à l’intérieur de ce lieu, des personnages
résistent mais pourquoi se sont-ils laissés entrainer ? -, avec des
masques, de la lâcheté, du sado-masochisme, une façade
irréprochable...

Catherine Beaunez

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JPEG - 1.8 Mo
La planche en grand format

Jeanne Puchol

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Vous êtes invitéEs...

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Le processus d’effacement dont parle Y.M.L. est toujours bien là, à l’oeuvre, et n’a rien à envier en matière d’efficacité aux siècles passés. Le Molloch du "marché" se charge à lui seul de dévorer et rendre au néant en un rien de temps les oeuvres les plus fortes.

Processus d’effacement

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Artémisia donnera le nom de sa lauréate le 13 janvier 2009 à la librairie la Hune, boulevard Saint Germain. Vers 19h. Qu’on se le dise.

Prix doté par Michel Edouard Leclerc à hauteur de 3000 euros !

remise du prix Artémisia : tous à la Hune !

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Communiqué de presse

La bande dessinée au féminin honorée par un nouveau prix

Pourquoi un prix Artémisia de la BD ?

Parce que la création BD au féminin nous semble peu connue et reconnue, peu valorisée et éclairée, quelques arbres surexposés cachant la forêt des talents laissés dans l’ombre ou à l’abandon.

Parce qu’un regard féminin sur la production BD nous paraît essentiel.

Parce que se donner le pouvoir de reconnaître et non pas seulement de produire est un enjeu et un symbole des plus importants pour les femmes qui participent à cette aventure.

Parce que la BD destinée à tous et largement diffusée, reste un média dominé par l’imaginaire masculin, qui véhicule des stéréotypes écrasants.

Parce que les jurys, notamment pour les présélections (cf. Angoulême), sont généralement composés des seuls représentants du sexe dit fort.

Parce qu’il n’y a pas de raison pour que seule la littérature avec son prix Fémina, et le cinéma avec son festival de Créteil, aient droit à des espaces de légitimation et de reconnaissance au féminin.

C’est pour toutes ces raisons (et quelques déraisons) que nous souhaitons créer un prix qui distinguera un album scénarisé et/ou dessiné par une ou plusieurs femmes. Il sera décerné chaque année le 9 janvier (date anniversaire de Simone de Beauvoir).

● Pourquoi Artémisia ? Le personnage et le destin de la grande artiste italienne du XVIIe siècle, Artémisia Gentileschi, symbolisent à eux seuls ceux de la femme artiste (plasticienne) dans nos sociétés patriarcales, par-delà les temps et les régimes. Il nous a semblé utile et juste de rattacher ce prix qui honore l’image narrative féminine, à l’histoire plus large, plus riche et plus explorée de la création graphique au féminin. Ceci afin de ne pas risquer de nous enfermer nous-mêmes dans nos propres phylactères.

Association ARTEMISIA

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Sur radio libertaire, en ce premier mai 2008, sur fond brunissant, on vante, dans "chroniques rebelles" les mérites du fasciste (mais tellement "génial" ma chère !) Céline et de son illustrateur besogneux Jacques Tardi. Tardi qui est ensuite passé au beaucoup moins génial mais tout aussi fasciste Géo-Charles Véran avec "Jeux pour mourir", publié chez Casterman. Véran qui sévissait dans les pages de "Révolution Nationale" le journal de Pétain. Journal dirigé par un certain Lucien Combelles qui, après la prison à la libération, s’est retrouvé chez Dargaud. Combelles idole de Thévenet (qui lui consacra sa thèse). Thévenet viré d’Angoulême pour "faits graves et concordants", (qu’en termes discrets ces choses là sont dites). Vous me suivez ?
Tout ça sous la protection du cagoulard François Mitterrand.

Amusant d’entendre Radio Libertaire caresser les poils sanglants des loups bruns et bruns-roses, le jour du premier mai, fête ouvrière !
Amusant et bien révélateur !!!

C.M.

Le 01/05/2008

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Comme chaque année, à l’occasion du festival d’Avignon, le collectif culture du parti communiste a publié "CIGALE", un 8 pages gratuit.

Ce sont des pages nourries de textes plutôt passionnants signés Bernard Doray, Alain Foix, Aminata Traoré, Yves Clot, Aline Piailler, Denis Fernandez-Recatala...

J’ai été contactée par Laurent Klajbaum, pour faire la partie images de ce numéro 4.

Pour ce faire, j’ai puisé dans une iconographie de propagande (bolcho pour le côté rouge de la commande) puis l’ai immergé dans la déferlante bleue (cela pour le contexte politique dans lequel nous baignons).
Simple, mais pas forcément inefficace.

Que n’avais-je osé faire ! Si le résultat de ma petite cuisine graphico-politique a beaucoup amusé certains, il a aussi déclenché la fureur de certains autres, genre : "touche pas à mes icônes !"

Voir le résultat de ces disputes sur le forum culture du pcf, le site de la revue "Cassandre" (à : mini cassandre) et le site Bellaciao...

Rire ou pleurer ?

Personnellement je choisi d’en rire avec Bernard Doray et quelques autres.

Amicalement à tous.


En lisant les pages intitulées « sur le ring » du « micro Cassandre » élaboré par Valérie de Saint Do, au sujet du numéro 4 de Cigale et des réactions que mes illustrations ont provoquées, il m’est venu l’envie de faire deux ou trois commentaires.

D’abord, sur le texte de Marie-José Mondzain s’adressant à Alain Foix qui a pris ma défense :
- Je remercie Alain Foix de me donner une leçon d’analyse des images, de critique d’art et d’humour, d’histoire de l’art, d’histoire politique des images et des idées, de philosophie du visible, écrit-elle en substance...

Rien que ça !?

Cette honorable dame pense donc n’avoir dans tous ces domaines, qu’elle maîtrise à la perfection, de leçons à recevoir de personne ?
C’est impressionnant tant de savoir ! J’en tremble.

Cher Alain Foix, vous êtes un sacré prétentieux pour oser donner toutes ces leçons à une telle personne, une seule et unique leçon d’humour aurait largement suffi !

Marie-José Mondzain écrit aussi : « Vous avez été déçu par Staline et par Mao, aujourd’hui c’est Sarkozy qui vous déçoit ! »
La charité m’interdit de rire devant tant de perspicacité.

Sous la même plume, cette phrase : « Tous ceux qui réfléchissent ne cessent de répéter que si on ne réinvente pas un imaginaire et une culture de gauche c’est foutu pour toujours ; »

Le seul hic, chère Madame, c’est qu’un Imaginaire et une Culture, ça ne s’invente pas comme l’ampoule électrique et la machine volante ! « Ceux qui réfléchissent » devraient... y réfléchir.

Un autre intervenant, Gérard Paris-Clavel, qualifie mon humour « d’humour rouge à 12 ° 5 »... Le sien est sûrement d’un cru bien supérieur : un Château VIP ?

Malgré toute sa science de l’image, je voudrais expliquer à Gérard qu’avant de mettre Sarkozy en scène comme « révolutionnaire » je donne à voir (à ceux qui ont des yeux pour ça), un oxymoron. C’est-à-dire un homme de droite, candidat des riches et de la haute bourgeoisie, maire de Neuilly, jouant aux héros des masses populaires avec des formules comme : « Je veux réhabiliter le travail ! » (et donc les travailleurs eux-mêmes CQFD). « Je ferai le changement sans que personne n’ait le sentiment de se sentir exclu, laissé pour compte » (lui, le candidat des patrons dégraisseurs !)
Il appelle les puissants de ce monde à « entendre la voix des peuples... La colère des peuples... »

On croit rêver !? On ferme les yeux et on imagine un leader ouvrier ! C’est pas Sarko, c’est Maurice Thorez ! Lénine, peut-être ?

Non, non, c’est bien le maire de Neuilly qui parle ! Mais que sait-il du Peuple Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa ? Ce qu’en disent les rapports de police ?

Ce que je représente, c’est cette imposture et comme l’écrit très justement Bernard Doray, « en politique, un oxymoron est toujours synonyme d’arnaque ».

C’est cette arnaque-là que j’ai désiré rendre visible.

Écrire qu’ainsi j’offre « en transformant Sarkozy en bolchevik, (tendance Stakanov, alors ?) un espace qu’il n’aurait pas osé récupérer » me semble manifester d’une certaine légèreté. Comme si Sarkozy songeait à récupérer ce genre d’espace ! Allons, Paris-Clavel, soyons un peu sérieux !

Alain Foix, lui, est interpellé sur le thème : « ... Tu peux si tu en as envie pisser sur l’urinoir de Duchamp, mais reconnais qu’il serait peu inventif de chier dedans. » On appréciera l’humour délicat, quoiqu’un peu scatologique, de l’auteur.
Le niveau du débat s’élève encore, après le gros rouge qui tache, le pipi-caca...

Alain Foix écrit : « Ce ne sont pas les images qui élèvent la pensée ». Ce qui précède lui donne hélas, raison. (GPC, parle par images !)
Pourtant, certaines la stimulent et la provoquent, ce qui n’est déjà pas si mal !

Mais laissons Paris-Clavel à son « épicerie d’art frais » comme il définit lui-même sa structure « Ne pas plier ».
(S’il m’arrive d’intervenir sur le même terrain que les épiciers, c’est en chasseuse-nomade d’imaginaire et non en boutiquière installée.)

Plus sérieusement, je remercie Valérie de Saint Do pour son décryptage et le travail de recomposition du débat qu’elle s’est donné la peine de faire.

Elle écrit fort justement : « En recyclant ces images, Chantal Montellier a posé non seulement la question du devenir d’une imagerie et d’un imaginaire, mais aussi celle de l’iconographie d’une publication ».

Espérons que ces questions une fois soulevées, la Culture et l’Imaginaire qui sont dessous, (ainsi que les créateurs), pourront se redresser !

Pour ce qui est de la volée de bois vert venue des tenants de la Vérité en matière d’images politiques, ne sanctionne t-elle pas avant tout ceci : une double transgression :
1) Celle d’être intervenue sur un territoire que certains s’approprient abusivement.
2) Ramener en lumière des images que tous ou presque s’entendent à considérer comme n’ayant plus droit de citer et ceci pour des raisons bien souvent mal analysées.

C.M.

Le 27/07/2007

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Je me souviens que ma psy, Madame Eugénie Lemoine-Luccioni, qui fut la vice présidente de l’Ecole pour la Cause Freudienne et publia quelques ouvrages qui firent date, comme, par exemple, "Le partage des femmes", me disait souvent : "Vous êtes allez de la mort vers la vie, pour la plupart des gens c’est l’inverse. L’avantage c’est qu’ainsi, vous saviez enfant ce que la majorité des gens ne savent qu’à la fin de leur existence. Votre conscience de la mort est très grande et le restera. Ce peut être un avantage, mais ça peut aussi effrayer certaines personnes".

Et puis :

"Vous n’avez pas eu le choix, vous avez été obligée de vous propulser. Tout de même, cela n’a pas que des inconvénients ?"

Je me souviens aussi de la rétrospective Artémisia Gentileschi à Florence, avec, proposée à l’admiration des visiteurs, dès la porte de la galerie franchie, une magnifique "Judith et Holopherne", signée par... son père, Orazio !

Je me suis dit ce jour-là qu’Artémisia, son oeuvre, son histoire, méritait un prix à égalité avec les Nobel, Goncourt, Renaudot, Palissy, et j’en passe... (peu de prix portent des noms d’artistes femmes).

C.M

Réminiscences

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Subjectivité :

J’ai vu "Persépolis" (le film), dans un cinéma plutôt rempli. Tant mieux !

Je l’ai trouvé émouvant et bien fabriqué. Autant les images-papier m’étaient rapidement tombées des yeux, autant l’animation est prenante. Bravo à l’équipe ! Beau boulot.

Il y aurait sûrement beaucoup à dire sur l’aspect historique et politique de cette histoire, mais, à l’heure ou j’écris ces lignes, c’est finalement l’image de la mère de l’héroïne qui s’impose à moi. Que penser de cette mère-là ? (et de ce père), qui pousse une aussi jeune fille loin des siens, de leur protection, de leur amour nécessaire, au nom du refus d’un système, certes terriblement aliénant, dangereux, meurtrier, mais qui ne mérite sans doute au fond qu’une seule chose : être combattu de l’intérieur.

Comment cette mère-là imagine t-elle l’Europe, la France ? Comme autant de paradis ? Ici, une femme tombe tout les 2 ou 3 jours sous les coups de son conjoint, combien sous les coups d’un non conjoint ? (rapport récent d’Amnesty International, chiffres fournis par la police).
Pubs racoleuses, prostitution, gang bang, téléphone rose, Interpanet... L’esclavage sexuel est partout, sa dénonciation nulle part. Ici, "ils" ont appris la discrétion et sont bien rasé.

Pour en revenir aux images, ce qui me gène dans le travail de création de cette auteure, c’est l’écart entre le fond et la forme.
Récit et contenu assez intenses et matures d’un côté, forme schématique et mécanique qui les réduit, les banalise, les infantilise et comme on sait, dans le monde euphémisant des livres d’enfants, rien n’est vraiment grave, même le pire.

Il me semble aussi, je ne sais trop par quelles bizarres associations visuelles, me retrouver dans le monde un peu étriqué et confiné de David B. alors que l’univers de Marjane S. est plus vaste, ouvert sur le monde extérieur... Bizarre comme impression !

Alors ? Marjane Satrapi, bientôt un roman ?

C.M.

Regards sur...

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Calomnie

J’apprends en "lisant" Comix Pouf ! que j’aurais écrit sur mon site qu’il n’y avait "que des bourgeois et des juifs dans la bd à la mode !"
Me voici, après mille autres insultes, traitée d’antisémite et je n’apprécie guère, d’autant que je suis partie en guerre contre l’invitation de Tardi, illustrateur de Céline et Géo Charles Véran, par le PCF. Par ailleurs je suis publiée par les éditions Denoël dirigées par Olivier Rubinstein, un vrai nom de bougnat, n’est-ce pas ?
Et enfin, je vis avec un homme qui a consacré sa thèse d’Etat à Jean Kanapa, un autre bougnat ! (Je n’ai rien contre les bougnats, d’ailleurs !)

J’avoue que je ne comprends pas trop ce qui autorise Comix Pouf (!) à me traiter d’antisémite ?

Si mes critiques contre la bd bobo nombriliste sont effectives, pour le reste cela s’appelle de la calomnie, et ça peut coûter cher.

L’intervention de Mélikian était, de mon point de vue, "judéo centrée", en effet, comme on dirait catho centré, ou bien andro centré, ou gyno centré. Je ne vois pas comment j’aurais pu exprimer ça autrement.
J’emploie souvent l’expression "andro centré" ce qui ne veut pas dire que je fais du racisme anti-homme.

J’aime les hommes et je ne saurais me passer d’eux ! Ce qui ne m’empêche de me battre contre eux quand c’est nécessaire de mon point de vue.

Quant à la soupe américano-japonaise industrielle (c’est d’elle que je voulais parler) un peu envahissante, (les yeux de bambi sur les personnages asiatiques des mangas), oui, je regrette qu’elle submerge et engloutisse parfois des imaginaires, des représentations et des identités plus singulières.

Ceci étant, je ne suis pas parfaite et j’ai peut-être parfois des faiblesses d’expression, voire de pensée que j’ignore moi même ?!?

Dans ce cas, mea culpa.

C.M.

Le 18/07/2007

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Et encore un texte hyper haineux et insultant de "Pouacre" (ça fait pseudo planqué ce nom-là) sur Actua bd... Il s’acharne ! Jamais aucune réponse à mes arguments immédiatement balayés au profit de la simple injure, presque de la menace. Ce n’est pas un débat, ça sent le "lynchage".
Je suis menacée de me mettre "le monde entier" à dos ! Rien de moins ! Le beau monde, surtout, j’imagine ?

Pour ce qui est de la dimension "géo politique" et iranienne de toute cette histoire, que cherche t’on au juste ? A nous faire haïr encore un peu plus ce pays ? Après l’Irak, l’Iran ?

Les nains aussi ont commencé petits, et la bd est un bon moyen au pays de nains...

C.M.

Le 06/07/2007

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Cher monsieur Pouacre,

En réponse à vos insultes sur Actua bd, je dois vous dire que non seulement je suis "bête" (comme la majorité des femmes), paranoïaque ("seul le paranoïaque perçoit tout" disait Jacques Lacan), mais en plus, bien que m’étant offert, avec mes propres deniers, une psychanalyse de plus de 5 ans avec Madame Eugénie Lemoine-Luccioni, (qui fut la vice présidente de L’Ecole de la Cause Freudienne, lire notamment "le partage des femmes"), malgré cela je reste profondément hystérique, nymphomane, sado-masochiste, kleptomane, tarée, tordue, vicieuse, hypocrite, lâche, perverse-polymorphe, féministe, ouvriériste, communiste, anarchiste et par dessus tout... PAR DESSUS TOUT... Mauvaise ménagère !!!

Que fait la police ?

C.M.

Le 02/07/2007

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FLAGRANT DELIT D’OSTRACISME !!!

Invitée à un festival faisant la part belle aux femmes dessinatrices, je suis désinvitée car certaines de ces dames jugent ma présence indésirable ! Serait-ce parce que ma production est trop misérable ? Ou que, n’étant pas une nantie comme certaines, je suis indigne de figurer à leur côté ? Est-ce parce que je ne suis pas socialement, politiquement correct ?

Réponse au mail de Philippe Duvanel, directeur artistique de BD-FIL Festival international de bande dessinée de Lausanne :

Bonjour Chantal,

J’espère que vous allez bien. Je regrette de n’avoir pu vous contacter plus tôt et vous prie de bien vouloir m’en excuser. Je me dois, malheureusement, de revenir en arrière concernant notre invitation pour notre exposition Bulles de femmes - Bulles de vie. Il semble, en effet, comme vous m’aviez largement prévenu, que vous ne fassiez pas l’unanimité auprès de certaines de vos collègues. Nous avons essayé d’user la meilleure diplomatie mais force est de constater que nous n’y sommes pas parvenu.

- C’EST DE L’OSTRACISME !

L’absence de réponses de la part de certaines auteures nous ont, parallèlement, amenés à revoir le concept de l’exposition en le centrant davantage sur des auteures moins connues. Nous nous voyons dès lors au regret de cette décision (décevante je vous l’accorde).

- SCANDALEUSE !

Il est néanmoins acquis que nous présenterons vos derniers ouvrages (Tchernobyl mon amour et Sorcières mes soeurs) dans le cadre de la sélection de l’espace lecture de notre exposition et qu’ils seront disponibles dans la librairie que nous consacrons spécialement aux ouvrages de femmes ou sur les femmes.

J’espère, par ailleurs, que nous aurons, dans une édition à venir, le plaisir de pouvoir vous inviter. Je reste à votre entière disposition pour toute discussion et vous prie, une nouvelle fois, de m’excuser pour cette désagréable nouvelle.

- SCANDALEUSE NOUVELLE !

Avec mes salutations les meilleures.

Philippe Duvanel

C.M.
A lire également suite à cette affaire :
Les lettres de soutien à Chantal Montellier et un article sur ActuaBD.

Le 19/06/2007

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FLAGRANT DELIT D’OSTRACISME !

Invitée à un festival faisant la part belle aux femmes dessinatrices, Chantal Montellier se voit soudainement désinvitée car désavouée par certaines de ses consoeurs !!

Voici ci-dessous les courriers de Philippe Duvanel, directeur artistique de BD-FIL Festival international de bande dessinée de Lausanne, adressés à Chantal Montellier ; et les lettres de soutien à Chantal.

Bonjour Chantal,

La 3ème édition de notre festival, BD-FIL, se déroulera du 7 au 9 septembre prochain avec, comme invité d’honneur, Cosey. Il présentera, notamment, une grande exposition autour du travail de Cosey, une exposition sur la Trace du scorpion d’Hugo Pratt, une exposition carte blanche aux éditions Atrabile, une exposition-performance avec des dessinateurs suisses sur le thème des instructions de secours des avions et, last but not least, une exposition sur les auteures BD, intitulée, pour l’heure, « Bulles de femmes ». C’est au sujet de cette dernière, vous l’aurez compris, que nous prenons la liberté de vous contacter. Nous souhaiterions, en effet vous présenter dans son cadre. Notre envie à votre égard, vous pouvez l’imaginer, est des plus fortes. Vous trouverez, en annexe, un descriptif complet de notre projet ainsi que la liste des dessinatrices que nous envisageons de présenter.

Notre demande se porte sur plusieurs points tout en restant, nous l’espérons, la plus raisonnable possible. Nous souhaiterions, en l’état, pouvoir vous solliciter le prêt de planches originales, d’un carnet de croquis et un auto-portrait. Nous caressons également l’envie - et quelle envie - de vous soumettre le questionnaire de Proust (voir annexe) et de vous demander, en fonction de vos possibilités et intérêts, de réaliser un travail original.

Notre dernière demande, et pas la moindre, consiste en votre invitation au Festival, sur l’une de ses trois journées (ve 7, sa 8 ou di 9 septembre) ou, si vous le souhaitez, sur sa totalité. Il est bien entendu que tous les frais relatifs à votre déplacement, votre hébergement et vos repas seraient à notre charge. L’assurance « clou à clou » de vos oeuvres serait également contractée et prise en charge par nos soins.

Nous sommes ouverts à toute discussion et espérons, dans tous les cas, pouvoir disposer de votre appréciation sur notre envie. Dans cette attente nous vous adressons, chère Chantal, nos salutations les meilleures. Que la douceur du printemps vous offre les plus belles ivresses.

Bien à vous

Philippe Duvanel


Bonjour Chantal,

J’espère que vous allez bien. Je regrette de n’avoir pu vous contacter plus tôt et vous prie de bien vouloir m’en excuser. Je me dois, malheureusement, de revenir en arrière concernant notre invitation pour notre exposition Bulles de femmes - Bulles de vie. Il semble, en effet, comme vous m’aviez largement prévenu, que vous ne fassiez pas l’unanimité auprès de certaines de vos collègues. Nous avons essayé d’user la meilleure diplomatie mais force est de constater que nous n’y sommes pas parvenu.

L’absence de réponses de la part de certaines auteures nous ont, parallèlement, amenés à revoir le concept de l’exposition en le centrant davantage sur des auteures moins connues. Nous nous voyons dès lors au regret de cette décision (décevante je vous l’accorde).

Il est néanmoins acquis que nous présenterons vos derniers ouvrages (Tchernobyl mon amour et Sorcières mes soeurs) dans le cadre de la sélection de l’espace lecture de notre exposition et qu’ils seront disponibles dans la librairie que nous consacrons spécialement aux ouvrages de femmes ou sur les femmes.

J’espère, par ailleurs, que nous aurons, dans une édition à venir, le plaisir de pouvoir vous inviter. Je reste à votre entière disposition pour toute discussion et vous prie, une nouvelle fois, de m’excuser pour cette désagréable nouvelle.

Avec mes salutations les meilleures.

Philippe Duvanel


Cher monsieur Duvanel,

Je viens ici prendre votre défense face à la cabale dont vous êtes aujourd’hui l’objet. Vos adversaires n’ont rien saisi de la révolutionnaire décision que vous avez prise et qui, en sus du courage dont elle témoigne, a le mérite de placer au coeur du débat la césure entre une conception obsolète d’un festival et la conception moderne et pertinente qui est la vôtre.

Tous les salons et festivals se ressemblent et le vôtre va trancher de façon radicale sur ce qui est la doxa en la matière. Jusqu’ici les organisateurs, un peu au petit bonheur, invitaient les auteurs et artistes dont ils avaient su trouver les coordonnées, sans autre souci de cohérence interne. On plaçait ainsi indifférement un plagiaire à côté d’un poète, un imbécile auprès d’un goujat et une chieuse prétentieuse en face d’une conne autocentrée. Aucune logique, aucune recherche de cohérence.

Grâce à vous tout change. Votre concept tout à fait génial de n’inviter que des artistes qui font l’unanimité chez leurs collègues bouleverse ces schémas désuets. Ainsi plus de bagarre lors du débat final, plus de gueules tirées pendant le repas sordide à la cantine municipale, plus regard d’envie du petit vendeur face au best-seller. Sans consensus général sur un auteur, pas d’invitation, pas de conflit !

Je n’aurai pas l’occasion de vous rencontrer, ne faisant pas, moi, l’unanimité chez mes collègues, mais j’envie ceux qui y seront.

Afin de vous faciliter la tâche, et possédant le meilleur carnet d ’adresses de Paris, je me permets de vous joindre ci-dessous la liste des auteurs faisant l’unanimité chez leurs collègues, pour que vous n’ayiez pas à chercher. Elle est exhaustive et vous pourrez les prochaines années inviter ces auteurs en toute quiétude.

Bien à vous et courage dans votre oeuvre d’éradication de la littérature et de la BD non-consensuelle !

Yves Frémion

Liste des auteurs faisant l’unanimité absolue dans la profession :
Philippe Duvanel.


Monsieur, je viens de prendre connaissance de votre décision de déprogrammer Mme Chantal Montellier de votre salon sous prétexte qu’elle ne serait pas du goût de telle ou telle auteure, dites-vous. C’est tout à la fois incroyable comme argument et scandaleux comme décision, un bel exemple de censure et d’atteinte à la liberté d’expression.

Je vous demande de revenir sur une telle mesure. En cas contraire, sachez qu’en ma qualité de journaliste et d’homme politique, je donnerai à cette affaire le retentissement qu’elle mérite.

Salutations

Gérard Streiff

PS : j’ajoute qu’en qualité d’auteur de roman policier et directeur de collection, je vais être très tenté dans mes prochaines histoires de baptiser Duvanel le personnage type du censeur hypocrite et sans principe.


Monsieur,

Je me présente, Marie Moinard, éditrice, journaliste et amie de Chantal Montellier, je me permets de vous écrire car elle me fait connaître le volte face de votre décision de l’inviter à votre festival BD-Fil, notamment pour sa présence souhaitée et souhaitable à l’exposition "Bulles de femmes" !

Quelle étrange façon de faire avec les auteures ! D’un premier pas audacieux vous lui souhaitez les plus belles ivresses avec la douceur du printemps, puis d’un soufflet retombant, vous lui otez le bouquet des mains avant que l’arôme ne l’étourdisse trop... !

Trève de poésie dans ce monde de brutes auquel à nouveau nous voila confrontées. Comment pouvez-vous vous permettre de décider de la présence ou pas de Chantal selon les disposions ou indispositions d’autres auteurs à son égard ?

Comment pouvez-vous concevoir tout à coup l’inutilité de sa présence aux cotés des autres femmes dans cette expo ?

Vous rendez-vous compte du choc que cette décision peut causer ? Un conseil : faites une exposition en 2008 sur le savoir vivre dans la bd, c’est un sujet inexploré, mais qui va devenir tendance et qui s’avère particulièrement intéressant.

Je vous souhaite de n’avoir pas trop de caprices à gérer !

Salutations non distinguées

Marie Moinard
Editions Des ronds dans l’O


Mr Duvanel,

Je viens d’apprendre qu’après avoir été invitée à votre festival, Chantal Montellier vient d’être "désinvitée".

Je suis un simple lecteur, passionné de BD depuis de nombreuses années (je ne connais pas l’auteure personnellement), mais permettez-moi de réagir.
Chantal Montellier n’est pas seulement une des grandes dames de la BD en France, elle est ni plus ni moins une pierre angulaire de l’Histoire du 9ème art.
Je vous renvoie à la préface de Jean-Pierre Dionnet à l’occasion de la réédition de "1996", "Shelter" et "Wonder City" ("Social Fiction"), il montre avec raison que de tous les auteurs phares de la mythique revue "Métal Hurlant" (traduite aux Etats-Unis" et qui a influencé nombre de grand dessinateurs américains actuels), Chantal Montellier était bien celle qui avait le plus de choses à dire. J’ajouterai : "et de quelle manière" !

Son dessin dont l’identité est immédiatement reconnaissable malgré l’évolution constante dont il fait l’objet - elle ne se contente pas comme d’autres , d’un style stagnant -, est entièrement au service d’une narration complexe et toujours dramatiquement efficace. Son humour décalé dans des univers noirs (elle a, dit-on, influencé des créateurs tels que Terry Gillian) est tout aussi remarquable.

Elle est presque la seule de sa génération à produire une oeuvre vivante, et ce malgré l’ostracisme dont elle fut l’objet (son retour avec "Les Damnés de Nanterre" puis avec "Tchernobyl mon amour" en atteste).

Quant à moi, simple lecteur vous disais-je, elle m’a non seulement diverti mais appris et questionné avec des oeuvres fortes telles que "Shelter", "Odile et les crocodiles", sa géniale trilogie "Julie Bristol", etc...

J’ai été lecteur de Moebius, Bilal, Druillet, Frank Miller, Hermann, etc... Mais force m’est de constater que ce qui me reste, avec le recul, c’est bien l’oeuvre unique de Chantal Montellier dont le trait, la narration, la thématique, sont d’une rare richesse.

Mais j’imagine monsieur, que si vous l’aviez invitée, c’est que je ne vous apprend rien.

Pourquoi dans ce cas vous rendre complice de cet ostracisme, de cette censure ?

Pourquoi ajouter à toutes les embûches qui ont jalonné sa carrière (convenez que dans un monde où le politiquement correct est bienvenu, c’est plutôt bon signe quant à la force et la légitimité de son parcours) ?

Pourquoi vous plier à la jalousie déplacée de "certaines de ses collègues" ?
Tout festival de BD (et pas seulement celui qui fait une place à la BD féminine ou féministe), se doit d’inviter cette géniale et opiniâtre auteure.

Je veux croire qu’après réflexion, vous maintiendrez cette invitation (puisque vous maintenez la présence de ses albums !!!), prenant ainsi les responsabilités qu’on peut attendre d’un président de festival de Bande Dessinée.

Je veux croire que vous ne ferez pas partie de ceux qui ont censuré Chantal Montellier.

Je veux croire que vous serez un de ceux qui aura su s’engager pour une auteure qui d’ores et déjà est, je le redis, l’une des plus importantes de ce médium.

Je veux croire que vous écouterez l’avis de ses lecteurs plus que la voix de concurrentes envieuses et intolérantes.

Oui, monsieur Duvanel, je veux croire que Chantal Montellier sera de votre festival, vous recevriez ainsi la juste gratitude d’un lectorat anonyme, muet mais bien réel.
(J’ai vu en outre que vous rendiez hommage à Hugo Pratt, Chantal Montellier doit donc, ne serait-ce que pour cette raison, être présente. Mais peut-être n’avez vous pas lu "L’île aux démons" ?).

Si toutefois vous mainteniez cette étrange décision (on invite pas un artiste pour le désinviter ensuite), ne soyez pas surpris du boycott qui en découlerait car vous n’êtes pas sans savoir que si un festival a besoin d’auteurs et d’éditeurs, il a besoin également de lecteurs.

Mon courrier, bien entendu, circulera sur tous les sites BD du net.

Cordialement,

Bernard Dato


Monsieur,

Critique de bande dessinée (pour La Lettre, DBD, L’Avis des Bulles, le site BD Sélection) je n’aurais jamais choisi cette voie si je n’avais pas, adolescent, croisé des oeuvres fortes et singulières, parlant de notre société et du monde avec un ton et des partis pris esthétiques forts et rares.

Parmi les auteurs dont la lecture des ouvrages m’a à tout jamais marqué, Chantal Montellier figure en bonne place pour plein de raisons : l’aspect à la fois complexe et direct de ses albums, la richesse de ses descriptions, l’acuité de ses considérations et, plus largement, de son propos.

Je ne peux donc que trouver injuste et scandaleux la cabale dont elle est la victime et dont vous vous faites le complice par votre attitude.

Boris Henry


Cher Monsieur,

Nous ne nous connaissons pas. Je suis Jean-Luc Fromental et je dirige la collection Denoël Graphic, dans laquelle Chatal Montellier a publié il y a deux ans un excellent ouvrage consacré à Florence Rey, intitulé Les Damnés de Nanterre.

Etant par ailleurs l’un des organisateurs du Festival Etonnants Voyageurs de Saint Malo, je suis bien placé pour savoir à quel point la diplomatie et les équilibres entre auteurs sont des excercices difficiles, requerrant un doigté hors du commun. Je n’ignore pas non plus que la puissance invitante est seule décisionnaire et que nulle influence extérieure (spécialement celle des éditeurs) ne doit prévaloir sur ses choix.

Je me vois toutefois dans l’obligation de vous faire savoir qu’en tant qu’éditeur, admirateur et ami de Chantal Montellier, je suis scandalisé par le procédé d’invitation-désinvitation auquel vous avez recours avec elle.

Rien ne vous obligeait à l’inviter en premier lieu et vous affirmez clairement, à sa face pourrait-on dire, que c’est l’opinion de ses confrères qui a décidé de votre revirement et emporté votre décision finale. Vous validez donc ainsi un procédé particulièrement odieux de mise au ban, de blacklisting quasiment maccarthyste, d’ostracisation par des gens qui réagissent individuellement (même si c’est consensuellement) sans mesurer, probablement, les dégats abominables de ce qui n’est en somme pour chacun d’eux qu’une opinion personnelle.

Vous avouez ainsi votre impuissance et, loin de vous affirmer comme puissance invitante, vous vous couchez devant les dikats de vos invités. Je ne sais rien de votre festival, de son importance, de sa visibilité, mais je suis vous garantir qu’international ou pas, il sera définitivement rayé de mes listes et de celles sur lesquelles je peux exercer une influence si vous ne revenez pas sur cette décision inique, annoncée à l’intéressée, qui plus est, avec une désinvolture consternante.

Les auteurs sont des gens fragiles. Vous n’avez aucun qualité pour les traiter comme vous venez de traiter Chantal Montellier, qui inventait Métal Hurlant à une époque où vous n’étiez sans doute pas né.

Je transmets copie de ce mail aux autres éditeurs de Chantal afin que ma position soit connue de tous.

Aucun festival ne peut se passer d’éditeurs. je souhaite que vous méditiez cet adage.

Jean-Luc Fromental


Cher Monsieur,

Chantal Montellier m’a signifé votre position quant à la manifestation que vous organisez prochainement.

Je me joins à Mr Fromental pour souligner votre légèreté vis à vis d’un auteur comme Mme MONTELLIER.

J’ai eu la chance, en tant que libraire indépendant, de l’inviter à un festival de dimension nationale (Fête du Livre de St Etienne, 150 000 personnes) et je peux vous assurer que cette grande artiste ne mord pas, se tient bien à table et surtout a énormémment de lecteurs qui étaient ravis de la rencontrer.

Je ne veux m’apesentir outre mesure mais invitant régulièrement des auteurs de tous bords, votre prose pour justifier votre position me parait bien légère et insidieuse.

Chantal représente tant de choses liées à une Bande Dessinée de qualité et le 9e Art a vraiment besoin de femme de cette trempe.

Trop bête et trop dommage.

Mr GIRARD

Librairie L’Etrange Rendez Vous à St Etienne


Pas cher Philippe Duvanel,

Je suis auteure de bande dessinée, ayant publié une quinzaine d’albums chez les éditeurs les plus variés depuis 25 ans. Informée de l’invitation-désinvitation que vous avez fait subir à Chantal Montellier avec une désinvolture et une goujaterie inqualifiables, je me sens autorisée à réagir. Chantal Montellier, que je connais personnellement depuis plus de vingt ans, et dont j’admire le travail depuis plus longtemps encore, Chantal Montellier donc, est une grande dame de la bande dessinée française. La seule bonne réaction à la censure de certaines consoeurs (dont je préfère ne pas savoir le nom) aurait dû être de les désinviter ELLES. Depuis quand les inimitiés ou antipathies des unes ou des autres devraient-elles prendre le pas sur l’importance d’une oeuvre - car Chantal, contrairement à beaucoup de faiseurs et de faiseuses, a une oeuvre.

Pas cher Philippe Duvanel, vous pouvez donc compter sur moi pour donner la plus large publicité à votre comportement ainsi qu’aux réactions qu’il a entraînées.

Pas cordialement du tout,

Jeanne Puchol


Monsieur,

L’Agence régionale du Livre Paca organise un prix littéraire qui donne à découvrir chaque année à 1000 jurés (lycéens et apprentis de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur) 6 romans et 6 bandes dessinées choisis dans la création contemporaine récente.

Nous avons eu cette année l’honneur et la fierté de retenir Les Damnés de Nanterre dans notre sélection et d’organiser entre Chantal Montellier et plusieurs groupes de nos lecteurs, des rencontres.

Déroutantes parfois pour un public d’adolescents temporellement loin des événements relatés et souvent dépolitisés.

Certainement le pari était-il osé pour l’Agence de sélectionner ce titre.

Nous pensons cependant que faire découvrir la création contemporaine à de jeunes adultes (ou tout autre public), ne doit les enfermer ni dans le bien-pensant ni dans le lisse, qu’il en va de leur libre-arbitre et du respect que nous leur portons, qu’il en va de la diversité et de la richesse de la création.
Nous pensons également qu’il est de notre devoir de favoriser la circulation d’une pensée non unique et d’un langage résolument différent de la masse productiviste dont les tables de librairies regorgent.

Nous pensons que la cabale dont Chantal Montellier fait l’objet est scandaleuse et qu’elle n’honore pas tant celles et ceux qui l’ont initiée que celles et ceux qui la relaient.

Elise Deblaise


Elise,

Nous apprenons grace à toi que Chantal Montellier vient de se voir déinvitée du festival de la BD de Lausanne, et qui plus est au prétexte que d’autres auteurs feraient preuve d’ostracisme à son égard. Chantal Montellier nous a rendu visite au lycée Carnot de Cannes cette hiver et a travaillé sur sa BD " Les damnés de Nanterre " avec Fabienne et une classe de 2nde dans le cadre du Prix Littéraire des Lycéens de PACA. Quel moment inoubliable ! Chantal est comme son oeuvre : claire et coupante, fragile et passionnée. Qu’un organisateur de Salon puisse céder au Mc Carthysme ambiant et décide de se passer de Chantal au nom de la recherche d’un soit-disant consensus qui ne dit pas son nom de censure, en dit long sur l’état de notre monde et de notre culture. Mais les petits messieurs passent et l’oeuvre de Chantal restera comme un phare au-dessus de notre sombre époque. Que Chantal entende ici le témoignage de notre solidarité et notre souhait de la revoir bientôt à Cannes.

Fabienne et Jean-Marie Langoureau


Monsieur,

Je me permets de vous écrire devant la "désinvitation" subie par Chantal Montellier à votre manifestation.

Je me permets d’avancer que cette désinvitation n’est pas simplement "décevante" pour qui la subit , mais choquante.

Je me permets de suggérer que le mot même de désinvitation, ses consonances, ont quelque chose de malheureux.

Je me permets de rappeler que dans la vie sociale ordinaire, désinviter un invité est plus "marqué" (en termes linguistiques) que de ne pas l’inviter.

Je me permets de m’étonner devant la raison que vous donnez à Chantal Montellier et qu’elle a fait connaître en citant un de vos courriers : Chantal Montellier ne ferait pas "l’unanimité auprès de certaines de [ses] collègues."
Je me permets de noter que l’ "unanimité" (en termes juridiques) ne va pas avec un élément partiel ("certaines de [ses] collègues", donc pas toutes).
Je me permets (en termes lexicographiques) de douter que "collègue" soit le terme approprié.

Je me permets de m’étonner que l’invitation responsable d’une artiste, ou sa très désinvolte désinvitation, dépende de l’unanimité d’une partie de ses consoeurs, ou alors, sans doute est-ce inscrit dans vos statuts.

Je me permets de constater (en termes logiques) que Chantal Montellier fait l’unanimité de certaines de ses collègues (les autres).

Je n’ai pas à entrer ici dans quelque débat sur le talent que je tiens pour remarquable, ou la personnalité que je sais différente de celle de certaines de ses collègues qui font parfois l’unanimité contre elle, de Chantal Montellier.
Je n’ai pas à me prononcer ici sur le talent et la personnalité, puisque ce qui est en jeu, c’est le pouvoir, l’influence et - bien plus grave à mes yeux - l’inélégance de la méthode.

Je me permets de noter que la méthode (inélégante, cela suffit à la disqualifier) ressemble à un aveu de "pression" (rien ne me permet de l’affirmer, je m’en tiens donc élégamment à ce terme, vous le comprendrez).

Je me permets de relever que la désinvitation de Chantal Montellier à votre manifestation, n’est en rien question d’incompatibilité entre Chantal Montellier et certaines de ses collègues, mais affaire de renoncement de l’organisateur à une invitation qu’il avait lui-même, de son plein gré, j’imagine, adressée à Chantal Montellier. Cette désinvitation n’est pas le fait des collègues de Chantal Montellier, hostiles à l’unanimité à temps partiel à Chantal Montellier, mais bien le fait du directeur de la puissance invitante qui avait invité Chantal Montellier, ce qui vaut sans doute pour engagement moral.

Je me permets d’adresser à Chantal Montellier mon inconditionnel soutien moral, puisqu’il s’agit de morale et d’engagement.

Francis Marmande

Le Monde


Cher Monsieur

J’ajoute tardivement une réaction à toutes celles que vous avez déjà reçues.
Vous deviez vous attendre à une petite éviction en douce, et pas à cette tempête.

Cela prouve qu’on ne peut pas tout se permettre, et nous devons tous nous en féliciter.

Il vous reste à tenter de trouver une issue à cette crise, et ce ne sera pas facile.

Avec mes salutations.

Benoît Peeters


Monsieur,

Je viens de prendre connaissance de la désinvitation que vous avez transmise à Chantal Montellier, après l’avoir dans un premier temps invitée à participer à votre festival.

En tant qu’ancienne créatrice et animatrice pendant dix-sept ans du Carrefour des littératures en Aquitaine, et actuelle directrice de l’Office du livre en Poitou-Charentes qui a convié le mois dernier Chantal Montellier à son festival itinérant en région Anguille sous roche, je souhaite vous dire combien les raisons que vous invoquez me choquent, et ne me paraissent pas dignes d’un responsable de manifestations littéraires.

Associer une artiste comme Chantal Montellier, qui allie l’esprit et la parole libres avec un talent qui n’est plus à présenter ou à confirmer, me semble être au contraire pour un organisateur une chance et un honneur.

Je témoigne que nous avons vécu le mois dernier en Poitou-Charentes - au coeur de Poitiers ou dans la bibliothèque d’une petite commune rurale du nord de la Charente - deux moments d’humanité particulièrement intenses, hors des conformismes, au cours desquels l’engagement, la personnalité et le travail de cette artiste ont rencontré sans aucune difficulté - et pour notre plus grand plaisir - l’intelligence et la sensibilité de publics pourtant fort contrastés.

Vous vous privez - et privez du même coup celles et ceux qui fréquentent votre festival - de tels moments précieux et rares. J’aimerais conclure par "tant pis pour vous", si ne demeurait l’inacceptable grossièreté à l’endroit de Chantal Montellier.

Avec mes meilleurs sentiments.

Sylviane Sambor


Aux censeurs et à vous Monsieur,

J’ai travaillé avec Chantal Montellier chez Actes Sud et je tiens à vous dire combien je suis scandalisée par votre attitude. Je ne ferai pas d’autre commentaire, ses éditeurs vous ont clairement manifesté leur indignation et je la partage.

Je vous plains d’avoir cédé à la meute.

Régine Le Meur

Attachée de presse


En tant que responsable éditorial de la collection "Actes Sud / L’An 2" dans laquelle sera prochainement réédité l’album de Chantal Montellier « Odile et les crocodiles », je joins ma voix à celle de mes confrères éditeurs qui ont exprimé leur désapprobation la plus nette au sujet de la conduite du festival BDFIL vis-à-vis de cette auteure qui n’est sans doute pas consensuelle mais dont l’importance dans l’histoire contemporaine de la bande dessinée française n’est plus à démontrer. La cooptation entre artistes invités ne saurait être la règle qui dicte sa politique à une manifestation culturelle. Honte à BDFIL et vive la création libre !

Thierry Groensteen


Monsieur,

Nous avons eu le grand honneur et le grand bonheur de publier le grand livre "Tchernobyl , mon amour" de la grande Chantal Montellier.

En effet tout est grand chez cet auteur et, à cette aune, les excuses embarassées que vous présentez dans votre lettre (que sa destinataire nous a transmise), pour récuser sa participation à "Bulles de femmes-bulles de vie" sont d’autant plus petites et mesquines.

L’un de nous a été, il y a quelques année, le commissaire d’une manifestation internationale dans le cadre du Salon du livre de Paris, nous savons donc ce qu’il en est des invitations d’auteurs. Jamais, au grand jamais, nous n’aurions "décommandé" un auteur invité et encore moins pour les motifs que vous avancez. Comment peut-on écrire à un auteur : "il semble, en effet (...) que vous ne fassiez pas l’unanimité auprès de certaines de vos collègues. Nous avons essayé d’user la meilleure diplomatie mais force est de constater que nous n’y sommes pas parvenu." Pour finir par ce coup de pied de l’âne : "Nous nous voyons dès lors au regret de cette décision (décevante je vous l’accorde)".
Il nous apparaissait acquis jusqu’ici que la première personne à respecter dans la chaîne du livre était l’auteur. Il semblerait que vouliez établir d’autres règles. Notre devoir d’éditeur sera d’en avertir tous nos auteurs.

Salutations

Michel Parfenov et Thomas Gabison responsables d’Actes-Sud-BD

PS : Sachez que vous n’êtes invité à la petite fête que nous organisons en l’honneur de Chantal Montellier. T.G.


Je me joins bien sûr à toutes les protestations face à cette prise de décision totalement irrespectueuse et d’une injustice flagrante - il aurait été plus honnête de sanctionner plutôt les auteures accusatrices. Toute mon amitié et mon admiration à Chantal...

François Boudet


Cher Monsieur,

Je suis l’éditeur italien de la grande Chantal Montellier : c’est avec un certain choc qui je viens d’apprendre votre bizarre comportement vis a vis de notre auteur.

Qui dirige un festival est sensée avoir une vision intellectuelle, qui trace un route, une perspective critique.

Il me semble pas seulement désagréable mais totalement inacceptable votre position pour la quelle vous acceptez le veto d’autres auteurs,

Et pas seulement pour la raison qui fait Chantal Montellier un des meilleurs auteurs de la BD internationale. Tout ça est simplement pas morale.
Honte a Vous.

Igort

Coconino Press/Vertige graphique


Monsieur,

Mon amie Chantal Montellier me compte au nombre des destinataires de son échange de courrier avec vous.
Je ne vous connais pas mais je n’aime pas vos pleurnicheries.
Si, réellement, vous déplorez les pressions pour empêcher la venue d’une artiste remarquable à votre festival, vous n’avez qu’à les repousser.
Ce sont les plus gêné(es) qui doivent s’abstenir.
Je vous imagine en vos contorsions.
Et vous exprime ma plus parfaite antipathie.

Claude Rouquet

L’Escampette éditions


Mon Philippe,

Vos moustaches se couchent, elles recouvrent vos lèvres, vos paroles deviennent inaudibles !

Mais vous n¹avez pas de moustaches !? Vous êtes hypocrite : vous avez une tête à moustaches !

Vos épaules se couchent, vous faites redingote !

Mais vous avez une veste, hypocrite ! Elle se tirebouchonne à force de se retourner !

Vos chaussettes se couchent ! Vous faites mollets de coq !

Mais vous n¹êtes qu¹un poulet ! Hypocrite !

Aller, du cran ! Ne bafouillez plus mon Philippe, droit dans les yeux la Montellier, regardez-la, on vous le jure, elle est adorable !
Votre ami attentif

Claude Rouquet

L’Escampette éditions


Monsieur,

Je ne suis qu’un amateur de BD, sans pouvoir autre que celui d’acheter, de lire et de rêver.

je ne vous connais pas, je ne connaissais pas, jusqu’à il y a quelques minutes, votre festival.

Mon mail n’a donc aucun interêt pour vous...

Cependant je tiens à vous communiquer ma profonde colère face à votre goujaterie à l’encontre de Chantal Montellier.

Ainsi un organisateur de festival peut se permettre d’inviter un auteur, puis, sous la pression d’autres auteurs le decommander !

Il existe donc des auteurs qui au delà de leur talent valent mieux que d’autres !
Bravo !

Drôle d’idée de la culture que la votre !

Pauvre idée de la culture !

J’ignore à quelles pressions vous avez été soumis pour montrer ainsi un visage aussi peu courageux, incapable d’assumer vos choix.

Vous vous seriez honoré de resister à ces pressions, au lieu de quoi vous me semblez être la parfaite illustration d’un petit homme bien lâche !

La lâcheté semblant, en ces temps bien sombres une "vertue" largement partagée, vous n’êtes finalement qu’un archétype libéral de la pensée pré-emballée.

Tant pis pour vous...

O.THIRION


Monsieur,

Lorsque j’ai appris que, cédant à des pressions, vous aviez décidé de vous désengager vis-à-vis de Chantal MONTELLIER et de ne plus l’inviter à participer à votre Festival « Bulles de Femmes, Bulles de vie », j’ai eu très envie de vous dire ma colère. J’ai en effet une très grande admiration pour Chantal MONTELLIER, pour l’auteure engagée mais également pour la femme pleine de générosité quand il s’agit de soutenir des causes auxquelles elle croit.

Mais je n’ai pas eu le temps de vous envoyer ce message car ma connexion Internet m’a joué des tours pendant quelques jours.

Quelle ne fut pas ma surprise, en rallumant mon ordinateur, de découvrir tous les messages émanant d’auteurs, d’éditeurs et de lecteurs qui vous avaient été adressés !

Alors, aujourd’hui, ma colère fait place à la pitié. Je vous plains. Peut-être n’imaginiez-vous pas les difficultés auxquelles vous seriez confronté en organisant ce festival ? Les auteurs de bandes dessinées ne sont pas des « sujets » faciles. Vous avez pensé éviter les affrontements en éliminant une des participantes mais ce petit calcul s’est retourné contre vous et vous voici la cible de tous les admirateurs inconditionnels de Chantal MONTELLIER !

A mon avis, si vous aviez eu plus de force de caractère, vos invitées ne se seraient pas permises de contester vos choix.

Je me permets donc de vous donner un conseil : l’an prochain, au lieu d’organiser un festival autour de la bande dessinée, vous devriez proposer une exposition de tableaux en macramé réalisés par des artistes plus disciplinés, plus dociles que ceux du monde de la BD. Moins exaltant ? Sûrement, mais tellement plus tranquille !

Evelyne KUHN

Enseignante


Chantal

Je dois dire que je trouve ça stupéfiant et probablement sans précédent !

C’est scandaleux à un double point de vue :

Du point de vue des dessinatrices, tes collègues, qui s’arrogent le droit ahurissant de décider qui peut être présent ou non dans une manifestation pour laquelle elles ne sont pas même la puissance invitante. Que je sache, on est nominalement invité à un festival, et pour ma part, je ne me suis jamais senti autorisé (je n’y ai même jamais pensé) à donner mon grain de sel quant aux invitations des autres dessinateurs, qu’ils soient hommes ou femmes !
Mais c’est peut être plus scandaleux encore de la part de la puissance invitante qui se devait de maintenir l’orientation de sa manifestation quelle que soit l’avis des unes et des autres. Ce Philippe Duvanel (que je ne connais pas) est très sourcilleux sur le plan de la sémantique lorsqu’il parle des femmes. IL a un style très "politiquement correct" lorsqu’il écrit "auteure". Tout ça est très "comme il faut". Mais sur une question qui relève du simple droit d’expression (et non spécifiquement du droit de femmes), il se comporte à la fois comme une carpette et comme un goujat. Il doit le sentir d’ailleurs, car son message est un modèle du genre "je me sens merdeux, mais, il faut me comprendre...".
Je vais faire circuler ton message ;

Ne te décourage pas.

Bises

Philippe (Marcelé)


Très chère Chantal,

Cette lettre, qui vient tardivement, pour te dire ma solidarité. Je ne suis pas d’un très grand poids dans ce microcosme de plus en plus enflé par les vanités et les enjeux économiques, mais je peux encore parler, écrire et ainsi dire ce que je pense. Je te le dis donc : je trouve cette affaire proprement scandaleuse. On aurait voulu t’humilier publiquement qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Evidemment, quand on dit ce qu’on pense (et quand il se trouve que cette pensée peut faire réagir, peut changer le monde - un tant soit peu), on se heurte à des murs de silence, à des censures d’autant plus insidieuses qu’elles ne sont plus le fait d’un Etat (dont il n’est hélas plus à prouver la nocivité sociale), mais de ses multiples valets.

J’ai pu lire les réactions des uns et des autres. Les soutiens que tu as obtenus me touchent d’autant plus que par le passé, il t’est arrivé de te retrouver vraiment seule dans l’adversité. Il me semble évident que, même si on t’invite à nouveau, tu devrais décliner : de tels personnages ne méritent pas que tu leur accordes du temps. Mais il ne faudrait pas que cet épisode se renouvelle.

Il y a quelque chose de pourri dans la monarchie élective de la bande dessinée, ce n’est pas nouveau. Certains te conseillent dorénavant de "moins parler". Je trouve que c’est une façon aussi de courber l’échine, devant les impératifs commerciaux et la pensée unique, les bien-pensants, etc. Au contraire, il faut rester soi-même, ne pas avoir à rougir de ses prises de position.

Tu te heurtes ici à l’Empire du Bien. Il est bien de se prosterner devant de fausses idoles de carton-pâtes, de ne pas voir que tel auteur publie des ouvrages aux contenus et origines discutables, etc.

Bien entendu, il y a toujours le risques de poursuites juridiques. On est dans une société, aujourd’hui, où il est de plus en plus difficile de décrire le monde, tel qu’il est, sous peine de se voir poursuivre devant un tribunal par l’un ou l’autre qui se sentirait pris en défaut dans un portrait, qui parce que juste et pertinent, peut faire frémir ou indisposer. Si Tardi ou Satrapi se sentent blessés par les portraits que tu fais d’eux, il est évident que ce n’est pas parce que tu les flattes.

Seule la flatterie est autorisée aujourd’hui, dans l’Empire du Bien. "Ils" ne veulent voir qu’une seule tête. Et si la tienne dépasser, malheur à toi !
Je ne te conseillerais rien, mais pour ma part, je n’abandonnerai pas un des seuls espaces de liberté qui restent (et encore) : Internet.

Tant mieux si tes messages de soutien circulent, tant mieux si les gens apprennent le traitement qu’on t’a fait subir récemment (et cela fait tellement longtemps que ça dure ! combien de semblables sordides histoires n’ont pas été connues du public et même des "confrères" ?). Et si cela en agace certains, qui aimeraient mieux dormir sur les lauriers d’une bande décimée par les mots d’ordre du Bien et de la Bonne pensée, et notamment commerciale, tant pis pour eux ! S’ils sont puissants, ça peut être dangereux, mais bon, que faire ? De toutes façons, on ne dessinera jamais la suite de "XIII" (ce n’est d’ailleurs pas notre intention, ni à toi, ni à moi), alors lâchons-nous !

Aujourd’hui : un seul mot d’ordre : il faut aimer ce qui marche. Il faut faire marcher ce qu’on aime. De plus, la critique adore aimer, donc c’est un concert de louanges sur les fausses gloires d’aujourd’hui et de demain. Dans les mass media, les mots n’ont plus de sens. Une "psychose" devient une grande frayeur (occasionnée par la réapparition du virus H5N1, par exemple), une scène inhabituelle devient improprement "surréaliste". De même que les mots dérivent, déclinent, le sens d’un livre ou du rôle (pour ne rien dire de la fonction) d’un auteur disparaît au profit des paillettes. Non seulement on s’éloigne encore plus de l’expérience réelle des choses, mais on ne sait plus que célébrer : un auteur "engagé" à gauche mais qui dessine surtout avec sa main droite (de manière un peu gauche, parfois), un dessin animé tiré d’une bande dessinée aux intentions discutables (discutable veut dire qu’on peut en discuter, mais les tenants des pouvoirs ne le veulent plus : il y a un seul discours, une seule pensée : il FAUT aimer "Persépolis", il faut aimer les adaptations des classiques de droite par Tardi, il faut aimer le succès de Soleil Editions, etc.) Bref, il faut aimer ce qui tire vers la France d’en haut.

Quant aux rances d’en bas, les vilains ! ceux qui comme toi ont la mauvaise idée de "porter la plume dans la plaie", de montrer les plaies d’une société en déliquescence et qui cicatrisent mal, malheur à eux ! Ils auraient dû s’aligner sur la bonne pensée, sur le Bien omniprésent. Et raconter de belles histoires, pour qu’on puisse "s’évader". Ne pas faire de vagues.

Mais c’est précisément ce qu’on va continuer de faire : des vagues. Pour le plus vif déplaisir des tièdes.

Je t’embrasse,

Jérôme (Presti)


Monsieur,

C’est avec un grand écoeurement que je vous écris, suite à la nouvelle de l’éviction de Chantal Montellier comme invitée du Festival de Lausanne autour du thème les femmes et la BD.

Je ne savais pas que le choix se faisait au bon vouloir des affinités avec les autres dessinatrices ?! Lesquelles ? Peut-on les connaître ou préfèrent-elles, après avoir généreusement fait exclure l’une de leurs consoeurs, et pas la moindre, rester dans l’ombre et l’anonymat, ce qui en dit long sur leur courage moral et intellectuel.

A l’heure d’un retour accéléré à certaines valeurs (plus boursières que morales ou humaines), on imagine volontiers que vous préfériez donner la vedette à des dessinatrices moins engagées sur le front du social que Chantal ; les livres de Montellier sont certainement moins complaisants avec le système que vous représentez, que les complaisantes auto biographies et bd nombrilistes, tendance bobo, qui dominent le marché.

Mais on n’effacera jamais le travail de Chantal Montellier et il y a fort à parier que celles qui essayent de faire en sorte qu’on l’exclue systématiquement soient, elles, bien vite oubliées.

Les lecteurs et éditeurs de Chantal ne laisseront pas passer cette tentative de maccarthysme suisse, le pays où Jean-Marie le Pen est milliardaire.

Veuillez agréer tout mon mépris.

Mélina


Monsieur Duvanel

Je connais mal la Suisse. Mais l’image que vous en présentez, en revenant sur l’invitation faite à Chantal Montellier à l’exposition « Bulle de femmes », me fait penser que là bas aussi les espaces se rétrécissent pour l’affirmation de pensées et d’expressions hors des sentiers balisés. Au fait qui balise ces sentiers ?

Vous ne contestez pas le talent de Chantal Montellier. Alors que contestez vous ? La diversité de la création à laquelle elle participe ? Sa capacité à faire émerger des figures et des paroles populaires, des enjeux de notre temps, sa puissance critique aussi bien dans les thèmes qu’elle choisit que dans le dessin ?

Je ne peux pas croire que ce soit médiocrement une question de caractère.

Je vous écrit au moment où en France une radio de service public est en grève, solidaire après la suppression d’une émission culturelle et son remplacement par une vedette médiatique dans les clous de la bonne pensée. Ce même service public qui déprogramme Mermet et se débarrasse d’« Arrêt sur image ».

Il semble que du côté de ceux qui ont quelque pouvoir, le questionnement ou la critique soient intolérables. Ou auraient-ils appris à se mettre, eux même, à l’abri ? De quoi avez vous peur, monsieur Duvanel ?

Monsieur Duvanel, neutralité veut dire aussi insignifiance. Je ne crois pas que l’on puisse indéfiniment maintenir le couvercle sur la marmite qui bout. Alors, un peu de courage, réinvitez Chantal Montellier.

Laurent Klajnbaum

Animateur du collectif culture du PCF


Chantal,

- O vous, comme un qui boîte au loin, Chagrins et Joies,
- Toi, coeur saignant d’hier qui flambes aujourd’hui,
- C’est vrai pourtant que c’est fini, que tout a fui
- De nos sens, aussi bien les ombres que les proies.

Les vers du vieux Verlaine renvoient à la désespérance d’une rupture qui fut pour lui l’équivalent d’une « mort » sentimentale scandaleuse. Voilà un poète peu fréquentable, un banni, un incorrect !

Si, par la suite, à force de palinodies (y compris religieuses, c’est dire !), notre poète a eu droit à l’admiration des gardiens des belles lettres, quelle énergie n’y a t-il pas laissée !

Coupables sont les cerbères du convenu, du « poétiquement » acceptable.

L’expression graphique n’échappe pas à la normalisation, à la labellisation par les circuits commerciaux. On s’y laisse prendre tant est puissante la pression des médias qui décident du prêt à penser, du prêt à ressentir.

Ces gens sont passés dans le camp des ombres manipulées par les maîtres ROI (return on investissment), faiseurs d’opinion, faiseurs de talents, faiseurs de succès de librairie.

Faiseurs et faisans, même turpitude.

Garder en soi la flamme du refus de l’alignement ! Rester d’instinct sur les bases de la Fédération Internationale des Artistes Révolutionnaires Indépendants fondée en 1938 par André Breton et Léon Trotsky ! Voir si cette braise pourrait être rallumée.

Le reste est contingent, sans importance, de l’ordre du minable et du méprisable.

Vivre c’est lutter !

Un vieil ami : Pierre Roy

Lettres de soutien

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Deux poids deux mesures.

L’irrésistible ascension de la grande bourgeoise iranienne, Marjane Satrapi, dessinatrice de pictogrammes (animés) à ses heures.

Marjane Satrapi, dessinatrice de pictogrammes appliqués mais sans grande imagination ni liberté graphique, sans grand savoir artistique non plus, mais quelle importance ? poursuit son irrésistible ascension... Bien. Les méchants barbus iraniens n’ont plus qu’à bien se tenir. Question : ici, une femme tombe tous les trois jours sous les coups de son conjoint d’après Amnesty International qui tire ses chiffres des rapports de police. Comme on sait, dans ces domaines les flics n’ont pas trop tendance à en rajouter. Quand est-ce qu’on en parle ? Mais peut-être, n’est-ce pas un massacre, seulement de la régulation domestique et faire une bédé sur le sujet relèverait sûrement du pesant et gênant "discours victimaire" tant décrié par nos élites.

Les barbus iraniens feraient-ils mieux vendre que les tabasseurs de France et de Navarre ? Attireraient-ils davantage la reconnaissance des pouvoirs et des médias ? On se demande bien pourquoi.

Pour ma part, les quelques éditeurs pressentis pour aborder ce sujet sont resté sans réaction à ce jour. Les assassins de femmes français ne doivent pas avoir la barbe assez longue ! Ou peut-être ne suis-je pas assez bonne dessinatrice ?

C.M.

Le 28/05/2007

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Lettre (version amendée) à Thierry Groensteen à propos de son livre "Un objet culturel non identifié" aux éditions de l’AN 2.

Passionnant ton bouquin ! Et je partage pour l’essentiel ta vision des choses. Je m’étonne de te découvrir aussi critique et avancé (je t’imaginais plus frileux et conservateur !). Mais tu gommes un peu trop les dimensions politiques et les rapports de force entre classes sociales, au profit des bobos et surtout de la petite bourgeoisie (apolitique ?) responsable à la fois de toutes les avancées et de tous les freinages. Cf. l’importance donné à la parole d’un J.C.Menu, au détriment d’autres voix plus essentielles à mon humble avis. Pas question non plus de la fantastique répression-régression politique et sociale que nous avons vécu, vivons encore.

Pour ce qui est de ma "disparition",(comme si je n’avais "JAMAIS existée"), cela pendant presque une décennie sans qui personne ne s’en formalise, je ne crois pas que ce soit un simple effet du "Marché" et des éditeurs. Je crois que le marché est une grosse pute qui suit le mouvement impulsé par la société (et ceux qui la dominent). Dans une société dominée par une hyper-bourgeoisie revancharde, haineuse, méprisante, les talents nationaux sont balayés au profit d’une soupe internationalisante (cf. les mangas, mélange batard d’occidentalité, de walt-disnieyserie et de japoniaiseries). La création (autorisée) est bourgeoise, élitaire, ou de pure distraction standardisée + ou - débilitante pour le troupeau, la masse.

Il y a eu un formidable recul d’un côté et une efficace reprise en main par les droites les plus réactionnaires de l’autre, et ça, dès 1984, quand les "socio-traîtres" ont trahi, sacrifiant le meilleur des forces populaires, de leur culture et de leur création au profit du tout tout-fric et de la gauche mondaine. Ces politiques-là se sont couchés, comme des femmes vénales, devant les Puissances de l’Argent. Les intellos institutionnels, dans leur majorité, ont suivi...

As-tu remarqué, mon cher Thierry, qu’il n’y a plus un seul homme à gauche pour la Présidentielle ? Par contre à droite, il n’y a que ça ! Et pas n’importe lesquels ! Un soldat "facho" : Le Pen. Un fils de "nazi" : Sarkozy. Un séducteur démagogue : Bayrou.

Je n’ai rien contre les femmes, bien au contraire, et je suis heureuse que les femmes soient représentées à la Présidentielle, et en nombre, mais en politique comme ailleurs, IL FAUT DU PERE ! Or, tout se passe comme s’il n’y avait plus de PERE à gauche (quelle soit bourgeoise ou populaire). Sont-ils tous morts, les pères ? Faillis ? Disqualifiés ? Evincés ? Sont-ils tous devenus des femmes ? (Je ne parle pas de Bové, qui est -pour l’instant- au dessous de zéro d’intention de votes, si je ne m’abuse.)

La politique c’est la guerre par d’autres moyens, comme tu sais et je vois mal ces dames tellement policées donnant des coups pour tuer l’adversaire, l’ennemi, façon Pucelle d’Orléans. (C’est une image.)
Bref, je veux dire par là, qu’à mes yeux, la féminisation excessive (relativement) de la gauche dit, dans ce contexte, sans doute plus sa faiblesse, que son courage ? Cela même si ces femmes n’en manquent pas, de courage, voire, parfois, de panache.

La déconfiture des forces de la gauche populaire, de l’urss, la démission des partis, (le PC qui sauve son appareil en sacrifiant ses militants), les syndicats qui se couchent et trahissent, les bourgeoisies nationales qui se couchent aussi devant une hyper bourgeoisie internationale qui ne connaît que ses propres intérêts et ses propres valeurs : primaires, violentes, dévorantes -cf. Bush-... l’abandon des artistes les plus avancés, engagés, par les forces politiques qui auraient dû les soutenir, les livrant ainsi à l’ennemi (de classe) ou les laissant dans une totale déréliction.../... tout ça nous a conduit là ou l’on est : la droite à quasi 70 pour 100 ! Et quelle droite ! L’extrême droite premier parti ouvrier de France ou des "marxistes" comme Alain Soral font le lit de Le Pen, pensant sincèrement dirait-on que c’est le seul moyen de sauver "les prolos" !

Quant à la condition féminine, n’en parlons même pas (une femme tombe tous les 3 jours sous les coups de son conjoint d’après le dernier rapport d’Amnesty International. (A peine une seconde, au journal de 20H. sur les télés nationales pour parler de la Marche Mondiale des Femmes contre la Violence, hier, samedi 24 mars.) Ce chiffre effrayant a été donné par la police qui, comme tu sais, a plutôt tendance à en enlever qu’en rajouter dans ces domaines.

On porte au pinacle (cf. la considérable campagne d’affiches au moment d’Angoulême avec son portrait géant dans toutes les gares, alors qu’elle est sur un film et non une bd) une hyper bourgeoise ("haute aristocratie iranienne" à ce qu’il parait) cosmopolite comme Satrapi (dessinatrice besogneuse et limitée quoi qu’appliquée) qui dénonce la violence des ayatollahs, mais si une "pauvre fille" de dessinatrice de chez nous voulait faire une bd sur la violence faite aux femmes (notamment celles des milieux populaires) dans notre beau pays, elle ne trouverait aucun éditeur. Silence, on tue ! C’est d’un abattoir très soft, qu’il est question ici, pas d’un coktail de bobos... (Un suicide par jour dans le monde du travail).

Je rentre de Saint-Etienne, capitale du travail pendant des siècles, beaucoup a été effacé de cette histoire-là, et il semble déconseillé d’en parler en public. Quant à "Manufrance", elle est devenue un "palais des congrès" qui ne porte plus une seule trace de son glorieux passer de grande productrice de cycles et d’armes.

Pour ce qui fut produit de créations "engagées" dans les années 70-80, c’est généralement le grand lessivage. Une tâche qu’il faut effacer ! L’absence de mémoire de la bédé que tu déplores à juste titre n’est peut-être pas un pur hasard, mais un incessant travail d’effacement de la culture et des productions populaires surtout lorsqu’ elle sont au féminin.

Pour ce qui me concerne, on m’a, comme tu sais Thierry, donné la chasse, traînée dans la boue, exclue, ostracisée, j’en passe. Médisances, rumeurs, humiliations, effacement de mon travail et de mes publications, mise en doute de mes capacités intellectuelles : "Bécassine", et même de ma santé mentale : "la folle de Chaillot", (je fais parler des "fous" et des exclus !), je serais "incontrôlable", "caractérielle", pourquoi pas "hystérique" aussi ? Bien sûr, si j’ai un tel "tempérament", si je suis prompte à dégainer : "Calamity Montellier", ce n’est pas une conséquence de ce que ce milieu m’a fait subir. Mais non ! Pas question de s’auto critiquer. C’est bien plutôt dans ma nature profonde, voire mon hérédité !

Pendant ce lynchage les intellos de gauche, les petits bourgeois et autres bobos ont été le plus souvent du côté des chasseurs et des rieurs, ou se sont voilés les yeux. Mais passons ! "Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus forts" comme l’écrivait un certain philosophe allemand.

Mais revenons à toi et ta publication. Il me semble que toute cette considérable violence sociale, sexiste, symbolique et réelle ; toute cette régression politique, sociale et culturelle ; cette chasse aux sorcières, ces pressions et censures n’apparaissent pas assez dans ton livre.

Si demain la démocratie et le mouvement social reprenaient du poil de la bête, le féminisme retrouvait la santé, les "grands" éditeurs, suivraient le mouvement, car se serait dans leur intérêt !

Mais plutôt que "grands", tu aurais dû les appeler "gros". Voire obèses. Les éditeurs obèses, oui, ça leur irait mieux.

Salutations

C.M.

Le 25/03/2007

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Attention ! Il se raconte absolument n’importe quoi me concernant sur certains sites et forums liés aux mangas. Par exemple un certain Lord Yupa, prétend m’avoir rencontrée à la sortie d’une de ses conférences à la Sorbonne. Je l’aurais invité chez moi (!?!) et aurais dit pis que pendre des mangas et du Japon !!! C’est totalement faux ! Je n’invite chez moi que des amis très proches, et encore, pas très souvent ! Et je ne connais pas du tout ce lord là !

Idem sur Mangaverse, où des personnes inconnues de moi prétendant me connaître et avoir discuté avec moi, me font dire des choses que je n’aurais jamais supposé penser !

Tout ceci relève de la manipulation, du fantasme et de la contrevérité la plus intégrale ! Qu’on se le dise.

Par ailleurs, d’une manière générale, mes propos sont caricaturés ou tirer dans des sens qui en transforment et déforment le contenu. Je souhaiterais vivement que toutes ces manipulations s’arrêtent. Merci.

C.M.

Le 24/03/2007

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Réponse aux messages sélectionnés et postés sur le site ActuaBD suite à l’ article de Didier Pasamonik intitulé : "Tardi et le Parti Communiste flingués par Chantal "Calamity " Montellier".

Pensées faibles, premier degré, droitières, réacs et misogynes se disputent la vedette dans toutes ces réponses au style pré-pubère. Tout ça ne pense ni ne pisse bien loin ! Hélas.

Chantal Montellier

Le 16/03/2007

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Où étaient les dessinatrices, ce matin, au tribunal devant lequel l’équipe des machos de Charlie hebdo comparaissait ? Sous les bancs ? Ces libérateurs de l’esprit national seraient-ils au fond du fond des moyenâgeux à ce niveau ?
Heureusement, il y avait un dessinateur bédé, l’incontournable Joann Sfar, une fille, très certainement ?!

C.M.

Le 07/02/2007

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Réponse à Yves Lacroix, critique de bande dessinée québecquoise :
Donc, mon cher Yves Lacroix, je te le répète, je ne suis en rien l’auteur(e) de Mourad Boudjellal contrairement à ce que tu sembles croire.
Il a peut-être racheté Futuropolis, mais pas moi, et je ne lui laisserai jamais mettre la patte sur l’une de mes publications compte tenu de sa prestation dans Paris Match, (entre autres).
Si une telle rumeur se répandait ce serait de la diffamation. Une de ces saloperies politiques dont les langues de putes de la bd ont le secret !
Je sais que tu n’en es pas ! Du moins, je l’espère.

Bien à toi !

C.M.

Le 05/02/2007

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Dans un numéro de Paris Match (consacré à Philippe Noiret) un certain Mourad Boudjellal déclare fièrement être le fils "spirituel" de... Bernard Tapie ! Il pose complaisamment sur sa Ferrari décapotable et exhibe à son poignet une Breitling en or à 150 000 euros, rien que ça ! Par ailleurs il se vante de posséder une Maserati 4 portes et deux villas au cap brun, (le Toulon chic). Il ne cache rien non plus de son goût pour les palaces et les très grands crus.

Ca,c’est un éditeur !

C.M.

Le 05/12/2006

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La bd selon Laurent Mélikian,

Fortement incitée par une amie journaliste et photographe, je me suis rendue hier à la mairie du 3e arrondissement (Temple, filles du Calvaire), pour y entendre une communication sur : "La bd est-elle un art ? Pour quel public ?". Vastes questions, auxquelles l’intervenant, (auto-décrété critique de bande dessinée), ne répondit que très succinctement en fin de séance. Pour le reste, il nous fit un cours (un peu bafouillant) sur l’histoire (subjective) du 9e art, de son origine à nos jours.

En gros, d’après L.M. l’histoire commence avec les comics américains et le père fondateur de la bd d’auteur : Will Eisner et son "Bail avec Dieu". Elle se termine plus ou moins et provisoirement avec Joann Sfar (L’Association). Entre les deux ? Marcel Gotlieb, Art Spiegelman plus quelques "Treize", Trolleries, Titeufferies et japoniaiseries. J’exagère à peine.

Dans cette sélection, les femmes, à l’exception notable de la très pipolisée Marjane Satrapi, sont tout simplement inexistantes ! Quid de Ah Nana, seule revue de bandes dessinées féminines jamais publiée (et interdite par la censure) ? Nothing !.. Nouvelle "censure" ?

Le pire dans tout ça est que cette vision partiale, partielle, sexiste, andro et (pourquoi ne pas le dire ?) judéo centrée ne sembla choquer personne dans le public, à part mon amie et moi.

La bédé est heureusement multiple, tant du point de vu des sexes, que des "races". Laurent Mélikian devrait mieux ouvrir les yeux, il s’en apercevrait sûrement et ses communications gagneraient en objectivité.

C.M.

Le 17/11/2006

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